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Collected Thoughts Drown in Sleep [Luka]

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MessageSujet: Collected Thoughts Drown in Sleep [Luka] Jeu 6 Juil - 1:20

Collected Thoughts Drown in Sleep

Luka & Eir


J’étais pas prête. Pas prête à revenir à Salem, à croiser des têtes connues. Pas prête à suivre un entrainement avec d’autres gens. Pas prête de ne pas avoir Eddie dans mon sillage tout le temps. J’étais pas prête, merde.

La journée a été longue. Se lever tôt, aller courir des plombes et parcourir trop de kilomètres. Avoir à peine le temps pour une douche et repartir pour arriver à Fort Volsek. Une routine foutrement emmerdante mais une routine importante, y parait.
Eddie, c’est celle qui dirige. Celle qui me dit quand je dois arriver à la forge ou si je dois continuer à m’entrainer avec les autres. Dans des classes impersonnelles. Certaines avec des tapis épais au sol, manière à amortir les chutes. D’autres avec des bureaux et des chaises. Ils me font tenir un stylo et prendre des notes à moi, moi qui n’ai quasiment pas foutu les pieds à l’école. Moi qui ai passé le clair de mon temps à apprendre toute seule à lire, là-haut dans la grange. A écrire avec un bâton sur la terre ou avec un caillou sur la roche. Et je me retrouve des années plus tard, assise à côté d’un connard qui est plus intéressé par mes formes que par l’abc des monstres. En bonne petite rebelle du système, au début, je passais mon temps à dessiner des traits sur mes notes. Des traits et des trucs moches, à jouer au morpion aussi. Puis on m’a posé des questions. L’instant gênant du passage au tableau avec des paires d’yeux braqués sur moi, à me juger sur la réponse que j’allais donner. J’me souviens que j’ai pensé à Eddie ce jour-là. En me disant que je pouvais pas être la honte de la promo, que ça se faisait pas pour elle, que ça craignait quand même d’être le bonnet d’âne. Qu’elle méritait pas ça, Eddie, d’avoir une recrue moisie. Alors j’me suis plantée, forcément, j’écoutais que distraitement et le grand bonhomme m’a regardé en lâchant un : « Trop tard. T’es déjà morte. Personne suivante. »
Ca m’a secoué. J’ai ravalé ma fierté et j’suis retournée m’asseoir en prenant des vraies notes cette fois.

Eddie, elle passe son temps à la forge là-bas, au fort. Parfois c’est tout juste si je la vois le matin et si elle rentre le soir. Ça me déstabilise et j’aime pas ça. Elle a beaucoup de boulot. Trop de boulot. Et j’me sens comme abandonnée parfois. Alors je couine à sa porte régulièrement, pour squatter le canapé ou le spa. Sa simple présence est réconfortante et apaisante. Elle a pas besoin de parler, Eddie. L’odeur de sa clope et du café qui traverse l’appartement me suffit. On a passé six mois l’une avec l’autre. J’t’ai vu fumer des centaines et des milliers de clopes, avaler un nombre incalculable de café. On respirait le même air, au même moment. On a bouffé, buté, partagé une chambre d’hôtel ou un appartement. Ouais. Elle est devenue une extension de moi-même et j’ai du mal, putain, à la partager avec son job.
Alors je fais pénitence, je traine les pattes jusqu’au fort et j’apprends les techniques de combat des anciens. J’écoute les conseils, bouffe la terre, me relève, passe voir Deb’. Parfois je fais semblant d’écouter des camarades, pardon, des futurs frères et sœurs d’armes comme ils disent. Si certains ont la rage au ventre, d’autres sont un peu là en mode colonie de vacances et dégagent très vite. La compétition fait rage dans les rangs, l’envie d’offrir l’honneur à son mentor. Je trouvais ça débile, au début. Puis j’ai compris qu’ici, malgré les valeurs, ça restait pas moins que la loi de la rue. Celle du plus fort. A la différence, c’est que tu peux pas planter tes petits potes sans avoir une ribambelle de problèmes que t’as franchement pas envie d’avoir sur le dos.

Y a les affinités, les inimités aussi.
J’ai mes têtes, deux, trois qui se démarquent du lot. Du style pas relou. Puis il y a lui aussi, Luka. Je sais plus trop comment ni pourquoi mais on s’est cherché à coup de vannes merdiques et la sauce a prise. On dira que c’est la bouffée d’air frais dans ce cadre super stricte. Ça dénote un peu. C’est bon enfant et ça me fait sourire. Le genre qui n’arrive pas très souvent. Et tout part de là. D’un défi à la con. Je lui file mon adresse crayonnée sur un bout de papier.

« Si t’as pas la trouille de t’faire battre par une gonze, tu sauras où m’trouver. »

Il est plié en quatre et enfoncé dans la poche de sa veste avec une petite tape sur le dessus. Allez va. Va chercher bonheur.



Le sommeil.
Toujours léger, jamais très bon. Des mois que je ne dors que très peu. Des mois que les cauchemars engluent mon encéphale. Des mois que je le vois lui et que je le dégueule à mon réveil. T’es mort mais t’arrives encore à m’emmerder alors que je crève d’envie de t’oublier, d’oublier les fucking traits de ton visage et la douceur de ta peau qui glisse sous mes doigts. Tu me fais chier. T’es pire qu’une tique, putain, t’es carrément la maladie de Lyme.
Ça cogne à la porte et je sursaute. Il me faut le temps de rassembler mes neurones, d’allumer mon téléphone pour en vérifier l’heure. BOUM-BOUM-BOUM encore. J’ai envie d’envoyer chier l’imbécile qui vient percuter le bois. tu me fais l’effet d’un marteau-piqueur. Et c’est tout, sauf agréable. Je m’extirpe du canapé et mes pieds nus foulent le carrelage avec l'envie de claquer le beignet à celui qui me fera face. La porte se déverrouille et s’entrouvre jusqu’à tendre la petite chainette de sécurité. J’hasarde un œil. Il me faudra cligner quatre fois des yeux pour voir autre chose qu'une masse floue.

« Luka ?! »

La voix groggy j’écarquille les mirettes comme si j’étais en plein rêve – ou cauchemar pour le coup, j’aime pas bien qu’on me dérange. La porte se referme sur le coin de son nez, l’idée me traverse de la verrouiller à nouveau mais j’opte pour l’ouverture complète.

« Non mais t’es sérieux, t’as vu l’heure putain ?! Qu’est-ce que tu fous dehors. Non attends, rentre. » murmure-je.

Ce serait cool que tu réveilles pas les voisins, ou que tu réveilles pas Eddie – surtout Eddie - si elle est rentrée cette nuit. Parce que tu risques de pas être déçu du voyage mon gars.
T-shirt XXL, gueule en vrac et cheveux en pagailles, j’ai le chic pour recevoir les gens. Heureusement qu’il y a un paquet de gâteaux qui traine sans quoi on aurait dit un appartement témoin. Le truc inhabité qui sert à recevoir des visites à la con dans les tons blancs pour que l’acheteur potentiel puisse se projeter. J’ai jamais été bonne en décoration de toute façon.
J’retourne à mon canapé, lui laissant le loisir de fermer derrière lui. J’ai envie de lui dire de faire comme chez lui – parce que c’est limite chez moi que parce qu’il y a mon nom sur l'acte de propriété – puis je me ravise.

« Tu te tapes une promenade de santé ? T’arrivais pas à dormir, princesse ? T’avais un petit pois sous ton oreiller et tu t’es dit tiens si j’allais emmerder cette brave Eir’ qui doit dormir comme une pierre parce qu’elle s’est fait taper sur la gueule toute la journée, hum ? Pourquoi t’as des baskets. Attends. Pourquoi t’es habillé comme ça… »

Je le reluque des pieds à la tête. Ose espérer ne pas comprendre. Mais fuck, j’avais bien compris. Je sais que j’aime pas perdre un pari mais quand même… le matin – non, la nuit - au réveil, c’est violent.


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Dernière édition par Eireann Campbell le Sam 15 Juil - 18:21, édité 1 fois
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#5D787D
MessageSujet: Re: Collected Thoughts Drown in Sleep [Luka] Sam 15 Juil - 17:43

COLLECTED THOUGHTS DROWN IN SLEEP

Luka & Eir




Il fracasse l'huis, de son poing dur. Il cogne et cogne, et cogne encore jusqu'à entendre son prénom craché par la gorge délicatement ornée d'Eireann.
Eireann, un putain de prénom impossible à écrire, impossible ne serait-ce qu'à méditer. Eireann et ses mille tatouages et ses airs de chatte sauvage. Eireann et son sourire de biais et ses prunelles furieuses. Eireann qui résonne, qui résonne chaque fois un peu plus fort, dans la tête. Eireann qui paraît avoir été forgée dans le même moule, que lui. Eireann et cette absurdité de défi qu'il a lancé, qu'elle a accepté – le sourire accroché à la bouche. Ce si rare sourire qu'il lui tire, étire, qu'il lui dérobe quand le sien ne parvient jamais tout à fait à quitter sa face, dès lors qu'il se retrouve dans son horizon en y déposant sa masse, de sa présence insupportable ; mais pas pour elle, croit-il, comprend-il. Non, pas pour elle.
Alors Luka cogne et cogne, et cogne encore, la porte de l'appartement.
Un bas de jogging sur le derche, des baskets aux pieds et un tee-shirt sur les épaules. Un Glock coincé dans le dos, à l'élastique qui lui cingle les hanches. Et rien de plus et rien de moins. Parce qu'il se fout du froid dehors, parce qu'il se fout des bestioles qui grouillent dans les bois, parce qu'il est autodestructeur et qu'il prétendrait à la première réflexion, ne pas avoir la place pour les lames qui d'ordinaire se doivent de recouvrir un chasseur ; ou une autre connerie dans le style. Resplendissant suicidaire qui ne pressent la vie qu'en flirtant à chaque nouveau jour entre les pattes de la mort. Et il escompte l'embarquer, Blondie, sur ce terrain glissant. La faire tournoyer dans sa valse qui n'a de raison d'être que cette faim démente d'exister, enfin. En effleurant du doigt quelques extrêmes durant les nuits sans lune.
Et il aperçoit soudain son museau, blanc lacté sur fond d'ombres. Ça le tire de ses songeries, et des chimères qui y jappent et griffent aux tréfonds de la cervelle. La porte entrouverte en une mince fente qui sitôt entrebâillée est refermée.
Luka, il lève derechef la paluche, prêt à tambouriner son tempo endiablé. Ambition stoppée net lorsque la lourde s'ouvre pour de bon et qu'elle dit :
— Non mais t’es sérieux, t’as vu l’heure putain ?! Qu’est-ce que tu fous dehors. Non attends, rentre. 
Il obéit, le clébard. S'enfonce dans la piaule et claque la porte derrière lui. Les orbes rivés à l'environnement qu'il détaille et qu'il se surprend à haïr. Vide, tout est vide et gris et d'une morosité qui lui agite brièvement les tripes. Il a l'impression d'un retour en arrière, d'un bond dans le passé. Il a l'impression de renifler les odeurs de ses années oubliées, de celles qu'il croit avoir enterrées et qui reviennent, durant le sommeil, lorsque les rêves sont poisseux et le corps se couvre de sueur.
Ça le bloque, dans son élan.
Et il n'y a que la voix d'Eireann qui réussisse, un peu, juste assez, à l'extirper des spectres qui hantent et mordent les pensées.
— Tu te tapes une promenade de santé ? T’arrivais pas à dormir, princesse ? T’avais un petit pois sous ton oreiller et tu t’es dit tiens si j’allais emmerder cette brave Eir’ qui doit dormir comme une pierre parce qu’elle s’est fait tapée sur la gueule toute la journée, hum ? Pourquoi t’as des baskets. Attends. Pourquoi t’es habillé comme ça…
T'as dit oui. Alors j'suis là.
Et il la reluque, vautrée dans son canapé. À plus trop savoir le pourquoi des comment qu'il lui rappelle, d'un haussement d'épaules et de son timbre traînant.
C'pas drôle, s'il fait déjà clair et qu'y'a rien qu'du silence, là-bas.
Et quand il expire là-bas, il entraperçoit un entrelacs de troncs, et de ronces ; toute cette saloperie de végétation qui mange les abords du Fort. Là où croupissent et glissent un tas de monstruosités que le commun préfère ignorer. De ces monstruosités qui se baignent à la lumière nacrée des étoiles.
Alors lève ton cul et habille-toi, et viens pas chialer sur ta journée ou ta nuit ou j'sais pas quoi. J'm'en fous, en vrai.
Et il soupire, un long et grave soupir. Du genre qui n'exige pas de réplique.
Il s'en fout, pour de vrai.
Une épaule calée contre un mur et les paupières battant paresseusement, Luka écrase ensuite sa gueule encombrée de poils dans sa main. Y abandonne un bâillement qui manque lui décrocher la mâchoire. Et il croise les bras sur son torse et patiente, en lui jetant un coup de menton. Pour lui indiquer qu'elle peut bouger sa croupe et se vêtir correctement. Puisqu'il ne décollera pas sans elle. Et qu'il pourrait bien la sortir du logement, avec ou sans son consentement. Pourvue de cette dégaine-là ou d'une autre, quelle importance. Car on ne déconne pas, quand on donne sa parole. On assume et on ne couine pas sur l'heure du jour ou de la nuit, sur le temps qu'il fait de l'autre côté des vitres sales et sur la fatigue qui grignote le cerveau. Et peut-être qu'il abuse un peu, Luka. Et peut-être qu'il a une insomnie, qui le rend dingue. Et peut-être qu'elle paye ses démons à lui, en acceptant de duper Morphée et sa cohorte de cauchemars.
Tu veux que j't'aide à te saper ou bien... ?
Et à la question, une risette se joint, lui soulève les babines. Mimique moqueuse et lubrique, tandis que les billes océaniques longent les guibolles féminines et remontent jusqu'à cette poitrine qu'elle planque sous sa fringue sans forme.

