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Brand new eyes [Jasper]

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Inferis, sorcière originelle

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MessageSujet: Brand new eyes [Jasper] Lun 21 Aoû - 17:05

   
BRAND NEW EYES

Just watch me now - Just one look you're gonna be obsessed



J’ai appris la mort du juge William Peterson avec trois jours de retard – la faute aux nausées et au mal de crâne persistant me clouant au lit - via les gros titres des journaux locaux déposés là, sur mon bureau, avec mon café comme chaque matin. La seule chose qu’elle sache bien faire cette Cécile ou Céline ou… peu importe, cette… chose. Chose c’est parfait comme surnom. Court, pratique et ça sonne bien à l’oreille. Elle débarque dans mon bureau des dossiers plein les bras, le chignon défait alors qu’il n’est que dix heures du matin.

« C’est triste » souffle-t-elle en jetant un œil par-dessus mon épaule. « Le juge Peterson était un homme charmant et bon. »

Je la regarde, la dévisage, sévère. Elle s’empourpre.

« Non enfin… je voulais dire… que.. et … Vous le connaissiez et… vous voyez… c’est que… Je suis désolée, je… »

La main se lève, impérieuse, pour faire taire cette pauvre petite sotte.

« Je ne crois pas avoir réclamé le moindre commentaire Cécile. » Elle lève l’index, prête à offrir pour la énième fois son prénom dont je me fous. Se ravise finalement quand elle constate l’œil dur qui la juge.
« Faites les photocopies des dossiers, rendez-vous utile. Pour une fois. »

Et la sentence claque, elle hoche la tête et s’échappe penaude avant que je ne la hèle alors qu’elle s’apprêtait à sortir de mon bureau - prête à extirper ce soupir de soulagement d’entre ses lèvres.

« Vous êtes au Consulat ici, mademoiselle pas dans une vulgaire boutique de prêt-à-porter. Je vous prierai de venir parfaitement coiffée. Et cette robe est ridicule, contentez-vous du noir. Ça cache les formes disgracieuses. »

Elle fait la moue, la chose. Opine du chef pourtant avant de disparaitre. Je me jette sur le dossier de mon fauteuil. La mort de Peterson ne m’arrange absolument pas. Il rendait ma vie dans le crime si sereine et si paisible que s’en était presque risible. Nos derniers cas vont tomber en échec et il va me falloir corrompre son successeur pour avoir la main mise sur les jugements que je veux pouvoir orienter à ma guise… Parmi la pile de papiers, l’un des journaux à scandale offre une photo de William et moi main dans la main. Époque révolue pourtant depuis quelques semaines. Je siffle un rire à la lecture ‘ La Consule Mary Williams n’a pas encore fait de déclaration publique. Selon une source proche, elle serait en deuil et pleurerait cet homme qu’elle considérait comme l’homme de sa vie. En effet, les deux jeunes gens se voyaient encore régulièrement malgré leur récente séparation …/… ‘
De toute évidence, leurs sources proches sont aussi proches qu’un cochon l’est de son fermier.
Et le téléphone sonnera toute la maudite journée. La mort de William entrainant des catastrophes en chaine. Nos contacts communs s’inquiétant des dossiers compromettants, s’attendent à ce que ça me fasse quelque chose et que je décide de détruire personnellement les données. Et maintenant qu’ils me mangent tous dans la main, les envoyer chier serait la pire des options - bien qu’elle soit la seule qui me plaise réellement. Pouvoir leur dire que je m’en fous, d’eux et de leurs petites manigances puériles et des autres plus folles. Leur dire que je ne marche plus avec eux, que je vais me débrouiller seule, que je suis une Inferis et que je n’ai d’ordre à recevoir de personne. Mais la réalité est tout autre. Les alliances se font et se défont. Bien que je puisse les exterminer en un claquement de doigts, il faut bien avouer qu’avant que je ne mette la main dessus, ils arriveront à m’emmerder suffisamment pour que ça devienne franchement déplaisant. Alors j’abdique, consens à protéger ces têtes hautes de la société et engage les meilleurs pirates de la toile.

Aujourd’hui j’ai passé la journée à remettre le train sur les rails parce que tu as eu la merveilleuse idée de crever. A cela, tu dois être fier, j’en suis certaine. Le monde n’est plus tout à fait rond sans un magistrat tel que toi. Mais sois rassuré, je veillerai sur cet Empire du crime.
L’idée merveilleuse de virer mon assistante s’avère… bien moins excellente lorsque je reçois un appel pour récupérer un dossier dans une ville voisine alors qu'il est... Vingt heures - déjà. En temps normal, je n’aurai eu aucun scrupule à téléphoner à mon assistante pour qu’elle se charge de la tâche ingrate afin de pouvoir rentrer chez moi et retrouver mon confort. Mais, puisque je n’ai plus d’assistante… Je tente de téléphoner à Nathaniel pour savoir si une virée avec sa soeur préférée peut possiblement l’emballer. Mais il y a les gloussements à l’arrière, de quelques mégères qui couinent dans notre salon suppose-je très vite.

« S’il y en a une qui rentre dans ma chambre Nath’. Je vous tue. »

Et je n’écoute pas sa réponse, raccroche et enfile ma veste. Je croise la femme de ménage, Carla, qui attendait sagement que je me décide à sortir de mon antre pour pouvoir nettoyer. Elle est si maigre qu’on croirait qu’elle va disparaitre dans un encadrement de porte un jour. Carla, elle tente de me parler de son gamin et de ses heures supplémentaires. « Elles vous seront payées » assure-je. Cet argent qui dirige le monde, qui rend votre vie merdique ou paradisiaque. Des billets et des pièces de monnaie qui n’ont pourtant aucune valeur à mes yeux.  Sans doute parce que je peux avoir tout ce que je veux.
Le hall vide résonne à chacun de mes pas. Le claquement des talons en écho sur le carrelage brillant et propre. Je rejoins mon cabriolet blanc sur le parking. Dernière voiture à quitter son stationnement. Je travaille trop. Je travaille beaucoup trop pendant que Nathaniel batifole ! Et les kilomètres sont avalés alors que le poste radio gueule sa musique. Le GPS peine à se situer dans l’épaisse forêt mais finit par retrouver son chemin une fois sortie.

Arnold est un vieil ami de William. Rencontré une fois au cours d’un dîner, il est un légiste de renom. Peterson avait l’habitude de faire appel à ses services afin que les morts ne parlent pas. Ses comptes rendus sont falsifiés et très souvent les cadavres incinérés. La vérité muselée jusque dans ses moindres détails. Il m’enlace au pas de la porte de la morgue.

« Mes condoléances, William tenait beaucoup à vous.
-Et c’était réciproque, merci. Vous avez pu autopsier ce pauvre enfant ?
-Oui, oui. Tenez. Tout est ici. Le procureur a besoin de la version papier dès demain à la première heure. D’habitude c’est le juge Peterson qui s’en charge mais… étant donné les circonstances et votre relation de travail, j’ai pensé que vous voudriez les porter vous-même.
-En effet, c’est très aimable Arnold, qu’est-ce que l’on ferait sans vous ? »

Et il y a les rires, ceux qui paraissent sincères mais qui sonnent faux. Les sourires et les embrassades de trop, comme de bons vieux amis. Je refuse le verre, préfère de loin retrouver les miens. Finalement l’échange n’aura duré qu’une demi-heure. C’est bien peu en comparaison à l’heure de route faite pour récupérer cette enveloppe.
Un accident est évité de justesse à la sortie de la ville, sans doute à cause de ma vitesse excessive. La route est faites en sens inverse, le moteur gronde et vibre alors que le compteur ne cesse de monter, explosant les limites autorisées. Et ça déraille, ça broute, ça s'arrête tout net. La mort dans l’âme, au beau milieu de nulle part, mon cabriolet me lâche. Pour parfaire le tableau, il est impossible de capter le moindre réseau sur cette portion de route. Je râle et peste, insulte la voiture qui n’entend pas.
Je me décide à sortir, sac à main pendu au bras, je compose le numéro d’urgence. Et le téléphone déconne jusqu’à s’éteindre complètement. Si même l’univers conspire contre moi pour me faire passer une journée foutrement horrible !
Et les lueurs en contre-bas indiquent une habitation, ou quelque chose. Les escarpins mal taillés pour ce genre de randonnée manquent de me tordre une cheville ou deux. Finalement c’est un bar qui m’accueille. Je dénote clairement avec l’ambiance générale dans ma robe cintrée noire à dentelle et mes escarpins vernis tout aussi sombre. Si au fond personne ne semble me remarquer, ceux au premier rang s’arrêtent même de parler.
J’arque un sourcil avant de me parer de mon plus beau sourire et de m’avancer près du bar. Le téléphone est réclamé puis indiqué. Dans un recoin, de la musique. Le genre de petit groupe d’adolescents qui gagnent à se faire connaître ou de vétérans qui n’arrivent pas à décrocher.

Enfoncée dans l’alcôve, la dépanneuse est contactée. Le type un peu bourru semble me dire que je vais devoir être patiente, qu’il est seul et qu’il attend son collègue. Le temps est estimé à une heure ou deux ou trois. J’aime l’incompétence des gens.
Agacée, je prends place sur une petite table et commande un verre de vodka. Jambes croisées, j’inspecte cette cochonnerie de technologie avant de relever le minois et de tomber sur le faiseur de musique. Les prunelles le détaillent et le monde s’arrête subitement de tourner. Les phalanges grattent les cordes qui résonnent et produisent des sons tendres. Paupières closes, il semble animer par cette mélodie qu’il joue. Et je l’admire, les yeux rivés à sa silhouette, incapable de m’en défaire, incapable de remarquer le verre qui pourtant, a rejoint le bois de la table. Lorsqu’il cesse, les quelques personnes présentes applaudissent, il quitte sa belle, certainement dans l’idée de se rafraichir le gosier. J’en fais tomber mon sac, qui s’étale à même le sol. Les affaires sont ramassées, fourrées plus que rangées. J’aperçois une lettre à mon nom, arque un sourcil et la balance dans le fond en sentant qu’il n’est déjà plus là.
Calme-toi. Ça ne sert à rien de t’agiter. Ne passe pas pour une idiote.
Je m’approche du bar où il se trouve, discutant avec quelqu’un dont je me fous éperdument.

« C’était très joli, je peux vous offrir un verre ? Vous le méritez amplement il me semble. »

Et sa proximité me fait chavirer, comme le ferait une adolescente en pleine découverte de sa sexualité. Sa présente me perturbe, me dérange, fait cogner plus fort le palpitant. Tu es ridicule. Il ne pourra rien nous apporter.

« Excusez mon impolitesse, Mary, pauvre conductrice échouée en attente d’être remorquée. » dis-je dans un presque rire.






_________________

It's getting close. I lose control. It's taking over. It's getting close.
I'm slipping into the deep end. I'm in over my head I can't catch my breath. I'm slipping into the deep end. Darkness is sinking me Commanding my soul. I am under the surface where the blackness burns beneath.

I am a wicked.



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MessageSujet: Re: Brand new eyes [Jasper] Mer 23 Aoû - 7:15

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But it's too late, to go back. I can see the darkness, through the cracks.



Le vide. Le néant implacable, invasif. Celui où l'on se perdait et dans lequel la survie était presque... utopique. Lorsque l'on se plongeait dans cet abîme, il n'y avait plus aucun moyen de s'en soustraire. Plus moyen d'y voir clair, ni de réfléchir avec justesse. Non. Il n'y avait que le désespoir le plus brut ainsi qu'une parcelle... de démence. Certains hommes étaient suffisamment solides pour remonter à la surface, mais lui... il était faible. Il l'avait toujours été. Plus simple comme existence, d'être un beau salaud sans cœur. Encore mieux, une machine. Sans émotions. Seulement des rouages qui grinçaient sous une carcasse de fer, exécutant des actions programmées... sans conscience. Sans chaleur. Sans... rien. Et c'est exactement ce qu'il était... depuis trois jours. Une machine en mode de survie. La batterie continuait d'alimenter les articulations, mais tôt ou tard, elle allait s'épuiser et s'éteindre. Il avait conditionné sa cervelle en agonie à sourire lorsqu'il était temps de sourire. À paraître... heureux... quand les regards inquiets se posaient sur lui. Il était même... presque crédible. Presque, pour ceux qui le connaissaient un peu trop bien.

- Tu vas où comme ça ?!, s'exclame Nev, bondissant de son fauteuil, le regard trahissant l'angoisse.
« J'vais au Roadhouse... »
- La taverne du vieux Randall ?... Ils font encore des chicken wings au barbec' là-bas ?
« T'es pas obligé d'venir... j'te dit qu'ça va. Tu vas pas m'coller au cul à chaque deux secondes, ça commence à m'emmerder... et ouais... ils font encore des chicken wings... mais elles sont plus aussi bonnes qu'avant... »

Ou c'est seulement moi qui trouve que tout goûte la chiasse en c'moment. Va savoir. Le blondin se dirige vers la porte et Nev agrippe déjà sa veste, visiblement déterminé à lui coller au derche.

- Je t'emmerde si j'veux. J'sais qu'tu vas pas bien, alors va chier. Même si tu penses que j't'écoute pas quand tu délires comme un cinglé, j't'écoute. Ton histoire avec l'Inferis te tue et j'viens avec toi, j'ai zéro confiance. Dès que j'tourne le dos, tu t'bousilles la vie. Pas question ! Et j'suis pas suicidaire comme toi, j'ai pas envie qu'ton frère me fasse la peau s'il apprend que t'es mort parce que j't'ai laissé partir ! Déjà, t'as d'la chance que j'lui tel' pas pour lui dire que ça tourne pas rond dans ta tête ! Alors, ferme ta gueule et laisse-moi aller bouffer mes chicken wings dégueulasses !
« Okay... comme tu veux... mais tu t'fais des idées... j'vais pas m'foutre la vie en l'air... »

C'est vrai, j'vais pas l'faire... pas maintenant. J'vais attendre de trouver la bonne façon d'le faire avant... et j'dois organiser mes trucs... pour quand ce sera l'moment d'le faire. T'inquiète, j'ai encore un peu d'temps devant moi. J'veux bien faire les choses... et partir la conscience tranquille.

************************

La musique était toujours parvenue à calmer les maux, probablement la seule chose qu'il lui restait de suffisamment efficace pour lui faire oublier, le temps d'une minute ou deux, qu'il avait le cœur crevé et qu'il avait seulement envie de se foutre dans une tombe. Depuis trois soirées, il allait au Roadhouse, une taverne en retrait de Salem, une boîte paumée, là où seuls les dépressifs comme lui se retrouvaient pour trinquer leur mal-être. Et les prix étaient moins élevés à comparé les pubs populaires du centre-ville. Par contre, la qualité allait avec le prix. Le vieux Randall lui permettait de jouer de la guitare, sans doute parce qu'il n'avait pas les finances pour payer un vrai band de musique, se contentant habituellement de faire rouler la juke-box qui contenait les mêmes chansons depuis une dizaine d'années. Puisque le chasseur ne lui demandait rien en échange, il n'avait aucune objection. Même moi, j'payerais pas pour ramener des musiciens dans c'bar de merde. La plupart des clients étaient toujours complètement bourrés et c'est à peine s'ils réalisaient qu'il jouait. Mais il s'en moquait, lui. Tout ce qu'il souhaitait, c'était de jouer pour se libérer l'esprit, le temps que ça durait.

Il avait commencé à jouer de la guitare en l'an 1930, l'année de l'invention de la guitare électrique. Quatre-vingt-sept ans, exactement, que le blondin jouait avec les cordes de cet instrument. Il était plutôt rare qu'il faisait une fausse note, il savait en jouer et il le faisait bien. Il pouvait interpréter à peu près n'importe quelle chanson, sans se tromper une fois. Il chantait aussi, quoiqu'il n'avait pas une voix de ténor, ni celle d'un chanteur professionnel, mais il se débrouillait bien malgré tout. On s'en fout, je joue que pour moi. Dès qu'il était arrivé à la taverne, il avait demandé la permission à Randall et s'était installé sur la petite scène à l'avant, commençant à jouer quelques chansons random, pour ensuite jouer celles que lui demandait Patricia - l'une des serveuses - à chaque fois qu'elle passait près de lui. Toi, c'est évident que t'en as plein l'cul d'entendre la fucking juke box., qu'il pense, un peu amusé. C'était la seule à lui faire des demandes et c'était aussi la seule de sobre, suffisamment alerte pour vraiment l'écouter. Du moins, c'est ce qu'il croyait...

Il termine avec with or without you de U2 et c'était... une belle connerie comme choix de chanson. Assez pour lui faire délaisser la scène, n'ayant maintenant dans la cervelle que le visage de celle qui le hantait depuis des jours, ce visage qu'il tentait d'éradiquer de son encéphale... sans y parvenir. Profondément mélancolique, il se dirige droit vers le bar, là où est assit Nev, à bouffer ses chicken wings, accompagné d'une bouteille de tequila à moitié ingérée. Putain, mais comment tu fais pour pas avoir des brûlements d'estomac ? En silence, il prend place sur le tabouret à côté de lui, se demandant s'il allait rester pour boire un verre ou déserter maintenant.

- You're a shinning star, man ! Tu devrais composer tes chansons. T'as du talent, tu devrais l'exploiter !, lui dit le chasseur, lui donnant une bonne tape dans le dos.
« Et toi tu devrais faire d'la promo pour TUMBS... avec toutes les merdes que tu bouffes dans une journée, t'as l'profile pour ça. », ricane le blondin, agrippant la bouteille de Tequila pour en prendre une gorgée au goulot.

Il se redresse sur son séant, s'apprêtant à demander au barman de lui donner un verre de whisky - pendant que Nev beugle à Randall plus loin que ses chicken wings sont pas assez cuites - lorsqu'il se braque brutalement... la bouche entre ouverte... quand il entend... sa voix. Le blondin tressaille... et tout se fige le temps de quelques secondes, temps où il croit que tout lui éclate à la gueule. Non... non non non... c'est pas possible. Ça fait... trois jours que... j'fais tout... absolument tout pour pas t'croiser. J'reste éloigné du consulat, j'emprunte pas la rue où t'habite, j'fréquente pas les endroits que t'aime... j'viens ici justement parce que... j'sais que tu viendrais jamais ici, dans cette... boîte à chiasse... et toi, tu... tu viens t'foutre pile ici ?

Il n'arrive plus à bouger un muscle, si raide qu'il en ressent une vive douleur à la nuque. Il ne la regarde pas, ne parle pas, écrasé par un palpitant affolé qui lui défonce le poitrail à vive allure. J'veux crever. Il déglutit péniblement et tente de garder contenance, même s'il avait un mal fou à conserver un visage placide. Pourquoi t'es ici ?! Pourquoi c'est moi qu'tu viens voir ?! Y a un paquet d'mecs ! Pourquoi moi ?! Il lui vient même à l'idée qu'elle se moquait de lui, que cette foutue potion n'avait pas fonctionné et qu'elle l'avait intentionnellement suivit. Il prend une grande inspiration... et tourne lentement son visage en sa direction. Calme en apparence, il la jauge du coin de l'œil... sur le point de se coltiner une violente crise cardiaque. Et fallait que tu t'mettes belle. Tout pour m'rendre dingue. Tu l'fais exprès, j'y crois pas. Non. Il expire laborieusement l'air de ses poumons, n'ayant plus de souffle, le gosier sévèrement compressé, les entrailles nouées au point de lui donner la nausée.

Un sourire un peu étrange parvient à retrousser la commissure de ses lèvres avant qu'il ne se lève, lentement. Il la toise quelques secondes sans rien dire, avant de...

« Eh bien... Mary l'échouée... j'vais être franc avec toi... », qu'il commence, d'une voix un peu rauque. « J'suis un véritable enfoiré... un fils de pute... un salopard qui baise un paquet d'femmes au quotidien... et ensuite, j'les largue, comme une belle merde que j'suis... après j'recommence et ça m'amuse... j'suis la pire merde qui soit, t'as pas idée... », dit-il, hochant lentement la tête, une fausse moue dubitative au visage.
- La pire merde, c'est vrai., réplique Nev, en mastiquant.
« Ta gueule. »
- Ok.

J'suis un enfoiré. Maintenant, va-t-en, éloigne-toi d'moi. Oublis-moi. Tu veux pas qu'on y retourne dans cette merde qu'on a vécu. Laisse tomber. Poursuis ta vie sans moi. Fais pas les mêmes erreurs. Il esquisse une mine navrée avant de soupirer.

« Donc... j'crois pas qu'tu veux offrir un verre à un mec comme moi. Perds pas ton temps, tu mérites mieux... tu penses pas ? », qu'il finit par souffler, laissant ses yeux dériver un furtif instant sur la pulpe de ses lèvres, avant de relever ses billes pour croiser les siennes.

Il reste immobile, seulement à soutenir son regard... se perdant dans ses iris noisette ... éprouvant cette tortueuse envie de l'enlacer et de s'égarer sur ses lèvres si... attrayantes. J'aimerais tellement t'dire... que tu m'manques. Que j'te trouve belle. Tellement belle... Il vacille un instant, réalisant qu'il ne la lâchait plus du regard, taraudé par ses envies d'effleurer sa peau, de seulement.... la frôler du bout des doigts. Il s'agite sur place tandis que ses yeux se détournent, se focalisant sur un couple plus loin, s'enlaçant devant la juke-box. Il soupire sèchement et agrippe subitement son sac à main qu'elle avait posé sur le comptoir, l'ouvrant sans lui demander la permission. À l'aveuglette, il fouille jusqu'à ce que ses doigts butent contre un trousseau de clefs. Une fois au creux de sa paume, il dépose doucement le sac sur le comptoir, avant de lui adresser un dernier regard... et s'éloigner à grandes enjambées vers la sortie, sans donner d'explications, ni rien. Rebrousse le chemin, p'tite merde. Redonne-lui ses foutues clefs et tire-toi d'ici au plus vite. T'as pas à lui rendre service, t'as pas à faire rien pour elle. Tu vois pas qu'tu fais une connerie ?! Plus elle reste près d'toi et longtemps, plus ça risque de dégénérer. Pourtant, il ne s'écoute pas et continu à marcher, se dirigeant d'un pas vif, presque colérique, en direction de la voiture de l'inferis. Évidemment qu'il savait laquelle c'était. La blanche, garée en retrait.. Rendu à destination, il se débarrasse de son veston, qu'il balance presque agressivement au sol, en un geste de frustration. T'es stupide. Fous l'camp avant qu'il soit trop tard, que tu puisses plus faire marche arrière. Il était sans doute... déjà trop tard. Le cercle vicieux allait recommencer... il le savait... seulement à en juger le regard qu'elle lui avait adressé... celui beaucoup trop similaire à celui qu'elle lui avait accordé la première fois qu'il l'avait rencontré. Putain, mais tu m'trouves quoi ? J'suis rien, fuck. Un pauvre type. J'suis une cause perdue, tu peux trouver mieux qu'moi. J'comprends pas. Non, il ne comprenait pas. Il avait toujours cru que leur rencontre, leur tandem, avait été un hasard de circonstances, qu'elle n'aurait jamais porté son attention sur lui autrement. Bah tu t'plantais, visiblement.