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    Sometimes you gotta bleed to know, that you're alive and have a soul. But it takes someone to come around, to show you how. — twenty one pilots
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MessageSujet: Re: Collected Thoughts Drown in Sleep [Luka] Sam 15 Juil - 19:58

Collected Thoughts Drown in Sleep

Luka & Eir


J'ai jamais été du matin - ou de l'après-midi, c'est selon. J'ai toujours connu un rythme de vie très décalé. Faut dire que quand t'es danseuse ou barmaid, tu bosses toute la nuit et tu dors une bonne grosse partie de la journée. Je suis pas une hyperactive au levé. J'aime prendre mon temps et j'ai horreur qu'on me parle, enfin, surtout qu'on me pose des questions à la con qui demande une réflexion que je suis incapable d'avoir. M'étirer comme un chat, me lever, faire mon thé, attraper mon paquet de biscuits, poser le tout sur la table et attendre que le thé refroidisse en fixant un point invisible. Le tout dans un silence de plomb. Avant il y avait toi, l'odeur de café et de nicotine, partout dans la pièce. Il y avait le câlin, celui que je venais chercher en me collant dans ton dos et le goût de tes lèvres sur les miennes. Une routine que j'avais fini par apprécier. Une routine que tu nous as volé, que t'as saccagé de ta belle mort.
Puis j'ai vécu avec Eddie et j'ai pris un nouveau rythme. Se coucher pas trop tard, se lever assez tôt pour aller cavaler comme une dératée et avaler des bornes à la place de mon thé. Il n'y a plus de câlins, de baisers mais toujours ce silence apaisant. Un silence que Luka vient péter en venant cogner contre ma porte d'entrée.

Je lorgne sur l'homme, sur le chasseur. Une musculature que j'ai du mal à apprécier avec les trois tonnes de merdes dans les prunelles. Et je parle alors que je ne rêve que de lui tourner le dos et de ronfler à nouveau sur mon superbe canapé. J'ai compris en voyant les baskets et le jogging. J'ai compris que j'allais pas pouvoir larver et qu'il s'en foutait de l'heure à laquelle j'avais bien pu me coucher ou des coups que j'avais pu encaisser la veille. Suffit de regarder mes cuisses et le bleu qui les parsème en de jolis hématomes. Il ordonne et je bouge pas, me contente de battre des paupières à intervalle régulier en espérant qu'il va se lasser avant moi. Mais il se lasse pas. Il reste là, posé nonchalamment sur ce mur trop blanc. Je pousse un soupir bruyant du genre : tu m'emmerdes putain. Tu fais chier, merde !

« J'savais pas que t'aimais jouer à la poupée princesse ! »

Comme j'ai des doutes concernant sa capacité à m'foutre des fringues sur le cul – un coup à avoir un slip sur la tête en guise de bonnet – je me lève d'un bond et il me faut une certaine maîtrise pour ne pas retomber mollement. La faute à cette tête qui tourne - j'ai voulu aller trop vite.
Je rejoins la chambre non sans avoir retiré ce t-shirt informe et lui avoir balancé à la gueule en chemin. Provocation gratuite qui me tire un fin sourire. Je ressors quelques minutes plus tard le cul moulé dans un caleçon spécial running, débardeur et baskets au top. Je rassemble ma tignasse dans une queue de cheval en déboulant dans le salon, le teint un chouilla plus frais mais toujours aussi pâle. Un pari, c'est un pari. On déconne pas avec ça. Une lame rétractable est dissimulée dans la petite poche intérieure de mon fute. Celle que Jake m'avait offerte il y a bien longtemps, huilée soigneusement par mes soins à l'aconit comme il me l'a appris. Je me plante devant lui, vissent mes orbes aux siens.

« J'te propose pas de café – J'en ai pas de toute manière – ce serait pas à mon avantage de te filer de quoi te réveiller et t'énerver. »

On quitte mon appartement, lui fait signe de faire moins de bruit mais de toute évidence, il s'en fout de ça aussi.



Qu'elle est belle la forêt qui entoure Fort Volsek. Une grande étendue d'arbres petits et grands, de buissons. Et olala qu'elle fleure bon le pin et les fleurs sauvages... Non. La forêt de Fort Volsek elle schlingue en vérité. Les arbres paraissent tous plus menaçants les uns que les autres. La terre est tapissée de ronces et de mauvaises herbes. Et cette odeur de mort qui vous défonce les sens. Ca sent la charogne crevée, la vase et d'autres trucs que j'ai pas vraiment eu envie de définir. En bref, on part pas se faire une petite promenade de santé. Ça me pique le nez, la faute à l'humidité ambiante qui me fait presque suffoquer. Rappelle moi de plus jamais parier une course dans les bois. La prochaine fois on se contentera de savoir combien de bouteille on peut descendre au Hell-O.

« En allant tout droit y a une colline avec un petit étang c'est à genre six bornes au Nord. Le premier qui arrive en haut de la colline gagne, deal ? »

Deal.
Le départ est donné et si ce con prend une première avance à cause de ses trop grandes jambes, ma fine silhouette me permet de me faufiler là où il doit contourner les obstacles. Ça grouille là-dedans, des bruits spongieux et un peu dégueu nous entourent quand j'entends surtout nos souffles s'extirper de nos gosiers. Enfin. Surtout du mien parce qu'il me semble ne plus voir Luka dans mon champ de vision au bout de quelques kilomètres. L'idée qu'il puisse gagner m'est insupportable, pas que je suis mauvaise perdante mais... en fait si. Je suis une mauvaise perdante. J'ai horreur de ça, ça me rend dingue. J'ai le goût de la gagne autant que j'ai l'instinct de survie. Autant dire que c'est pas de la merde. Je me concentre, garde en tête d'aller toujours tout droit en direction du Nord. Je sens les ronces s'accrocher à mes chevilles et me labourer les mollets. Je couine un peu en tombant sur une toile d'araignée gluante, beaucoup trop grande pour avoir été fabriqué par une petite bestiole toute mignonne qu'on écrase gentiment du bout du pied. Je la contourne, perd quelques précieuses minutes que je compte bien rattraper. Puis ça arrive là, entre deux foulées, une boule qui vient grossir dans ma cage thoracique et désordonner les battements rapides de mon palpitant. L'angoisse. Celle qui vient me mordre les tripes et me retourner la cervelle. Je suis seule. Toute seule. Au beau milieu de cette foutue forêt de merde et j'ai peur putain. Je sais pas pourquoi, mais j'ai peur.
Mes jambes me brûlent légèrement, je sens un liquide couler et j'ose pas m'arrêter de peur de voir trop d'écorchures. C'est que j'ai pas emmené de désinfectant, vous voyez ? Et que ça va me fucker de savoir que ça peut s'infecter et provoquer de la merde.

Et forcément... Quand on veut surtout pas penser à quelque chose... On ne pense qu'à ça. J'ai toujours imaginé les maladies et les microbes sous une forme de petits monstres dégueulasses. Alors je les imagine très bien en train de ronger ma chair et se répandre partout, gangrenant la peau jusqu'à la faire pourrir. Ça prend tellement de place que je fais moins attention où je mets les pieds, me cogne sur l'écorce rêche des arbres jusqu'à trébucher quelque fois. Et je le vois pas, le sol humide sous la mousse épaisse. Je l'imagine pas, le terrain glissant.
Un cri strident vient fendre l'air, le mien. Le pied a glissé créant un déséquilibre. Je me retrouve comme une débile à m'accrocher à une branche pour ne pas tomber dans un marécage grouillant de bestioles pas commodes. Je tente de remonter mais le sol visqueux glisse sous mes petons, la branche menace de péter et j'entends déjà des bruits de gorge désagréables. D'une main j'attrape ma lame et la déplie dans l'idée de m'en servir pour remonter. Elle s'enfonce la pute et découpe la terre comme du gâteau... Aucune prise.

« LUKAAAAAAAAAAAAAAAAAAAA !!!! AIDE MOI PUTAIIIINNNN LUKAAAAAAAA. »

Et j'espère que t'es pas trop loin et que tu vas te bouger le cul parce que si je gueule, tu te doutes que je vais rameuter les autres bestioles qui traînent dans le coin...
Une odeur insupportable commence à enfler dans l'air. Du genre cadavre en décomposition, du genre... Noyeurs. Putain Luka bouge-toi ça craint là et j'te jure que si je crève comme ça je reviendrai te hanter comme une vieille pesta de merde.

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#5D787D
MessageSujet: Re: Collected Thoughts Drown in Sleep [Luka] Dim 16 Juil - 19:15

COLLECTED THOUGHTS DROWN IN SLEEP

Luka & Eir




Il patauge dans la merde.
La gomme de ses semelles s'enfonce, toujours davantage, dans la mousse et les feuilles qui se décomposent sur le sol. Son corps devenu lourd et lent et possiblement laid. Dans cette noirceur glauque, la peau caressée par la fraîcheur mortuaire du bocage, tout lui apparaît brutalement irréel. Ses perceptions déglinguées et les pupilles rondes, atrocement rondes. Dilatées à l'extrême. Les troncs et leurs branches comme des ogres faméliques, bossus, reniflant faiblesses et frayeurs, avec une envie de becqueter tout ce qui leur passerait sous les pattes. Des pattes arachnéennes. Des pattes faites pour choper et déchiqueter les mômes perdus.
Et ça lui file quasiment la nausée.
Une connerie, une putain de connerie.
Pourtant, Luka, il a vu et subi pire, depuis l'entraînement. Et même lorsqu'il remonte en arrière, et en arrière, et si loin qu'il en oublie de regarder le chemin emprunté parmi la semi-obscurité qui l'entoure, il trouve des trucs qui ne devraient pas exister, qu'on ne devrait pas balancer sous le nase d'un gosse ou d'un paumé tel qu'il était.
Tel qu'il est, encore, sans franchement réussir à se l'avouer.
Alors pourquoi cette nuit, et puis surtout maintenant, la nausée s’invite en compagnie des doutes. Des peurs et des questions.
Les désordres de l'esprit l'aveuglent, l'ébranlent, si sauvagement qu'il trébuche. Une chute débile et moche. La cheville vrillée et la gueule dans la boue.
Et il grogne, un coup. Pour la forme. Pour prouver qu'il est fort, et brutal, et tout un tas d'autres fantaisies de môme qui veut faire croire qu'il est un homme.
Il se retourne, Luka. Sur le dos. Une main au torse et la respiration redevenue régulière en l'espace d'un millième de seconde suintant son inhumanité. Ses billes bleues scrutant dès à présent la voûte noire encombrée de végétation, encombrée d'un néant glacé que les étoiles odieuses n'éclairent d'aucune façon. Et il songe, sans plus franchement en avoir quelque chose à battre de la course, du défi – qu'il sait avoir remporté. Puisqu'il y a de la triche, évidemment, partout disséminée à ses paroles. Comment est-ce qu'une recrue pouvait-elle fantasmer la victoire, sans déconner ? Ça lui tire un sourire, un énième et minuscule sourire de traviole ; de la satisfaction et une giclée de scrupules en maquillage.
Là, allongé et reniflant les senteurs immondes des entrailles de la forêt, il réfléchit, Luka, au pourquoi il y a cette gerbe qui ne s'en va pas. Cette gerbe qui lui bloque la trachée, qui se fait boule fétide entre la glotte et les bronches.
Il y a peut-être du regret, car il n'est pas seul au milieu de ses addictions de suicidé récidiviste – malgré le silence qui dorénavant l'écrase. Il a simplement omis sa présence, à elle. Elle qu'il a paumée au détour d'un roncier et d'un pin multicentenaire.
Luka, il se comprend instigateur des dangers. Il se devine fléau qui tire et pousse, en riant à gorge déployée. Et l'imaginer se faire dévorer, celle qui cavale encore il ne sait où ni comment, ça lui tord un peu les tripes. Ainsi que la gueule.
Il l'a embarquée.
Tu l'as embarquée putain.
Inconscient, vindicatif certainement ; alors qu'il n'a strictement rien pris ni prévu, en cas de foirade monumentale. Et il discerne, dans l'inavouable des songes, qu'elle pourrait crever, sans qu'il n'en sache rien. Juste le silence, ce silence flippant des forêts immenses aux légendes macabres en deuil. Elle pourrait crever, ouais. Seule et terrorisée et noyée dans la certitude qu'il s'en fout, quelque part. Lui qui saurait réparer ses chairs, les veines gonflées du venin de l'Elit Daemonia. Ce venin qui ne la bousille pas encore, elle. Eireann. Et il rumine, salement. Eireann. Il tente d'écrire cette anomalie de prénom derrière ses paupières qu'il ferme. Parce qu'il est usé, à force d'insomnies et d'obsessions. Et peut-être qu'il voudrait tout arrêter et faire un saut dans le film de leur soirée, sauter des événements, et rentrer à la piaule, lui payer un vrai petit-déj’ malgré l'heure de la nuit ou du jour ou de cet intermédiaire dans lequel ils se sont jetés. Comme pour lui gémir des excuses bidons, à servir sous couvert d'une petite honte qui lui mordille l'entendement.
De fait, c'est stupide et sans même s'en rendre compte, qu'il l'appelle.
Eireann et toute la bizarrerie que ça fait sur la langue.
Et il répète.
Pas très fort, pas très clairement.
Il appelle et espère qu'elle débarque au-dessus de lui, dans un éclat de rire, et qu'elle se déhanche et fanfaronne sur la victoire qu'il veut bien lui laisser. Pour cette fois. Pour toujours. Si ça peut lui virer la gerbe et les nœuds dans le ventre.
Ça percute sans discontinuer son encéphale. Tourbillon sensitif, et contraction brutale qui le plie sur le côté. Dans l'attente du filet de jus jaunâtre.
Il est loin. Très loin. Devant Eireann et ce pari dont les contours se brouillent. Inerte et tremblotant, agité de petits tics nerveux. Parce qu'il n'a plus vraiment le corps d'un humain, parce qu'il ne se sent pas encore tout à fait chasseur. Parce qu'il est bloqué depuis des mois dans une espèce d'entre-deux à la con, qui le fait grincer de l'intérieur. Les articulations sur lesquelles il ne fout pas assez d'huile. Ce tas de muscles dont il ne prend pas le plus grand soin. L'organisme en nouvelle machine dont il se fiche et souhaite se débarrasser à peu près autant que l'âme qui loge au-dedans.
Et il inspire. Et expire. Et il repense, Luka, les mâchoires de nouveau scellées et le prénom d'Eireann abandonné à la lippe :
Rien qu'une putain de connerie.

Et puis il y a le cri. Le hurlement qui déchire sa somnolence et fait cogner son palpitant contre les côtes ; le hurlement qui lui soulève le corps – ce corps qu'il envisageait abandonner là, sans bruit, dans le miasme de ses pensées pourries.
Il est déjà debout, il est déjà en route. Parce qu'il est peut-être suicidaire et très con, mais en brave clébard qu'il reste, Luka, quand on l'appelle, il revient toujours. Un peu piteux ou la queue frétillante entre les jambes. Il revient toujours, ouais, oreilles baissées ou langue pendante.
C'est suivant la voix et le cri et son prénom, à lui. Son prénom qu'elle braille dans l'obscurité de leur jeu débile, qu'il finit par déboucher sur un coin humide. Sur un bout de marécage dans lequel il manque valdinguer. Les guibolles raidies et le cul heurtant le sol dans lequel tout s'enfonce. Et il rage et insulte la Terre entière en s'enfonçant le derche et les poings dans la bourbe qui l'entoure. Jusqu'à daigner relever le museau lorsqu'un couinement lui irradie les tympans. Et qu'il cherche et voit, Eireann et sa petite carcasse gesticulante. Eireann et sa survie mise en péril, par des saloperies en-dessous et des saloperies devant. Par des noyeurs, analyse Luka. Comme ça. Sans franchement y penser. Sans franchement s'en alarmer. Des noyeurs qui voudraient la tirer – la tirer dans l'eau, il spécifie. Pour lui-même. Et cette seule réplique le fait marrer, un peu. Avant de comprendre qu'ils pourraient bien la tirer et pas lui. Et pas de la même façon et pas pour les mêmes raisons. Alors il se redresse et il empoigne son Glock et malgré la nuit et malgré les ombres et malgré toute cette merde qui lui barbouille encore la gueule et qui lui fait glisser les doigts, il tire. Un coup puis deux puis trois. Il dégomme trois têtes, vise une quatrième. Et ça grouille toujours autant et ça grognasse dans un langage vaseux, des borborygmes bourbeux qui le débectent, sur l'instant. Parce qu'un noyeur, c'est vraiment dégueulasse. Même quand on le voit pas très bien. Suffit d'écouter, son chant et sa viande qui claque, sa viande grise de poisson putride laissé comme dans une flaque de pisse.
Il s'approche et vide son chargeur, et, tout à son entreprise, il en oublie Eireann, accrochée à sa branche. Il ne pense plus qu'à forer l'ensemble des bestioles vivotant alentours, poussé par un instinct dément, un élan de prédation qui lui ruine la cervelle.
Il s'approche, Luka, à quelques mètres d'elle. Le flingue remis dans son dos. Et il enfonce son poing en plein dans la face d'un énième qui s'amène. Et ses phalanges pénètrent dans le front, viennent chatouiller un résidu de cerveau ou une bouillie fangeuse. Il déplie les doigts, malaxe la mixture, et secoue, tente de retirer la dextre quand un second lui débarque dans le dos et qu'il balance une œillade à Eireann et sa branche. En priant pour qu'elle s'y cramponne encore un peu. Juste un peu. Et il se débat, bestial. Joue du coude avec celui derrière quand il donne un coup de pied devant. S'empêche de jouer du front, de peur d'avaler un morceau ou deux, de peur de dégueuler pour de bon.
Ça fait un vacarme de tous les diables. Ça craque et ça rauque et puis enfin tout s'arrête ou presque. Quelques rescapés traînassent et rampent, vers eux, au fond de leur égout à ciel ouvert. Des rescapés qu'il reluque, Luka, en plissant les yeux. Il prend la peine de s'essuyer la pogne sur son tee-shirt à la couleur impossible, éclaboussé et trempé de liqueurs à la fragrance nauséabonde.
Et il tend sa paluche en direction de l'acrobate, en se penchant. Assez pour lui effleurer le poignet. Son minuscule poignet qu'il craint durant une fraction de seconde réduire en miettes, en l'attrapant. Et il la tire, d'un coup sec. Parce que les miraculés se rapprochent, et qu'ils pourraient bien lui licher les petons et les mollets, à sa princesse sans tour à gravir et sans robe ni couronne.
Dépêche, peste-t-il.
Et sans lui laisser l'opportunité de répliquer, il happe finalement son bras et l'attire, toute entière, contre lui. Il lui entoure son buste de ses bras et il la traîne, la soulève jusqu'à ne plus sentir ses propres chevilles s'enliser dans la tourbière.
C'est sans attendre un merci ou un pauvre con, c'est sans attendre une réplique quelconque, qu'il lui récupère le poignet et qu'il l'arrache, derechef, au tableau qu'il abomine. Dans le sens opposé, cette fois, à ce qu'ils avaient prévu. Il rembobine le film de leur soirée, Luka. Il repasse les mètres parcourus comme pour les effacer. Avec elle qu'il emprisonne définitivement entre ses phalanges poisseuses et esquintées par quelques os fendus et cartilages acérés. Il veut foutre une distance invraisemblable entre eux et les larves humanoïdes, entre eux et toutes autres aberrations de la nature qui pourraient leur tomber dessus, haineuses de ce boucan provoqué, affriolées par la bouffe qu'ils représentent.
Luka, il veut juste se barrer de cette forêt de merde, avec Eireann au bout du bras. Et sa putain de connerie en souvenir confus, dont ils pourront rire un autre jour, quand le myocarde aura cessé de vouloir briser sa cage thoracique et son pouls aura cessé de vouloir lui fendre une tempe.
C'était rien qu'une putain de connerie, jappe-t-il, pour lui-même. Les crocs scellés et la bouille froncée, rageuse et encrassée de boue et de sang.

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MessageSujet: Re: Collected Thoughts Drown in Sleep [Luka] Lun 17 Juil - 0:41

Collected Thoughts Drown in Sleep

Luka & Eir


Ah ce bon vieux karma de merde. Je me disais aussi que tout allait un peu trop bien dans ma vie. En autant que ce soit vraiment possible... Fallait que je revienne ici, dans le cœur grouillant de Salem la pute. Fallait que je replonge dans toute cette merde qui colle aux basques. Comme quoi, certaine chose reste immuable, je ne sais pas si je dois trouver ça rassurant ou non. J’ai l’impression d’avoir vécu mille vies. C’est ici que tout a commencé et que tout s’est terminé. Ici que j’ai connu Jake, Vanessa, Lui, Elle. Ici que j’ai appris à tirer, ici que j’ai découvert l’existence des monstres qui peuplent les bas-fonds ou qui sont carrément mes voisins, voir mon colocataire. Ici que j’ai appris l’amitié - la vraie, l’amour – celui qui blesse et qui fait mal. J’ai arpenté chaque foutu centimètre carré de cette ville de fuck. Et ça me donne envie de gerber, ouais. De gerber. Je vis la mille et unième et elle est pas vraiment belle vue d’ici, j’te jure.
L’idée était mauvaise. C’était la pire qu’on pouvait avoir. Et moi j’ai accepté parce que j’aime ça, les défis, ça me donne un truc à bouffer, un os à ronger. Ça me donne l’impression d’exister, juste un peu, juste assez, pour ne pas penser à la chiasse qui tapisse ma caboche.
J’ai râlé en me levant, en ouvrant les yeux. J’ai râlé alors qu’au fond, Luka, il m’a juste empêché de revoir la même scène pour la deux cents douzième fois. Ou un peu plus, ou un peu moins. Cauchemars récurrents d’un Lui qui m’a tout pris. D’un Lui qui ne veut pas que je l’oubli. Ou alors c’est peut-être moi qui ne veux pas. Qui ne veux pas vraiment le voir disparaitre. Parce que s’il disparait, alors, plus rien n’a vraiment de sens. Ni Eddie, ni l’Elit, ni moi. Y a plus rien. Rien que du vide. Un vide que je suis pas prête à affronter, m’accrochant à des bribes de souvenirs, mêmes s’ils font un mal de chien, putain. Mêmes s’ils me saignent et que parfois, oui, parfois, j’ai envie d’en crever. Mais tu mérites pas ma mort, encore moins ma vie. Tu mérites rien. T’as passé ton tour le jour où tu m’as tourné le dos, définitivement. Le jour où t’as crevé, la gueule semi-ouverte et les yeux écarquillés, parce que tu les avais pas vues venir, les balles, de la main d’Eliza. Non. T’avais rien vu et t’as été surpris. Oui, tu l’as été, avant de tomber, avant que tout ne se mette à bouger, trembler.

La branche craque et mes yeux s’arrondissent comme deux soucoupes. J’entends les petites dents claquer, les petites fines et pointus qui déchiquettent. Je sens que si je bouge d’avantage quelque chose va céder. Ou la boue sous mon pied, ou le morceau de bois pourri qui me tient encore en vie. Je sais parfaitement que si je tombe, ces connards seront trop nombreux pour que je m’en sorte. Ils vont m’entraîner dans les eaux dégueulasses en me blessant mortellement avant de me laisser moisir juste là, jusqu’à ce que ma chair ramollisse et qu’ils se tapent le festin du siècle. Enfin je voudrais pas vous alerter mais y a quand même pas grand-chose à bouffer sur ma carcasse. Mais je suppose que vous vous en foutez, vous, qui ne réfléchissez pas. Vous, les cadavres ambulants.
Et je l’appelle, son prénom en supplique quand ma gorge se serre. La faute à mon corps qui dégringole quelques centimètres plus bas quand tout menace de valdinguer d’une seconde à l’autre. Je respire. Je compte à l’envers. J’attends.

10…9…8…7, je remonte mes pieds parce que je sens un truc me tirer légèrement et que je suis pas certaine que le branchage supporte plus de poids.

6…5…4… PAN ! PAN ! Des détonations qui me font relever le minois qui jusqu’alors fixait le sol qui se dérobait sous mes petons. Ça grouille, ça grince, ça couine. Des bruits spongieux et l’odeur pestilentielle qui me fout un haut le cœur. Je vais dégueuler. Je vais dégueuler putain.

3…2...1… Je le vois enfin, son visage à Lui. Jusque-là je ne pouvais que l’apercevoir, jamais le voir complètement. Parce qu’il fait noir et que même la lune ne s’aventure pas dans le sous-bois. La faute aux feuillages trop épais de ces grands arbres.

Il y a son poing qui s’abat dans un spouitchk qui me fait cracher un peu de bile. Le noyeur s’effondre, griffe mon dos m’arrachant un glapissement qui se noie dans ma gorge obstruée. Luka, il est enfin là, vraiment là cette fois. Pour moi. Pour m’aider. Pour me sauver. Pas pour buter, exploser, défoncer, ces bipèdes à la peau un peu grise, un peu bleue. Mais j’arrive pas. J’arrive pas à accrocher sa main. Il dit un truc que je saisis pas, j’écoute pas. Je sais pas écouter quand tout s’effondre autour de moi. Une propulsion sur mes guibolles qui glissent et glissent puis il m’attrape enfin. Et je m’accroche à lui, à ses bras, à son torse, à tout ce qui me passe sous la main. Et je le serre, serre encore et encore sans relâche. C’est tout. Et il me délaisse déjà, moi et mes membres tremblants. Je peine à tenir debout, manque de tomber avant que ses doigts ne s'enroulent à mon poignet. Un poignet qui parait si fin dans sa paluche. Il me traîne, Luka. Il me faut deux foulées quand il lui en faut seulement une pour avancer. J’ai envie de lui dire d’arrêter, que c’est bon, que j’y arrive pas, moi. Que je suis fatiguée, que j’arrive plus à respirer et que j’ai la nausée. J’ai envie de lui dire de me lâcher et que surtout, il ne me lâche pas. J’ai envie de lui ordonner qu’il me laisse là, seule, que je vais réussir à me débrouiller, que je suis une recrue, merde. Que j’ai un peu de fierté, encrassée au fond de ma boite crânienne. Et en vrai j’ai surtout envie que tu ne me laisse pas, jamais. Que tu restes là, avec moi, que tu ne m’abandonnes pas comme eux, comme les autres. Ces Autres. Comme Lui. Je veux que tu m’aides, que tu m’apprennes, que tu me serres contre toi, que tu me dises que ça ira et qu’on va s’en sortir. Que tu dises ça dans un soupir, en sortant une vanne inappropriée, dans un rire étranglé. Mais que tu le dises quand même.

Mais il bronche pas, Luka. Ne me prend pas dans ses bras pour me rassurer, pour me dire que ça va aller. Non. Il braille un truc dont le sens s’effiloche et n’atteint pas ma caboche. On avance plus lentement, pour ne pas éveiller les autres créatures qui peuplent l’endroit. Puis il y a ce cri, un peu enfantin. Un hurlement. Ça parait animal, comme un oiseau de nuit mais ça ne l’est pas.

« AU SECOURS ! AU SECOURS ! AIDEZ-MOI ! PITIEZ, NE ME LAISSEZ PAS ! »

La voix semble féminine, nous alerte tous deux, me fait cesser la marche.

« T’as entendu ? Tu penses que c’est une recrue qui a décidé de taper son jogging sans aucun pari à gagner à la clé ? Fuck… »

Évidemment je suis tentée de juste rentrer. Viens on dit qu’on s’en fout, qu’on a rien entendu… Mais si c’était moi ? Cette petite voix, ça pourrait être la mienne. Si Luka n’était pas venu, alors ce palpitant qui me défonce la poitrine ne serait peut-être plus en mesure de donner un tempo à chier.

« Faut qu’on y aille. »  Souffle-je plus pour moi-même.

Parce que non, j’ai toujours pas envie de rebrousser chemin. J’ai pas envie de me planter devant des noyeurs ou des putains de gueuses qui trainent en général pas trop loin. J’ai envie d’une douche, d’un thé, d’un peu de confort et de désinfectant. Surtout de désinfectant.
La voix reste identique, l’appel à l’aide ne semble pas varier d’un iota, pas même d’une note. Jusqu’à ce qu’on entende plus rien.

« HEY ! T’ES OU ?! » Hurle-je à mon tour.

Et je sursaute quand la voix semble plus proche alors qu’on a pas parcouru des kilomètres non plus.

« AU SECOURS ! AU SECOURS ! AIDEZ-MOI ! PITIEZ, NE ME LAISSEZ PAS ! »

Je m’arrête, regarde Luka, plus vraiment certaine de ce qu’on doit faire ou pas.

« Ou peut-être qu’on devrait rentrer au fort et demander de l’aide ou un truc du genre… T’as plus de balles dans ton Glock et moi j’ai qu’une petite lame de misère. »

Ça sent le guet-apens. Le truc qu’on a franchement envie de s’éviter même si la conscience, elle, rappelle qu’on est chasseurs, ou tout du moins, en devenir pour moi.  Mais j’ai un mauvais pressentiment. Pressentiment qui gonfle quand on commence à faire demi-tour et que la voix change, se fait moqueuse.

« Elle était belle, elle aussi. Gnihihi. La tête dans le cours d’eau. Petite tête brune, petite tête blonde. Chair délicieuse. Festin du roi. Festin pour moi. »

Je me décompose, je flippe tellement que j’accroche mes doigts aux siens, manière qu’il me perde pas dans la broussaille.