Il tente de faire rapide, pour ne pas éterniser le temps en sa compagnie. Il se glisse dans la bagnole tandis qu'il la voit sortir hors du bar. Après quelques essais, il est presque certain que le problème, c'est la batterie, qui n'était pas tout à fait morte, mais pas loin. Il s'en extirpe, évitant de la regarder alors qu'elle se plante près de lui.

« J'crois qu'le problème, c'est la batterie... j'vais pouvoir la charger avec des câbles, mais j'te conseille d'aller directement au garage pour la changer, j'crois pas qu'elle va survivre longtemps sur la route. », dit-il, avant de s'éloigner pour retrouver sa voiture, garée plus loin.

En une minute, elle est stationnée devant la sienne, et déjà, il a la tête plongée sous le capot pour rabouter les câbles de chargement. C'est en silence qu'il active tout l'attirail... et qu'il réalise qu'ils auraient au moins trois minutes à attendre que la batterie se charge. J'vais t'dire quoi pendant trois minutes ? J'peux pas t'parler. C'est pas une bonne chose. Plus j'te parle et plus... j'fais une belle connerie. Il s'allume une clope et fait mine de s'intéresser à des éclats de voix un peu plus loin. C'est ça, gueulez. Foutez-vous des baffes que j'puisse aller vous séparer, ça prendra au moins... trois minutes. Il range son briquet et se redresse un peu, s'appuyant les reins contre la portière de sa charger. Ses yeux fixent le sol un instant, sans que ses lèvres ne prononcent le moindre mot, et soudainement...

« J'peux t'poser une question ? Elle va t'paraître bizarre, mais... j'aimerais connaître ton avis. »

Il prend le temps de tirer sur sa clope et d'expirer la fumer avant de reprendre, d'un ton calme.

« Tu penses que c'est possible de déjouer le destin ? J'sais pas si tu crois en ces trucs-là, mais moi, dernièrement... j'essaye d'éviter de croiser une personne depuis plusieurs jours. J'fais vraiment tout pour que ça s'produise pas... mais même avec tous mes efforts... ça fonctionne pas. À chaque fois, elle croise mon chemin, même dans les endroits les plus cons, alors qu'elle devrait pas y être... j'me demandais si toi, t'avais un truc infaillible, une façon d'faire qui marcherait... »

Il balance sa clope à moitié consumée plus loin et lève ses mirettes en sa direction, le palpitant douloureux sous une façade paisible.

« J'peux plus la voir... ça m'rend... complètement cinglé... », finit-il par marmonner, le regard profondément affligé.

C'est difficile pour moi, de t'regarder... et d'me dire que j'peux pas... parce que nous deux... ça fait juste des dégâts sans jamais s'arrêter. Il fait erreur, le destin. Il fait une putain d'erreur. Si seulement j'pouvais connaître l'avenir, que j'pouvais être certain que ça irait, toi et moi... j'laisserais faire les choses, sans chercher à les esquiver. Mais j'peux pas, j'peux seulement essayer de deviner... et j'ai pas envie.




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MessageSujet: Re: Brand new eyes [Jasper] Mer 23 Aoû - 15:46

   
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J’ai l’assurance dans la voix de ces femmes qui ont l’habitude de côtoyer des grands noms sans jamais bafouiller. Et pourtant, oui, pourtant quand je te regarde j’ai l’impression que cette assurance s’écrase dans le creux de mon bidon. Que je pourrais dire mille conneries juste pour t’entendre rire ou te voir sourire. Parce que tu ne m’offres que ton profil, le saillant de ta mâchoire et que j’ai envie de voir la commissure de tes lèvres s’étirer juste pour voir si je trouverai ça mignon ou ridicule. Juste pour voir si tu me plais vraiment.
Il est comme un phare dans la nuit, éblouissant, rassurant et tout aussi effrayant. Ça s’agite à l’intérieur de moi, je ne saurais dire si c’est désagréable ou non. La poitrine se compresse inexplicablement et moi, Mary Williams, j’arrive presque à être déstabilisée par sa carrure, sa présence. Et c’est étrange, presque intimidant, cette sensation de redevenir une gamine. Une gamine qui quémande de l’attention, un regard, une parole. Je ne suis pas vraiment capable d’être en mesure de comprendre ce qui se passe, là, tout de suite. Mais de toute évidence ça me remue la tripaille. L’envie malsaine qu’il parle, qu’il me regarde. Et très certainement que sa réaction était loin de celle escomptée.

Le blond se redresse, m’écrasant de sa taille supérieure. Et il libère un flot de paroles incompréhensible qui me laisse pantoise. Et je pourrais te dire que mentir ce n’est vraiment pas joli. Que si tu voulais me repousser, il y avait des façons bien plus protocolaires pour le faire. Dire que ta copine était aux toilettes et qu’elle allait pas tarder à revenir. Même si un accident est vite arrivé, je ne l’aurai probablement pas tué, pas tout de suite. Ou tout autre chose bien plus efficace que me déballer ton petit côté salaud dont je me fous éperdument. Je te proposais un verre, pas une demande en mariage. Ses répliques me laissent perplexe si bien que je ne sais pas vraiment quoi rétorquer. Il vient de me désarmer sans même avoir eu besoin de compter jusqu’à dix.
Mes grands yeux se plissent légèrement, accompagnés d’une moue d’incompréhension puis interrogative. Je ne me préoccupe pas de son compagnon de beuverie qui bouffe comme un porc.

« Je crois que c’est présomptueux de votre part de me prêter ce genre d’intentions mais amusant de voir comme vous vous en défendez. Il paraît que reconnaître un problème c’est déjà un pas vers la guérison. »

Un sourire rieur, taquinerie ridicule pour parer à cette conversation étrange. Pourquoi me dire tout ça quand je suis presque persuadée que tu me mens ? Pourquoi me repousser quand ça n’a aucun sens ? Une femme a brisé ton petit cœur et tu penses que l’emballer dans du papier bulle en te donnant des airs ridicules te sauvera ? Et c’est assez amusant que tu penses être le salaud alors que tu ne me connais même pas. Qui te dit que ce n’est pas moi la garce, celle qui trouve que les hommes ont la même utilité qu’un mouchoir ? Pratique et bon à jeter à la première poubelle croisée. Parce que de mon point de vue, c’est toi qui a à craindre plutôt que l’inverse…
Et il soutient mon regard, glisse à mes lèvres comme s’il désirait en connaître le goût et les rondeurs. Pour un parfait connard je te trouve bien raisonnable. De toute évidence ton corps et ta tête ne te dictent pas la même partition. Parce que lui ne ment pas, il ne connait pas les faux semblants et je te vois t’agiter, me soustraire à ta vue en visant derrière moi. Et l’attirance est inexplicable, mon ventre se tord, le réclame.
Il dérape le blond, fouille dans mon sac à main sans même en avoir demandé la permission – qu’il n’aurait jamais eu. « Hey ! Qu’est-ce que tu fais ?! »
Le vouvoiement abandonné sous la surprise. Les clés tintent à mon oreille quand il s’échappe me plantant là sans aucune explication.

Je ramasse mes affaires et me lance à sa poursuite alors qu’il a déjà passé le seuil du bar. Le cliquetis de mes talons pressés prend écho sur le parquet abimé.
« Hey ! » continue-je alors qu’il s’avance vers ma voiture garée un peu plus haut sur le rebord de la route. Je trottine et arrive à sa hauteur quand il a déjà balancé sa veste par terre que je regarde en passant, complètement désabusée. Personne n’a voulu t’enseigner les bonnes manières, dis-moi ? Tu es mécano ? On se connait pour que tu cherches à te débarrasser de moi avant que la dépanneuse n’arrive ?

« Je peux savoir ce que tu branles !? » cingle-je.

Mais il s’en moque, ne me répond pas s’acharnant à faire démarrer mon cabriolet. Tu penses que je suis assez débile pour ne pas réussir à le démarrer moi-même s’il n’avait rien ? Je soupire lourdement, bousculée dans mes habitudes et la bienséance qu’il ne semble pas avoir. Il balance le constat sans prendre la peine de me regarder, moi qui a les yeux écarquillés et qui ne comprend absolument pas ce qui se passe. Les mots se bloquent dans la trachée. L’envie de le gifler et de le pousser gronde. Tu es désagréable. Et rustre. Et je ne sais pas sur quelle planète tu vis, au juste, pour te comporter de la sorte mais ça ne se fait pas !

« Tu comptes m’ignorer encore longtemps alors que tu as volé les clés de MA voiture ? C’est toi le dépanneur ? Mais Hey, attends ! »

Puis il s’éloigne, comme ça, me laissant près de ma bagnole qui ne démarre toujours pas. Me laissant dans mes interrogations qui me défoncent l’encéphale. Il fait comme si je n’existais pas, comme si nous ne gravitions pas autour du même astre. Ça me secoue, me laisse clairement sur le cul. Et sa voiture se gare face à la mienne. Les capots ouverts, il branche les câbles, semblent savoir parfaitement ce qu’il fait quand moi, je me retrouve larguée dans mes incompréhensions trop nombreuses pour que je puisse les exprimer.
Tu me rends bête. Et je devrais te dire que tu es un connard, oui, que tu avais raison et que je n’ai pas besoin que tu m’aides si c’est pour le faire de cette façon. C’est quoi ton foutu problème ? Tu préfères les mecs et t’aimes pas qu’une fille te tourne autour ? T’es au courant, merde, que ton comportement est tout à fait déplacé et bizarre ? Et la magie rampe sous ma peau, s’échappe en une vague censée le faire vaciller, m’offrir ses putains de pensées. Mais il ne bouge pas. Pas d’un iota. Les sourcils se froncent. Le sorbier. Tu as du sorbier sur toi qui avale ma magie…
Et il se plante contre sa portière, allume une clope en évitant toujours soigneusement de croiser mon regard. Puis il y a cette question qui dénote de tout ce qui vient de se passer.

Il parle du Destin comme si c’était une personne que l’on pouvait déjouer, arnaquer. Comme si on pouvait se soustraire au magnétisme qui pousse les êtres à se rapprocher. Mauvaise nouvelle. La destinée est une pute qui a tracé son chemin pour nous et quoi qu’il arrive, peu importe les détours, on retombe toujours sur le même foutu sentier. J’en sais quelque chose. Je le sais, parce que je n’ai pas le choix sur ma destinée, parce que je suis la fille du diable mais ça, tu ne le sais pas toi. J’échappe un rire quand il me demande si moi j’ai un truc infaillible.
J’en ai un, oui mais je ne suis pas certaine que la réponse te conviendra. L’extermination est souvent la réponse à tous nos maux.
Et il me parle d’Elle comme si j’étais censée la connaître. Il se confie alors que je pense être la dernière personne à qui il voudrait le faire s’il savait.

« Je ne pense pas, non. Je crois que nous sommes voués à suivre le chemin qui a été tracé et que tout nous y ramène, continuellement. Le destin n’est pas celui que l’on dupe ou que l’on baise. »

Et je dis ça avec le plus grand sérieux avant de me planter devant lui. Mon visage se tord pour trouver ses traits qu’il planque en fixant le sol.

« Est-ce qu’on se connait ? Est-ce que je suis censée connaître cette fille dont tu me parles ? Parce que je ne comprends pas. Il y a deux minutes tu me balançais que tu étais le dernier des connards et maintenant tu m’aides. Si tu te tapes l’une de mes sœurs, sans vouloir paraître désagréable, ce n’est pas vraiment mon problème... »

Du moins, pas vraiment. Si c’est Sarah, que tu es son jouet et que tu es là à ne plus vouloir la croiser et qu’elle ne te cherche pas, c’est qu’elle s’est lassée de toi. Si c’est Abigaïl - bien que cela m’étonnerait que mademoiselle fleurette s’arrache de son chasseur et de sa gamine mais peu importe - J’en ai rien à foutre de te voler à elle.
La main s’avance, se loge sous le menton pour qu’il relève sa caboche. Le contact de sa peau m’électrise et j’exhale avant de le lâcher comme si le contact venait de me brûler.
C’est à ce moment précis que quelqu’un gueule, assez fort pour que je me retourne.
Il traverse en courant, mains dans les poches.

« Hey la star, tu t’barres sans prévenir c’pas sympa et. »

Il se coupe net dans son élan, semble me dévisager avant de reprendre.

« Mec faut qu’on bouge, t’sais on a des trucs à faire et tout. Sorry mam’zelle, j’suis son agent là et il doit reposer sa voix et ses p’tits doigts si on veut qu’il fasse carrière le bonhomme, hein ouais guy ? »

Il lui donne un coup de coude, mâchouille un restant de bouffe suppose-je. Il sourit de toutes ses dents et je l’imite.

« Je connais des gens, si tu veux. »
dis-je en reportant mon attention sur Jasper et seulement lui.

« On pourrait prendre un café demain ou quand tu seras disponible pour que je te remercie pour ma voiture et tu n’auras qu’à apporter une maquette, je ferai en sorte qu’on écoute ce que tu fais. On ne sait jamais. »

J’attrape mon sac à main, fouille à l’intérieur pour trouver une carte de visite et fait tomber les papiers balancés tout à l’heure à la va-vite.

« Merde. »

Tickets de caisses, cartes de fidélité, publicités retirées du parebrise et quelques lettres qui se logent entre nos pieds. Accroupie, je rassemble les papiers pour les fourrer à nouveau dans mon sac. Je profite de trouver une carte pour la lui tendre.

« Désolée et tiens, tu pourras me contacter quand tu voudras. »

Et c’est son agent ou ami ou qui il a envie d’être qui me l’arrache des mains faisant basculer l’enveloppe sur le dessus de la pile. La blanche, celle avec mon nom écrit dessus et elle tinte étrangement sur le bitume attirant bien plus mon attention cette fois.
Je la saisis, prête à l’ouvrir après avoir collé tout mon bazar bien sagement à l’intérieur.



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It's getting close. I lose control. It's taking over. It's getting close.
I'm slipping into the deep end. I'm in over my head I can't catch my breath. I'm slipping into the deep end. Darkness is sinking me Commanding my soul. I am under the surface where the blackness burns beneath.

I am a wicked.



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MessageSujet: Re: Brand new eyes [Jasper] Mar 29 Aoû - 18:40

BRAND NEW EYES

But it's too late, to go back. I can see the darkness, through the cracks.



La réponse, il la connaissait déjà... même s'il avait espéré qu'elle lui offre une solution miracle. T'as peut-être raison... mais j'compte pas lui faciliter les choses, au destin. Il allait s'arranger pour ne plus la croiser, surtout pour ne pas lui laisser envisager qu'il y aurait une suite à cette rencontre. Et j'espère que tu vas pas commencer à m'chercher partout., pense-t-il, un peu craintif. Il commençait à la connaître, la belle Mary, et il redoutait un peu de ce qu'elle pourrait en faire, de cette " première " rencontre. Il se disait que la meilleure option était d'abréger cette situation, au risque de vraiment lui donner des envies... qu'il voulait éviter de lui donner. Ouais... et c'est pourquoi t'as l'air d'un fucking cinglé en c'moment. Dans un sens... tant mieux ? Si elle croyait qu'il était taré, peut-être qu'elle allait être rebutée, au final. T'étais déjà cinglé quand elle t'a connu, elle doit s'en foutre, en fait. Pas faux.

« Est-ce qu’on se connait ? Est-ce que je suis censée connaître cette fille dont tu me parles ? Parce que je ne comprends pas. Il y a deux minutes tu me balançais que tu étais le dernier des connards et maintenant tu m’aides. Si tu te tapes l’une de mes sœurs, sans vouloir paraître désagréable, ce n’est pas vraiment mon problème... »

Le blondin émet un petit ricanement tout en secouant négativement la tête. Si on s'est jamais rencontré, comment tu veux que j'sache qui sont tes sœurs ? J'le sais... mais toi tu sais pas. Ça devenait un peu compliqué et il se disait qu'il allait devoir faire vraiment gaffe à ce qu'il disait au risque de faire une connerie.

« J'sais pas qui t'es, et non, tu la connais pas... j'pense pas... j'sais pas qui sont tes sœurs non plus, alors j'peux pas t'dire si j'm'en tape une... et j'suis un connard... mais ça m'empêche pas d'être un connard sympa quand j'ai envie... »

Il essayait d'éviter son regard, de rester indifférent, distant. Le moins de contact possible, peu importe la façon. Il se demandait à ce stade si ce qu'il faisait allait servir à quelque chose ou si le mal avait déjà été fait, à la seconde où elle avait posé ses yeux sur lui. Parce que moi, j'me souviens d'la première fois que j't'ai regardé... et j'sais que j'pouvais plus m'empêcher d'penser à toi, même si j'te connaissais pas... et j'suis allé visiter ton âme... c'était la même chose pour toi. Son faciès se tend un peu à cette réflexion, alors qu'il espérait que ce serait différent cette fois, qu'elle allait... rapidement l'oublier. Et dire que t'as gobé une foutue potion pour m'oublier et maintenant... on va s'retrouver encore à la case départ. T'aurais mieux fait d'me donner la recette, au cas où une situation comme celle-là me tape la gueule. Il aurait mieux fait de quitter Salem définitivement, dès l'instant où elle avait bu cette potion. Pourtant... il avait l'impression que ça n'aurait rien changé. Parce que c'est pas possible. Ta bagnole, elle aurait pu déconner ailleurs que devant l'putain d'bar dans lequel j'étais. Et t'aurais pu offrir un verre à n'importe quel con. Il avait vraiment l'impression que l'univers se foutait de lui et qu'il n'avait... absolument aucun contrôle sur rien... même s'il essayait. J'suis prêt à parier que si j'décide de quitter Salem, que tu vas m'trouver, d'une façon ou d'une autre. Quelque chose arrivera... et tu vas encore t'retrouver à la même place que moi. C'était trop étrange pour qu'il puisse bien saisir cette merde. Freaky shit.

Son regard se contente de détailler l'asphalte au sol, attendant les trois minutes, un peu impatient... lorsqu'il sent ses doigts sous son menton, l'obligeant à relever son visage. Il se braque un peu, même s'il tente de paraître décontracté. Fallait vraiment que tu m'touches ? Sa respiration se freine tandis que ses mirettes se plongent dans les siennes. Quelque chose se produit à ce moment et il ignore quoi exactement... comme si soudainement... elle comprenait. Elle comprenait qu'il existait... un lien indélébile qui les confondait tous les deux, sans parvenir à le justifier. Il le ressentait aussi, mais la différence était que pour lui, cette impression ne datait pas d'aujourd'hui. Ce contact est éphémère, rompu trop subitement pour que ce soit naturel. Ah merde... c'est vraiment foutu, pas vrai ? Si, ce l'était. Le regard qu'elle lui adressait, son attitude... il savait que la roue allait tourner dans le même sens qu'elle l'avait fait la première fois. C'était... trop tard.

Il est soulagé lorsqu'il entend la voix de Nev et n'hésite pas à se redresser pour se planter à ses côtés, expirant péniblement l'air de ses poumons.

« Mec faut qu’on bouge, t’sais on a des trucs à faire et tout. Sorry mam’zelle, j’suis son agent là et il doit reposer sa voix et ses p’tits doigts si on veut qu’il fasse carrière le bonhomme, hein ouais guy ? »
« C'est ça... Guy veut s'reposer la gueule pour faire carrière. », marmonne-t-il, lançant une œillade blasée au chasseur.

Guy... putain... t'aurais pu m'appeler Jean-Claude Van Damme tant qu'à y être. Peu importait, au moins il tentait de le sortir d'une impasse, c'était tout ce qui comptait. L'inferis lui dit connaître des gens et lui propose une rencontre pour discuter de sa '' carrière '', l'invitant à lui remettre un démo. Pas question, parce que j'sais que t'en as rien à battre d'ma carrière, tu veux seulement m'revoir. Il reste silencieux tandis qu'elle fouille dans son sac et qu'elle échappe le bordel... pour ensuite tendre en sa direction une carte, que Nev s'empresse de lui arracher des mains.

- On va réfléchir à ça parce que bon, on a déjà plein d'gens à rencontrer cette semaine ! Des gens intéressés par ses talents, alors j'doute qu'on ait besoin d'ton aide. Mais c'est vraiment gentil de l'offrir ! J'vais garder la carte au cas !, lance Nev, la fourrant quelque part dans le foutoir d'une poche de son veston. - Bon, écoute, j'vais t'attendre dans la bagnole, ok ? Grouille-toi parce qu'on est pressé !

Nev lui lance un regard lourd de sous-entendus et le blondin lui répond par un morne sourire. Sans perdre de temps, il s'active à retirer les câbles, à remettre en ordre, pour enfin se glisser rapidement dans le cabriolet pour tester. Et heureusement, la voiture démarre. Soulagé, il retire la clef du contact et se dirige en direction de la brunette... qui tenait entre deux doigts la bague qu'il lui avait achetée, lisant le petit mot qu'il lui avait laissé dans une enveloppe avant de quitter le chalet. Il déglutit... et tend le trousseau en sa direction.

« Ta voiture fonctionne... j'te redonne tes clefs... », dit-il, les laissant sur le capot, voyant qu'elle semblait trop occupée à sa lecture. « J'dois y aller... Bonne fin d'soirée. », finit-il par dire, lui accordant à peine un regard, s'éloignant à grandes enjambées vers sa charger, s’engouffrant dans ses entrailles avant de démarrer en trombe.

Tandis que la voiture s'éloigne du bar, les deux chasseurs restent silencieux, le temps d'une bonne dizaine de minutes, jusqu'à ce que Nev se décide enfin à dire quelque chose...

-... Ça va aller ?
« Non... »
- C'est c'que j'croyais...


**************************************

Une semaine s'était écoulée depuis sa rencontre inattendue avec Mary et il ne l'avait pas revu depuis. Étonnamment, le blondin allait bien. Du moins, mieux qu'il l'avait été à ce moment. Il parvenait à sourire sans se forcer... à rire, parfois... et il était un peu moins fixé à l'idée d'en finir. Il y avait un peu de progrès, mine de rien... Lexie lui avait laissé plusieurs messages sur sa boîte vocale puisqu'il se contentait de lui envoyé de courts messages textes pour lui répondre, sans jamais osé lui répondre directement. Parce que j'ai pas envie d'répondre à tes questions. Pas envie d'avoir cette discussion en c'moment. J'suis prêt à rien. Il savait qu'elle s'inquiétait et il tentait au mieux de la rassurer en lui écrivant '' Je vais bien. J'ai seulement besoin de temps seul, j'ai des trucs à gérer. J'te tel dès que ça s'arrange. Prend soin d'toi, beauté. '' Il se sentait horriblement merdique de la laisser en plan, mais il n'avait pas la force de tout lui expliquer... et il ignorait s'il avait la force de s'engager, peu importe la façon, avec une femme. Tu vois, j'en ai plein l'cul d'avoir le moral plus bas qu'terre pour une femme. J'suis mieux tout seul. Les chasseurs n'étaient pas faits pour la vie de rêve, il faudrait bien qu'il se colle cette idée entre les deux oreilles une bonne fois pour toute...