« VAS-Y ! TA GUEULE ! »

Luka semble comprendre quand moi j’y comprends rien. Sa paume écrase mes lèvres quand mon corps se presse contre le sien. Je ne sais pas ce que je dois regarder mais lui, il cherche en hauteur. Tu crois que des petits cons s’amusent à nous faire flipper ?

~~~~

Par deux fois, l’insolente a répondu. Par deux fois, elle a parlé au Monstre. A lui. Le Hupeur. Son bec claque et ses pattes - ou plutôt ses pieds - sautent de branches en branches. Il se rapproche. Il se rapproche dangereusement de cette voix fluette. Elle résonne contre l’écorce des arbres et vient se nicher à ses oreilles. Il frétille, le hupeur. Il sait qu’elle n’est plus très loin, sa jolie petite proie.

Les marécages alentours sont à son avantage. Ses yeux perçants fouillent et cherchent une silhouette. Mais il ne la trouve pas encore pourtant il le sait. Elle est juste là, à côté. Alors il attend. Patiemment. Son bec s’ouvre à nouveau crachant quelques mots visant à la faire parler pour lui indiquer sa position finale. Pour qu’il saute sur son corps frêle, qu’il lui arrache un membre, ou deux. Qu’il lui brise le cou, qu’il plante son bec et ses griffes dans sa carcasse jusqu’à ce qu’elle avance ou qu’elle recule. Jusqu’à ce qu’elle sombre dans l’eau poisseuse et qu’elle n’en ressorte jamais. Le Hupeur, il aime la chair en décomposition, plus tendre et plus facile à manger.



Personne n’en a jamais vu, de monstre comme lui. Il n’est que conte et légende. Le genre qu’on racontait aux gamins du fort pour les faire flipper. Avec le temps, l’histoire est devenue de plus en plus vague. Ils sont rares, ceux à avoir survécu à cette chose mi-homme, mi-animal. Ils sont si rares qu’ils n’existent plus vraiment. Les rumeurs continuent pourtant de courir entre les murs suintant de Fort Volsek. Certains disent que son bec est grand et qu’il a perdu ses ailes. Qu’il ressemble à un corbeau, oiseau de mauvais augure. D’autres qu’il possède bras et jambes et a l’apparence d’un être humain. La créature serait intelligente, s’adapterait au profil de ses victimes les forçant à lui parler pour mieux les situer. La parole en radar.  
A l’image du Candyman, lui répondre trois fois serait la pire des choses à faire puisque vous signeriez votre arrêt de mort. Le monstre ne lâche jamais sa proie une fois qu’il l’a trouvé. Comme s’il marquait à tout jamais les contours et les traits de sa victime.


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MessageSujet: Re: Collected Thoughts Drown in Sleep [Luka] Lun 17 Juil - 21:31

COLLECTED THOUGHTS DROWN IN SLEEP

Luka & Eir




Elle dit :
— T’as entendu ? Tu penses que c’est une recrue qui a décidé de taper son jogging sans aucun pari à gagner à la clé ? Fuck… 
Mais Luka ne fait qu'écouter la voix qui réclame leur attention sans plus réussir à comprendre ce qu'elle couine, Eireann. Eireann qu'il tient solidement, pour ne pas qu'elle se casse et se précipite dans les bras d'une monstruosité sortie des tripes de Lucifer. Pour ne pas qu'elle disparaisse dans l'obscurité, qu'elle ne se dissipe telle un fabuleux mirage, une hallucination portée par quelques champignons poussés à ses pieds. 
Il halète un peu, Luka. Pas à cause de l'exercice, pas à cause de cette petite déroute nocturne. Il halète parce qu'il renifle, le danger qui s'amène. Le vrai. Pas celui glaireux et puant en forme de noyeur ou de connasse de gueuse. Il renifle la vraie menace, celle qui ouvre le bide en deux et en sort l'intérieur pour s'amuser. Et il ne se souvient pas tellement avoir déjà entendu des trucs, au sujet d'une môme qui criaille sa peur dans les bois. Il ne se souvient pas non plus avoir entendu des histoires d'enfant bouffeur d'hommes. 
Mais y a le sixième sens, ou l'instinct, ou une pesanteur du genre – cette intuition devenue ultrasensible, une démangeaison frénétique, depuis qu'il n'est plus tout à fait humain ni tout à fait l'autre-chose. Depuis qu'il s'égare à travers son entre-deux navrant, qui le rend faiblard et possiblement dément. 

— Faut qu’on y aille, déclare précipitamment Eireann. 
Et il fait non du menton. Et elle ne voit rien.
Il le capte, par après, lorsqu'elle rouvre la bouche et demande à l'abomination :
— HEY ! T’ES OÙ ? 
Et il manque la claquer, la plaquer à terre et lui hurler de la boucler. D'arrêter d'être aussi conne, de réfléchir trois secondes ou cinq. Ou dix. Ou simplement réfléchir, un peu. Juste un peu. En laissant son derme, son intellect ou son cœur, se faire picorer par une quelconque précognition dont elle ne peut décemment pas ignorer la trace laissée à son existence en lambeaux. 
La gosse qu'il devine hideuse et qui piaille, il le sait – de ces certitudes qui imprègnent la conscience – ne veut pas être sauvée mais désire surtout leur barbaque et leurs viscères. Parce que rien ni personne ne vient chercher Dame la Mort à cette heure, hormis eux ; hormis les abrutis qui n'ont rien d'autre à foutre que jouer avec le feu, pour se sentir libre et vivant. 
Et ça recommence :
— AU SECOURS ! AU SECOURS ! AIDEZ-MOI ! PITIÉ, NE ME LAISSEZ PAS ! 
— Ou peut-être qu’on devrait rentrer au fort et demander de l’aide ou un truc du genre… T’as plus de balles dans ton Glock et moi j’ai qu’une petite lame de misère.  
Et il la retient. La tient. La coince. La serre si fort qu'il lui coupe le flux sanguin, en percutant qu'ils se sont arrêtés et qu'ils n'auraient pas dû. Il a les tendons et les muscles durs, crispés à faire péter les os qu'ils recouvrent. Il est prêt, le dogue. Prêt à utiliser ce corps trop grand qu'il habite, comme une arme, comme on lui a appris au rythme des coups et des brimades.  
Il fait un pas puis deux, en la traînant sans délicatesse. Les mouvements mâchurés par la nervosité. Il veut repartir, Luka. Dans un sens ou l'autre. S'évader de cet endroit maudit. 
— Elle était belle, elle aussi. Gnihihi. La tête dans le cours d’eau. Petite tête brune, petite tête blonde. Chair délicieuse. Festin du roi. Festin pour moi. 
... Mais c'est trop tard, parce que la môme affreuse est toute proche. Et qu'elle n'est plus si môme, lorsqu'il tend l'oreille et apprécie les ravissantes paroles proférées. Il relève le museau en direction des cieux. Pour discerner une ombre, un mouvement, un indice sur la nature de l'ennemi – du prédateur dont ils sont dorénavant le gibier. 
— VAS-Y ! TA GUEULE ! Balance toutefois Blondie. 
Et ça, ça finit de lui vriller les nerfs. 
Il lui écrase la paume sur la bouche. Lui tapisse quasiment toute la mâchoire de sa seule paluche, tandis qu'il la colle contre lui. Les phalanges contracturées, en étau, sur son biceps rachitique. 
Et il murmure, à son oreille, dans un soupir :
Tu t'allonges par terre. Tu me donnes ta lame. Et tu la fermes. 
Le timbre pas plus haut qu'un bruissement de feuille froissée sous leurs semelles. 
Et la main appuyée à sa nuque, il la fait ployer, Eireann. Lentement, précautionneusement, sans bruit. Il la guide jusqu'au sol recouvert d'épines et de mousse et de végétations brunies. Il la fiche sur cet amas de décomposition ; mélasse méphitique.
Et, penché à son dos, sa face se niche à son épaule et il expire :
Quand t'entends poivron, tu te casses en courant. et...- et tu. la. fermes. 
Il répète, il ordonne, il s'assure qu'elle pige bien ce qu'il lui raconte. 
Et Luka, il fronce la bouille, en imprimant à son cortex le mot important : poivron. Poivron putain, mais de où ça lui vient, ce mot à la con.  
Il ne se rappelle même pas en avoir bâfré un seul au cours des dix dernières années. Alors pourquoi un putain de poivron pourrait leur sauver la vie. Et ça le fait souffler, hargneusement, en se relevant. En s'écartant d'elle aussi, après qu'elle lui ait filé sa lame ridicule qu'il range dans sa poche.

Luka se retrouve à des mètres de sa petite silhouette qu'il ne distingue que vaguement, maintenant ; parmi les ténèbres de la sylve. Et qu'il fixe et fixe.
Puis il écarte les mâchoires et gueule brutalement :
C'EST TA MÈRE QUI EST BONNE GROS TROU'D'BALLE-
Et il s'éloigne encore, et continue son discours plein de délicatesse et de charme. Accumule les inepties, saupoudrées d'obscénité, jusqu'à placer un « niquer » et une « bite », deux-trois fois dans l'équation. 
… j'l'ai bouffée moi sa jolie p'tite tête ouais ! Et son joli p'tit cul alors si t'as la dalle, sac à merde, t'as qu'a v'nir m'ouvrir.
Et il se marre, fort, très fort. Un rire d'enfant fou, un rire boursouflé par la haine et par l'adrénaline qui débute son manège à travers son système. Félicité morbide qui lui grignote un peu les pensées dès lors qu'il sent quelque chose lui effleurer le sommet du crâne. Et il s'abaisse, s'accroupit et tâte ses flancs, croyant y décrocher ses lames. Sans rien trouver de plus que les contours de son torse et l'humide de son tee-shirt fétide de sa sueur et de fange. 
Loupé, raille-t-il pourtant, bravache. 
Jusqu'à ce que des ongles, dans la seconde qui s'en suit, ne se plantent sous ses clavicules et qu'on le décolle du sol. Luka valdingue à travers l'atmosphère, n'a pas le temps de crier sa disgrâce qu'il achève son vol contre l'écorce d'un arbre. Ça fait un craquement lugubre. Et sa masse s'écrase sur l'humus. L'air des poumons expulsé par un râle et le poivron, qui refait surface à travers la matière grise, tandis qu'on le hisse de nouveau, et que son mètre quatre-vingt-dix ne change pas grand-chose à sa situation critique. 
Les pieds battant le vide et les battoirs accrochés à ce qu'il présage comme des bras. Il plisse les paupières et remarque enfin, la bestiole. Ses yeux exorbités et son bec qui menace de lui en crever un, d’œil, justement. 
Il pousse, Luka. Pour s'éloigner le plus possible de l’énergumène qui lui fait face et il repense à Eireann planquée sur son coin de terreau, et braille à s'en péter les cordes vocales :
POIVRON PUTAIN POIVRON POIVRON
Et il répète et répète, Luka, même lorsqu'il a droit à une rencontre passionnée avec ce bec géant que l'autre lui fiche dans la tronche. Un coup qu'il évite de se prendre de plein fouet, qui lui déchire la pommette et la joue, dérive sur la tempe, entaille son cuir chevelu. Aussitôt, le sang lui repeint l'horizon. Un voile opaque apposé à sa rétine, à son profil. Un voile chaud à l'odeur ferreuse qu'il connaît et goûte malgré lui, pendant que la rivière carmine lui dévale jusqu'aux lèvres.  
Entre les pattes du spécimen à semi-identifié, il n'est pas plus brave et féroce qu'un fantoche désarticulé. Le raisonnement amputé d'une ou deux notions de survie, ou d'envie d'en réchapper. La gorge nouée et le palpitant susceptible de lui écarteler la poitrine, pareille à une fleur en éclosion. Les boyaux et les gerbes rouges en extra. 

La bestiole le choque ou broie une énième fois contre le tronc derrière et il continue, Luka, il continue d'articuler poivron dans un filet de voix et de bave, une bulle de sang éclatant en fond de gosier. Les iris grelottant sur son trouble et la mandibule un peu pendante, la langue devenue molle.
Il soulève cependant son bras qu'il contracte, élargissant davantage les entailles faites par les griffes du machin qui le garde suspendu. Et il gémit et il envoie son poing, deux fois de suite dans le bec puis l'ovale de la boîte crânienne, sans que ça ne paraisse ébranler réellement la cible qui n'éructe qu'un gargouillis et raffermi sa prise.
Alors il bascule, Luka. Fait peser son poids, avec ses jambes qu'il replie. Pour se défaire de l'étreinte quitte à s'en arracher la viande. Et il appuie et tape dans tout ce qu'il sent, en pissant son hémoglobine par il ne sait combien de trous. Le profond du crâne devenu cotonneux et les perceptions assombries d'un glacis d'incompréhension. 
Et c'est abruptement qu'il redécouvre la couche terrestre. Les genoux plantés dans la glaise.
Le délire reprend lorsqu'il perçoit quatre pointes lui embrasser les côtes et lui chatouiller le poumon. Il braille et s'affale, trébuche en arrière, le cul raclant la bourbe pendant que le machin-à-bec de type manuel des mythes et légendes, poussiéreux, oublié sur un coin de bibliothèque, le charrie il ne sait où tout en augurant expressément le pourquoi.
Et les mains à plat cherchent un truc, n’importe-quoi, auquel s'accrocher, quand les guibolles se tordent et les talons dérapent sans arrêt.
Un sursaut de raison lui rive la pogne sur la cuisse, puis dans la poche. Et la petite lame d'Eireann tranche dans la foulée quatre doigts acérés qui restent plantés, là, dans sa chair quand son héroïsme lui dicte de décamper à mesure que la bestiole hurle un son inarticulé, dilaté par la colère et la souffrance ; et lui laisse une ouverture qu'il ne tarde pas à saisir. Il se rue en avant, Luka. En beuglant comme un forcené à celle qu'il imagine encore devant, qu'il happe en réalité à la volée, dans sa course effrénée.
Il lui aboie de courir, de courir plus rapidement. Il ajoute que c'est une putain de conne, qu'elle aurait dû se barrer et que le poulet géant est en rage – ouais, un poulet géant. Et ouais, il est rage.
Moins d'une minute s'écoule, avant que Luka ne se vautre de tout son long en se prenant un pied dans les torsades d'une racine, en sentant les effets de l'adrénaline s'enfuir. Son poumon grattouillé par le poulet géant lui faisant siffler la respiration comme un vieux qui s'enfile trois paquets de clopes par jour depuis vingt ans.
Mais qu'importe, il récidive. Il tempête qu'il faut courir sans plus réussir à tenir droit sur ses guibolles. Il s'obstine et trébuche sans la lâcher. Eireann et ce bras qu'il martyrise entre ses phalanges visqueuses et froides.
Il n'a pas peur pour lui, pas vraiment. Luka, il a peur pour elle, vertigineusement. Par conséquent, il galope, sans réfléchir. La lucidité calcinée, car ne compte pour lui qu'atteindre l'orée du bois et la lumière des lampadaires.
Et il flageole derechef. Et soupçonne, subitement, l'haleine fétide du colossal nugget lui titiller l'échine.