Malheureusement, si la journée avait bien débutée, elle s'était corsée en après-midi, lorsqu'il avait reçu un appel de Josh Harvey, un chasseur de la vieille école... qui n'avait plus toute sa tête depuis l'épreuve d'intoxication. Il avait eu des séquelles, un peu comme lui et son problème de dépressions. Sauf que dans le cas de Josh, c'était surtout des crises de paranoïa, d'obsession, et de démence. Plus les années avaient défilées, et plus son problème s'était aggravé. Maintenant, il habitait dans une vieille baraque en pleine forêt à Somerset, dans le Vermont, et vivait pratiquement comme un ermite. Il avait souvent des phases de folie où il s'imaginait que la terre entière complotait contre lui ou encore, il se mettait des idées absurdes dans la tête, des fixations ou des buts étranges qui n'avaient aucun sens. Il en devenait dangereux, à ne plus distinguer la réalité de ses propres illusions. La dernière fois qu'il lui avait téléphoné, il lui avait dit avoir capturé cinq démons, qu'il avait enchaîné dans son sous-sol, et l'avait invité à assister à leur exécution. Quand il s'était rendu sur les lieux avec Nev, il avait comprit que ses cinq démons étaient en vérité cinq filles du Moonrise, cinq humaines, qu'il avait séquestré en étant persuadé qu'elles venaient de l'enfer. C'était loin d'être de bons souvenirs à sa mémoire, surtout qu'ils avaient dû se battre avec lui pour l'immobiliser. Maintenant, ce sera quoi, Harvey ? Qui c'est ta créature de l'enfer à exorciser ?

C'était bien ce qu'il lui avait dit lors de cet appel. Qu'il avait capturé une vilaine créature et qu'il songeait à la purifier... et qu'il voulait son aide. Tu fais vraiment chier. Pourquoi t'appelait pas quelqu'un d'autre à la place ? J'suis pas d'humeur à m'taper trois heures de route et à jouer le mec qui fait semblant d'comprendre ta folie., pense-t-il sombrement. Il tente de se calmer en se disant que le pauvre n'y était pour rien. C'était le putain de poison dans ses veines qui avait détraqué ses neurones. C'était probablement pour cette raison qu'il s'y rendait à chaque fois, en mémoire de son enfance passée en sa compagnie, un temps où il allait bien. Foutue chasse de fuck. Ça nous aura pourri la vie à tous les deux, mon gars. La plupart du temps, il y allait en compagnie de Nev, mais cette fois, il y allait seul. Nev était avec sa copine à New-York et ne risquait pas de revenir avant quatre bons jours. Quatre jours, c'est trop long à attendre, surtout quand on sait qu'un mec qui n'a plus toute sa tête risque de charcuter un innocent chez lui. Il avait donc prit le risque de s'y rendre seul, même s'il savait que ce n'était pas une bonne idée, de base. Mais puisqu'il n'avait plus de temps à perdre et que de passer des appels allait étirer le temps, augmentant les chances qu'il commette un acte irréversible... autant tenter le coup en solitaire. J'vais tenter d'le raisonner et si ça marche pas, bah... j'ferai des appels.

Trois heures de trajet... et il arrive enfin à destination. La vieille baraque n'avait pas changé, sauf qu'elle lui paraissait un peu plus glauque que d'habitude. Peut-être parce qu'il avait fait installer des barreaux en acier à toutes les fenêtres. J'comprends pourquoi tu vires dingue à t'barricader là-dedans. Mal à l'aise, il s'extirpe hors de sa bagnole et fait un tour d'horizon du regard. Son vieux pick-up n'était pas là. Il devait être en ville à faire des emplettes... Grimaçant, un brin agacé, il referme la portière et se dirige vers la porte d'entrée. Il cogne contre la porte à plusieurs reprises pour s'assurer qu'il était absent... et balance un coup de coude dans la vitre pour l'éclater. Rapidement, il déverrouille et entre à l'intérieur. Ce qu'il voit... ne l'encourage pas. C'était un véritable foutoir. La cuisine était bordélique. Il y avait un paquet d'assiettes sales empilées dans le lavabo et sur les comptoirs. Sur la table, un amas de trucs, le sol en était tapissé également. Des vieux journaux, des magasines, encore de la vaisselle... et ça schlinguait la merde. Et c'était partout comme ça. Ce n'était pas vraiment le bordel qui le dérangeait, c'était surtout le fait qu'il savait que ce foutoir reflétait son état psychologique. Et c'est deux fois pire que la dernière fois.

« Harvey, t'es là ?! C'est Jasper Rhodes ! »

Non, il ne croyait pas qu'il y était, mais par simple précaution... Le silence lui répond, à l'exception de... d'un cliquetis. Et d'un faible gémissement. Il s'immobilise un instant, tendant l'oreille.

« Y a quelqu'un ?! »

Encore une fois et plus clairement, il entend ce fameux bruit... ainsi qu'un gémissement un peu plus distinct en provenance du sous-sol. Sans plus tarder, il dévale les escaliers jusqu'en bas... et vacille lorsqu'il la voit. Oh putain... oooh putain. Pétrifié sur place, il la dévisage, les yeux écarquillés, le palpitant sur le point de péter. Non seulement c'était un choc de la voir là, enchaînée et le visage tuméfié... mais l'effet avait aussi ricoché à savoir... que c'était elle, la captive.

« Mary... », bredouille-t-il, la voix chevrotante.

Il secoue la tête en un spasme étrange tandis qu'elle relève la tête afin de le regarder. Non... non. C'est pas elle. Ça peut pas être elle. Non. Pas possible. Pourtant, ce l'était. Pourquoi... elle ? Pourquoi... ELLE ?!!! Il prend un temps avant de bouger, moment où sa cervelle tente de gober l'information qui refusait obstinément de se frayer un chemin entre ses tempes. Y a tellement... de personnes... partout... et c'est... elle... et c'est moi qui... Il repousse ses pensées loin en lui et s'active au risque de devenir encore plus dingue qu'Harvey. Il reste debout à côté d'elle, dévisageant ses entraves. Elle avait des carcans aux poignets, reliés à une chaîne fixée au sol. Il sort son flingue et le braque vers la chaîne.

« Pousse-toi le plus possible, j'vais l'exploser. »

Il tire à deux reprises et la chaîne cède. Rapidement, il range son flingue et s'accroupit devant elle, le faciès un peu blafard. Ses yeux observent les plaies et il ressent la profonde envie de gerber. J'ai envie d'te tuer, Harvey. J'espère que t'as pas l'intention d'revenir bientôt.

« J'vais t'sortir de là, okay ? J'vais t'porter, cramponne-toi à moi. », marmonne-t-il, tendu comme de la corde raide.

Elle a à peine le temps de glisser ses bras autour de son cou, qu'il sent le canon d'un flingue se poser derrière sa tête. Fuuuuuuuuuck. Il n'avait rien entendu et pourtant, il avait l’ouïe fine. Non, il n'avait absolument rien entendu, sans doute parce que... le battement affolé de son cœur avait dévasté son encéphale à l'instant où il avait vu l'inferis. Les seuls sons qu'il avait perçu... étaient les pulsations chaotiques lui martelant tortueusement le poitrail.

- Tu veux m'la voler, Rhodes ? Hmmm ? Tu comptais te barrer avec ma femme ?!! MA DIANE ?!

Harvey gueule à son oreille et le blondin grimace, le tympan irrité.

« Du calme... j'voulais seulement... la soigner. J'voulais pas partir avec elle. Tu veux pas d'une femme toute abimée, non ? Laisse-moi seulement vérifier ses blessures... okay, Harvey ? J'suis ton pote... j'ai pas envie de t'foutre en rogne. J'viens de faire trois heures de trajet... déconne pas. »

C'est mauvais... j'crois que ça risque d'être fucking merdique cette fois. Ses prunelles azuréennes s'accrochent à celles de Mary, et il espère que le dément se calmera rapidement.



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MessageSujet: Re: Brand new eyes [Jasper] Mer 20 Sep - 17:40

   
BRAND NEW EYES

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Il y a cette attraction, cette attirance qui me pousse et me presse. L’envie de le revoir, non, le besoin de le revoir. Son visage parfaitement gravé à l’encéphale, les traits analysés puis imprimés à la mémoire comme pour ne jamais oublier. Et son ami ou agent – peu importe ce qu’il est – me bouscule, me l’arrache. Et je ne l’aime pas vraiment. Lui. Celui qui ose interférer et me le prendre quand j’ai tout à découvrir, quand je ne connais pas même son nom au blondin.
Les yeux transpercent l’intrus. L’envie sournoise de le sonder, de voir à travers les fringues et la peau pour en découvrir chaque petite veine. Visualiser ce palpitant qui pulse, qui cogne et l’emprisonner, le priver de son oxygène en bouchant les artères. Alors il tomberait par terre, la main sur le cœur, le visage figé dans une moue empreinte d’horreur. Ils appellent ça comment déjà ? Oh. Une crise cardiaque. Ce serait triste, ce serait dommage. Mort douloureuse, atroce et si banale pour le commun des mortels. Et tu crèverais sur le bitume parce que personne ne saura te réanimer, que les secours mettrons trop de temps à arriver. Triste fin, pas vrai ?
Mais le blondin ne me laisse le temps de rien si ce n’est d’imaginer la mort de son cher et tendre petit copain. Et tout se précipite, la carte de visite tendue puis arrachée pour être fourrée vulgairement dans une poche où doivent trainer tout un tas de conneries – mouchoirs usagés, chewing-gums prémâchés, tickets de CB.
Puis il y a cette enveloppe qui accapare mon attention, qui me fait oublier le blond l’espace de quelques secondes. Et les mots se dévoilent sur une feuille de papier banale. Les sourcils froncés, je ne comprends pas le sens, pense même d’ailleurs que c’est une erreur. Mais il y a mon nom sur la dite enveloppe.

Il m’arrache à ma contemplation le blond, me rend mes clés avant de disparaitre, s’éloignant à grand pas vers la bagnole qui l’attend. Moi je reste plantée là, au milieu de nulle part avec l’incapacité à comprendre ce qu’il vient de se passer.
La bague rejoint la paume de ma main, scintillante, splendide, hypnotisante. Le rubis semble s’intensifier lorsque je le passe à mon doigt. Et ce sentiment étrange qui vient me broyer l’âme, la piétiner. Je la retire, l’enferme à nouveau dans son papier avant de la fourrer dans mon sac. C’est peut-être un leurre.
Et il n’a pas menti le blondin, la voiture redémarre me conduisant chez moi, chez nous.
J’erre un long moment dans le salon avant de rejoindre notre pièce sans fenêtre, celle des rituels. Le papier se consume, en réchauffe l’encre pour rendre la matière vivante. Elle se déplace et forme un nom, J. Rhodes, avant de s’évaporer. Mais rien ne semble vouloir raviver les souvenirs, ni ce nom, ni cette bague. Et l’objet est passé au crible, tentant de faire parler le métal et la pierre précieuse. Il n’y a que des flashs. De l’achat dans une boutique, il y a ce reflet dans la vitrine. Une masse sombre surmontée d’un visage flou et de cheveux plus longs que la moyenne. Puis le noir total, enfermé dans un écrin pendant de trop longues semaines ou mois. Jusqu’à entrevoir la lumière, jusqu’à ce qu’elle atterrisse sur mon annulaire. Il ne vit pas le métal, il n’a aucune émotion. Et tout s’arrête, le vide, le néant. Les yeux s’ouvrent et clignent et clignent sans réussir à comprendre ni à déterminer la signification du bijou. Je le range soigneusement avant de gagner ma couche pour ne penser qu’à un seul être, une seule personne. Lui. Lui et son visage et sa mèche de cheveux. Lui et sa moue et ses traits. Lui et juste lui.

Les jours passent sans que jamais il ne me rappelle, me plongeant dans une humeur massacrante. Le café est trop chaud ou trop froid. Les dossiers mal rangés, mal triés, mal étudiés. Alors les tasses volent et éclatent sur le parquet. Les piles de dossiers s’étalent et se mélangent dans un mouvement d’humeur qui les font quitter le bois sec de mon bureau. Et elle n’en peut plus mon assistante, renifle, chiale dès que la porte se referme. Je la maltraite, la gifle pour la faire éclater en sanglot sans que jamais rien n’arrive à me satisfaire. Je l’étrangle même, là, juste derrière la lourde. Ses yeux s’injectent de sang et ses pieds battent l’air, ses mains accrochées à mes poignets qu’elle tape, qu’elle écorche au début avant de cesser, trop faible. Elle n’était plus vraiment amusante de toute façon. Encore vivante, un peu agonisante, elle s’est consumée de l’intérieur devant mon regard joueur. Simple poussière, elle terminera sa vie dans un vieil aspirateur le soir même.
Et il me faudra une semaine entière pour m’agacer pleinement, pour qu’il devienne une obsession. Je le veux. Je veux le voir. Je le veux vraiment. Les dossiers en cours sont plantés pour que l’on trouve toutes les informations sur ce J. Rhodes. Jusqu’à ce que mes petites abeilles trouvent une adresse, puis des fiches d’identités. Ils sont deux. Jake et Jasper. Des frères, vivant tous deux dans la même bâtisse. Si je reconnais la photo de l’un pour l’avoir vu quelques jours auparavant, l’autre ne m’est pas totalement étranger sans savoir ce qu’il peut représenter.
J’en déduis que c’est Jake que je dois trouver. Qu’il doit être l’auteur de cette lettre, qu’il est l’anonyme puisque le blondin ne semblait pas me connaître. Et je ne sais plus vraiment où donner de la tête. Deux putains de frères. Dont l’un que je suis persuadée connaître. Et je fouille, fouille la mémoire à m’en donner mal au crâne.
Et l’obsession reprend, encore, toujours. Ce besoin vital de le revoir et qui occulte l’importance de cette bague. Alors je me fous des mots sur ce billet ; je me fous de cette bague et de ce qu’elle représente ; je me fous de quitter le bureau et de planter tout ce beau petit monde. Je dois le voir, le toucher, lui parler.

Idée fixe, les prunelles ne regardent que la route qui défilent, que les maisons qui se ressemblent toutes dans ce genre de lotissement. J’ai appris l’adresse par cœur, pense déjà à ses yeux, à son regard et à ses lèvres. Distraite, je percute un poteau, bousillant ma bagnole à l’angle d’une rue. A deux ou trois rues de la sienne, putain. Secouée mais sans aucune égratignure grâce aux différents airbags, j’arrive à sortir, titube légèrement pour tomber dans les bras d’un type que je ne connais absolument pas. Il caresse mes cheveux, souffle à mon oreille que tout ira bien et plante une seringue dans mon cou sans que je n’ai le temps de réfléchir, de réagir.
Je m’effondre là, inconsciente, droguée par ce mélange qu’il a injecté directement dans mes veines.

Il y a le bruit d’une station radio qui déraille dans un grésillement et une voix masculine qui gueule, qui jappe et qui cogne le poste. Position inconfortable au possible mais incapacité totale à bouger le moindre muscle. Et les pouvoirs ne fonctionnent pas, plus. Il dit « On est bientôt arrivés à la maison ma puce. » ajoute « Tu es si belle quand tu dors ma Diane. Ah ma Diane. »
Et ce prénom qu’il répète en boucle et qui n’est pas le mien. J’ai envie de lui dire qu’il se trompe, que c’est faux, que je ne suis pas cette femme qu’il appelle, qu’il semble vouloir. Mais la bouche est paresseuse, engourdie par les sédatifs. Et il n’y a rien alors qui s’échappe d’entre les lippes si ce n’est des grognements digne d’un animal blessé. Il dit « Chut, c’est pas grave. Non. C’est pas grave. Tu es revenue. »

Et le trou noir.

Les yeux s’écarquillent sur un plafond grisâtre, sale. Les paupières battent pour enlever le voile flou qui cache la vue. Et les souvenirs qui reviennent, percutent l’encéphale à faire mal. Je me redresse trop vite, tangue et me rattrape tout juste à l’accoudoir… du canapé. L’élan bouscule la petite table et la lampe de chevet éclate dans un bruit sordide. Des pas se pressent, lourds, comme s’il portait des bottes épaisses. Le plancher craque partout et bientôt je le vois, là, juste là. Son œil un peu fou. Il s’approche, s’émerveille un instant pour me prendre dans ses bras, me serrer fort et presser mes lèvres. Et je le repousse, le repousse vivement, grogne et geins.

« Me touche pas. Je ne vous connais pas ! Je ne suis pas elle ! »

Des mots qui viennent l’aveugler, qui résonnent dans ses oreilles comme autant de couteaux que je viendrais de lui planter dans l’abdomen. Et son visage change, se fige dans une grimace atroce. Atroce pour moi. Je le sens, le pressens. Et il y a la gifle, le revers qui fait enfler la pommette et qui lance de cette douleur cuisante. Il hurle et frappe le ventre de cette botte aussi épaisse que je l’avais imaginé. Il gueule « sorcière » baragouine « Je vais te buter sale chienne ! »
Et les cheveux sont tirés quand le corps dévale l’escalier. Les os sont malmenés sans pour autant se briser. Il y a la chaise, puis la table et les coups qui pleuvent, lacèrent la chair tendre. L’inferis muselée il n’y a que l’enfant qui chiale et chiale. Et il cesse. Cajole le corps meurtrit, le mien.

« J’avais peur que tu t’en ailles, pardon Diane, pardon. Je recommencerais plus, je te le promets. Oh ma Diane. »

L’aliéné est de retour, sa caboche dévasté, gangréné par son propre poison, les tourments qui semblent l’assiéger. Et je crève dans mon dedans, crève sans réussir à ouvrir correctement les yeux, trop gonflés pour voir, trop épuisés pour essayer. La douleur sifflante entre les côtes à chaque inspiration. Et tout change encore et encore. Inlassable manège jusqu’à ce que je décide de jouer le jeu pour survivre. Jusqu’à ce que je l’apaise, que je dise « C’est pas grave mon amour, je te pardonne, c’est pas grave, je suis là. »
Et je mens, mens encore pour ne pas qu’il m’abatte. Le laisse presser ce bout de chair qui ne semble plus vraiment m’appartenir tant il n’est que douleur. Il m’offre un peu de répit, me donne un peu d’eau et de glace pour que le visage dégonfle. Il répète que c’était un accident, que je le rends fou, qu’il n’y peut rien mais que c’est pas grave parce que je lui ai pardonné, oui, c’est ce que j’ai fait.
Le temps s’étire et s’étire, je ne vois pas dehors. Je ne suis pas capable de dire s’il fait jour ou s’il fait nuit, ni même depuis combien de temps je suis ici.
L’esprit déconnecte, se réveille lorsqu’il plante à nouveau son poison. Du sorbier pour m’affaiblir encore et ces autres substances pour me tenir tranquille, sage, docile. Une double dose qui pourrait me flinguer. Les pieds nus battent l’air, s’affaiblissent et il n’y a plus rien. Rien que sa main qui caresse la joue trop rouge de ses coups.



Une voix, cette voix. Celle d’une obsession. J’émerge, affronte le réel qui se confond encore à mes chimères. Les membres bougent, s’activent difficilement. Le tintement des chaines me fait redresser le minois, comprend alors qu’il n’y aura pas de porte de sortie, pas cette fois. Et je geins, trop faiblement, trouve la force de bouger encore et d’attirer l’attention sans qu’un mot ne puisse pourtant franchir la lisère des lèvres abimées.
Robe retroussée, chignon défait et collants déchirés, j’ai l’air d’une mendiante, l’air de rien, de rien du tout. Et il fait trop sombre pour que le visage apparaisse. Je me replie sur moi-même en grimaçant, me souvenant de tous les muscles touchés, gonflés.
La peur enroulée dans les entrailles et le cœur, cœur qui bat si faiblement quand il voudrait tambouriner comme un damné. Il s’approche et s’approche jusqu’à ce que je puisse distinguer les traits et les contours, jusqu’à ce que je le reconnaisse à travers la vision pas réellement nette. Et c’est lui. Et c’est toi. Toi là. Toi maintenant. Toi toujours. Sentiment étrange qui pousse et qui nous lie. Le besoin de lui, encore, encore. De me blottir, de le sentir. Babines qui s’étirent à peine, se crispent sous la blessure à la commissure. Il tire une fois puis deux, pour que les chaines s’éventrent et me libèrent. Il parle doucement comme on le ferait à une enfant. Et je me laisse bercer par le son de sa voix qui s’inscrit comme une tendre mélodie. Mais cela aurait été trop facile. Parce que l’autre est revenu, qu’il ne veut pas qu’on la touche, qu’on me touche.

~~~~

Le canon toujours braqué sur Jasper, Harvey crispe la mâchoire. Il la regarde, sa Diane et ses écorchures qui jonchent son si joli minois.

« Elle m’a pardonné. Elle a dit que c’était pas grave. C’est pas grave. Elle va bien, hein que tu vas bien Diane, dis lui putain DIS LUI ! »

Sur le fil de sa folie, l’arme se balance, s’agite, pointe dangereusement sur son visage à elle, oscille sur son visage à lui. Et elle lui répond faiblement un « je vais bien. »
Alors il se calme un peu Harvey, désarme son ami et l’attache à sa propre ceinture parce qu’il ne sait pas vraiment s’il dit vrai, s’il est vraiment lui. Crise de paranoïa aiguë qui le pousse et le pousse à toujours maintenir son flingue braqué sur sa gueule du blondinet.

« Allez lâche là maintenant, elle va bien, elle te l’a dit. Viens. Je vais t’offrir un verre, elle a besoin de se reposer. »

Harvey, il attrape le bras de son pote, le hisse pour qu’il la délaisse et elle s’échoue sur le sol sa brune à lui. Sa jolie brune à lui.
Il range son flingue qu’une fois arrivé en haut des marches, près à sortir deux bières du pack qu’il vient d’acheter.

« Ça m’fait plaisir de t’voir Jasper. »

Il pousse la vaisselle qui se casse la gueule dans le bordel environnant. Il a oublié l’appel passé, oublié la créature des enfers parce qu’elle est devenue sienne, que son visage se superpose à celle qu’il aime et qui s’est barrée, incapable de supporter ses humeurs et ses crises.
La bière mousse, pas assez fraiche et il en fout partout, Harvey, se bidonne même de la voir s’étaler sur le sol crade.

« Faut pas t’inquiéter ça va, avec Diane on traverse un truc pas facile mais tu dois connaître ça, les gonzesses ça va, ça vient mais elle, c’est différent ouais. »

Et il n’aime pas le regard qu’il perçoit dans les prunelles de son ami, il n’aime pas, non. La parano le rattrape.

« Qu’est-ce que tu fous là Rhodes… Tu veux me la prendre c’est ça ? Dis-le que c’est ça, qu’est-ce que tu fous chez moi, pourquoi t’es rentré, pourquoi t’as été la voir ? Elle t’a appelé la garce ? C’est ça ? PUTAIN MAIS C’EST CA ! TU LA BAISES QUAND J'SUIS PAS LA ! »

Et il déraille, s’enferme dans son nouveau délire. C’est lui l’amant, c’est à cause de lui qu’elle a voulu partir, pour le retrouver et comme elle n’est pas venue, il est venu la chercher, la lui voler. L’arme se tend brusquement, sa nuque craque sinistrement. Yeux rougis par la fatigue, l’alcool et la dépression qui le bouffe. Une paire de menottes est balancée, glisse sur la table pour cogner jusqu’à lui.

« Mets les putain mets les ! Où j’te plombe ouais j’te fais un trou dans ta jolie tête blonde. »

Et il n’entend pas les explications, sursaute quand la porte du sous-sol grince. « Putain ! Putain ! Regarde c’que t’as fait ! » Il ne sait pas s'il est attaché Jasper, il s'en fout.

Harvey, il se jette sur la brune, la hisse sur ses pieds en lui tirant les cheveux. Et ça le fait marrer, de ce rire complètement dingue, insensé. Il la balance à ses pieds comme une vulgaire poupée de chiffon. Les deux armes à présent tendues et les balles chambrées.

« Tu la veux Rhodes ? Et toi sale pute, tu voulais me quitter pour lui ? Déshabille-toi putain, DESHABILLE-TOI DIANE ! J’veux le voir te reluquer. »

Parce qu’il est désaxé, n’a que sa logique à lui. Il veut le voir pour le croire, pour croire qu’il la veut, qu’il la désire comme lui la désire. Mais elle ne va pas assez vite, tremble, fébrile. Alors il la tire à lui par la cheville, sa tête cogne contre le sol. Et dans son délire, toujours, il tire dans l’épaule de Jasper pour le maintenir à sa place, pour qu’il recule et qu’il le laisse faire.
La fermeture éclair de la robe pète, dévoile le corps et la naissance des hématomes qui le parsème. Et ça tilt, quelque chose cloche quand il regarde les formes. Parce que Diane, elle a une marque de naissance sur sa hanche et elle, elle n’en porte pas.

« Démon putain de démon. Fuck fuuuuuuck, elle m’a ensorcelé ! Putain tu m’as ensorcelé, arrêtes de jouer dans ma tête, arrêtes ! »

Il en oublie les flingues qu’il délaisse plus loin. Il en oublie sa réalité, s’agenouille au-dessus du corps maltraité qu’il croyait être Elle. La tête de Mary entre ses mains qu’il serre et serre. Il voudrait enfoncer ses pouces dans ses orbites pour que plus jamais elle ne puisse posséder le regard de celle qu’il aime. La colère, la rage. Elle a les yeux clos, ne semble plus réagir. Alors il se dresse sur ses quilles. Balance le corps inerte sur son épaule et dévisage Jasper qu’il constate blessé.

« J’vais nous en débarrasser. Elle fera plus d’mal à personne, bouge pas. J’reviens. »


Et il prend la pelle, pousse la porte du pied le regarde d’un air désolé avant de passer le seuil.
Harvey, il pelte à quelques pas de la maison, creuse un trou large et profond pendant que la brune reste inanimée. Il va l’enterrer. La laisser se faire avaler par la terre qui la refoutra en enfer cette sale créature.




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It's getting close. I lose control. It's taking over. It's getting close.
I'm slipping into the deep end. I'm in over my head I can't catch my breath. I'm slipping into the deep end. Darkness is sinking me Commanding my soul. I am under the surface where the blackness burns beneath.

I am a wicked.



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MessageSujet: Re: Brand new eyes [Jasper] Dim 1 Oct - 18:08

   
BRAND NEW EYES

But it's too late, to go back. I can see the darkness, through the cracks.



L'idée de la laisser seule dans cet état ne lui plaisait pas, mais il préférait qu'elle reste seule plutôt qu'elle soit en présence de Josh. Il savait qu'il n'était plus lui-même et il ignorait jusqu'où sa folie allait le mener. Le tenir à l'écart de Mary était une bonne alternative, puisqu'elle semblait attiser son insanité. Le blondin conserve son sang froid, même si la nervosité ravage ses artères et que son inquiétude... pour elle... lui donne quelques sueurs froides. Malgré tout, c'est avec calme qu'il se redresse, n'esquissant aucun mouvement brusque susceptible d'envenimer sa démence. 

« T'as raison... on va trinquer un peu ensemble... pendant qu'elle se repose. », dit-il en douceur, hochant lentement la tête, laissant son regard angoissé considérer le visage de l'inferis le temps de quelques secondes avant de suivre le chasseur fou.

Il avait tenté silencieusement de lui faire comprendre de ne pas monter à l'étage, mais honnêtement, il ne croyait pas qu'elle avait capté le message. Il espérait seulement qu'elle chercherait un moyen de fuir maintenant qu'elle était libéré de ses chaînes, mais de façon discrète, en tentant une échappatoire via le sous-sol. Une fenêtre non barricadée, ou un quelconque passage vers l'extérieur... en autant qu'elle évite de se montrer à son regard. En silence, il délaisse le sous-sol et se rend à la cuisine en compagnie de Josh, qui range finalement son flingue pour se saisir d'une bière. Quant à lui, il prend tranquillement place à la table, s'assurant de se positionner de façon stratégique afin de faciliter ses mouvements. Et il observe, le blondin, chaque détails, chaque déplacement, chaque objet à sa portée qui lui servirait d'arme au besoin.

« Ça m’fait plaisir de t’voir Jasper...  Faut pas t’inquiéter ça va, avec Diane on traverse un truc pas facile mais tu dois connaître ça, les gonzesses ça va, ça vient mais elle, c’est différent ouais. »
« J'comprends, elle est spéciale pour toi... elle est unique... », finit-il par murmurer pour lui-même.

Ironique, quand même. Que ce soit Diane ou Mary, les deux chasseurs se retrouvaient avec la même femme au cœur de leur propre folie. La sienne était peut-être plus douce, mais elle dévastait autant, en y songeant bien. Un regard mélancolique sonde celui d'Harvey, cette lueur de compassion et de tristesse à le voir aussi bas, aussi perdu et confus dans une réalité qui n'était que la sienne. Et c'est à ce moment que tout dégénère. Il ignore pour quelle raison Harvey se met soudainement à déraper. Peut-être qu'il avait discerné tout au fond de ses pupilles, l'affection démesurée qu'il avait lui aussi pour sa Diane, cet amour toujours aussi vif et douloureux qui dégueulait par ses iris. Peu importait ce qu'il avait vu dans le regard terne du cadet Rhodes, chose certaine, il n'avait pas apprécié.

« Qu’est-ce que tu fous là Rhodes… Tu veux me la prendre c’est ça ? Dis-le que c’est ça, qu’est-ce que tu fous chez moi, pourquoi t’es rentré, pourquoi t’as été la voir ? Elle t’a appelé la garce ? C’est ça ? PUTAIN MAIS C’EST CA ! TU LA BAISES QUAND J'SUIS PAS LA ! »
« Fuck, mais c'est toi qui m'a téléphoné pour que j'me rapplique ici ! J'en ai rien à foutre de Diane ! C'pour toi que j'suis venu ! », qu'il réplique, s'agitant sur son siège, commençant à manquer cruellement de patience.

Évidemment, il n'écoute rien, trop enlisé dans sa névrose. Le flingue s'agite, des menottes glissent sur la table, et malgré ses menaces, le blondin ne fait rien, ne bouge pas d'un iota, le toisant presque avec défit d'appuyer sur la putain de détente. Vas-y, tire, parce que j'les mettrai pas tes foutues menottes !

« Harvey, dépose le flingue, on va... »

Il s'arrête. Quelque chose grince... et ce n'était pas ses nerfs sur le point de se rompre. La porte menant au sous-sol s'ouvre et Mary apparaît sur son seuil. Putain d'fuck ! Fallait pas monter ! Ses yeux s'écarquillent tandis que tout file trop rapidement. Il hurle, le cinglé, malmène l'inferis, la pousse, la tire, elle perd conscience, et le blondin voit noir. Il bondit et s'élance, agrippant la bouteille de bière qu'Harvey avait laissé sur la table pour lui en balancer un bon coup sur le crane, mais être fou ne signifiait pas être con. Harvey est plus rapide que lui et lui tire une balle à l'épaule pour le freiner. Le blondin bascule vers l'arrière et manque près de s'encastrer la hanche au comptoir. L'épaule déglinguée, il tente de reprendre l'équilibre et de réfléchir, mais le temps de battre des cils, le dément est déjà à l'extérieur, trimballant le corps presque entièrement dénudé de l'inferis sur son épaule. L'adrénaline gravit des échelons et bien que son regard se perd un bref instant sur les deux flingues qu'il avait laissé derrière lui, c'est vers le comptoir que ses pas le mènent. Il agrippe une casserole en fonte - reprend tout de même son flingue qu'il glisse à sa ceinture - et se dirige d'un pas vif vers l'arrière de la maisonnée afin de s'assurer que Josh ne le voit pas sortir par l'avant. Une fois à l'extérieur, il le voit, à creuser la terre, à baragouiner entre ses lèvres asséchées des paroles incohérentes au rythme de ses délires. Trop préoccupé à sa tâche et à vociférer contre l'inferis inconsciente, il n'entend rien, ne remarque rien, mais doit très certainement ressentir derrière sa tête la lourdeur lancinante de la casserole lorsque le blondin l'abat sèchement contre sa caboche. Un bon coup, sans y mettre toute sa force, mais amplement fort pour lui faire perdre conscience. Et il s'étale de tout son long, le fou, la face étampée contre la terre fraîchement pelletée.

« J'aurais dû m'flinguer la cervelle voilà une semaine, comme j'étais supposé l'faire... », grommelle-t-il dans sa barbe, dévisageant bêtement les deux inertes, anticipant déjà les efforts qu'il allait se taper pour s'occuper de l'un comme de l'autre.

Vie de merde.


*******************************


Deux heures plus tard, toujours à Somerset...


Harvey devait être à l'hôpital à l'heure actuelle. Il l'avait laissé inconscient chez lui, mais avait prit soin de le traîner à l'intérieur et de lui menotter les poignets au montant de son lit, le temps que les infirmiers arrivent sur les lieux pour s'en occuper. Il avait ensuite pris soin de Mary, l'enveloppant soigneusement dans une couverture pour l'installer sur la banquette arrière de sa charger. Il ne s'était pas éternisé sur les lieux, non. Il avait eu sa dose de folie pour la journée, aucun besoin d'en ajouter. Avec cette épaule blessée, une inferis inconsciente et assez amochée, ainsi que la fatigue cumulée depuis plus d'une semaine, il avait laissé tomber l'idée de se coltiner un trajet de trois heures pour retourner à Salem. Heureusement pour lui, il connaissait Carmen Swansson, qui résidait à seulement quinze minutes en voiture de chez Harvey et qui lui devait un service. Une jeune infirmière qui avait eu son lot de problèmes avec un vampire et le blondin l'avait réglé, en ne lui demandant rien en échange. À ce moment, elle avait des problèmes financiers et lui avait fait la promesse de lui remettre un jour. Et ce jour était aujourd'hui.

Il lui avait plus ou moins expliqué la situation, en lui demandant de lui laisser son logement pour la nuit, en lui promettant de quitter le lendemain, au plus tard dans l'après-midi. Tout dépendant de l'état de Mary. Elle avait accepté sans hésiter et lui avait offert des soins pour son épaule, tout en terminant par examiner rapidement Mary, qui était restée inconsciente tout ce temps. Des blessures superficielles, sauf peut-être des cotes de fêlées du côté droit vu la taille imposante de l'ecchymose. Difficile de savoir sans radiographie, mais aucun besoin puisque Mary était une inferis. D'ici un jour ou deux, elle serait comme neuve et allait sans doute danser la macarena sans problème. Peut-être même avant, aucune idée. Après avoir rassemblé quelques effets personnels, Carmen avait déserté les lieux. Il avait profité du sommeil de Mary pour s'éclipser du logement une vingtaine de minutes afin d'aller chercher de quoi bouffer au petit restaurant de l'autre côté de la rue, s'était également arrêté à la boutique de vêtements non loin pour s'acheter un t-shirt et quelques morceaux pour la belle amochée. Rien d'exceptionnel, c'était une petite boutique merdique plantée dans un trou du Somerset. Il avait fait de son mieux pour choisir les fringues les moins moches... dans ce paquet de mochetés.

De retour au logement, il se fait discret, ne souhaitant pas la déranger alors qu'elle prenait du repos. Toutefois, il ne tarde pas à réaliser qu'elle s'est éveillée lorsqu'il l'entend gémir. J'espère que t'essaye pas de te lever, c'pas une bonne idée. Prenant une grande inspiration, le chasseur s'empare de ses nombreux sacs et entre d'un pas un peu hésitant dans la chambre. Tu sais pas à quel point j'me sens pas à l'aise en c'moment. J'sais pas comment m'y prendre pour faire semblant de pas t'connaître. J'veux pas dire une connerie non plus. J'veux pas te regarder d'une façon qu'il faut pas.

« Hey... j'crois que j'vais éviter de t'demander si tu vas bien, tu risques de m'dire d'aller m'faire foutre. », dit-il, petit rictus au coin des lèvres.

Il dépose les sacs sur la commode et s'avance en sa direction, mais prend soin de rester debout et à une certaine distance... évitant d'être trop... près. Il lui explique en détail la situation, de ce qu'il en était d'Harvey, de ses plans de rester ici pour la nuit, et l'informe aussi concernant son état, lui précisant qu'elle n'avait rien de grave, mais qu'il serait préférable qu'elle reste au repos.

« Carmen m'a laissé des sédatifs pour la douleur, si jamais t'en as besoin pour dormir, t'as qu'à m'le dire... et si tu crois qu'il vaut mieux aller à l'hosto... c'est pas un problème, j'peux t'y reconduire, c'est pas loin d'ici. », ajoute-t-il, même s'il savait qu'elle allait refuser l'offre.

Il fallait faire semblant de ne rien savoir d'elle, alors lui parler comme un mec qui croyait bêtement qu'elle était seulement une pauvre humaine vulnérable était la meilleure option pour l'instant. Putain que j'déteste ça. J'suis pas bon pour jouer la comédie. Et lui qui tentait l'impossible pour ne pas la croiser depuis des jours... maintenant il se retrouvait encore avec elle, sans même l'avoir cherché. J'suis mal foutu, c'pas possible ça. Le temps de quelques secondes, un silence dérangeant persiste, alors qu'il est là à la dévisager, l'air d'un type qui ne savait pas trop quoi foutre. Il se racle la gorge et s'empare d'un sac, en vidant son contenu sur le lit.

« J'suis allé t'acheter quelques fringues, Harvey a salopé ta belle robe alors... un pantalon sport confo'... », commence-t-il, en lui montrant le morceau, bien banal mais qui convenait parfaitement, selon lui. « Et je t'ai choisi un t-shirt spécialement fait pour toi. », lance-t-il, sans parvenir à réprimer un ricanement tandis qu'il s'empare du vêtement pour lui montrer.

Un t-shirt noir, bien ordinaire au premier coup d'œil, mais on pouvait y lire dessus, en lettres blanches : I'M A LETHAL WEAPON. Et c'est ce qui était totalement hilarant. Lorsqu'il l'avait vu, il s'était marré comme un con. Parce que Mary Williams était vraiment une arme fatale. En ce moment, elle n'en avait pas l'air, mais d'ici quelques heures, ce serait une autre histoire. On sait bien tous les deux que t'as seulement eu une malchance avec Harvey, en cas contraire, il chialerait sa mère en c'moment. Ou sa carcasse cramerait encore quelque part. Un fou rire le prend sans qu'il ne puisse s'en empêcher. La fatigue ou seulement l'ironie derrière la signification des mots. Un peu des deux, allez savoir.

« Hum... j'me suis dit que si tu l'portais plus personne n'allait oser t'emmerder. C'est une tuerie ce truc. », qu'il ricane à nouveau, tentant de reprendre son sérieux, fourrant les fringues dans le sac pour ensuite le poser sur la commode. « Désolé, mais y'avait soit celui-là ou un autre avec un '' I love Somerset '' et vu ton état, j'crois pas que t'aurais aimé le porter. »

J'sais, t'en a pas besoin de l'autre t-shirt non plus. Les gens comprennent assez vite de pas s'frotter contre toi. Il hoche lentement la tête et sans un mot, sort hors de la pièce et revient avec un plateau de lit. Il l'aide à se redresser et place les oreillers afin qu'elle soit confortablement installée en position assise pour ensuite disposer du plateau-repas encore vide de façon à lui faciliter la tâche.

« J'imagine que t'as pas très faim, mais ce serait bien de manger un peu... pour reprendre des forces. », dit-il, s'emparant du second sac pour en ressortir deux contenants en polystyrène, une canette de Pepsi, une bouteille d'eau, des ustensiles, et quelques serviettes, qu'il dépose sur le plateau. « Une lasagne et dans celui-là, c'est un remède pour tous les maux : un tiramisu. J'sais pas si t'aimes, si c'est pas l'cas, j'le mangerai à ta santé.  »

Il savait qu'elle adorait les tiramisus et lorsqu'il l'avait vu sur la carte des desserts... il avait pensé à elle. C'était une attention qu'il n'aurait jamais dû lui donner. Mais la nostalgie de ces fois où ils avaient fait tous les deux des ballades en moto pour ensuite s'arrêter dans ce café... elle avait toujours pris un tiramisu. À chaque fois. Il se redresse lentement, un sourire un brin mélancolique sur les lèvres.

« J'vais te laisser tranquille un moment... j'vais aller bouffer à la cuisine. J'ai un club-sandwich et j'risque d'en foutre partout... si t'as besoin de quelque chose, j'suis juste à côté... bon appétit. », finit-il par murmurer, soutenant un furtif instant son regard, avant de se détourner et sortir hors de la pièce.

C'est facile pour toi, tu t'souviens plus d'moi. Mais moi... chaque fois que j'te regarde, j'me souviens. Et c'est fucking pénible. C'était pénible de tenter de l'oublier, de passer à autre chose, alors qu'il croisait constamment son chemin. Le premier plan qu'il avait eu en tête lorsqu'il s'était occupé d'Harvey, avait été de reprendre vite le chemin vers Salem pour éviter de passer trop de temps en sa compagnie. Il s'était ravisé seulement parce que faire ce long trajet aurait été une mauvaise idée puisqu'il était trop épuisé pour conduire. Mais cette situation, en ce moment précis, était bien loin de ce qu'il désirait. Plus ils passaient du temps ensembles et plus c'était... mauvais pour leur santé. Surtout la mienne. En silence, il prend place à la table, expirant l'air de ses poumons comme si une enclume lui écrasait lourdement le poitrail. Il allait devoir rester distant. Arrêter de lui accorder des petites attentions. Cesser de sourire. De l'observer de cette façon... particulièrement... intense. J'suis rien pour toi. J'suis un inconnu. J'vais disparaître de ta vie et t'en auras rien à foutre. Toi, t'es une inferis. T'as pas besoin d'un mec comme moi. Penses-y. Entre toi ça dans l'crâne... pitié... m'complique pas les choses. Elle allait lui compliquer les choses, il le savait. Mais dès qu'ils allaient retourner à Salem, il allait faire ses bagages et quitter la ville. Il allait trouver une excuse à Jake, peu importe laquelle, lui dire qu'il avait besoin de voyager ou de s'installer ailleurs. Même si quelque part, il savait que cette option ne rimerait à rien si elle se mettait à vraiment... se focaliser sur lui. Elle le trouverait, peu importe où il irait. J'vais essayer quand même, parce que... j'sais vraiment pas quoi foutre d'autre pour éviter la casse.



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MessageSujet: Re: Brand new eyes [Jasper] Dim 5 Nov - 12:15

   
BRAND NEW EYES

Just watch me now - Just one look you're gonna be obsessed