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MessageSujet: Re: Collected Thoughts Drown in Sleep [Luka] Mar 18 Juil - 2:30

Collected Thoughts Drown in Sleep

Luka & Eir


Il m’écrase, Luka. Et les interrogations fusent dans mon regard. Des interrogations qu’il balaie d’un battement de cils, auxquelles il ne répond pas. Peut-être parce qu’il sait pas, parce qu’il les connait pas, qu’il ne peut les deviner toutes ces questions qui butent contre la paume de sa main. Il murmure et mon cœur rate un battement, se vrille, repart en tambourinant plus fort, au point que j’ai l’impression qu’on peut l’entendre cogner encore et encore. Ça prend toute la place dans ma caboche parce qu’il cogne dans mes tempes. Je suffoque un instant, comme s’il était en train de me priver d’air alors qu’il suffirait que j’inspire par le nez. C’est complètement con, en fait. C’est totalement débile. Alors mes phalanges accrochent son poignet et je l’implore de mes iris bleutés avant que je ne me souvienne, dans un éclat de lucidité, qu’il ne m’empêche pas de respirer. Je gorge mes poumons quand il me fait fléchir le plus discrètement du monde. Les genoux s’enfoncent dans la mousse que je sens humide et spongieuse à travers le tissu trop fin. J’aurai dû mettre un jogging plus épais pense-je bêtement. M’enrouler dans du papier bulle ajoute-je quand les épines s’enfoncent dans ma chair. Je grimace. De dégoût, de douleur un peu, de peur beaucoup. Et j’écoute attentivement, fébrile, chacun des mots qu’il balance. Je les grave là, quelque part, dans un coin de ma cervelle malade. J’arque un sourcil face à ce nom de code incongru.
Poivron ? Vraiment ? T’es en train de baser notre survie, sur un putain de légume ? Et tu les préfères crus ? Grillés au four ou au barbecue ? A moins que tu les préfères farcies… Fuck les poivrons. Fuck les noms de code à la con. T’aurais pu beugler rouge ou jaune, t’aurais pu gueuler danger, casse-toi ou je sais pas. Mais poivron… POIVRON PUTAIN ! Fais-moi penser à reparler de ça devant un bon verre de whisky quand tout ça, ce sera fini. Fais-moi penser qu’on pourra en rire, ouais, plus tard, quand la mort nous collera pas au cul comme une vieille mouche à merde. La lame est offerte sans un mot de plus alors que j’ai envie de lui gueuler de rester là, qu’on devrait pas se séparer, que c’est pas une bonne idée. Tu regardes jamais les films d’horreur putain ? Tu vois pas qu’ils crèvent tous à la fin, les uns après les autres parce qu’ils ont eu la stupidité de se séparer ? J’ai pas envie que tu partes, que tu me laisses là, que tu t’éloignes, que tu m’abandonnes. Je veux pas, merde ! JE VEUX PAS !

Mais il sait pas, Luka et il s’en va, comme ça. Sans faire vraiment de bruit, pareil à un courant d’air. Le froid vient me mordre les épaules et je réalise à ce moment précis, en tournant lentement la tête, qu’il n’est plus là. La respiration déraille autant que le palpitant. Ma vision humaine ne me permet pas de déceler sa silhouette à travers les masses vertigineuses de troncs qui m’entourent. J’ai envie de me relever, de courir. Pas loin d’ici mais vers lui. Pour le retrouver, pour rester accrocher à son bras, à sa fringue. Et j’te dirai que c’est pas grave si je crève, parce que j’suis condamnée de toute manière. Que même si tu me sauves aujourd’hui, je pourrais crever de cette maladie qui gangrène mon corps dans un mois ou deux ou quelques années si ce n’est pas l’intoxication qui vient s’en charger. J’te dirai que ma plus grande peur c’est de crever seule, sans personne, sans une main à tenir, sans une pensée agréable à avoir avant le dernier soupir. J’ai peur Luka. De la solitude, de la mort, de tous ces trucs que j’arrive pas à définir, cette masse de sentiments que j’sais pas analyser. Mais t’es plus là pour que j’te dise tout ça. T’as déjà fait trop de pas dans une direction que je ne connais pas. Et j’te déteste, là. J’te déteste vraiment de m’infliger ça. Toi.
Mes membres tremblent et je ne sais pas vraiment si c’est à cause du froid ou de l’angoisse qui grimpe en flèche. Sans doute un peu les deux. Et il gueule au loin Luka, me faisant tordre le minois dans une contorsion désagréable pour ne pas bouger le reste de mon corps qui repose sur le sol dégueulasse. Il provoque la chose, la créature, cet autre qui est venu nous importuner dans notre délire suicidaire. L’idée du pari est loin maintenant, tout comme l’envie de gagner désespérément une course que je savais, au fond, perdue d’avance. Parce que je ne suis qu’une recrue - fluide et légère, certes, mais qu’il est doté de capacités que je n’ai pas, pas encore. C’était rien qu’une putain de connerie, t’as raison…

Des bestioles grimpent le long de mes guibolles, chatouillent mes bras quand je me concentre sur ma respiration, pour ne surtout pas baisser le menton, pour ne pas voir ces trucs que j’imagine gluants et dégueulasses me grimper dessus. Parce que je risquerai de me lever, m’agiter, m’ébrouer et surtout couiner voir hurler. Alors j’y pense pas, m’imagine me prélasser dans mon canapé, devant cette télévision qui m’a coûté un bras parce qu’elle aussi fine qu’une feuille de papier. Je me vois grignoter des paquets de biscuits par millier pendant que je tente de m’abrutir devant quelques dessins-animés ou des émissions télévisées totalement débiles où le seul but du jeu est de ne pas craquer et quitter l’aventure à cause des disputes incessantes – quand ils se tapent pas sur la gueule tout court. Il y a le SPA d’Eddie aussi. Une eau claire à trente-huit degrés. Elle dit que c’est trop chaud, elle. Mais moi j’aime ça, quand ça picote sous la peau, quand ça brûle un peu. Mais ça me démange et ça me rappelle où je suis, m’ancre à cette réalité moisie qui n’a de larvesque que les putains de bêtes qui continuent leur ascension. Et trop vite ça me ramène à mes plaies, celles qui lancent derrière le tissu déchiré, celles qui piquent à cause de l’inflammation partout, partout sur mes jambes et dans mon dos. J’inspire pour me donner le courage qui s’effiloche au fil des secondes. Pour tenir encore un peu, juste un peu, avant de ne plus tenir et de me lever. Avant de ruiner tous les efforts de Luka pour me protéger.

Il beugle « POIVRON PUTAIN POIVRON POIVRON »
Il me faut quelques secondes pour comprendre que c’est le signal. Que c’est le moment où je dois me lever et cavaler en sens inverse des cris pour m’éloigner de lui et de la probable merde qui lui est tombée sur le coin du nez. Je me redresse, ne pense plus aux insectes qui rampent toujours. Je ne pense qu’à ses cris à Lui. Une première foulée m’éloigne quand trois autres me rapprochent.
T’es con putain ! Pourquoi tu m’as demandé ça, à moi, qui n’écoute pas ? Pourquoi tu m’as demandé de fuir alors que j’en suis incapable, merde ! Tu comprends pas, toi. Tu saisis pas, toi, que je peux pas. Je ne peux juste pas faire ça. Je peux pas partir, courir, ne pas regarder en arrière alors que ce serait la chose la plus logique à faire et pas seulement pour sauver ma peau mais aussi, surtout, pour appeler à l’aide. Pour qu’on vienne te sauver. Mais je peux pas faire ça. Me dire que je vais perdre du temps, que peut-être quand je reviendrai ce sera trop tard et que je ne retrouverai que ta carcasse dépiautée ou que je ne te retrouverai jamais. C’est trop me demander. Tu me fais chier, Luka. Tu me fais chier grave !
Comme à mon habitude, les ordres donnés plus tôt sont oubliés, balancés dans un coin de ma cervelle, là où la merde s’entasse, là où ça ne désempli jamais.
Les sons résonnent sur l’écorce des arbres, m’indique une mauvaise direction une première fois quand je semble enfin saisir d’où provient les bruits. Ceux de corps s’entrechoquant. Mais je me perds encore au détour d’un pin, trébuche dans ses épines alors même que le souffle me manque. Un glapissement inhumain enfle dans l’air comme annonceur de mauvaise nouvelle. Je cavale, cavale et cavale, ne pense plus aux griffures de ronces, au sang qui perle lentement.
La panique pulsant partout à l’intérieur de moi brouille ma vue et je percute quelque chose de plein fouet. Un peu dur, un peu mou. Je n’ai pas le temps de piger que c’est vraiment lui que déjà il me pousse, me repousse, me crache d’avancer, de courir, courir, encore. Sans réaliser, sans réfléchir, je cours pourtant. Il jappe des conneries dont je me fous.

Tu m’engueuleras plus tard, quand t’auras plus la gueule en sang, quand on sera plus en train de cavaler comme des dératés, quand notre vie ne sera plus en danger. J’te laisserai m’insulter, dire que je suis qu’une petite conne qui n’écoute rien, qui ne sait pas, qui devrait réfléchir. Ouais, j’te laisserai faire tout ça si on s’en tire.

Il me pousse au cul, Luka, avant de tomber, de s’étaler dans la terre et s’enrouler dans le lierre. D’instinct je me retourne, accroche son bras que je tire quand il enveloppe le mien de ses phalanges. Les yeux rivés au loin je vois la créature, masse sombre qui fend la nuit de ses cris, la prunelle luisante. « Bouge, putain, BOUGE ! » aboie-je. La course folle reprend mais ses guibolles à lui ne tiennent plus, vacillent. Et il chute à plusieurs reprises, m’entraine même parfois. Il beugle toujours de courir comme s’il tentait de se convaincre lui-même. Il répète inlassablement comme une litanie. Il continue encore alors même que je le sens me tirer en arrière.
Mais c’est pas Lui. Pas lui qui tire vraiment. C’est l’autre immondice qui s’est accrochée à son dos le stoppant tout net, plantant doigts et bec dans sa tête. Les yeux pareils à des billes, il me faut quelques secondes pour comprendre, pour voir et analyser ce truc que j’ai jamais vu, encore moins entendu parler. Ça sert à quoi de passer des heures à écouter – le cul vissé sur un putain de chaise inconfortable, devant un bureau en bois - un mec ou une gonze nous parler des créatures qui nous entourent pour qu’on se fasse un joli carnet avec tous les trucs à savoir, s’ils oublient d’en spécifier des aussi importantes que celle-là, fuck !
Réflexe purement féminin - je suppose - je crie. De ce cri strident qui vient vriller les tympans, péter des verres même. Elle le lâche, la chose, tente de protéger ses oreilles de cette agression auditive. Et Luka, il retombe lourdement dans la boue sans plus bouger beaucoup. Les paupières noirâtres battent avant de se fixer sur moi. Salut chéri, ça va ? Parait que t’aimes bien les blondes… Le bec s’ouvre, lâche un cri qui me fait reculer de deux pas avant que monsieur l’déplumé se jette sur moi. Je valdingue, tombe en arrière, les poumons se contractent, empêchent l’air d’y entrer. Mes mimines en guise de protection alors que ça claque trop près de mon oreille. Les genoux cognent, le corps s’ébroue pour déloger le déplumé. Et ça se plante dans mon épaule, j’ai même l’impression que ça vient râper sur ma clavicule. J’arrive pas à reprendre mon souffle, perdu dans cette cage thoracique sous pression. Il profite pour me tirer sans effort. Il tire encore et encore pour me balancer dans la flotte croupissante en contre-bas. J’avale quelques rasades de vase que je dégueule aussitôt. Et je sens, ses mains et ses pieds s’appuyer sur moi. J’ai tout juste le temps d’avaler une bouffée d’air avant de me retrouver bloquée sous ses petons dégueulasses.
Il croasse tel un corbeau, il jubile déjà à l’idée de noyer son dîner qu’il n’aura plus qu’à laisser se décomposer pour mieux festoyer. Bras et jambes battent l’eau dans de grandes éclaboussures quand la bestiole reste sagement nichée sur ma nuque et mes épaules. Il y a cette eau, pareille à de l’huile qui s’infiltre dans ma trachée et noie mes poumons dans une douleur insupportable. Ca pince et ça tiraille. L’oxygène manque trop vite, trop tôt. Les mouvements faiblissent jusqu’à cesser totalement. Les muscles se relâchent et la carcasse se met à flotter dans le marais.

Il fait noir. Je ressens plus rien. J’ai plus mal, je crois. Il n’y a rien que du vide autour de moi. Un vide qui m’aspire, c’est comme une longue chute sans fin. Sans parois, sans rien. Et bientôt les images défilent, vrillent mon encéphale, tétanisent mon âme. Je suis en train de crever. C’est tout. Comme ça. Sans avoir à dire au revoir, ni même adieu. Sans avoir à voir les larmes, les regrets ou encore la compassion. J’ai froid. J’ai froid en dedans. Je crois… Je crois que j’ai peur. Je crois que je meurs.

Il y a Luka et ses sourires vissés à ses babines, qui jappent et qui couinent parfois. Eddie et son incroyable droiture, sa force, ses gestes bienveillants, ses mots durs en apparence. Elle. Elle toute entière, resplendissante, effaçant la pénombre, gommant les imperfections avec cette infinie patience. Les visages amicaux, ces recrues croisées au détour d’un bâton ou d’un bout de murs en pierre. Jake. Jake aussi, beaucoup. Avec toutes les zones d’ombres qu’il comporte, tous ces trucs autour impossible à analyser, à déterminer. Les autres qui ont comptés. Lui - l’horreur, le sang, les boites et les étagères pétées là-haut, dans ma cervelle. Lui encore. Ce truc, l’amour, la mort. La Norvège et la mort de Max. L’Irlande et Max partout, marquant ma chair, courbant mon échine. Le visage désolé de ma mère, ses larmes au coin des yeux qui luisent comme je ne les avais jamais vues auparavant. Mon père… Mon père dont l’image devient floue, abstraite. Il se décompose en des nuances de couleurs. La chute cesse, il me semble, comme retenue par un filet invisible. L’impression d’avoir le choix. De continuer tout en bas pour contempler ce que je n’ai pas pu voir. Peut-être un peu de regret dans son regard, lorsqu’il levait la main sur moi toutes ces fois… Est-ce que j’ai envie de savoir ? Est-ce que j’ai vraiment envie d’apprendre ce qui ne changera rien à celle que je suis aujourd’hui ?

Non. Non.



Mes oreilles sifflent, quand la cage thoracique se contracte en une toux rauque qui déverse et qui dégueule le liquide vaseux. L’air, incapable de se frayer un chemin correctement aide à expulser ce qui encombre les bronches douloureuses.