Quelques bruits parfois filtrent à travers le coton dans lequel je semble me trouver. Des bribes de conversations, du brouhaha, de la musique même, crois-je entendre. Elle grésille comme si elle sortait d’un vieux poste de radio qui s’acharne à capter une fréquence qu’il ne semble pas tout à fait trouver. Et trop vite tout s’éteint, tout s’arrête. Enveloppée de ce noir profond, quelques souvenirs refont pourtant surface. Réminiscences ou illusions. Son visage à lui qui vient tapisser mon encéphale. Il sourit, baisse le regard avant de fourrer les mains dans ses poches. Il relève le museau tout juste un peu, de travers même et ses iris me transpercent. Ce bleu intense qui me fait vibrer, qui trouve presque écho à l’intérieur de mon âme. Les lippes s’animent, narrent quelque chose de drôle. Il me semble que l’on se dévore à mesure que les rires fusent, que l’on se désire parce que je peux le sentir dans mes entrailles. Ce lien si fin, étrange, invisible. Ce lien tissé sans que je ne sois capable de pouvoir l’expliquer. Et il y a cette envie de le tenir, de l’approcher, de le serrer mais il disparaît. Il s’évapore dans un nuage de poussières colorées, pareil à du sable fin qui s’envole avec la brise. Tout de suite après, la souffrance ou quelque chose s’en approchant. Ça me tord le bide, le transperce. Un liquide chaud s’écoule d’entre mes lèvres. Je gigote un peu mais quelque chose me gêne. Ce quelque chose, une lame. Longue, épaisse et que je présume être lourde comme si c’était la seule chose à prendre en considération. Et elle se retire dans un bruit spongieux, libérant le flot carmin qui dégueule de la plaie béante. Les mains tremblantes cherchent à combler, à contenir. Et il est là. Il n’a plus ce sourire si beau et si tendre du début. Seulement de la colère qui vient froisser ses traits à lui déformer le visage. La tête dodeline, balance de gauche à droite quand les yeux se plissent comme pour comprendre, comme pour saisir ce morceau d’histoire, comme si c’était important.



Le corps se cambre, la bouche s’ouvre pour avaler l’air par goulée. Respiration sifflante et la cage thoracique qui fait un mal de chien. Les yeux clignent une fois, puis deux, puis trois sans ne rien reconnaître autour. Tapisserie florale et quelques peintures représentant champs et forêts. Les paumes appuient sur le moelleux du matelas pour m’aider à me redresser. S’en suit un gémissement plaintif, un râle guttural qui me fait avorter l’idée même de bouger. La faute à ce corps trop humain, à ce corps et ces faiblesses ridicules. Les poings se serrent sur la couverture. Puissante sorcière réduite à un état de fragilité, c’est si risible… Que je déteste cette apparence, que je déteste cette Terre et cette Humanité tout entière qui me retient prisonnière d’une enveloppe de chair friable. Et je me demande quelques courtes secondes si je ne suis pas encore dans un cauchemar. Le genre terrifiant qui vient jouer sur toutes mes peurs d’enfant. Parce que la mort est une fatalité, que j’ai toujours voulu être aimé, regardé, jalousé. Parce que je n’aime pas la solitude, l’écartement, l’oubli. L’envie et le besoin d’exister, de briller comme réponse à ces années où ils m’ont inlassablement répété que je n’étais qu’une bonne à rien. L’horreur de n’être plus rien. Rien qu’une humaine trop fade, sans saveur. Rien qu’une mortelle à qui l’ont peut retirer la vie… d’un coup d’épée…
La porte attire mon regard lorsqu’une ombre se poste dans l’encadrement avant d’avancer presque trop timidement. Jasper, un peu penaud qui ne semble pas trop savoir ce qu’il doit faire ou dire. Mes prunelles le scrutent, lui et les sacs qu’il tient dans sa main. Lui et son visage, ses traits que je détaille encore et encore à la recherche de similitudes, à la recherche de cette colère que je lui ai vue dans ce mauvais rêve. Ça avait l'air si vrai, si tu savais.

La bouche close lorsqu’il avance, qu’il se montre pleinement. Ce petit rictus qui étire faiblement la commissure de mes lèvres. J’aimerai te demander pourquoi tu es là, pourquoi tu es toujours là quand quelque chose sombre dans les desseins de mon existence. La fille du diable ne peut décemment pas avoir d’ange gardien alors… Qu’est-ce que tu es au juste, Jasper ?
Et sa voix berce et apaise. Il raconte avec cette risette qui parfois apparaît ; Harvey et sa folie maîtrisée, d’autres détails sans importances pour terminer par cet état dans lequel je me trouve. Faiblement la voix enrouée s’extirpe du gosier asséché « Non. Ça. Ça va aller. » Parce qu’il n’est qu’une question de temps avant que la chair ne se répare, que les ecchymoses disparaissent et que je retrouve un teint frais comme s’il ne s’était jamais rien passé. Un silence étrange s’installe alors que l’on se sonde. Pourquoi j’ai le sentiment que tu es quelqu’un dans mon monde à moi, Rhodes ? Les paupières clignent pour cesser, pour ne plus que les pensées divaguent et s’égarent.
Raclement de gorge et il s’anime, Jasper. Contenu du sac vidé et étalé au bout du lit ; je ne regarde que lui, attirée comme un aimant. Je scrute les gestes, les décortique avec une attention démesurée. Et j’aimerai savoir si tu la sens, la ressens, cette attirance. Celle qui accélère le rythme cardiaque, qui tord le ventre mais pas de douleur, non. Comme une espèce d’appréhension, de peur peut-être ou d’envie. D’envie de toi. Regarde-moi encore, encore et encore. Je veux être le centre de ton Monde, Jasper. C’est comme un besoin vital. Et je ne sais pas pourquoi, pourquoi toi, pourquoi maintenant. Ce que je sais, c'est que j'ai envie de te toucher. Que la pulpe de mes doigts effleure ta joue puis tes lèvres, pour savoir si elles sont aussi douces que ce que j'imagine.
Et il me montre un t-shirt, spécialement sélectionné par ses soins - pour moi. Le regard s'illumine quand un rire tente de s'échapper me faisant instantanément grimacer. Il y a les éclats de sa voix, son rire qui s'élève et qui me fait le regarder encore bêtement et sourire tout autant. Est-ce que je rêve encore, Jasper ? Est-ce que tu es dans ce rêve avec moi ? Qu'est-ce que tu es au juste ? C'est comme une éclaircie dans mon ciel voilé.
Et les questions ne cessent de se poser sans être formulées.

« Merci. »

J'allais ajouter qu'il n'était pas obligé avant de glisser la main sur mon ventre. Le contact de ma propre peau me fait comprendre alors que si, c'était nécessaire. Parce que je suis presque nue comme un vers. Mais sa gentillesse ne s'arrête pas à quelques fringues achetées, non. Il revient avec une espèce de plateau, je fronce légèrement les sourcils, me demande brièvement ce qu'il peut bien cacher. Parce que l'on n'est pas gentil et serviable sans raison, pas avec une inconnue, pas comme ça. Alors que veux-tu Jasper ? Toi aussi, tu veux ma tête au bout d'un pique ? Sais-tu seulement qui je suis et pourquoi ton ami voulait me tuer ?
Les phalanges s'accrochent à son bras lorsqu'il m'aide à me redresser. Un contact électrisant qui affole mon palpitant. J'aimerai lui dire de rester là, tout près, si près que je pourrais sentir son souffle dans ma nuque. La couverture dévale, laisse apparaître la dentelle qui orne mon soutien-gorge mais il ne s'en formalise pas, Jasper. Le plateau repas est parfaitement installé alors qu'il déniche d'un autre sac de la nourriture. Tout est soigneusement étalé et je redresse mon visage à l'évocation du dessert. Troublante coïncidence, encore. Le tiramisu est mon pêché mignon. Je pourrais en dévorer par dizaine tant j'en raffole. Il ne me laisse pas le temps d'attraper sa main, ni même vraiment de dire quoi que ce soit. Il s'échappe, Jasper. Il me plante là dans ces milles interrogations qui me vrillent la boite crânienne.
Je ne sais pas qui tu es, ni dans quel mensonge nous nous trouvons, mais j'aimerai qu'il dure encore et encore. Parce que personne n'est gentil sans raison, pas avec moi. Je ne sais pas ce que tu cherches, Jasper. Mais j'aimerai que jamais tu ne le trouves, pour que nous restions dans cette bulle hors du temps, hors de la magie et ses boucheries. Hors de tout. Juste toi et moi, juste comme ça, pour se faire du bien, pour croire que ça existe quelque part, que j'y ai le droit peut-être.

Le temps s’étire quand je touche à peine à la nourriture apportée. Sauf le dessert qui a été avalé en premier. La matière grise s’active quand la mémoire fouille à la recherche de ces trous noirs qui l’affectent. Ces cases vides, ce Jake Rhodes, cette bague et ce petit mot. Et je ne sais plus vraiment, n’arrive pas à me souvenir. Alors la voix engourdie appelle. « Jasper ? » et répète un peu plus fort sans pour autant crier : « Jasper ? »
Et il arrive enfin, sa silhouette se dessinant dans l’encadrement. S’il pense que quelque chose ne va pas, trop vite il est rassuré.

« J’ai quelque chose à te demander, je crois que tu peux m’aider. »

La main tapote le lit pour qu’il s’approche. Parce que j’aime te sentir proche.

« Tu as dit que l’on ne se connaissait pas, pas vrai ? Ton frère et toi, vous êtes soudés ? Est-ce que tu peux m’emmener à lui s’il te plait ? J’ai besoin de le voir pour comprendre un truc. Il faut que je le vois. »

Parce que peut-être que quelque chose m’échappe. Peut-être que si je le voyais en face de moi je ressentirais toutes ces choses étranges que ces autres s’appliquent à décrire dans des livres avec passion. Je le sonde, cherchant un mensonge ou une fatalité. Il t’en a peut-être déjà parlé au détour d’un couloir pour rejoindre la cuisine de votre maison ou la chambre. En te disant qu’il aimait cette fille, trop brune, trop pâle mais que c’était compliqué – parce que c’est toujours compliqué avec moi.
Je cherche à me redresser quand mon corps douloureux vient tordre mon visage. Mes pouvoirs ne sont pas encore là et la chair et les os humain ne cicatrisent pas du jour au lendemain.
Finalement je m’allonge avec son aide, de toute évidence je ne pourrais aller nulle part dans cet état de faiblesse. Les phalanges sinuent sur sa joue en une caresse tendre en guise de remerciement. Et trop vite j’oublie le frère, la lettre et ce foutu anneau.
Et quand je plonge dans tes prunelles, j’aimerai y voir un reflet de moi, brillant. Ça me dérange de ne pas comprendre, ni mesurer l’importance de tout ce qui semble m’échapper.



Deux jours plus tard, les pouvoirs sont récupérés et mon corps est de nouveau fonctionnel pourtant, je ne réclame plus cet autre, n’en fais même plus allusion. Je me contente des sourires qu’il veut bien offrir. Je suis consciente qu’il va falloir que je retourne à Salem, là où ma vie attend sagement de reprendre. Je feins la douleur, grimace à chaque fois que je bouge comme si c’était devenu un tic, une manie. Parce que je n’ai plus mal, non. Mais lui ne sait pas qui je suis, sinon, il m’aurait déjà tué… Ce ne sont pas les occasions qui lui ont manqué jusqu’ici. Je prolonge mon séjour pour cacher celle que je suis, tout du moins c’est ce que je me dis quand je sais pertinemment que c’est seulement pour apprendre à le connaître lui, comme s’il était la clé de quelque chose.
Je prends une bouchée de croissant et le mire un instant. L’envie sournoise de m’incruster dans son crâne pour en découvrir tous les secrets me prend les tripes.
Et pourquoi pas ? Après tout, il n’est pas différent des autres, qu’est-ce qui pourrait m’empêcher de le faire ? Le challenge peut-être. Découvrir l’autre sans tricher, juste pour le plaisir d’y arriver. Mais tu es une Inferis, pas une simple mortelle. Et tel un boomerang tout revient pour me forcer à briser cette bulle qui nous entoure.

« Parle-moi de ton frère, Jasper. Dis-moi qui il est. S’il a une femme dans sa vie. Si je pouvais être cette femme-là, pour lui. »

Les yeux se plissent, je me sens obligée d’ajouter.

« J’ai trouvé une enveloppe dans mon sac à main, tu sais, le jour où on s’est rencontrés au bar. Comme toi tu ne me connais pas, c’est forcément ton frère qui en est l’auteur. Alors j’aimerai comprendre ce qu’il a de plus que toi, pourquoi il aimerait une fille comme moi. »



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I am a wicked.



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MessageSujet: Re: Brand new eyes [Jasper] Sam 11 Nov - 14:24

BRAND NEW EYES

But it's too late, to go back. I can see the darkness, through the cracks.



Tu sais c'qui est pénible ? C'est quand j'me souviens de ces fois où j'ai cru que ça irait bien, nous deux. Ces fois où je m'imaginais avec toi l'reste de ma vie, en pensant que t'étais la seule qui parviendrait à m'rendre heureux. Tu sais c'qui est pire et c'qui fait encore plus mal aujourd'hui ? C'est que j'crois encore que t'es la seule qui puisse le faire. T'es la seule, parce que... t'es la seule que j'veux vraiment. Et si c'est pas toi, alors ce sera personne. C'est avec toi que j'veux être... c'est juste dommage que ça pourra jamais arriver. Parce qu'il y avait davantage à prendre en considération hors les sentiments intenses et cette attraction presque mystique qui les liaient inexorablement. Il y avait tout ces revers qui détruisaient et heurtaient trop profondément. Si ce n'était pas de tous ces parasites qui s'agglutinaient entre eux, aujourd'hui elle reconnaîtrait son visage et ils seraient bien tous les deux, l'un avec l'autre. Les SI servent à rien. Juste à s'torturer. Il soupire, le blond, repoussant son assiette alors qu'il n'avait presque rien avalé. Un bout de club-sandwich... alors qu'il avait l'habitude d'engloutir tout sans rien laisser. Son gosier était si opprimé que plus rien ne parvenait à s'y tailler une place. L'angoisse le tenaillait atrocement et un paquet d'interrogations ne cessait de le harceler sans qu'il ne puisse trouver les réponses. Lorsqu'elle avait pris cette potion pour l'oublier, il n'avait pas posé de questions, des questions dont les réponses auraient eu une importance aujourd'hui. Il ignorait de quoi elle se souvenait exactement. Ou s'il était possible que cette potion ait des failles, qu'elle puisse se souvenir éventuellement de certaines bribes du passé. Il nageait dans l'ignorance et il avait la crainte de se retrouver rapidement dans une impasse. C'est pourquoi il faut terminer tout ça au plus vite. Plus j'reste longtemps avec elle et plus j'devrai lui mentir si elle me pose des questions... et plus j'risque de commettre des erreurs. Et si elle décidait de sonder sa tête ? Qu'est-ce qui l'en empêcherait ? Pour l'instant, il avait son pendentif de l'elit, mais Mary était futée et ce n'était pas ce machin qui allait l'empêcher d'aller creuser sa cervelle si elle le souhaitait. Putain, j'veux même pas y penser.

« Jasper ?... Jasper ? »

Les nerfs à vif, il sursaute et manque près de reverser sa bière lorsqu'elle l'interpelle. Une grimace lui crispe les traits et il se lève promptement, amorçant une marche rapide en direction de la chambre. Il passe le seuil, sourcils légèrement froncés, le palpitant sur le point de lui défoncer la cage thoracique tant il stressait à l'idée d'être à sa proximité. Tu t'calmes et tu fais comme si tu la connaissais à peine. C'est pas si compliqué. Si, ce l'était.

« Ça va pas ? », qu'il demande d'une voix rauque, la gorge horriblement asséchée.
« J’ai quelque chose à te demander, je crois que tu peux m’aider. »

Et elle l'invite à approcher, tapotant la surface du matelas à ses côtés. Le blondin reste immobile un furtif instant, hésitant une brève seconde avant de s'avancer en sa direction. Il s'assoit sur le lit, prenant soin de conserver une certaine distance entre eux, comme s'il craignait de la toucher par inadvertance. J'veux pas te toucher et j'veux pas que tu m'touches. J'ai assez d'mal comme ça. Il l'observe en silence, appréhendant cette demande tout comme il se méfiait d'elle. Elle et son minois aux traits délicats. Et ses lèvres désirables. Et ses prunelles envoûtantes. Elle, toute entière. Elle, si belle... et maintenant beaucoup trop intimidante pour lui. T'es trop près. J'arrive plus à respirer.

« Tu as dit que l’on ne se connaissait pas, pas vrai ? Ton frère et toi, vous êtes soudés ? Est-ce que tu peux m’emmener à lui s’il te plait ? J’ai besoin de le voir pour comprendre un truc. Il faut que je le vois. »

Silence. Son cœur manque un battement et son souffle se coince. Les emmerdes commencent. Fallait s'y attendre. Il s'y attendait, mais pas aussi tôt. Par ailleurs, il ne comprenait pas. Pourquoi elle insistait pour voir Jake ? Elle l'avait évincé de ses souvenirs lui aussi et maintenant elle commençait à retrouver la mémoire ? Elle se posait des questions, à savoir pourquoi elle avait ce mec dans la tête alors qu'elle ne le connaissait pas ? C'est mauvais. Crois-moi, tu veux pas voir Jake.

« Non. », lâche-t-il sèchement, avant de reprendre, d'un ton moins abrupt.
« Premièrement, mon frère est au Mexique en c'moment et j'sais pas quand il reviendra. Deuxièmement, t'es pas en état de faire un long trajet. Alors désolé, mais c'est hors de question. »

Jake n'était pas au Mexique, il était toujours à Salem, mais il fallait bien qu'il trouve une excuse et c'était la seule qui lui était passée par la tête. J'déteste les mensonges. Si tu savais comme ça m'emmerde d'en balancer. Parce que les mensonges étaient un poison et ce poison finissait toujours pas faire éclater des vérités nocives à la gueule. Des vérités qui dévastaient et provoquaient parfois des conséquences tragiques. Alors non, il n'appréciait pas. Il savait que tôt ou tard, il allait en payer le prix. Et c'était très contrariant puisqu'il avait conscience qu'ils allaient tous les deux amorcer ce mauvais rite, ce cercle vicieux où ils devraient constamment se mentir, contourner les vérités, fuir l'évidence. J'te connais bien, Mary. J'sais que c'est facile pour toi d'mentir et j'sais que tu vas l'faire. Et ça... ça m'compliquera les choses. Il avait peut-être une petite longueur d'avance dans cette situation, mais contrairement à lui, elle avait le pouvoir, la magie dans le sang, et il la savait assez fourbe pour les utiliser contre lui. J'ai peut-être une petite longueur d'avance, mais j'vais vite me retrouver loin derrière, enlisé dans une belle merde. Il se donne un élan afin de se relever et la jauge un court instant, observant son faciès se contracturer sous la douleur lorsqu'elle tente de se redresser.

« T'as du mal à seulement remuer. Tu vas pas aller bien loin comme ça. J'crois plutôt que tu devrais te reposer pour mieux guérir. J'suis peut-être pas un doc, mais j'suis prêt à parier que j'ai raison. », finit-il par murmurer, de nouveau inconfortable.

Il s'approche, encore hésitant, afin de l'aider à s'allonger confortablement. Il use d'attentions un peu excessives, à replacer ses oreillers plusieurs fois et en douceur, à tirer les draperies presque méticuleusement pour s'assurer qu'elle soit bien et au chaud. Comme si ses mouvements refusaient d'être froids et mécaniques, qu'une part de lui-même ne parvenait pas à faire comme si elle n'était qu'une inconnue, même si sa tête lui hurlait de cesser de paraître aussi soucieux de son confort et concerné par son état. Il s'apprête à s'écarter... lorsqu'elle caresse sa joue. Il déglutit et reste incliné vers l'avant, paralysé entre le désir de la gifler pour avoir enfreint son espace et celui d'embrasser ses lèvres jusqu'à s'en essouffler. T'as pas l'droit d'me faire ça. J'suis un putain d'inconnu pour toi, depuis quand tu touches les inconnus de cette façon ? Tu l'fais exprès. Tu veux seulement m'faire souffrir. Tu veux m'faire payer tout ça. À cet instant précis, le blond se met à croire qu'elle simule, qu'elle se souvient de lui, de tout, et qu'elle le manipule. Par vengeance, peut-être. Parce qu'il ne s'était pas abandonné à elle comme elle l'aurait souhaiter. Maintenant, elle lui faisait regretter à sa façon. À quoi ça lui servirait d'faire ça ? Elle me connaît et elle sait que j'aime pas qu'elle se moque de moi. Tout ce qu'elle arriverait à faire en jouant à c'jeu, c'est d'me perdre. Ça rimerait à rien. Enclavé entre le gros bon sens et la paranoïa, le blondin pivote sèchement et s'extirpe hors de la chambre, pressé de la délaisser, de laisser cette femme qui était sur le point de le faire sombrer dans la folie. D'ici peu, j'vais ressembler à Harvey. J'crois même que j'vais être pire que lui.

*****************************

Deux jours, maintenant. Le supplice ne faisait que perdurer, le poussant à s'impatienter sous un visage placide, parfois conciliant. Résigné à devoir incarner le rôle d'un étranger bienfaiteur, à tenter de paraître détendu, un peu distant, mais modérément pour ne pas éveiller des soupçons. En vérité, c'était pénible. Il devait tout doser, s'assurer de ne pas en faire trop ou pas assez. Il devait éviter les discussions trop personnelles, trouver des prétextes sans qu'elle ne soupçonne rien. Il se demandait même s'il était crédible ou s'il ne se plantait pas lui-même une épine dans le pied à essayer. J'en peux plus, il faut que ça arrête. Pourtant, à chaque fois qu'il lui demandait si elle allait mieux, si elle était suffisamment " solide " pour retourner à Salem, la belle prétendait qu'elle était encore trop faible, qu'elle avait encore du mal à bouger. Le pire était sans doute qu'il savait qu'elle lui mentait. J'sais que tu vas mieux, Mary. Tes blessures sont presque plus visibles. Pourquoi t'essaye d'me faire croire le contraire ? Parce qu'elle jouait son rôle, elle aussi. Tout comme lui, elle feignait être quelqu'un qu'elle n'était pas... ou c'était une stratégie pour prolonger son séjour en sa compagnie. Tu comprends pas que c'est pas une bonne idée ?! Non, elle ne comprenait pas puisqu'elle avait oublié à quel point ils étaient voués à se détruire continuellement. Elle avait oublié à quel point ils avaient galéré et que d'être ensembles était destiné à l'échec, au chaos et à la souffrance. Il croyait que la meilleure alternative à prendre était celle de s'assurer de ne plus jamais se croiser, de faire chacun leur vie de leur côté. Un moyen logique afin qu'ils puissent tous les deux se libérer du fardeau qu'engendrait leur relation nocive. Afin que plus personne n'en souffre. Y a des moments où j'ai envie de tout te dire. De te dire la vérité, de A à Z... et essayer de t'faire comprendre. Depuis deux jours, il n'avait pas fermé l'œil ou à peine. Il était exténué, déprimé, et fatigué de faire semblant. J'suis fatigué, Mary. S'il-te-plais, dis-moi qu'on peut foutre-le-camp d'ici. Dis-moi qu'on s'reverra plus jamais. Dis-moi qu'on arrivera... à être heureux.

« Parle-moi de ton frère, Jasper. Dis-moi qui il est. S’il a une femme dans sa vie. Si j’aurais pu être cette femme-là, pour lui. »