Larmes salines qui dégringolent le long de mes tempes, je le vois enfin. Derrière la crasse qui englue mes paupières, derrière le voile fin qui brouille ma vue. Mes phalanges accrochent les siennes.
Pour dire merci. Pour dire que ça va bien, maintenant. Que ce sera un souvenir comme un autre. Avec sa part de bon et de mauvais.

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MessageSujet: Re: Collected Thoughts Drown in Sleep [Luka] Mar 18 Juil - 21:30

COLLECTED THOUGHTS DROWN IN SLEEP

Luka & Eir




Il y a comme un torrent de lave qui lui déboule entre les poumons, qui lui serpente dans le creux du ventre. Et il se risque à ouvrir la bouche, plusieurs fois. Pour cracher des sons qui ne sont plus tellement des ordres, ni des paroles. Le souffle prisonnier des brûlures, de l'hémoglobine et de sa bave dans laquelle il imagine se noyer. 
Ça lui rappelle un peu l'avant, ça lui remémore des images – mais pas de celles dont il cause, ni même de celles dont il rêve. Des images oubliées, tordues. Et des terreurs infantiles, qui éclatent pareilles à des bulles savon. Ça claque de tous les côtes et pourtant l'instant ne dégoutte que sur une poignée de secondes. 

Après la lave, après les brûlures et le bras d'Eireann, il y a son poids tout entier qui lui échappe pour de bon, encore. Ce corps en fétu de paille dont la chimère en cauchemar s'empare. Luka, il a juste le temps de relâcher l'emprise de ses doigts sur la peau contraire, il a juste le temps d'écarquiller les yeux – un peu – et puis c'est le noir. Le noir dense, le noir impossible, le noir qu'on ne déchire pas à coups de griffes ni même à coups de crocs. Le noir qui se fait béance immense, qui suit l'explosion de la douleur. Le noir dont on ne tire aucune poésie ni aucune gloire. Le noir et rien que le noir ; et sa conscience de néant. 

- - - - - - - -

Il s'éveille dans le coaltar, les paupières martelant les rétines. Et la respiration se désintègre, cette respiration toujours aussi foireuse que durant la cavale. Il émerge la face dans la boue, piquée d'épines, écorchée de branches. Les bras s'emmêlant aux lierres et ronces qui n'arrêtent toutefois pas l'allure prise – tranquille. Celle d'un presque-noyé. Un naufrage en lui-même et le vide autour. Et le silence, l'affreux silence. 
Luka lutte, pour remettre les souvenirs dans l'ordre, pour situer l'endroit, l'heure. Pour trouver racine dans la réalité qui lui échappe et se redresser, surtout. La migraine lui percutant furieusement les tempes, renouvelant les contractions de son abdomen ; l'envie de dégueuler s'immisce. La gerbe qui lui clapote au fond du gosier et Eireann, dont il se souvient. Eireann qui fendille l'horizon de sa blondeur et de son cri. Un cri ou un écho ; un cri d'oubli qui lui revient en fragment, lame tranchant en travers sa cervelle. 
Alors il cherche, Luka. Il cherche, la truffe levée vers le devant, vers la gauche et la droite et sa voix, bousillée, qu'il essaye de sortir de sa gorge. Pour l'appeler, pour lui signifier peut-être, angoissé et perturbé, qu'il ne l'a pas abandonnée. Non, il ne l'a pas abandonnée. Il ne pourrait pas faire ça
Mais il n'y a que le silence, l'affreux silence, qui lui répond.
Le silence qui précède les abandons, les adieux. 

Et le bruit soudain dévaste le moment : le choc d'une masse qu'on balance dans la flotte. Une flotte épaisse et une masse qui devient peut-être elle, qui devient pluriel, qui devient combat. 
Ce bruit et cet entrelacs de membres qui bat une marre de goudron, ça lui donne l'élan nécessaire ; celui qui ne demande ni méditation ni même courage. L'élan qui dicte de se lever et de frapper, de frapper ce qui doit l'être car l'instinct s'impose et guide. Car l'instinct du chasseur pousse et inflige la prédation aux perceptions. Cet instinct qui le fait devenir l'autre-chose redoutée, plus que l'humain à jamais perdu. L'humain qu'il a tué. La graine de démence a germé. Et lentement, sans tumulte, la voilà qui craque la fine couche de clairvoyance qui pourrait rester, à l'intérieur de son crâne fendu. Cette couche de bienveillance qui devient un cratère de fureur.

Il trébuche, et trébuche. Et trébuche. Les paumes à vif et les genoux foutus. Le fluide chaud et poisseux dont il ne veut pas identifier la nature, dont il n'arrive plus à définir le débit, qui coule et coule, doucement, le long de ses flancs déjà humides de tout.
La lame ridicule d'Eireann fichée entre les phalanges, Luka s'avance et bondit sur la cible rejointe. Il lui a fallu moins d'une minute – une minute qu'il a cru s'étirer en deux heures.
Ce saut lui fait percuter le piaf humanoïde, auquel il s'accroche. La lame plantée entre les omoplates d'abord, les guibolles enserrant ce torse étrange, mou et dur à la fois, ensuite.
Et la bestiole s'ébroue, cabre et Luka, cramponné à son dos, il ne fait que contempler la crinière opalescente dans la nuit d'encre, étendue dans l'eau bourbeuse. Chevelure semblable à des algues lunaires. La silhouette d'Eireann, dessinée là, perdue sur le miroir d'obsidienne ; car ces courbes, Luka les a trop longuement détaillées pour ne pas les reconnaître dans ce millième de seconde qui lui fait s'abîmer les pupilles et l'encéphale au marécage. Et qui provoque le cri. Il braille, Luka. Fort, très fort. Un cri qui déchire l'obscurité. Un cri de bête devenue folle ; le cri d'une bête qu'il faudra abattre.
Il hurle toujours, quand il lève les poings haut, très haut au-dessus de son front sans desserrer l'étreinte imposée par ses quilles au poitrail de l'hérésie. Et il abat une première fois et une deuxième et une dixième fois la lame, sur cette boite crânienne qui se craquelle et qui devient, rapidement, une véritable bouillie. Une mixture d'os et de cerveau et de trucs auxquels il n'entrave que dalle, Luka. Trop défoncé à sa furie, à sa transe.
Et la monstruosité s'affale sous lui sans qu'il ne relâche la pression, sans qu'il ne stoppe son carnage. Il frappe et frappe, se salope la bouille et la trachée, jusqu'à possiblement ne plus avoir de souffle, jusqu'à sentir ses chevilles s'enfoncer puis ses genoux. Et la charogne se fondre à la tourbe.
Et ce n'est que lorsqu'il est tout à fait sûr que la saloperie ne bougera plus ; plus un unique sursaut n'agitant ou ne faisant tressaillir un nerf, qu'il consent à se détacher d'elle et qu'il part droit sur sa victime collatérale. Il n'a pas l'occasion de ressentir la panique lui gonfler les veines, il n'a pas l'ennui de spéculer sur sa survie ou la leur ou quoi que ce soit qui le rattache encore à cette crasse tangibilité. Il pousse et patauge dans cette merde huileuse et nauséabonde, et récupère simplement la petite carcasse déglinguée d'Eireann. Un bras sous les épaules et la main libre empoignant le minois inanimé, duquel il écarte maladroitement les mèches de cheveux collées.
Eireann aux lèvres bleues, un bleu de saphir sous le dôme de conifères.
En la ramenant sur les rives stables du marécage, Luka répète qu'il est désolé. Qu'il est tellement désolé. Il répète qu'il ne voulait pas, qu'il ne voulait pas que ça se passe comme ça. Et il n'arrive pourtant pas à articuler clairement le prénom, son prénom, à elle. Rien qu'à elle. Son prénom à la con qui ne devrait même pas exister. Il n'y arrive pas. Ni par le son ni par la pensée ; de peur que tout cela ne devienne réel. De peur de saisir sa pleine responsabilité devant ce drame dangereusement entamé.

Il l'allonge, et s'agenouille et débute absent à lui-même, les premiers gestes de secours appris et réappris au fil des années. La bouche à sa bouche et son souffle offert. Et il s'écarte, heurte à un rythme régulier son thorax famélique. Et il gonfle son poumon quand l'autre siffle et remplit sa gueule de son jus carminé. Il s'essuie nonchalamment les babines, crache à côté de sa cuisse et recommence. La bouche déposée à sa bouche, et son nez qu'il pince. Il lui assène avec brutalité, ses vagues d'oxygène vicié. Pour ensuite, encore, toujours, interminablement, se redresser. Le plat des mains déposés sur la poitrine qu'il martyrise, à la cage thoracique qu'il tente de ne pas briser à force d'appuyer et d'appuyer.
Sur sa lippe, une saveur de vase et de sang ; la saveur de la mort et de la culpabilité.

C'est violemment qu'elle revient, Eireann. La toux la convulsant et les prunelles dérivant sur un monde insensé. Elle régurgite le miasme qui lui encombre les bronches et il se penche sur elle, lui frotte la bouche d'une main, tentant piteusement de la soulager. De la nettoyer. De la faire ré-exister. La seconde paluche, prête à la redresser. Cette seconde paluche dont elle s'empare.
Ça le fige instantanément.
Et Luka, il réitère, enroué, son chant merdique :
J'suis désolé, j'suis- j'suis désolé.
Et d'un mouvement confus, il écarte derechef les mèches blondes de sa joue, de sa gorge. Il enlève piteusement les brindilles prises dans la tignasse d'argent trempée, comme si ça pouvait changer quelque chose. Comme si ça pouvait rendre tout ça un peu moins moche.
J't'ai pas laissée, s'emmêle Luka. J'te jure j't'ai pas laissée tomber.
Puisque c'est tout ce qui paraît importer, pour lui. L'abandon ou le rejet en inquiétudes qui rongent ; les seules à la vérité qui sachent lui secouer les entrailles et les neurones. Assez pour qu'il baisse un peu la garde, qu'il ravale un peu ses puérilités et gémisse ses excuses bancales.

- - - - - - - -

Y a plus eu de saloperies sur leur chemin, après ça. Y a plus eu qu'un silence de cimetière, leurs pas irréguliers et leurs souffles déréglés en requiem livré aux ténèbres.
Ça a pris un temps infini, des heures croit-il, pour qu'enfin ils puissent piétiner sur l'asphalte, pour qu'enfin ils puissent se mirer, un peu, de côté. Surtout Luka. Surtout Luka et son regard de dogue foireux. Ses iris-océans coulés à sa figure, à elle. Cette figure dégueulasse et amochée, cette figure dont les plaies pourront lui rappeler sa connerie pour un paquet de jours – ou de semaines. Il a perdu le sens des réalités, depuis l'intoxication, depuis les tiroirs fracassés dans les armoires dépouillées de souvenirs, qu'il garde pourtant, précieusement, aux tréfonds de sa psyché.

Et il arrive un moment, où il ne peut plus Luka. Malgré qu'il ait réussi à se montrer fort et droit, d'un bout à l'autre de la route. Malgré qu'il soutienne avec toute la rudesse et la neutralité dont il soit capable – soit si peu.
Si peu.
Il achoppe le bord du trottoir, à trois ou une ou dix rues de l'appartement d'Eireann. Et il manque se casser la gueule et il serre un peu plus fort son flanc et crache sa bile coquelicot sur le bitume.
Il mollarde un stop.
Il mollarde un attends.
Il implore un répit. Et se laisse choir au caniveau, le cul heurtant la bordure et les phalanges crispées sur la plaie qui suinte et qui incendie sa barbaque ; et distille la fièvre, ardente, du bedon aux tempes, décharnant les synapses, délogeant la plus infime lucidité pour y distiller le trouble des hallucinations.
Luka daigne enfin, pour la première fois depuis les noyeurs et depuis le cri d'Eireann et l'oubli, depuis le marais et la chimère, écarter un pan de son tee-shirt déchiré et englué à son torse. Pour regarder au-dessous. Un coup d’œil lancé, qui ne peut pas faire bien peur. Juste un petit coup d’œil, pour voir, pour analyser, pour comprendre ce qui ne va pas – ne va plus.
Et il voit, Luka, les quatre tiges plantées à sa chair, enfoncées entre deux côtes. Les doigts coupés et nichés là, à l'abri, grattant son intérieur. Excroissances sanieuses infectant son système. Alors il souffle le gémissement ; celui qui s'échappe d'entre ses dents.
Il déteste ça. Il déteste devoir triturer ses chairs, il déteste devoir fouiller dans la viande. Il déteste les plaies, quelle qu'elles soient. La violence et ses ravages ; ces ravages qu'il connaît trop, et qui le révulsent perpétuellement. En dépit de la violence, cette violence dont pourtant il se fait l'amant fidèle.
Alors il relâche le tee-shirt et comprime les mâchoires. Avance sa mandibule hirsute, la mine décomposée.
Et il se tait et remet sa paume à plat, là d'où l'odeur aigre plus qu'ailleurs remonte jusqu'aux naseaux. La viande pourrie de l'autre pourrissant sa viande à lui.
Et les rétines obstinément rivées au trottoir d'en face, et un peu tremblant et un peu suant, Luka daigne écarter les molaires.
Eir', lâche-t-il, le timbre maintenant guttural. Faut que tu m'aides.

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Dernière édition par Luka Trump le Mer 19 Juil - 15:03, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Collected Thoughts Drown in Sleep [Luka] Mer 19 Juil - 2:43

Collected Thoughts Drown in Sleep

Luka & Eir


J’ai pas envie de me souvenir, de me rappeler pourquoi je suis cassée, brisée, pourquoi je ne marche pas droit, pourquoi je boite et pourquoi je tombe parfois. J’ai pas envie, tu sais, de revoir les visages, son visage à Lui. De me rappeler le goût que le sang laisse dans la gorge et pourtant, pourtant tout me rappelle, tout me ramène, à cette putain d’existence misérable. A celle que je suis. A celle-là qui n’est rien. Qui vivote, qui survit, qui se tire des situations merdiques sans savoir comment, ni pourquoi. Pourquoi la mort ne veut pas de moi, au final, pourquoi elle me recrache sur le sol froid comme un glaviot qu’on mollarde, qu’on dégage. Et moi je fais quoi, au juste, si crever n’est pas une option ? Je fais quoi, je me bats contre quoi, contre qui, contre moi ? Ouais, un truc comme ça. On pourrait appeler ça la chance, mais mon père te dirait que c’est normal, que la mauvaise herbe, ça crève pas comme ça. Qu’il suffit pas d’un coup de désherbant, que ça repousse toujours, un peu plus loin. Mais que ça revient. De la mauvaise graine, ouais. Une mauvaise graine malade. Maladie qui dévore mon foie, intoxique mon sang. Finalement je crois que la faucheuse aura pas le choix. Qu’un jour ou l’autre, elle devra m’emmener loin d’ici. Mais je crois que j’ai pas envie, en fait. Pas envie de le rejoindre là-bas, en bas, dans l’enfer des flammes, dans ce brasier qui va me consumer parce que j’ai pas la gueule d’un ange, parce qu’il y a jamais eu de place au paradis. Un paradis qui n’existe pas si tu veux mon avis. Pure invention pour faire croire aux mortels que quelque chose de bien les attends de l’autre côté. Mais y a rien de l’autre côté. Rien que du vide, du noir. Ouais, putain, y a rien. On nous ment, tu trouves pas ça terrifiant, toi ? Moi, si.

Et il y a mes doigts qui s’accrochent, qui le tiennent, le retiennent. Je serre un peu, difficilement, pour m’assurer qu’il est bel et bien réel, que ce n’est pas une illusion de chiotte visant à me rendre folle. Et c’est lui, c’est vraiment lui. Sa paluche retire les mèches de cheveux qui collent à ma peau et il dit un truc. Il s’excuse, je crois. Des mots qui glissent, qui s’enlisent dans ma boite crânienne. Et ça prend racine, là, juste là, dans un endroit encore un peu sain. Les yeux rivés aux siens, s’ancrent pour ne plus s’en déloger. J’ai envie de lui demander de répéter. De le dire encore une fois, juste une petite fois. Dis-le encore, que tu m’as pas laissée tomber, que tu m’as pas abandonnée. Dis-le, répète. Encore. Encore. S’il te plait. Fais-le. Ça me berce, m’enivre d’un quelque chose d’inexplicable et je crois que je souris, là, quand rien ne prête à le faire, moi, je souris. Babines qui s’étirent à peine en un simple rictus, petite mimique qu’il est l’un des rares à savoir me tirer.
Parce qu’aussi impensable que cela puisse paraitre tu sais me parler. Tu sais trouver les mots et le ton, tu sais, alors que tu ne connais rien de moi. Tu ne sais pas qui je suis, ni ce que j’ai fait. Tu ne sais pas que j’ai tué des gens. Pas avec une arme, non, mais avec cette merde d’O que je refilais sous le manteau. J’ai rendu des gens malades. J’ai privé des familles d’un père, d’un fils, d’une mère, d’une fille, d’un frère ou d’une sœur. Pour de l’argent. Même pas pour des idéaux, même pas pour quelque chose de grand. Non. Juste pour de l’argent. Et tu m’regarderais comment, si tu savais la vérité ? Si tu savais que j’baisais et que j’portais l’enfant de ce grand paria de l’Elit. Ce grand Seth Vegas dont le nom roule et roule sur les langues vipérines. Nom qu’on traine dans la poussière et dans la merde du Fort. Le mauvais exemple vendu aux recrues pour attirer l’attention des plus jeunes, pour leur spécifier que l’appât du gain rend ivre. Qu’il rend con, aussi, surtout, et qu’ils se feront buter s’ils trahissent les valeurs, celles pour lesquelles ils sont venus là. Et c’est comme ça. C’est triste et personne n’y peut rien. Et personne ne sait vraiment. La vérité, elle est pas belle, elle est laide, ouais, laide. La vérité, elle sert pas à grand-chose à part blesser, déstabiliser, se montrer sous son plus beau jour ou sous son plus mauvais. Et tu vois, quand je te regarde, je sais aussi que ta vérité à toi elle est moche, moisie, pourrie. Qu’elle n’a pas de beaux contours, de jolis arabesques, de petits points de fantaisies. Sinon… Sinon tu serais pas là. Tu serais pas là, avec moi à dire pardon, à dire que t’es désolé, à dire que tu m’as pas laissé tomber. L’index se pose sur sa lippe en une caresse étrange, bizarre. Pas pour qu’il se taise, pas pour qu’il arrête mais pour ressentir les vibrations des sons qui sortent en sifflant de cette bouche pincée. Je me redresse, dégueule encore cette masse épaisse qui défonce mes poumons. Ma paume vient se coller sur son visage, débarbouille le sang qui sèche et qui obstrue sa vision avant de s’essuyer négligemment sur mon débardeur pour recommencer, une fois, ou deux, ou plus. Jusqu’à ce que ça m’apparaisse suffisant, jusqu’à ce qu’on se mette en route, claudiquant dans un rythme irrégulier. Elle me semble infinie cette pute de forêt, comme si on allait jamais en voir le bout, non, jamais. On se tient, on se maintient, accrochés l’un à l’autre comme si notre vie en dépendait. Alors qu’il n’y a que la mienne qui dépend vraiment de la sienne.
Le temps s’étire encore et encore, il file, glisse comme du sable trop fin. Et on y arrive enfin sans avoir croisé autre chose de glauque et puant en chemin. Il y a le silence qui nous accompagne, ce silence qui se rompt à cause d’une toux rauque, de crachotements de vase pour l’un, de sang pour l’autre. Il fait encore nuit et les rues, par chance, sont encore très peu peuplées. Je me vois mal expliquer à un putain de flic ce qu’on a fait cette nuit. Je suis pas certaine qu’ils prendront en considération une histoire de SM et de mot d’urgence oublié qui a fait que ça a mal tourné. Puis alors imagine si je me fous à expliquer que c’était poivron… là c’est clair qu’ils vont se foutre de notre gueule fuck. Je retiens un rire, pas parce que j’ai honte de ce que je pense – comme si c’était vraiment possible en plus - mais parce que j’ai peur que mes poumons ne tiennent pas le choc d’une énième secousse. Alors je me contente de trainer nos carcasses loin de ces bois maudits, loin de toute cette jungle et de ces bêtes grouillantes, friandes de notre chair - fraiche ou en décomposition.



On croise quelques passants qui nous dévisagent salement, comme si on était des criminels en fuite ou un truc du genre. Je suis à peu près certaine que l’un d’eux à appeler la police en tournant au coin de la rue. Ouais. Parce qu’il a allongé le pas en regardant derrière son épaule. Quand il suffirait de nous demander si ça va, si on a besoin d’aide, s’il faut appeler les secours. Ah Salem, cette ville où il fait bon de vivre. Cette ville où chacun prend soin de son prochain… Quelle foutue connerie putain ! « Avance, allez, on est plus très loin. » murmure-je à son intention pour l'encourager. Pour m'encourager.
Mais Luka, il va pas bien. Je le vois à sa démarche, je le sens à son poids qui pèse un peu plus sur mon bras. Parce que moi, je vais bien. J’ai quelques égratignures, des griffures, des trucs qui vont se soigner en quelques jours ou semaines pour les plus infectés, pas de quoi dramatiser. C’est ce que je me répète, du moins. Et de le voir en mauvais état, ça me permet de me focaliser sur lui et seulement lui. Ça me permet d’oublier ce corps qui brûle, d’oublier l’infection et toutes ces bestioles qui bouffent mes chairs, qui la nécrosent. On est qu’à quelques pas de l’immeuble, il ne reste qu’une rue. Une seule petite rue à traverser pour pénétrer dans le hall d’entrée. Pour prendre cet ascenseur qui fonctionne mais qu’on ne prend jamais. Une histoire de fessier et de cuisses.
Et il dégringole sur le bitume, Luka. Il tombe quand je suis incapable de le retenir, quand il dit stop, quand il dit attend, quand il respire difficilement et qu’il reste là, sur l’asphalte.
Je m’agenouille, juste à côté, inquiète, ouais, inquiète.
Je parle pas, je dis rien, je demande pas si ça va. Parce que j’ai qu’à voir ta gueule pour savoir que ça va pas. Cette question débile que tout le monde pose, une question dont on connait à 99% la réponse. C’est ridicule, totalement bête et inutile.

Il relève son t-shirt avec une prudence que je ne lui connais pas. Et je vois, manque de dégueuler. T’as des trucs enfoncés dans tes côtes, putain, Luka ! T’AS DES TRUCS DANS TES CÔTES ET TU MARCHES AVEC CA ! Pourquoi tu l’as pas dit ? Pourquoi t’as pas regardé avant ? Mais merde, tu sentais pas que ça piquait ? Qu’il y avait genre des corps étrangers dans ton corps à toi.
J’inspire et expire lentement, par la bouche, pour ne pas vomir. Pour ne pas tourner de l’œil alors qu’il se décompose. Il est pâle derrière les trainées carmines. Aussi pâle que moi et c’est presque flippant. Il dit « Eir’… Faut que tu m’aides. »
Et je hoche la tête, docile, cette fois. Regarde à gauche, regarde à droite, m’assure que personne ne viendra nous emmerder, là, sur notre bout de trottoir quand lui se contente de fixer droit devant.
Le tissu est levé précautionneusement alors qu’il grimace, mâchoires et poings serrés. La plaie est immonde, suinte, dégueule de sang et de pu.

« T’sais, je crois que cette idée elle était merdique quand même, mais tu crois qu’on peut dire que j’ai gagné ? J’veux dire, après tout, j’étais la plus proche, à un moment donné... Mais si, quand je t’attendais, presque sagement. »
Je tire lentement sur ce morceau de… de doigt. Quand je comprends ce que c’est, je couine avant de le balancer dans la bouche d’égout juste à côté dans un mouvement de panique semi contrôlé. Je racle ma gorge, me concentre à nouveau et ça me prend toute ma volonté pour faire face et réitérer l'exploit.
« La première fois que je t’ai vu au Fort, j’me suis dit que t’avais la gueule d’un petit merdeux, que tu serais le genre à emmerdes avec qui j’allais bien m’entendre. J’t’ai regardé déambuler comme si t’avais le monde à tes pieds – Le deuxième est retiré dans un bruit dégueulasse que couvre ma voix. – Et c’est ce que je croyais, vraiment jusqu’à ce que tu me parles, jusqu’à ce que tu t’approches et que tu me sortes une vanne merdique qui m’a fait sourire intérieurement. Et j’ai compris un truc. A tes pieds, y a que le sable et le gravier, la glaise et les pavés, le bitume et la pierre. Parce que le monde il te gobe, il t’avale et te recrache. Mais c’est pas grave, je crois. C’est pas grave, il fait la même chose avec moi. Ça n’a aucune foutue importance au fond, tu sais. – Le troisième rejoint ses petits copains avant que je ne m’attaque au dernier – J’veux plus jamais que tu t’en ailles Luka. Que tu me laisses derrière toi en pensant me protéger. Parce que c’est nul, parce que j’aime pas, parce que c’est compliqué après, pour moi. Parce que t’as pas le droit, Ok ? T’as pas le droit de me laisser. »

Elle vibre dans ma gorge, ma voix. Elle déraille un peu sous le coup de l’émotion alors que le dernier bout de viande est arraché et balancé. C’est terminé.
La paume vient presser pour stopper l’hémoglobine qui s’échappe sans jamais vouloir s’arrêter. J’en retire même ma fringue à moi, pour comprimer plus fort encore. Je ne fixe que sa plaie, que mes mains qui ne cessent d’appuyer sur le linge en espérant que ça suffira, en espérant que ça fera l’affaire en attendant que l’on rentre à l’appartement.

« Tu peux te lever ? Tu dois te lever, Luka. On arrive bientôt, tu dois encore faire un effort sur quelques mètres. Viens. »

J’accroche sa main et son bras autour de mes épaules. T’es grand et t’es lourd aussi, tu sais ça ? Les derniers pas sont difficiles, il transpire, Luka. La faute à cette fièvre de cheval qui est en train de le clouer. La faute à tes gènes modifiés qui expulsent et qui crament les parasites qui salopent ton organisme. Dans l’ascenseur, une petite musique de standing. De la musique classique, du Bach ou du Beethoven ou un truc ridicule du même acabit - de toute façon, j’y connais rien moi, en musique. Le petit tintement nous indique qu’on est enfin au bon étage.
La vérité, c’est que je ne pensais pas être heureuse, un jour, de pouvoir rentrer chez moi. Luka, il hérite de cette chambre à coucher dans laquelle je ne dors jamais. Je l’assois sur le lit, pars à la recherche d’une paire de ciseaux et rapporte un carton. Ouais, c’est ma trousse à pharmacie version XXL. Demandes pas pourquoi j’ai autant de sparadraps, de pommades, de désinfectant et d’autres trucs. Et les ciseaux découpent sans préambule le tissu.

« Je t’en achèterai un autre, t’inquiètes princesse. » dis-je dans un clin d’œil visant à le détendre un peu alors que j'ai l'impression qu'il est aussi blanc que mes murs.

Je peux même t’acheter un lot de dix pour aller plus vite. C’est tout un stock de compresses qui y passent, quand je nettoie avec précision chaque plaie qui suinte avant d’appliquer cette pommade magique dont Deborah a le secret.

« Ouais je sais. Ca schlingue à mort, ça brûle, ça défonce, faut serrer les dents et après ça passe. Tu dois connaître ça, ce sont les baumes de Deb’, la rousse. Comme j’ai tendance à me foutre minable, elle m’a donné tout un stock pour survivre. T’as d’la chance d’être avec moi, t’aurais pu tomber sur une autre recrue qui n’a pas même un antiseptique sous la main ! »

Le rire s’échappe de mon gosier, léger.
Et de le voir allongé là, entre les draps, me rappelle avec violence toutes ces autres fois. Ça me percute, me fait légèrement vaciller et cligner des paupières.
Son visage se superpose au sien et ça me fait mal, putain. Un mal de chien qui se niche juste là, dans ma poitrine. Parce que je t’ai soigné un nombre incalculable de fois, je connais chaque centimètre carré de ta peau et pas seulement parce que je l’ai exploré de mes doigts ou de ma langue. Mais parce que j’en ai passé, des heures, à te raccommoder, à panser, à soigner, à bander. Des heures à te raconter des histoires, du dessin-animé visualisé la veille ou ces endroits où je rêvais d’aller et toutes ces choses qu’on avait dit que l’on ferait avant que mon ventre ne soit trop rond, avant que la maladie ne me ronge. Et je le faisais, sans jamais me plaindre, sans jamais juger, sans jamais demander d’où ça venait sans jamais même, souffler. Je le faisais, c’est tout. Par amour, par dévotion ou quelque chose comme ça. Je soupire, expulse l’air de mes poumons comme pour balayer les pensées qui parasitent mon encéphale. Et je me sens merdique tout à coup. Si je n’avais pas accepté, si je ne t’avais pas cherché stupidement on y serait jamais allé, là-bas. Je t’aurais jamais laissé mon adresse, tu n’aurais jamais frappé à ma porte et on serait tous les deux, sagement, en train de dormir ou de mater une connerie à la télé. Et avec les si, on refait le monde. Mais c’est trop tard pour le nôtre, pour le mien. Il a crevé à la racine.
Je le délaisse, range tout le bordel foutu quand je grimace. Mon corps me rappelle qu’il a lui aussi besoin d’un peu de compresses et de beaucoup de désinfectant.