Le blondin délaisse la contemplation de son assiette où trônait un croissant à peine entamé pour porter ses mirettes ternes en sa direction. Ses sourcils se froissent, à nouveau son palpitant s'affole et il se dit qu'il finira par crever d'une crise cardiaque bien assez tôt. Putain, mais c'est quoi cette fixation sur Jake ? Tu l'as croisé en ville, t'as flashé sur lui, et maintenant t'as envie d'le marier ?, pense-t-il amèrement, éprouvant une pointe... d'agacement... à l'idée qu'elle se soit entiché de son frère. Jake ou un autre, la même chose. L'idée qu'elle puisse en aimer un autre... ne lui plaisait pas, non. Ça m'plais pas, mais j'suis prêt à l'accepter si c'est pour éviter le carnage. Mais trouve un autre type que Jake, sans quoi on va s'planter dans quelque chose de plus dégueulasse qu'un carnage, c'est moi qui t'le dis. Il lui adresse un regard suspicieux et amplement éloquent puisqu'elle éprouve le besoin d'en ajouter.

« J’ai trouvé une enveloppe dans mon sac à main, tu sais, le jour où on s’est rencontrés au bar. Comme toi tu ne me connais pas, c’est forcément ton frère qui en est l’auteur. Alors j’aimerais comprendre ce qu’il a de plus que toi, pourquoi il aimerait une fille comme moi. »

Il ne dit rien, se contentant de la dévisager du coin de l'œil, dissimulant à son regard attentif ce profond écœurement à toujours se retrouver dans le pétrin. Il avait été très stupide de glisser cette enveloppe dans son sac. Ce jour-là, il n'avait pas réfléchi. Il s'était surtout dit que le temps qu'elle prendrait à découvrir qui était derrière ce message, qu'il serait déjà mort. J'avais pas l'intention de vivre quand j'suis partie. J'voulais en finir. Que j'te donne ou non cette enveloppe n'avait aucune importance. Mais les choses s'étaient déroulées différemment. Il était toujours en vie aujourd'hui et maintenant, il allait en subir les conséquences. La belle connerie qu'il avait faite, seulement parce qu'il avait refusé de lui retirer cette bague. Elle est à toi, cette bague. J'te l'ai donné, j'ai pas envie de la reprendre. Quoiqu'il en soit, enveloppe ou non, il ne comprenait toujours pas quel était le lien avec Jake. J'comprends pas. Qu'est-ce que Jake vient foutre dans cette histoire ? C'est moi qui t'ai donné la bague. C'est moi qui ai écrit c'message. Alors pourquoi tu soupçonnes Jake ? Connaissant assez bien Mary, elle devait avoir utilisé sa magie pour en savoir davantage sur le bijou et son message. Il avait déjà anticipé l'idée qu'elle vienne vers lui à ce propos... mais Jake ? Toujours étrangement silencieux, il prend le temps de coincer une clope entre ses lèvres... de chercher son briquet et de l'allumer... ce qui lui permettait de faire rouler ses turbines, à creuser sa cervelle à grande vitesse pour trouver une réponse potable à lui balancer, sans empirer la donne au passage. Il devait se glisser dans la peau d'un mec qui ne la connaissait pas et s'il considérait attentivement la situation, un mec qui ne la connaissait pas... trouverait très étranges ses propos. Même qu'il commencerait à se méfier d'elle. T'es tellement préoccupée à trouver des réponses, que tu réalises pas que c'que tu dis est douteux.

« La première fois qu'on s'est rencontré toi et moi, c'était dans c'bar. À mes souvenirs, ça s'est passé très rapidement, ne nous laissant pas l'temps de causer ensembles. Puis la deuxième fois, c'était chez Harvey. Encore là... impossible de discuter, on avait autre chose à foutre de plus important, comme s'assurer de rester en vie, t'es d'accord ? », qu'il demande, d'une voix calme, tirant ensuite sur sa clope, attendant patiemment un hochement de tête affirmatif de sa part, avant de reprendre, toujours aussi placide. « Puis y a ces deux jours où j'ai veillé sur toi, parce que j'me suis dit que ce serait vraiment con et inhumain de seulement aller te larguer chez toi, comme une vraie merde, parce que j'suis pas comme ça et je l'ai jamais été. Pendant ces deux jours, on a eu l'temps de discuter un peu. De tout, de rien... mais j'ai pas l'souvenir de t'avoir dit quoique ce soit sur moi. Du moins, rien de concret. Ça aussi, t'es d'accord ? »

À nouveau, il attend patiemment une confirmation, fumant tranquillement sa clope, lui adressant un regard en biais. J'suis pas l'seul qui fait des erreurs, Mary. T'aurais mieux fait de réfléchir avant d'me poser tes questions. Il se redresse sur son séant et écrase sa cigarette à moitié consumée dans le cendrier. Croisant ensuite les bras sur son poitrail, il tourne son visage vers elle, haussant un sourcil, plongeant son regard dans le sien, ce regard cette fois animé par une parcelle de sournoiserie.

« Si tu m'connais pas et que j't'ai rien dit sur moi... explique-moi comment tu sais que j'ai un frère ? Parce que, j'sais que je t'ai rien dit à ce sujet. Je t'ai jamais dit que j'avais un frère. »

Et c'était un fait. Il avait été prudent à chaque fois, à faire bien attention à ne rien lui divulguer de trop personnel sur lui. Elle ouvre ses lèvres pour répliquer, mais il esquisse un geste de la main pour la faire taire et reprend, plissant les yeux, faussement suspicieux.

« Déjà, ce point m'agace un peu... mais ensuite tu m'balances cette histoire d'enveloppe. Cette enveloppe dont j'connais rien, dont j'sais que dalle de c'qui se trouvait dedans. Et t'insinues que j'aurais de quoi à voir dans cette histoire - alors qu'on s'connait pas, j'précise encore - ou à défaut de l'être, que mon frère serait impliqué dans c'truc - encore, aucune idée de c'que c'est exactement c'truc - alors que t'arrêtes pas d'me poser des questions sur lui, c'qui m'fait penser que tu l'connais pas lui non plus... tu vois un peu où j'veux en venir ? Tout c'que tu m'dis, ça colle pas et j'sais même pas de quoi tu veux parler. »

La colère tressaille dans sa voix et il ne faisait pas semblant. Il était furieux, mais rien à voir avec tout ça. Il était en rogne contre la situation. Il détestait cette situation et il avait seulement envie de la fuir, le plus loin possible. Néanmoins, il reprend rapidement son calme, en se disant que ça ne servait à rien de s'emporter, qu'il était trop tard de toute évidence pour éviter l'éventuelle catastrophe.

« Tu m'connais plus que tu m'laisses le croire... et j'aimerais bien comprendre pourquoi. Et si tu veux que j'réponde à tes questions, ce serait peut-être bien de commencer par le début, tu crois pas ? », finit-il par demander, soutenant son regard, insistant.

Et il se la ferme, jugeant qu'il avait suffisamment parlé pour le moment. Il ne lui demandait pas des explications inutilement ou seulement pour l'incommoder. Il avait besoin de savoir comment elle en était venue à cette conclusion concernant Jake. Il devait savoir afin de trouver un moyen d'éviter qu'elle poursuive à le soupçonner. Éviter qu'elle le rencontre. Éviter le summum d'la merde. Malheureusement, il n'était certain de rien. Elle allait probablement lui mentir. J'espère que t'as vraiment un bon mensonge sous l'coude, parce que t'auras du mal à expliquer tout ça sans utiliser la vérité. À sa place, il aurait du mal à trouver un mensonge crédible et aussi rapidement pour tout expliquer. Dis-moi la vérité. Tu dois m'la dire, Mary. Il faut que j'arrange tout ça. Quitte à faire en sorte que tu doutes de moi plutôt que Jake. Il n'aimait pas cette option, mais il préférait qu'elle le soupçonne lui, sachant qu'une rencontre avec Jake risquait de très mal se terminer.


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MessageSujet: Re: Brand new eyes [Jasper] Mar 19 Déc - 0:36

   
BRAND NEW EYES

Just watch me now - Just one look you're gonna be obsessed



Quelque chose cloche.
C’est comme un train lancer à grande vitesse qui percute et qui bute. Je peux le sentir dans l’air, ce quelque chose qui gonfle et qui s’assombrit. Jasper, il porte une cigarette à ses lippes, la flamme vient en brûler le bout. Nicotine crachée dans un fog détestable. Et il élude, Jasper, pose les pions sur l'échiquier et fait bouger chaque soldat, chaque cavalier avec une rare précision. Il ne lui faut que quelques coups pour prétendre à me mettre échec et mat. Pupilles arrondies sur sa trogne, je reste silencieuse même lorsqu’il s’agace, semble s’emporter. Regard vissé au mien comme pour détecter la moindre défaillance. Et tout s’effondre comme un château de sable emporté par la flotte. Je me maudis intérieurement d’avoir été si peu précautionneuse. C’est parce qu’il te plait, qu’il t’intéresse. C’est parce que tu passes trop de temps à le regarder plutôt qu’à réfléchir. Regarde-toi, regarde-toi à quémander de l’attention auprès d’un homme qui n’est là que par devoir, que par sympathie. Pas parce que tu l’intéresses, pas parce que tu es quelqu’un, juste parce qu’il a bon cœur. Le genre de cœur que l’on bouffe, que l’on sacrifie sur un autel au nom de notre père. Alors cesse de faire l’enfant, cesse d’être une autre. Nous ne sommes qu’une, nous sommes la pièce d’un même puzzle. Cesse d’être stupide, veux-tu. Tue-le et rentrons.
Démon qui murmure à mon oreille, qui conseille, qui dicte. Un fin sourire s’étire.

« Tu as raison Jasper. Tu ne m’as jamais parlé de ton frère, du moins, je n'en ai pas le souvenir. Sais-tu, qui je suis ? »

Je le mire, le jauge, le juge. Bien sûr que non, tu ne sais pas. La question semble le faire tressaillir, je ne sais pas si c’est de l’inconfort ou quelque chose du genre. Il croit peut-être que je lui tends un piège ou que c’est une caméra cachée, que sais-je.

« Je travaille pour le Consulat. Lorsque j’ai trouvé cette lettre je me suis naturellement demandé d’où elle pouvait venir. Une amie a retracé l’écriture et derrière les mots elle a trouvé un nom et une initiale. J. Rhodes. Dis-moi, Jasper, qu’est-ce que tu aurais fait, toi ? Tu n’aurais pas voulu connaître l’inconnu ? Je suis bien trop curieuse… »

Vérité enrobée et arrangée. C’est ce que je fais tous les jours en traitant des dossiers, en recevant ces gens, ce peuple qui quémande. Et moi de leur répondre avec une sympathie feinte que je vais faire tout ce qui est en mon pouvoir pour accélérer la procédure. Et tu sais comment je fais ça ? Il me suffit de coller des pastilles sur la tranche. vert/jaune/orange/rouge. Et je n’ai aucun scrupule à dire cela et passer le dossier en vert, non prioritaire. Le mensonge est mon gagne-pain.

« J’ai accès aux archives, dans mon travail. Une feuille cartonnée sans grande qualité avec nom et prénom ainsi qu’une jolie photo. Je savais que nous nous étions rencontrés et si tu étais l’auteur de cette lettre, si tu étais celui qui avait offert cette bague, tu te serais manifesté, pas vrai ? Pourquoi mentir si l’on aime… Ce serait ridicule, tu ne crois pas ? Mais soit, tu ne l’as pas fait. Alors je sais que ce n’est pas toi. Et si ce n’est pas toi, c’est lui. »

Et je me persuade à chaque mot quand il n’y a que lui qui m’attire. Je me persuade que ce n’est pas lui, que ce ne sera jamais lui. Attraction métaphysique repoussée. Et j’ai envie de te toucher encore, juste pour voir si cela me fera frémir un peu ou plus du tout. Peut-être que je voulais le voir lui dans tes yeux, peut-être… je ne sais pas. Je ne sais pas pourquoi je ne me souviens pas de lui.

« Ce n’est rien, tu sais. Je suis désolée de t’avoir gêné avec mes questions, je ne recommencerai plus. J’attendrai qu’il rentre, je suppose et j’irai lui parler. N’en parlons plus. »

Débat clôturé comme pour éviter d’avoir à prononcer les mauvais mots. L’autre, le frère, Jake, relégué dans un coin de ma boite crânienne. Et peut-être que je cherchais à le connaître mieux à travers toi quand il n’y a que toi que je vois. C’est… dérangeant et déroutant. Dis, est-ce que tu mens, toi aussi ? Un peu, parfois, souvent, tout le temps ? J’aimerais, tu sais, comprendre. Comprendre pourquoi toi, pourquoi tu as été placé sur mon chemin. Deux fois. C'est ce qui me fait dire que tu dois être important dans la résolution de mon problème.
Et je me souviens vaguement, ses paroles à luin au sujet de la destinée. Il est évident que je crois en cette dernière. Je crois que ma place est au plus haut des enfers, aux côté de Nathaniel et de mon père. Je crois que j’ai un rôle à jouer sur terre même s’il n’est pas bien défini. Est-ce que nous pouvons apprécier, aimer ? Peut-être, peut-être pas. Je ne sais pas.
Je crois que tu me mens, Jasper. Je crois que tu ne me dis pas tout. Parce que je le sens. Ce cœur - mon cœur - qui rate un battement à chaque fois que tu rentres dans une pièce. Je le sens, mon corps, celui qui appel le tien sans que jamais tu ne te soumettes.
La main cherche la sienne, la trouve et les phalanges s’en emparent, dérobent les doigts. A son contact, mon pouvoir crépite, c’est comme de l’électricité statique. Prunelles vissées à ses océans, je cherche le moindre signe, la moindre tempête qui me ferait basculer dans son crâne. Pour te voir, pour le voir dans tes souvenirs. Je ne connais son visage qu’à partir d’une vieille photo en noir et blanc qui date probablement d’il y a trop longtemps. Je voudrais que tu me montres ce que je n’arrive pas à voir.
Chair piquée, je recule, simule une grande fatigue pour me retirer, pour le délaisser. Visite avortée. « J’ai besoin de me reposer. On rentrera demain, si tu veux bien. »
S’il tente de parler, je le musèle d’un revers de main et en lui tournant le dos. Je claudique, mensonge effarant lorsque l’on sait que je n’ai plus aucun problème à me déplacer.



Enfermée dans cette chambre, entre ces quatre murs fades, je rumine et mon autre fulmine comme à chaque fois que l’on se sent déstabilisée. Il est une distraction, un caillou sur notre chemin. Ne le laisse pas s’infiltrer dans nos rouages. Sourire mauvais, le sourire d’Elle. Mais moi j’ai envie de lui. De lui vraiment. Le temps file et file jusqu’à ce que la nuit tombe, jusqu’à ce que le soleil disparaisse derrière la cime des arbres. La solitude en compagne et les pensées qui virevoltent et virevoltent comme des feuilles prisonnières du vent.
Cela fait des minutes ou des heures que je me dis que je dois me lever, que je dois le retrouver, que je dois le voir et le toucher. Des minutes ou des heures, ouais, que je ne sais plus très bien si c’est une bonne ou une mauvaise idée.
Un pas puis deux puis trois. Distance écrasée à pas feutrés. Jasper, il s’est endormi sur le canapé sans même avoir pris la peine de se déchausser. Spectatrice de son sommeil, sa poitrine se soulève et s’abaisse dans un rythme lent, presque serein. Alors j’avance, m’agenouille trop près pour poser ma paume sur son torse. Son réflexe est ahurissant et me fait sursauter. Sa paluche entoure mon poignet à m’en faire mal. La respiration se pète, on dirait que je viens de courir un marathon. Les yeux s’écarquillent, un vertige et la chute.

Il est là, Jasper. La haine en parure et son flingue niché dans la paume de sa main. Le canon vise et bute, pas moi mais l’autre, celui qui n’a ni nom, ni face. La balle a perforé la boite crânienne éclaboussant mon visage. Je peux le sentir, le goût du sang sur ma langue. Fine gouttelette lampée. Il y a la douleur et lui, toujours lui. Qui rage et qui grogne pareil à un animal en rogne. La scène saute, comme un vieil enregistrement dont la bande est bouffée par l’humidité. Les corps nus qui s’unissent avec déraison, avec passion. Les nôtres. Brasier allumé qui s’étend et s’étend, brûlant les reins, brûlant le bidon. Son odeur entre dans le nase, me fait divaguer. Il y a lui, partout, partout sa fragrance et sa saveur en doux plaisir. Tout aussitôt pourtant, la souffrance. Celle qui bouffe et retourne la tripaille, celle qui anéantit et dévore tout sur son passage. Des mots s’envolent et ne trouvent aucun sens. Les larmes souillent les minois, surtout le mien. Quelque chose est avalée avant le néant. Ce vide qui me percute à m’en broyer la cage thoracique
Battements de cils et je le retrouve seconde ou minute suivante. Et je n’arrive pas à déterminer si ce que j’ai vu vient du futur ou du passé. Incapable de comprendre les visions qui viennent défoncer les sens. J’ai encore son goût sur mes lèvres, du moins, ce que je présume être son goût.

« Je… »

Tu es désolée ? Tu ne voulais pas le surprendre ? Qui crois-tu, peut avoir ce genre de réflexe ? Et si ton homme au cœur bon ne l’était pas ? Alors, il pourrait être à moi.
La mémoire fouille et fouille, cherche les indices dans ces images de mauvaises qualités flottant à l’encéphale. Seul reste le parfum de sa peau, entêtant, enivrant. Le corps réagit à son contact, s’électrise, se parsème de chair de poule.
Un sorcier ? Non… Je ne sens pas ton aura. J’en viens à me demander si je ne suis pas enfermée dans un rêve ou quelque part. Rien ne trouve de sens. Ni lui, ni ma mémoire qui flanche, toutes ces choses vagues, entourées d’un brouillard épais que je n’arrive de toute évidence pas à percer. Et cette enveloppe, cette foutue bague. Et cette attirance si forte que je m’en cramerais le bout des ailes, le bout des lèvres.
Instinct ridicule qui pousse et pousse à l’embrasser. Onde de choc qui vient secouer l’intime. Onde rompue lorsqu’il repousse, Jasper. S’arrache à mon contact comme s’il venait de mettre sa main au feu. Qu’il s’insurge ou qu’il gueule je m’en moque.

« Je dois rentrer, quelque chose ne va pas, tu dois me ramener chez moi. »


Et j’exige plus que je ne le demande. J’exige avec la peur accrochée au bidon.



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It's getting close. I lose control. It's taking over. It's getting close.
I'm slipping into the deep end. I'm in over my head I can't catch my breath. I'm slipping into the deep end. Darkness is sinking me Commanding my soul. I am under the surface where the blackness burns beneath.

I am a wicked.





Dernière édition par Mary Williams le Mer 3 Jan - 20:08, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Brand new eyes [Jasper] Mer 3 Jan - 18:20

BRAND NEW EYES

But it's too late, to go back. I can see the darkness, through the cracks.



Il savait qui elle était. Il le savait trop bien. Il avait envie d'en rire, là, maintenant, un rire qui ressemblerait probablement à celui d'un cinglé sur le point de gravir un nouvel échelon vers le sommet de la folie. J'le sais, qui t'es. T'es celle qui m'rend cinglé, de toutes les putains d'façons possibles. Même celles que t'ignore. Mais il ne rit pas, le blond. Il se braque et le malaise rampe sous sa peau. L'envie est là, cette envie tortueuse de se tirer d'ici au plus vite, de la laisser en plan, sans explications, sans lui dire aurevoir... et partir très loin. Et l'oublier. Quitte à se l'arracher lui-même de la cervelle avec les doigts. Pourtant, il ne bouge pas d'un iota, même si sa tête lui hurle de fuir. Non, parce que son cœur, lui... refuse de la quitter. Il tente de rester immuable tandis qu'elle lui donne des explications, des mensonges, surtout. L'amie dont elle parlait, elle n'existait pas. La seule amie à qui elle avait demandé de l'aide, c'était elle-même, une inferis douée en sorcellerie et pour qui retracer l'auteur d'une stupide lettre devait seulement prendre quelques secondes, ou minutes.

- ... Pourquoi mentir si l’on aime… Ce serait ridicule, tu ne crois pas ?

Non, j'crois pas. Quand on aime, on ment. On ment pour éviter d'faire du mal. On ment pour éviter des catastrophes. On ment, parce qu'on a la trouille. Et parce qu'on est trop cons pour capter que ça rime à rien, au final. Mais il était d'accord. Mentir était stupide... et épuisant. Il était fatigué seulement à le faire, comme si de tenir autant de secrets lui drainait la vie à petit feu. Et bientôt, j'te jure que j'vais crever.

« Ce n’est rien, tu sais. Je suis désolée de t’avoir gêné avec mes questions, je ne recommencerai plus. J’attendrai qu’il rentre, je suppose et j’irai lui parler. N’en parlons plus. »
« Okay... »

Faible murmure, à peine perceptible. Il aurait pu en ajouter, rebondir sur sa réponse... mais rien. Non, parce que moins il en disait, mieux c'était. Mentir était un art qu'il ne maîtrisait pas et quand on n'était pas doué dans un domaine, on s'abstenait de trop s'y risquer pour ne pas faire une connerie. Alors, il se contente de seulement hocher lentement la tête, le regard perdu ailleurs, loin... là où il devrait être. Une caresse sur sa main, un contact, un touché, sa peau contre la sienne, cette limite qu'elle enfreignait à nouveau, comme si c'était... naturel. Comme si elle le connaissait, se souvenait... Le blondin fige ses prunelles azuréennes sur cette main invasive, celle qui touche la sienne, et réprime cet instinct spontané de la retirer, de couper court à cette proximité qui ne faisait qu'envenimer la confusion dans laquelle il était captif. Son regard se lève et s'ancre dans le sien. T'essayes d'regarder dans ma tête, pas vrai ? Tu sais que j'te mens, parce que tu m'connais. Tu t'souviens pas d'moi, mais une partie d'toi se souviens. Tout au fond, tu sais qui j'suis. La magie avait ses revers, il l'avait toujours cru. Il était persuadé que même la magie ne pouvait pas tout effacer ou que... ou qu'elle y parvenait, mais seulement dans la tête, jamais dans l'âme. Lorsqu'on éprouvait des sentiments aussi forts pour une personne, l'âme restait marquée, et rien ne pouvait retirer ces empreintes, ni même la sorcellerie. Il se trompait, peut-être... mais quelque part, il espérait lamentablement de ne pas se tromper. Ce quelque part où il aimerait qu'elle se souvienne, ce fragment qui crevait à l'idée de ne plus jamais la revoir, de ne plus...

« J’ai besoin de me reposer. On rentrera demain, si tu veux bien. »

J'veux bien. Parce que j'y arrive plus. T'es ma plus grande faiblesse, Mary. Et c'est mauvais de rester trop près d'sa faiblesse.


***

Ces derniers jours l'avaient épuisé et malgré la nervosité, le stresse, les maux de crâne à agiter la merde dans ses neurones, il était parvenu sans trop de mal à s'endormir. Il s'était étalé sur le divan, avait regarder un peu la télévision, et était tomber sans même avoir le temps de retirer ses godasses. Il n'y avait rien de mieux que le sommeil... pour ne plus penser. Probablement pour cette raison qu'il semblait aussi paisible, aussi bien. Malheureusement, son répit ne perdure pas longtemps puisque son sommeil est léger et qu'il ne tarde pas à déceler cette main qui le touche au poitrail. Un chasseur réagissait toujours rapidement, sans se poser de questions. Toujours sur ses gardes, à l'affût d'une menace. C'est instinctivement que sa main agrippe fermement un poignet et le serre. Ses paupières se hissent et son corps se redresse, prêt à faire la peau, prêt à défoncer la gueule de l'intrus qui avait fait l'erreur de croire qu'il pourrait...

« Hmph... Mary ? C'va pas ? », qu'il marmonne en relâchant subitement sa prise, confus de réaliser que c'était Mary près de lui et non un espèce de freak venu l'emmerder.

Qu'est-ce qu'elle fout là ? Un peu perplexe, il tente de se dégourdir le plus rapidement possible en se disant qu'il y avait peut-être une urgence et qu'elle avait seulement tenté de le réveiller. Mais... elle ne dit rien. Elle est seulement immobile, le regard écarquillé à le fixer sans vraiment le fixer. Elle semblait presque... effrayée. Le blondin fronce les sourcils, soudainement inquiet, n'y comprenant rien. La culpabilité vient le tirailler, se disant qu'il lui avait peut-être fait peur en l'agrippant, qu'il lui avait peut-être fait du mal en lui compressant le poignet trop fort.

« J'suis désolé, j'voulais pas... tu m'as surprit... Mary ? »

Il l'interpelle plusieurs fois, en douceur, mais elle ne réagit pas, à croire qu'elle était dans une espèce de transe. Il croit même pendant un instant qu'elle est somnambule et qu'elle ne réalisait peut-être pas qu'elle n'était plus dans la chambre, mais bien au salon. Mais il laisse tomber cette hypothèse lorsqu'elle revient à elle en quelques battements de paupières.

« Tu m'expliques c'qui s'passe ? »
« Je… »

Et encore une fois, ce silence oppressant, ce silence qui commence à lui vriller les nerfs. Elle semble chercher, réfléchir, décontenancée et vraiment étrange. Oh putain... elle commence à se souvenir. C'est c'qui s'passe ? Fuck, non. Figé là, il la regarde, le cœur affolé et le souffle coincé dans le gosier. Et des questions lui percutent le crâne à cent mille à l'heure, sans qu'il ne puisse trouver des réponses. Ce serait tellement plus simple s'il pouvait voir ce qui se trame dans sa tête. C'est rien, c'est... juste un p'tit malaise. Non, elle se souvient de rien. C'est toi qui paniques. Elle a fabriqué la potion et c'est une inferis... elle doit bien marcher. Il tentait de s'en convaincre, malgré que lui-même pensait que la magie n'était pas infaillible.

« Dis quelque chose... », parvient-il à murmurer, le palpitant sur le point d'imploser.

Mais elle ne dit rien, non. Non... elle... l'embrasse. Elle s'incline et pose ses lèvres sur les siennes, sans aviser, sans lui demander, comme une belle voleuse. Ses lèvres embrassent les siennes et le temps de quelques secondes, il ne parvient pas à réagir, pétrifié entre le désir de lui rendre en centuple et le besoin de la repousser. Mais la raison hurle, elle lui hurle que c'est une mauvaise idée, que de faire perdurer l'instant risquait de lui occasionner des problèmes à venir. Alors, il la repousse sèchement, le souffle saccadé, les yeux écarquillés, la panique lui rongeant l'intérieur comme une saloperie de gangrène. Si ébranlé qu'il ne parvient pas à remuer les lèvres pour glapir des mots, peu importe lesquels.

« Je dois rentrer, quelque chose ne va pas, tu dois me ramener chez moi. »

Il reste horriblement muet, le temps de plusieurs secondes, ayant cette furieuse envie de gerber tellement il ne supportait plus cette tension. Il finit par reprendre contenance, hochant brièvement la tête, la gorge si asséchée que les mots lui râpent la langue.

« Laisse-moi l'temps de... de rassembler mes trucs... tu peux m'attendre dehors... si tu veux... », finit-il par souffler d'une voix enrouée, bondissant ensuite hors du divan pour se diriger droit vers la cuisine pour amasser ses affaires.

Il ne lui avait posé aucune question, puisqu'il redoutait d'entendre les réponses.
J'préfère pas savoir.


***


Deux jours plus tard...


Tout au long du trajet, il ne lui avait rien dit. Aucun mot, ni même un murmure. Rien. Il s'était seulement focalisé sur une chose : quitter Salem le plus tôt possible. Il le fallait. S'il restait en ville, il allait perdre la raison. Il n'avait trouvé aucune autre option, alors il avait choisi celle-là. Lorsqu'il l'avait déposé chez elle, il s'était seulement contenté de lui dire une phrase avant de décoller en trombe, sans lui laisser le temps de répliquer : prends soin d'toi. C'est tout. Aucune promesse d'un retour. Aucun sourire. Rien... pour lui laisser croire qu'il y aurait une suite à leur histoire. Dès qu'il était entré à la baraque, il avait fait ses bagages, sans se poser de questions sur la destination qu'il allait prendre. Il avait tout foutu dans le coffre de sa voiture, laissant ensuite un ou deux messages à Jake sur sa boîte vocale pour le prévenir qu'il partait un temps et qu'il avait à lui parler de choses importantes. Ensuite... il était retourné à l'intérieur... et s'était mit à déprimé sévère. Déprimer au point de trinquer à lui seul sa réserve de whisky... et celle de Jake. Ça faisait beaucoup de bouteilles et d'alcool dans le système en peu de temps. Jamais, de toute sa vie, il n'avait été aussi ivre. Bourré jusqu'à l'os. Défoncé jusqu'à marcher de travers, trébucher, vaciller, tituber, et même se parler tout seul. Il avait trop bu et pourtant, un chasseur avait une grande tolérance à l'alcool, à savoir que cette tolérance, il en avait franchi les limites depuis au moins cinq bouteilles. C'était probablement pour cette raison qu'il était toujours à Salem... et qu'il se trouvait chez Elle. L'alcool avait le pouvoir d'éradiquer la raison et ne laisser que la spontanéité, alimenté par les émotions. Au stade où il en était, le blond, la raison s'était barrée bien loin, la prudence aussi, la logique, et tout ce qui lui éviterait un paquet d'emmerdes. Et il était allé pile là où il n'aurait jamais dû aller. Surtout dans un état aussi... déglingué. J'veux seulement... j'veux seulement la voir une dernière fois. C'était la seule et unique raison qui avait poussé sa carcasse saturée de Whisky à marcher de chez lui jusqu'à la maison aux sept pignons, à cogner contre la porte, et à sonner... et à péter la fenêtre du sous-sol pour entrer à l'intérieur quand il avait compris qu'il n'y avait personne. Ouais, bah on s'les gèle dehors, j'vais pas rester planté là à l'attendre toute la nuit, j'vais avoir l'air d'un mister freeze. À aucun moment, il ne s'était soucié du fait qu'il venait d'entrer par effraction dans la baraque des inferis et qu'il était possible qu'il finisse en morceaux détachés avant même d'avoir vu Mary. Nope. Il s'en foutait ro-ya-le-ment. Si c'est aujourd'hui que j'dois crever, bah, j'crèverai. Ce sera l'œuvre du fucking destin. Ou d'un fucking crétin qui avait perdu la notion du danger. Surtout.

Il passe un petit moment à tourner en rond, à ne pas trop savoir où il devrait se planter pour l'attendre. Et finalement, il parvient à se traîner jusqu'à la chambre de Mary, en accrochant au passage un vase décoratif dans le couloir, qui tombe et se brise.

« Fuuuuuuuck. J'crois qu'elle va être en rogne contre moi. J'suis en train d'tout casser et j'le fais même pas exprès. J'suis mal foutu. », qu'il marmonne, avant de... rire... et de trébucher dans une paire de souliers qui traine, manquant près de s'étaler de tout son long par terre.

Heureusement, sa main s'agrippe au bon moment à un bureau, ce qui lui évite le plantage en force. Tout va bien, j'suis safe. No problemo. Pour combien de temps ? Aucune idée.

Un peu perdu, un peu étourdis, il fait un tour d'horizon du regard, détaillant la chambre de la belle Mary... et d'un coup décide d'aller fouiner dans son placard. Où elle est... ta robe blanche ? Il ouvre les portes, allume la lumière, et se met à fouiller, à faire un bruit d'enfer à pousser les cintres qui s'entrechoquent, des vêtements tombent en avalanche à ses pieds et manquant l'équilibre, il se tape le côté du crâne contre l'embrasure.

« Ouch... merde c'quoi... j'la trouve pas... j'comprend pas... »

Il fronce les sourcils, le blond, vraiment agacé de ne pas trouver cette robe blanche, celle qu'elle avait la première fois qu'ils s'étaient rencontrés. À savoir ce qu'il allait foutre avec ensuite, mystère, il ne le savait pas lui-même. Il éprouvait seulement l'envie de voir cette foutue robe... ou de l'imaginer à la porter pour lui. Il fouille encore et croit l'avoir trouvé lorsqu'il met la main sur ce qui semblait être un bout de tissu blanc, mais lorsqu'il s'empare du cintre, ce n'est pas la robe, mais plutôt de la lingerie fine blanche.

« C'est... pas moche du tout, ça. », qu'il souffle, un sourcil arqué, dévisageant l'ensemble affriolant, en se disant que ça devait être nouveau puisqu'il ne l'avait jamais vu avant. Du moins, elle ne l'avait jamais porté... pour lui.

T'as acheté ça pour qui ? Ses traits se froissent en une grimace désapprobatrice et ça se tord à l'intérieur, à penser qu'elle avait sans doute porter ce beau truc pour un gros con... qui avait posé ses sales mains sur elle. Foncièrement agacé et perdu dans ses pensées chaotiques, il tarde à comprendre qu'il n'est plus seul dans la pièce. Il le réalise seulement lorsqu'il perçoit du mouvement près de la porte. Spontanément, il laisse tomber la lingerie et fige son regard givré d'alcool sur la fine silhouette de Mary. Il ouvre la bouche... la referme... et ouvre à nouveau la bouche.

« J'te jure que... c'est pas c'que tu crois. Laisse-moi t'expliquer, Mary. J'suis pas venu pour faire des problèmes, j't'assure ! J'vais... »

Il s'emmêle les pieds dans le tas de vêtements et trébuche, grommelle un juron et se redresse.

« J'ai bu, Mary. J'ai vraaaaaaaaaaiment beaucoup bu. J'buvais et j'ai eu, comme ça, envie d'te voir. J'me suis mis à penser à toi et j'me suis dit que... bah que j'allais aller t'voir. Et là, j'me suis fringué et j'suis sorti d'ma baraque alors que c'est une putain de tempête de neige que j'me suis tapée à la gueule, mais c'pas grave ! J'ai marché d'chez moi jusqu'à chez toi et puis j'ai... »

Il s'arrête subitement, le regard fixé dans le vide, cherchant à traduire ce que sa cervelle déglinguée lui démontrait avec des mots. Pas facile.

« Ah ouais, c'est ça... j'suis arrivé, j'ai cogné, j'ai sonné, mais personne m'a répondu. J'ai attendu, j'te mens pas ! Mais j'commençais à m'les geler dehors... »

Et d'un coup, il s'approche d'elle et prend son visage entre ses mains, plongeant ses prunelles suppliantes dans les siennes.

« Sois pas fâchée contre moi, Mary. T'es fâchée ? Sois pas fâchée, s'il-te-plais. J'voulais pas mal faire, j'suis juste... trop bourré et j'sais plus c'que j'fabrique... j'ai brisé la fenêtre au sous-sol. J'sais que c'est pas bien et j'vais rembourser ! Regarde, j'vais même... »

Il se recule de quelques pas et fouille... et fouille... pour trouver son porte-feuille, qu'il échappe et qu'il s'efforce de reprendre sans se péter la gueule. Il l'ouvre pour trouver de l'argent, mais il ne restait que vingt dollars à tout casser.

« Ah merde, j'ai pas assez pour... mais ça fait rien ! J'vais t'rembourser, laisse-moi juste dégivrer un peu et j'vais aller au guichet. J'te promets que j'vais t'dédommager pour la casse que j'ai foutu. Tu m'crois ? Parce que j'ai qu'une parole et j'la tiens toujours ! »

Vraiment ? Normalement, oui, sauf qu'il était trop défoncé pour fouiller dans ses souvenirs, à savoir s'il avait brisé une promesse par le passé. Au pire, tu m'poseras la question quand j'serai apte à t'dire si j'viens d'te mentir ou pas. Si j'suis encore ici. Sans même qu'elle n'ait le loisir de lui poser des questions, il reprend, laissant tomber au sol son porte-feuille et ne se donnant pas la peine cette fois de faire des acrobaties pour le reprendre. J'crois pas que j'vais y arriver deux fois d'suite.

« J'vais partir, Mary. Demain. J'm'en vais loin d'Salem et j'sais pas pour combien d'temps. Mais j'voulais t'voir avant parce que... j'ai un service à t'demander. C'est pas grand chose. J'veux juste... est-ce que tu m'permets d'prendre une photo d'toi ? J'sais, c'est... ça peut paraître bizarre comme demande, mais j'suis vraiment bizarre moi, alors c'est pas si bizarre. T'accroches pas à c'détail, c'est pas important. », qu'il baragouine, esquissant un moulinet d'un bras, passant près de faire tomber une lampe.

Il avait déjà une photo d'elle dans son porte-feuille, m'enfin une photo de lui et elle, qui datait d'une année, dans le temps où tout était trop beau pour être vrai. Mais il en voulait une d'elle récente. C'est tout c'qui m'restera d'toi. Une putain d'photo. Alors me refuse pas ça. À nouveau, il s'approche d'elle... lui caresse les cheveux... et la joue... avec une affection loin d'être celle d'un homme qui avait seulement envie de se taper une belle inferis avant de disparaître à jamais. Là, tout au fond de ses pupilles, c'était de l'amour brut. Ce sentiment qu'il tentait de lui dissimuler lorsqu'il était sobre, mais qu'il parvenait encore moins à lui cacher complètement ivre.

« Tu peux faire ça, pour moi ? J'te promets que j'vais partir ensuite. Tu m'verras plus et j'vais t'laisser tranquille. J'veux juste... un souvenir de toi. Parce que t'es belle. »

Parce que j't'aime et que j'veux pouvoir t'regarder, même si t'es plus là.



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MessageSujet: Re: Brand new eyes [Jasper] Jeu 4 Jan - 2:36

   
BRAND NEW EYES

Just watch me now - Just one look you're gonna be obsessed



Lèvres posées et le goût aussitôt retrouvé. Saveur particulière, flagrance propre à chacun, flagrance propre à Jasper. La même, ouais, la même que celle imaginée plus tôt. La réalité se casse la gueule quand je ne comprends plus rien. Et il repousse, rejette. C'est comme une claque, une putain de gifle qu'il assène. Il y a ma demande, celle posée parmi les cendres. Rentrer. Rentrer pour se poser, pour comprendre, pour s'éloigner de lui, l'objet des tourments.
Et pourquoi, pourquoi tu regardes comme ça, avec tes yeux en horreur ? Pourquoi tu rejettes, j'ai l'air si répugnante ? Je te répugne, Jasper ? Jusqu'à quel point... ?
Fêlure à l'âme, le myocarde se débat sous les côtes et cette impression de plus en plus forte et pesante. On se connaît. Je le sais. J'en suis persuadée. Mais c'était dans cette vie ou une autre ? Dans ce monde ou un autre ? La parole de Jasper valant encore un peu sur les suspicions grandissantes. Pourquoi il mentirait, ce ne serait pas logique. Et pourquoi je ne me souviendrais pas de lui, si nos âmes étaient liées ? Le non-sens à toute cette merde bousille les synapses. Je veux rentrer et oublier. Retrouver ma paisible existence, mes frères et sœurs défonçant suffisamment mon quotidien.
Jasper, il s'affaire à l'intérieur. Il a rien dit, rien demandé. Comme si le baiser venait de l'électrocuter, de biaiser son système neuronal. Je le regarde à travers la fenêtre, bouger et respirer, rassemblant ses conneries dans un sac. Quand il se tourne, je feins ne pas le voir, détourne mon attention sur un arbre et quelques fleurs alentours.

Silence saisissant brouillé par la radio qui crache sa musique de merde. De la country ou quelque chose s'en approchant. Son regard à lui vissé à la route, il me semble qu'il n'entends même pas la musique qui vrille pourtant les tympans. La station est changée sans même qu'il ne scille. Jasper, il est définitivement perdu. La mélancolie me berce et les mirettes s'égarent sur le paysage qui file à toute allure. Son parfum entêtant, gonfle dans l'habitacle. Paupières closes, il me semble pouvoir le toucher rien qu'en l'imaginant et en le sentant. Je ne dors pas vraiment, me berce d'illusions, imagine un retour plus gaie entre rires et chants débiles de country reproduit bêtement pour faire craquer l'autre. Il y a ses sourires qui me paraissent si vrais, ceux qu'il n'offre qu'à moi semble-t-il. Parce que dans son regard il n'existe rien, rien d'autre que moi. Et je m'aime, j'aime ce qu'il me renvoi. Cette image de bonheur tendre. Je crois, ouais, je crois que je tuerai pour vivre ça, le vivre vraiment sans savoir que je l'ai déjà vécu auparavant. Les deux heures de trajet sont englouties avant qu'il ne me dépose chez moi.
Ce chez moi qu'il ne connait pas pourtant. Ce chez moi qu'il a néanmoins trouvé. Et sur le moment, ça me transperce. La poitrine se glace et se contracte. Les mots crèvent dans le gosier tout comme cette question ardente qui brûle ma langue. Comment tu sais ? Comment tu sais alors que j'ai rien dit, Jasper ?
La portière est claquée quand il se penche, balance un prend soin de toi avant de démarrer en trombe, comme s'il avait oublié de couper le gaz ou qu'il avait une casserole de lait sur le feu.
Je reste plantée sur le trottoir, le regarde s'éloigner. Tu mens. Tu mens Jasper Rhodes.
Cette certitude vient ronger la raison et bousiller l'intime.



Je n'ai rien dit. Je n'ai pas parlé, pas expliqué la raison de mon absence. Ni à ce frère, ni à cette sœur. Nathaniel fulmine, fait claquer la langue contre son palais. Parce qu'il a déjà perdu une fois et qu'il ne tolérera pas la seconde. Il reproche d'être trop volage quand ses conquêtes s'agglutinent à notre porte au petit matin. Rire perfide qui fracasse l'air. La demeure tremble, les murs écoutent silencieusement la dispute entre un frère et une sœur qui se déchirent. Phrases cinglantes et mots durs. Les hurlements ne sont jamais tendres dans la maison aux sept pignons. Il reproche l'inactivité, la paresse, l'absence de résultat. Et bientôt les mots ne suffisent plus. Rage insane qui explose dans les orbes meurtriers. Tous deux fait du même sang que le malin. Relation explosive qui s'achève lorsque je traîne sur le parquet, gisant au milieu des débris que la dispute a occasionné.  Du verre principalement.
Se tenir tête jusqu'à ce que l'un cède. Jusqu'à ce que l'un de nous deux soit à terre. Et se nicher à ses bras, malgré les blessures. Agripper son cou et se perdre dans sa chaleur envoûtante. Parce que nous possédons la même, pas issue du même ventre mais graine fécondée par la même entité malfaisante.
Épuisée, éreintée, c'est dans mon antre que je me replie sans grande dignité après cette joute malsaine. Le visage de Jasper hante l'encéphale. Contours appris par cœur comme pour ne jamais vouloir oublier quand tout ce que je désire à ce jour, c'est l'effacer. Fringues abandonnées pour se glisser entre les draps soyeux, la réalité s'évapore à mesure que le palpitant trouve son rythme de croisière pour une plongée directe dans les songes.

L'odeur de la chair qui brûle et bruissement de cloques qui pètent. Les hurlements par après. Ceux qui prennent aux tripes et qui assassinent. Douleur au thorax, respiration douloureuse et gouttes salines qui brûlent le minois. Je suffoque dans ce corps, me noie dans le chagrin qui le traverse. Battements de cils pour chasser l'eau qui s'agglutine. Puis l'horreur en spectacle. Jasper sur sa croix. Jasper gueulant sur cette putain de croix qui l'entrave. Jusqu'à ce que l'inévitable se produise. Martèlement de son cœur qui résonne dans ma caboche et qui, petit à petit, se fait muet. Sa tête tombe, le souffle inexistant. Douleur interne indescriptible. Y a le gouffre. Ce vide qui avale, qui gobe, qui engloutit. Le vide de l'existence sans son regard à lui. Le vide de ce tout rendu rien sans sa présence vitale. Il y a les cris, les miens cette fois. Et son corps sans vie qui gît entre les mains tremblantes. Les supplications pour qu'on me le rende, Jasper. Puis l'impensable. Rituel puissant visant à le faire revenir à la vie en condamnant celles de ces autres. Ces autres marqués, au libre-arbitre éradiqué. Ténacité, capacité à vouloir voler la vie de n'importe quel homme, femme ou enfant. Gamine qui tape du pied pour obtenir ce qu'elle souhaite, peu importe les conséquences. Langage du diable et le corps qui s'aliène de toute cette puissante énergie. Canalisateur pour l'extirper de ce gouffre, de l'Enfer. Y a l'amour qui transcende, qui aveugle. L'amour pur et sans artifice qui conduit irrémédiablement à tous les sacrifices. Et rien n'a jamais été aussi beau, aussi essentiel que de lui rendre ce souffle qu'il avait perdu, Jasper.
Le réveil en sursaut, buste redressé et l'odeur âcre du souffre encore dans les naseaux. Il me faut plusieurs minutes pour me remettre, pour refermer la plaie béante de mon âme qui suppure. Comme si... comme si c'était réel. La trogne est secouée comme pour vouloir oublier la douleur et disperser les odeurs. Est-ce que c'est un signe ? Une porte sur l'avenir pour me dire de me méfier, de ne pas franchir le seuil sous peine de me vautrer ? Comme une sorte d'avertissement pour ne pas céder à la tentation qu'il représente... J'en sais rien putain, rien du tout.

***

Le bureau est retrouvé avec ses piles de dossiers, sa sonnerie de téléphone incessante comme si le monde allait sombrer d'une minute à l'autre et que tout le monde avait décidé de m'avertir.
Mauvaise humeur clairement affichée sur mes traits tirés. Les talons claquent sèchement sur les lattes de parquet du Consulat. Pas un seul bonjour ne vient traverser la barrière de mes lèvres définitivement closes. Et Nathaniel a jugé bon de me mettre au défi, là, comme ça, de bon matin. Petit mot griffonné sur mon bureau de son écriture de gamin capricieux. Un nom et une adresse suivi d'un petit cœur transpercé d'une flèche. C'est qu'il devient presque poétique dans sa façon de larguer une exécution, mon cher et tendre frère. Mon assistante apporte le café, tente maladroitement de savoir comment je vais, semble réellement s'en inquiéter. Pas pour ma personne mais pour elle, pour son poste. Je ne suis pas reconnue pour ma tendresse mais plutôt par ma facilité à me débarrasser de ceux qui ne me conviennent pas. Je ne connais même pas son nom et je n'ai même pas pris le temps de savoir si elle était brune ou blonde.
« Ajourner mes rendez-vous. »
Directive limpide qui la fait bégayer. Et elle ose dire « Que. Quoi ? Tous ? »
Mon regard se pose pour la première fois sur la blondinette.
«  A moins que vous ne connaissiez pas la définition de ce mot  auquel cas je vous serais gré de quitter les lieux au plus vite, c'est bien ce que j'ai demandé. »
Elle ne moufte plus, il me semble même qu'elle a cessé de respirer à partir du moment où j'ai croisé son regard.
Sms dicté en chemin à bord de mon cabriolet blanc à l'attention de ma moitié, de mon sang. « Tu es un connard. Je t'aime. »
Ce monsieur Cread habite une vieille baraque pourrie. Des félins s'entassent sur son terrain, miaulant, réclamant la bouffe qu'ils n'ont pas encore dû avoir. C'est crade et ça sent fort l'urine de chat. Nez enfoncé dans mon chemisier, je prends garde à ne pas marcher dans une des nombreuses crottes qui bordent l'allée qui conduit à sa porte.
Toc – Toc – Toc.
Et j'ai supposé qu'il serait fort âgé, le visage couvert de rides mais rien. Il est jeune, la trentaine. Cheveux hirsutes et ses pognes qui frottent les yeux, prunelles agressées par la luminosité.
« Service d'hygiène de Salem » balancé-je.
Il gronde et ouvre sa porte. Un espèce de champ magnétique semble faire barrage à ma traversée. Perplexe, je racle ma gorge en portant mon regard sur les félins qui s'engouffrent à l'intérieur de la maison. Je mime un éternuement puis un second avant de porter un mouchoir à mon nez.
« Pardonnez-moi, je crois que je suis allergique à... vos animaux de compagnie. »
Ca le fait sourire Cread. C'est qu'il les trouve mignonnes les filles de la ville. Exaspérantes mais mignonnes. Alors il sort, passe ce maudit pallier.
Et son cœur cesse subitement de battre. Prisonnier par la force psychique. Les chats gueulent comme s'ils étaient dans la capacité de comprendre. Fonçant droit sur moi, les pattes labourent la chair qu'ils griffent. Un putain de connard qui s'est créé une espèce d'armée de familiers. J'enrage, imagine le rire sarcastique de Nathaniel. Le corps tombe à la renverse, le mien. Réminiscences qui viennent paralyser la carcasse et laisse les félins mener leur contre-attaque.

C'est ce que tu veux, ce que tu désires, Mary ? La douleur en perpétuelle compagne. La mort à chacun de tes pas. Tu es prête à renier qui tu es ? A te perdre, à perdre cette puissance que tu as toujours voulu ? Jusqu'où tu irais, pour te souvenir, pour voir ? Mettrais-tu ton âme en gage ? Celle de l'enfant qui sommeille, qui chiale et qui veille. Serais-tu prête à perdre tout ce que tu possèdes ? Misérable mioche qui pense qu'elle est libre. Petite vermine enfantée qui n'est que déception pour celui qui l'a créé... La souffrance étire le visage quand ils se retirent les minis tigres. Elle est purement physique pourtant, présage qu'à l'intime ce serait plus catastrophique encore. Comme dans toutes ces visions d'un avant ou d'un après.
Je suis lâche. Outrageusement lâche. Je ne veux pas savoir, pas découvrir la vérité sur les Rhodes, cette bague et ce mot. Je ne veux pas voir, me souvenir. Je ne suis pas folle au point de vouloir souffrir de mon plein gré. Je ne suis pas bête au point de risquer tout perdre. Cread n'existe déjà plus. Sa porte ayant claquée il y a plusieurs minutes déjà. Je suppose qu'il n'a pas très envie de me recevoir, pense qu'il faudra revenir pour terminer le sale boulot et éradiquer ces boules de poils.



Les griffures ont eu le temps de presque toutes cicatriser le temps du trajet. Avant de retourner au bureau, je m'arrête à la maison.
Les talons sont abandonnés dans l'entrée et la jupe relevée. Marches grimpées deux par deux pour récupérer lettre et bague.
Dans le lavabo, la lettre flambe tandis que la bague est passée à mon doigt. Le pierre m'hypnotise, me captive. Rouge si intense qu'il en devient irrésistible.
Sarah apparaît, toujours enjouée et son regard de gamine qui se coule à ma silhouette. « Qu'est-ce que tu fais ? » demande-t-elle, tendant sa trogne par-dessus mon épaule.
« Ouuuuh qui est-ce qu'on doit tuer chérie ? » Elle sautille en tapotant ses doigts. Sarah, elle a toujours aimé la mise à mort, tester l'étendue de ses pouvoirs avant de vous regarder l'air vaguement concerné par le carnage qu'elle vient de foutre, larguant un petit « oops. »
Babillages de sœurs meurtrières, l'épisode Cread conté. Elle se réjouit déjà, de les voir s'envoler dans les airs tous ces petits minous. La bague est oubliée, laissée au doigt et la journée se termine dans le sang de notre ennemi. Le repas de famille va être sympa ce soir.

***

Même rengaine, ces journées qui se ressemblent trait pour trait. Sourire et maltraiter et espérer, ouais, espérer pouvoir un jour dominer le monde entier. Écouter Nathaniel et ses délires, ses envies et ses rêves sordides qui nous conduiront à la gloire. Le tout alors qu'il sort de la couche de Sarah qui elle affiche son petit sourire béat. Leur relation jamais cachée à la vue, relation malsaine qu'ils usent et usent jusqu'à la moelle.
La nouvelle est désespérante et c'est finalement mademoiselle Landry qui viendra la remplacer. Cadeau de Nathaniel que je soupçonne empoisonné. Embaucher une des nanas qu'il baise n'est sans doute pas le meilleur plan. Toutefois, je trépigne d'impatience à la voir pénétrer mon bureau sur la pointe de ses petits souliers de peur de déranger.

Je rentre plus tôt, à cause de la neige qui s'entasse déjà sur les routes et je n'ai jamais rêvé de passer une nuit dans mon bureau. Cabriolet garée dans l'allée, les talons choquent l'asphalte, neige fondue sous mes pieds. Serrure déverrouillée, les cheveux sont détachés et les pompes abandonnées près de la porte d'entrée. Les boucles d'oreilles sont délaissées dans la petite panière de la commode qui longe l'escalier. Porte de chambre ouverte, j'arque un sourcil, me demande si Sarah n'est pas encore venue fouiner dans mes fringues pour m'en voler une.
Il y a du bruit et je me fige, avance sur la pointe des pieds avant de le voir lui. Lui dont je m'étais résignée à revoir, à retrouver. Et c'est quoi, ton putain de problème Jasper ? C'est quoi que tu veux à la fin parce que moi, moi j'y comprends rien.
L'épaule vient s'appuyer dans l'encadrement et les bras se croisent sous la poitrine. Il s'émerveille maintenant devant une pièce de lingerie. Qu'est-ce que tu crois, j'ai des goûts de luxe et j'aime la dentelle. Petit plaisir personnel.
Jasper, il n'a plus sa flagrance. Cette dernière masquée par l'alcool. L'alcool dont il empeste et dont il parfume la pièce rien qu'en respirant. Ça me file la nausée.
Le mâle pivote, s'emmêle lorsqu'il comprend que je le jauge, présuppose que je le juge. Le gilet noir est rabattu sur moi, couvrant le blanc de la robe, couvrant les formes.
Je devrais avoir qu'une envie, le foutre dehors, lui botter le cul, lui griller la cervelle, en faire une saucisse grillée. Mais rien. Je ne fais strictement rien. Je reste là, calée dans l'embrasure à l'observer se dépatouiller avec sa conscience embrumée et ses membres trop lourds.
Désir malsain peut-être, idée stupide de frôler le danger qui me guette pourtant. Je le sais. Je le sais à cause de l'avertissement. Mais quand les prunelles fondent sur lui et ses formes, sur son visage, je n'arrive pas à me résigner. A abandonner l'idée, à l'abandonner lui.
Les babines s'étirent en un sourire moqueur et tendre. Parce qu'il délire, Jasper. Parle de son état pitoyable à cause de la boisson. Cette boisson qui lui grignote la cervelle et les sens. Il trébuche et le buste se penche, mouvance pour le rattraper aussitôt avortée. Mutisme face à ses dires qui ont pour effet d'accentuer ses maux et ses mots. Des mots qu'il crache et qui ne trouvent même plus sens parfois.
Tête hochée comme pour spécifier que je comprends, que j'écoute. Jasper, même bourré, il a toute ma foutue attention. Je ne dis rien pour la fenêtre, le laisse s'embarrasser à cause des vingt petits dollars qui traînent dans son porte-feuille et qui ne suffiront certainement pas à payer la vitre qu'il a fracturé pour arriver ici.
Non, je ne suis pas fâchée. Je m'en fous de cette fenêtre, de ce qu'elle coûtera ou ne coûtera pas. L'argent n'est pas vraiment un problème ici. Mais tu me contraries. Ouais. Parce que tu mens.
Le regard se durcit et les bras se resserrent un peu plus autour de ma frêle carcasse. Comment il a trouvé ma chambre ? Comment il sait que ses vêtements sont les miens et pas ceux d'une de mes sœurs ? Et ça me rend presque hystérique de ne pas comprendre quand tout porte à croire que l'on se connaît.
Et il y a l'information qu'il balance et qui m'explose en pleine gueule comme une saloperie de bombe. Son départ de Salem. La raison de sa présence ici. Pour une photo. Une ridicule photo. Et il quémande, réclame comme si c'était la chose la plus importante. Je me redresse, me balance d'une jambe à l'autre, pas réellement à l'aise face à la situation qui m'échappe.
Parce que je n'arrive pas à suivre, à recomposer le puzzle. Les visions et la mise en garde et ton odeur. Ta putain d'odeur et la douceur de tes lèvres que je connaissais avant même de les gouter. Comme si... Comme si tout ça était déjà arrivé. Et tu pourrais croire que je suis cinglée, dire que je délire que j'ai pris un grand coup sur le coin de la trogne. Mais t'es tellement... étrange. L'adresse, la chambre et une photo maintenant ? T'es un espèce de pervers qui collectionne les minois qu'il affectionne ? C'est absurde... Et pourquoi, pourquoi tu dirais pas la vérité pour une fois...

Jasper, il approche et caresse. Corps figé et respiration bloquée. Sa proximité faisant déconner l'encéphale, myocarde cognant et cognant et cognant comme s'il était sur le point d'imploser. Mirettes plongées à ses océans, je chavire et je tangue, vient me noyer dans ses profondeurs vertigineuses. Celles d'une affection qui semble familière mais qui paraît si nouvelle. La suite de sa tirade compresse la poitrine, sentiment inexpliqué qui vient brûler le thorax. Une brûlure qui jusqu'ici n'était qu'imaginaire. Dans ces rêves où je te regardais, où tu me surprenais. Avant que tout devienne cauchemar.
Et comme par automatisme, la trogne se secoue pour dire oui. Le gilet tombe à mes pieds, dévoilant la robe blanche. Le portable est récupéré et la bague étincelle, lui éclatant la prunelle - le rubis captant la moindre lueur pour la renvoyer.
Selfie pris avec un fin sourire avant de lui retourner l'appareil.

« Voilà, Jasper. Tu as ce que tu voulais... »


Il y a de la tristesse qui s'immisce à la voix. Départ imminent et la possibilité de ne plus jamais le revoir. Il y a cette part de moi qui dit que c'est une bonne chose, qu'il ne pouvait rien arriver de mieux. Et l'autre. L'autre qui se fendille sans réussir à comprendre pourquoi.
Les questions brûlent la langue et les lippes. Ces questions que je voudrais formuler mais qui toujours crèvent dans la gorge. Parce qu'il est saoul. Parce qu'il ne sait probablement pas ce qu'il fait, ne réalise pas ce qu'il dit. Le mâle s'active, prêt à quitter la chambre quand il n'y a que ma petite masse qui l'empêche de partir, obstruant le passage.
Paupières qui battent frénétiquement et le palpitant qui toujours, se déchaîne dans sa cage. Il fait un pas puis deux.

« Pourquoi tu me mens, Jasper ? »

La phrase s'arrache de mon gosier et vient exploser dans l'air comme une bulle de poison. Il me semble qu'il recule, choqué. Et j'avance, distance effacée. La pulpe des doigts glissent sur les ridules à son front, sur la tempe et sur la joue.

« Je comprends juste pas pourquoi. Je me souviens, tu sais, un peu. Des brides, des morceaux qui forment un puzzle géant que je n'arrive pas à recomposer. Mais je sais que toi, toi avec ce que tu as dans la tête tu pourrais m'aider. »

J'en suis intimement persuadée depuis le début. Jasper est la clé de cette partie de mon esprit verrouillé. Les mimines s'accrochent à son visage et le nez le hume, cherche l'odeur derrière le whisky comme un putain d'animal. Lui, il est trop alcoolisé pour piger tous ces trucs qui lui échappent des mains désormais.
Les doigts se plantent à ses tempes. Et sa mémoire résiste et résiste, ne s'ouvre pas comme l'on ouvrirait la première page d'un bouquin pour en lire quelques lignes. Quelque chose m'empêche de forcer son esprit. Un quelque chose que je ne vois pas, dissimulé sous ses fringues. Je cesse, pense qu'il s'agit d'une énième mise en garde pour ne pas voir la vérité toute crue. Une vérité qui possiblement, me ferait dégueuler et crever.

« Reste » murmuré-je tout contre son oreille.

Et les phalanges caressent et s'appliquent à retirer la veste. Désir qui tambourine dans les entrailles, qui ne demande qu'à sortir depuis le premier jour où les yeux se sont posés sur lui, dans ce bar. Dans ce bar ou ailleurs, qu'importe. Et sans doute qu'il ne devrait pas, que c'est ce qu'il se dit, qu'il voulait seulement une photo puis repartir. Peut-être qu'il se maudit d'être venu jusqu'ici. Je ne peux pas le savoir. Son crâne fermé à double tour, mis sous scellé. Ce crâne qui ne veut pas me divulguer ses nombreux secrets.

« Tu me connais, pas vrai, tu sais qui je suis... »

Baiser déposé à sa joue. Il continue de reculer, Jasper. Jusqu'à buter sur le lit et tomber, s'échouant sur les couvertures. Il y a ses pompes que je lui enlève pour ne pas qu'il dégueulasse mon dessus de lit. Je me redresse.

« Tu ne peux pas rentrer, tu es saoul, Jasper. Décuve ici. Tu pourras partir quand ça ira mieux. »

Les envies ravalées qui me font l'effet de l'acide dévalant l’œsophage. Les doigts pianotent sur son fute et  il veut arrêter la progression, Jasper, happant le poignet. Je le dévisage.

« Quitte à coucher avec toi, j'aimerai que t'en gardes un réel souvenir et pas un délire brumeux sans forme. J'ai un peu de fierté tu sais. »

***

Jasper, il s'est endormi comme une chape de plomb. Rien ne la réveillé, pas même les hurlements de Nathaniel interdisant toute forme de vie extérieure à venir ici. Les portes ont claquées et tremblées. Le frère colérique a préféré passer la nuit sous un autre toit et j'ai pu me nicher à son flanc pour y passer quelques heures de sommeil paisible. Il a à peine bouger, juste un grondement lorsque j'ai enlacé son bidon et que la tête s'est posée à son bras.

Sa poitrine se soulève lentement, assure qu'il dort profondément. Et le monde pourrait bien s'écrouler à nos pieds que l'on dormirait comme des bienheureux.
Le bijou à l'annulaire se met à briller. Les deux âmes à nouveau l'une à l'autre cherchent à se scinder, se retrouver quand la mémoire reste pourtant défaillante. Parce que l'amour est planqué dans une petite pierre. Le rubis ayant aspiré les sentiments de sa propriétaire comme une sangsue se gorgerait de sang. Parce que la magie élémentaire n'est pas la seule a exister sur terre. On dit que les âmes sœurs pourraient mettre à sac n'importe quel monde pour se retrouver et l'univers tout entier les y aiderait.
Âmes plongées dans le terrain vague de l'imaginaire ou l'impossible devient possible à cause de ce lien unique et invisible qui les lie pour l'éternité.
Les cheveux ont poussés, se sont allongés jusqu'en bas du dos. Robe blanche aux motifs fleuries que le vent fait gonfler légèrement. Entrailles vides, un minot au teint halé et aux cheveux frisés cavale à travers les herbes hautes.

« Papa ! Papa ! J'ai vu une fée bleue ! Elle était là-bas, butant contre la lanterne. Tu comprends le langage des fées, toi ? »

La tignasse est remuée. « Ton père je ne sais pas, mais moi, oui. Montre la nous. »

Alors il court et court, le gamin insouciant. Manque de trébucher une fois ou trois avant d'indiquer la lanterne et sa fée qui irrémédiablement se cogne, comme si elle était attirée par la lueur de la bougie qui crame sa mèche à l'intérieur. Et elle baragouine la bestiole. Grogne aussi. Les fées bleues ne sont pas aussi belles qu'on les imagine. Pourvues de petites dents pointues, elles mordent et déchiquettent la viande dont elles se nourrissent exclusivement.

« La fin est proche. Proche. Proche. Sauver les âmes. Les âmes. Ou mourir. S'enfuir moi. S'enfuir loin. »

J'arque un sourcil et regarde le gamin qui se presse à la jambe de son paternel.

Et on fait quoi maintenant ? On vit, survit avant que le monde ne nous tombe sur la tête ?


_________________

It's getting close. I lose control. It's taking over. It's getting close.
I'm slipping into the deep end. I'm in over my head I can't catch my breath. I'm slipping into the deep end. Darkness is sinking me Commanding my soul. I am under the surface where the blackness burns beneath.

I am a wicked.



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MessageSujet: Re: Brand new eyes [Jasper] Mer 17 Jan - 17:24

BRAND NEW EYES

But it's too late, to go back. I can see the darkness, through the cracks.



Qu'il soit ivre ou non, ça ne changeait rien. Il avait conscience que c'était peut-être la dernière fois qu'il la voyait d'aussi près. Peut-être, peut-être pas. Le destin l'avait baisé trop souvent au point où il ne savait plus s'il devait être certain de quoique ce soit. Il avait tenté de l'éviter au moins deux fois depuis leur dernier " coup de poignard en plein cœur " et ça n'avait rien donné. Il en était rendu à la croiser même dans les endroits où elle ne devrait pas être, des lieux merdiques qu'elle ne fréquenterait jamais habituellement. Peut-être bien... peut-être bien que j'devrais arrêter d'fuir. Ses pensées s'entremêlent, se contredisent, et heureusement qu'il était complètement bourré puisqu'il perdait rapidement le fil et c'était... soulageant de ne pas freiner continuellement pour se poser des questions, s'inquiéter ou se torturer l'esprit sur les mêmes choses encore et encore. Avoir su avant, j'serais devenu alcoolique plus tôt. Il était chasseur et levait le coude souvent, mais il buvait rarement au point de perdre la notion de tout. Et si j'avais pas bu, j'serais pas ici à m'foutre dans la merde. Pour l'instant, il s'en moquait, mais demain... il se taperait probablement une crise cardiaque lorsqu'il réaliserait la connerie qu'il avait faite en débarquant chez elle. C'est ça, demain. Demain, parce que maintenant, il avait envie d'être ici, près d'elle. Il voulait profiter d'un dernier instant, même si ce n'était que quelques minutes pour la contempler. Et il va trop loin, le blond, dépassant ses propres limites en réduisant la distance, en laissant ses doigts caresser son visage, en la regardant d'un œil beaucoup trop enamouré. Il demande et il serait presque prêt à la supplier si elle lui refusait cette putain de photo. Il ne réalise pas à quel point cette demande est une anomalie dans un panorama qui ne devrait pas en détenir une seule. Pourtant... elle acquiesce à sa requête, sans poser une seule question. Il esquisse quelques pas vers l'arrière afin de lui laisser de la place et lorsque le gilet tombe au sol pour en dévoiler... la robe blanche qu'il cherchait tant voilà quelques minutes... son visage s'affaisse et son palpitant déraille. Comment c'est possible ? C'est à croire qu'elle savait que j'allais venir. Qu'elle savait que j'voulais qu'elle la porte pour moi. Pensées folles, mais c'était un autre de ces hasards cinglés qui le poussaient à perdre la tête. Il vacille et pose une main maladroite contre l'embrasure de la porte pour ne pas perdre l'équilibre. Cette fois, il se demandait si c'était causé par l'alcool ou si c'était la raison en lui qui perdait ses ancrages.

« Voilà, Jasper. Tu as ce que tu voulais... »
« ... merci. »

Un souffle se perdant entre eux, comme si ce murmure allait aider à calmer les pulsations au creux du poitrail. Une parcelle de lucidité émerge subitement, elle revient tandis qu'il la détaille de haut en bas, le gosier comprimé. J'dois partir. Il devait partir. Il détourne le regard, rangeant à la fois son téléphone, réalisant juste maintenant que tout ça, c'était une erreur. Il s'avance, résolu à quitter cette maison. À quitter tout avant de perdre pied. Il s'avance, mais elle, ne remue pas. Elle reste là, immobile, entre lui et l'accès à la sortie. Il s'avance... et s'arrête. Ses yeux se fondent dans les siens une fraction de seconde avant qu'il n'émette un petit rire incertain.

« J'vais avoir du mal à partir si tu restes là... », dit-il, fronçant légèrement les sourcils, ne comprenant pas pourquoi elle ne se poussait pas pour lui céder le passage.
« Pourquoi tu me mens, Jasper ? »

La question semble le gifler et il recule involontairement d'un pas. Putain, j'sais pas d'quoi tu parles. Parce que j'arrête pas de t'mentir alors faudrait qu'tu m'dises sur quoi j'dois m'expliquer. C'était bien le problème avec les mensonges, à un moment, on s'y perdait. S'il avait de la chance, elle pensait seulement qu'il lui racontait des conneries sur le fait qu'il allait revenir payer la fenêtre qu'il avait brisé. À la fois confus et mal à l'aise, il la dévisage, priant qu'elle ne se mette pas à lui parler trop. Attends à demain, pitié. J'sais pas si j'vais arriver à t'suivre. J'suis même pas certain d'comprendre c'que tu m'racontes.

« Je comprends juste pas pourquoi. Je me souviens, tu sais, un peu. Des brides, des morceaux qui forment un puzzle géant que je n'arrive pas à recomposer. Mais je sais que toi, toi avec ce que tu as dans la tête tu pourrais m'aider. »

Elle lui touche le visage et s'étant pitanché un peu trop, le blondin n'anticipe pas la sournoiserie dans ses gestes. Il apprécie seulement le contact de sa peau contre la sienne, sans penser à autre chose, sans réaliser qu'elle le faisait pour piller ses souvenirs. J'aime quand tu m'touches comme ça. J'aime te sentir près d'moi. Tes mains sont douces... et putain, c'que tu sens bon.

« Reste »

Un chaud murmure au creux de son oreille provocant un frisson à la nuque. Non... non, m'fait pas ça. Tu peux pas m'faire ça quand j'suis dans cet état. C'est d'la triche. Parce qu'il avait envie de rester et elle n'aurait pas besoin de lui tordre un bras pour qu'il cède. Elle caresse, lui retire sa veste... et il ne sait plus quoi faire. Elle était si près de lui et il la désirait toujours autant. Si ce n'était pas de cette petite voix chiante entre ses deux tempes qui lui disait de ne pas faire cette stupide erreur, il serait sans doute déjà à lui retirer ses vêtements et à embrasser chaque millimètre de sa peau jusqu'à ce qu'il en perde le souffle. Reste concentré, fuck. Tu sais bien que c'est pas une bonne idée. Alors, plutôt que d'avancer, il recule. Il recule tandis qu'elle avance vers lui.

« Tu me connais, pas vrai, tu sais qui je suis... »

Cette question... reste sans réponse. Il conserve sagement le silence, assimilant que ses insinuations n'avaient rien à voir, de près ou de loin, avec la fenêtre qu'il avait démoli. J'aurais jamais dû boire comme une merde. Il recule encore, le palpitant affolé, cherchant désespérément une façon d'éviter cette confrontation, sans pourtant parvenir à trouver une idée de génie. Il recule et ses jambes se butent, poussant sa carcasse à tomber et à s'écraser sur le lit.

« Tu ne peux pas rentrer, tu es saoul, Jasper. Décuve ici. Tu pourras partir quand ça ira mieux. »
« J'suis saoul, mais ça m'a pas empêcher de rappliquer ici... j'suis parfaitement capable de... de faire la même chose en sens contraire... ou peut-être pas. », finit-il par dire avant de ricaner et de laisser tomber sa tête contre le moelleux du lit.

Définitivement pas. J'bouge plus d'ici. Il n'arriverait jamais à faire le trajet en sens contraire. Surtout qu'elle avait sa belle robe blanche et qu'il voulait seulement... continuer à la regarder. Ce qu'il fait, même si sa cervelle divague et qu'il n'est plus certain si cette image d'elle est réelle ou s'il ne fait que rêver. Même s'il est à moitié dans les limbes, la belle Mary parvient tout de même à provoquer des envies... des envies qu'il devrait ensevelir, oublier, éradiquer. Il peut sentir sa main sur lui et d'un geste, agrippe doucement son poignet pour freiner son mouvement. Fais pas ça... parce que j'aurai pas la force de t'arrêter longtemps. Son regard la supplie presque... de ne pas tenter à nouveau. D'arrêter. De prendre ses distances. Parce qu'il y avait des limites à réprimer des désirs aussi vifs et brûlants.

« Quitte à coucher avec toi, j'aimerais que t'en gardes un réel souvenir et pas un délire brumeux sans forme. J'ai un peu de fierté tu sais. »

Un chétif sourire tressaille sur les lèvres du chasseur. Tu t'trompes. J'pourrais pas oublier, même si j'le voulais. Que j'sois sobre ou complètement défoncé, j'arrive jamais à t'oublier. J't'ai dans la peau, Mary. Et jusqu'aux os. Et Mary s'échappe à son regard, son portrait se dissipe jusqu'à être inexistant. Ses paupières s'affaissent doucement et quelque part, tout au fond, le blondin souhaite plonger dans un profond sommeil... pour ne plus jamais se réveiller.

TO BE CONTINUED...




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Brand new eyes [Jasper]

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