« Je vais prendre une douche. » balance-je sans savoir s’il a entendu, s’il est encore éveillé ou s’il dort profondément.

Et l’eau se charge d’effacer la crasse que le siphon avale goulument. Résidus inconnus et nuance carmine. Je frotte, frotte et frotte, frénétiquement, ré-ouvrant les petites plaies. Je frotte encore pour retirer la merde qui me colle à la peau, que je crois sentir encore là, la vase emplissant mes nasaux. Je frotte bras, jambes, corps, visage et tête. Je frotte à m’en faire mal, à m’en faire grogner. Et je cesse quand l’eau me parait claire, pure. Je me recroqueville, là, sous la flotte qui dévale en cascade ma frêle carcasse endolorie. Elle purifie, l’eau brûlante, celle qui colore légèrement ma peau. Les jambes se rassemblent, les genoux portés tout contre moi que j’entoure de mes bras. Je reste là, de longues minutes. De trop longues minutes. Et je pleure, libèrent les larmes trop longtemps coincés. Un chagrin qui secoue mes épaules, un chagrin que je ne m’octroie presque jamais. Un mélange de contrariétés, d’évidences et ces sentiments qui flottent autour sans savoir s’accrocher, sans savoir trouver une place.



La porte de la salle de bain s’ouvre, dissipant le nuage de vapeur qui s’y est formé. Seule dans le salon, je m’occupe de mes propres écorchures. Celles qui tapissent mes jambes salement. La faute aux épines, aux ronces et aux nombreuses chutes. Je grogne et rage parce que ça pique, ça pique grave, putain. Et je le rejoins, sur la pointe des pieds pour m’assurer qu’il va bien, qu’il n’est pas en train de crever, juste là, derrière la cloison. Il a les yeux grands ouverts, Luka. Il fixe le plafond comme si c’était la chose la plus intéressante sur terre.

« Tu crois… tu crois que tu peux juste me foutre un peu de baume dans le dos ?... J’y arrive pas toute seule… »


Je patiente dans l’encadrement de la porte, m’approche quand il semble d’accord, dévoile le dos griffé par ce putain de noyeur avant de m’installer juste à côté de lui, déposant le petit pot blanc.

« Va doucement okay ? Ça fait mal… »

Et j’déteste avoir mal tu vois…

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#5D787D
MessageSujet: Re: Collected Thoughts Drown in Sleep [Luka] Hier à 0:10

COLLECTED THOUGHTS DROWN IN SLEEP

Luka & Eir




— T’sais, je crois que cette idée elle était merdique quand même, mais tu crois qu’on peut dire que j’ai gagné ? J’veux dire, après tout, j’étais la plus proche, à un moment donné... Mais si, quand je t’attendais, presque sagement.
Il n'a pas l'occasion de grogner tu rêves, de glavioter une petite bourrasque de mauvaise foi. Non, Luka il n'en a pas l'occasion car dès qu'elle commence à toucher puis tirer sur l'un des doigts plantés à sa carne, il serre les chicots au point d'entendre crisser l'émail. Il serre à s'en fendiller les maxillaires et l'incendie qui le consume vire à la douche froide.
Son teint déjà cadavéreux s’intensifie et il expire un long gémissement, l'esprit enténébré par sa fièvre, dès lors que toute l'obscène longueur s'échappe d'entre ses chairs.
Il halète, les paupières battant sur le vide de la rue devant. Il n'a plus tellement conscience du monde, Luka. Il se sent visqueux, merdique et il frissonne. Des tremblotements décuplés dès lors qu'elle recommence son œuvre, Eireann.
Et il se concentre, sur sa voix plus que sur ses gestes. Eireann. Elle parle et devient une berceuse au milieu du fourbi qui brasse son cerveau.
— La première fois que je t’ai vu au Fort, j’me suis dit que t’avais la gueule d’un petit merdeux, que tu serais le genre à emmerdes avec qui j’allais bien m’entendre. J’t’ai regardé déambuler comme si t’avais le monde à tes pieds, dit-elle.
En d'autres circonstances, il aurait eu son sourire suspendu à la trogne et une réplique géniale à balancer. Seulement Luka s'égare. Le brasier sous le front répandu à tout son organisme. Et la souffrance qu'il tente de retenir dans un angle de son cortex s'évade, tourmente, supplicie ses moindres perceptions. Alors Luka, il s'accroche à ses paroles. Ouais, il s'y accroche férocement. Sans jamais jeter un nouveau coup d’œil à ce qu'elle tripote, fuyant allègrement l'horreur qui suppure à son flanc.
— … et c’est ce que je croyais, vraiment jusqu’à ce que tu me parles, jusqu’à ce que tu t’approches et que tu me sortes une vanne merdique qui m’a fait sourire intérieurement. Et j’ai compris un truc. À tes pieds, y a que le sable et le gravier, la glaise et les pavés, le bitume et la pierre. Parce que le monde il te gobe, il t’avale et te recrache. Mais c’est pas grave, je crois. C’est pas grave, il fait la même chose avec moi. Ça n’a aucune foutue importance au fond, tu sais.
Il n'arrive plus à compter. Combien reste-t-il de doigts à retirer, combien de tatouages a-t-elle sur la peau, combien reste-t-il de rues à remonter, combien de temps lui faudra-t-il pour le fuir. Combien reste-t-il d'heures avant le lever du jour. Autant de questions délirantes qui s'entrechoquent à sa cervelle flinguée, et se mêlent à d'autres et d'autres. C'est un véritable sac de nœuds derrière l'éclat vitreux de ses orbes. Un bordel monstrueux qu'elle agrémente, Eireann, de ses babillages qu'il écoute, silencieux.
— J’veux plus jamais que tu t’en ailles Luka. Que tu me laisses derrière toi en pensant me protéger. Parce que c’est nul, parce que j’aime pas, parce que c’est compliqué après, pour moi. Parce que t’as pas le droit, Ok ? T’as pas le droit de me laisser.
Et à la prière proférée, l'ultime douleur s'accole. Il expire et gémit et sent ses muscles se raidir et son buste soudain s'avachir. Il penche, comme en chute libre sur son coin de macadam. Et elle presse les plaies de sa fringue ôtée et il plisse les paupières, la nausée revenue des entrailles. La nausée du début, la nausée qui lui pourlèche la glotte.
Le répit s'achève, après une volée de secondes dilapidées, l'atonie en remède éphémère.
— Tu peux te lever ? Tu dois te lever, Luka. On arrive bientôt, tu dois encore faire un effort sur quelques mètres. Viens.
Et il manque geindre tel un môme.
Parce qu'il n'en peut plus. Parce qu'il a mal, vraiment mal et qu'il est incapable de desserrer les crocs sans prophétiser le vagissement jaillir aussitôt.
C'est ainsi qu'elle décide pour lui, et qu'elle le soulève, sans plus de cérémonie, sans réclamer le moindre consentement. C'est ainsi qu'elle entame le mouvement qu'il suit, en brave clébard qu'il reste. Obéissant et facile, les guibolles chancelantes et le torse et les bras amollis. Il se laisse guider, Luka. Apathique ou fébrile. Paumé dans le brouillard de ses lésions.

Il voit les rues et il voit les murs. Il voit les portes et se souvient de la musique, qui résonne et résonne entre ses tempes. Il revoit les murs encore et il revoit les portes toujours. Et il ne s'imprègne absolument que de la chaleur d'Eireann. De sa peau à la sienne et de ses cheveux blonds ; ses cheveux qui dans la pénombre lui apparaissent presque blancs. Et il y a l'odeur affreuse qui tranche l'instant, qui le recouvre, qui embaume la chambre qu'il embarrasse de sa présence. Luka a un sursaut lorsqu'il devine les doigts féminins parcourir son épiderme, faire rejaillir la douleur oubliée. Celle qui pulse cependant sur tout son côté et qui lui bloque l'épaule, qui l'ébouillante à chaque bouffée d'air qu'il ose inspirer. La fièvre lui bouffe le plus infime résidu de cognition. Luka, il ne perçoit plus que les tiraillements et le moelleux de sa couche déjà humide de sa sueurt – ce lit qu'il envahit et qu'il ne se remémore pas avoir gravi. Et les doigts immuablement et les cheveux blonds d'Eireann. Les cheveux blonds qui dans la pénombre, s'abrutit-il à méditer, sont presque blancs.
— Je t’en achèterai un autre, t’inquiète princesse.
Et il ne comprend pas. Lui acheter quoi et pourquoi.
La transpiration se mélange à la crasse ; cette crasse qui le précipite dans un puits de considérations hallucinées. Parce qu'il faudra laver les draps, et qu'il va tacher le matelas. Parce qu'il ne peut pas rester dans cet état. Et Luka ne se rappelle plus, s'il a fermé la porte à clé. La porte de son appartement. Et il frissonne chaque fois que Blondie lui frôle les côtes. Et ça reprend, et ça cogne l'intérieur de son crâne. L'appartement et la serrure. En arrivant ou partant. Il est déboussolé et panique quasiment. Mais vient une nouvelle persécution. Sa bécane, qu'il a mis au garage ou qu'il a seulement garée sur le trottoir. Et le moment se décompose et il ne sait plus prétendre s'il fait jour ou nuit et si la pluie va tomber ou tombe déjà.

Brutalement, il y a toutefois la voix, qui revient. La voix-berceuse qui apaise son souffle fracassé, cette voix qui capture son attention. Son regard cherchant le visage qui s'y rattache. Ce visage vaporeux et la tignasse en algues lunaires qui l'encadre, délire-t-il, un bref sourire lui ourlant les lèvres.
— Ouais je sais. Ça schlingue à mort, ça brûle, ça défonce, faut serrer les dents et après ça passe. Tu dois connaître ça, ce sont les baumes de Deb’, la rousse. Comme j’ai tendance à me foutre minable, elle m’a donné tout un stock pour survivre. T’as d’la chance d’être-
Ça se coupe. Elle disparaît, Ereann. L'image et le son emportés avec l'avalanche nommée Sommeil qui doucement l'avale.

- - - - - - - -

— Tu crois… tu crois que tu peux juste me foutre un peu de baume dans le dos ?... J’y arrive pas toute seule… demande Eireann dans l'encadrement de la porte ouverte.
Ses prunelles quittent le plafond pour la mirer. Jusqu'à ce que l'information ne se fraye un chemin entre ses neurones glaireux, jusqu'à ce qu'il exprime une espèce de oui, en tapant vers les clavicules son menton.
Luka se redresse, un peu. Le cul engoncé dans son futal pouilleux, froissant les draps sous lui. Il cale sa nuque et ses épaules, à la tête du lit tandis qu'elle s'approche et s'installe et lui dévoile son dos zébré d'écorchures écarlates ; l'épiderme enflé. Si bien qu'il n'est plus sûr de pouvoir – ou plus exactement vouloir – la toucher. Son éternelle répulsion crispant ses phalanges sur le plumard. Les traumatismes profondément ancrés à sa matière grise, aux aléas sordides de sa vie.
— Va doucement okay ? Ça fait mal… ajoute-t-elle en déposant ledit baume et en sauçant royalement ses angoisses d'une couche supplémentaire.
J'sais p- il a la voix explosée. La gorge asséchée et la langue boursouflée. Mais les pensées s'éclaircissent. Assez pour qu'il abandonne la bataille, contre lui-même. Contre son corps détraqué. Et lâche un minable : Ok.
Il essuie au mieux, ses doigts poisseux sur les draps salopés. Et s'empare du baume dans lequel il enfonce ses tiges malhabiles. Index et majeur tendus vers cette peau mâchurée qu'il hésite encore à ne serait-ce que tâtonner. Qu'il se force à effleurer puis masser. Et si les premières secondes sont une incroyable débâcle, tant il est maladroit ; lentement les doigts se font plus sereins et la paume tout entière parvient à s'imposer et couvrir et parcourir. Libérant la chaleur des chairs qui se frottent et s'apaisent, quand les muscles, eux, il les remarque se délasser. Et il persévère, avec application. Son mutisme inhabituel lénifiant l'ensemble tant il est tout à sa tâche. Pour ne rien louper, comme pour tout réparer. Et effacer.
C'est avec indolence qu'il sillonne le dos, qu'il oublie presque les plaies. Qu'il découvre les contours et les creux d'Eireann. Ceux-là même qu'il n'avait jusqu'alors que scrutés. Il redessine les omoplates, et il arpente l'épine dorsale – cette liane pleine de bosses sur lesquelles ses phalanges sinuent paresseusement. Pour venir enlacer la nuque, pour y laisser de languissantes caresses. Et il redescend, Luka. Avant que ne survienne une négation ou un soupir.
Il ne se sert plus du baume depuis près d'une minute, c'est vrai. Allant et venant, désireux de cette seule liaison : sa chair à la sienne. Trêve miraculeuse perdue à travers leur nuit.
Il empoigne finalement à pleines mains les premières rondeurs des hanches femelles et l'attire, Eireann. Faiblement. Convoitise réanimée, sans heurt, sans difficulté. Luka, même lardé d'entailles et maculé et  puant, il ne sait pas résister. Il n'a aucune espèce d'emprise, face à un corps contraire qui ne repousse pas tout à fait ses appels, qui ne se tend que pour le rejoindre, que pour se glisser davantage à son giron. Luka, ouais, il n'a aucune espèce de volonté, lorsque fatalement sa queue se réveille et se tend. Le jogging rêche de terre et de vase, distendu par la pyramide qui s'érige et qu'il décide de faire ployer. Dans un éclair de génie ou de lucidité. Car il juge somme toute préférable que cette situation ne dérape pas. Parce qu'il a peur que tout change, après. Après le même schéma qu'il n'arrête pas de répéter. La baise animale et les réactions disproportionnées. Être un pauvre con en réponse à tous ses péchés.
Ça le ferait faillir, à ce qu'elle lui a demandé, à ce qu'il a juré.
Alors il arrête, de la toucher. Il s'écarte abruptement. Et il rauque :
J'crois- j'crois qu'faut que j'aille me laver-
Et il roule sur le côté, pour éviter d'étaler le spectacle qui se joue dans son caleçon, pour éviter qu'elle ne le prenne pour un putain d'obsédé – ce qu'il est, évidemment.
… genre un peu. J'pue mais- mais j'vais faire gaffe au pansement que t'as fait et tout.
Et tout.
Luka, il se lisse les cheveux en arrière, voudrait les attacher sans plus trouver un élastique qui traîne, sans plus sentir qu'une masse immonde et humide et emmêlée de trucs qu'il ne préfère pas déchiffrer ; fermement arrimée à son crâne.
Sur le bord du pieu, du côté inversé à celui d'Eireann, il tente de se redresser. Et y parvient, en soufflant comme un bœuf, et en se parant d'un air glorieux. Un air de gosse pétri de fierté. Qui se désintègre cinq secondes après, lorsque les genoux tremblent, les cuisses frémissent et qu'il se claque les rotules sur le parquet. Qu'il tend le bras pour ne pas littéralement se claquer la gueule à la suite. Et ça tire, sérieusement, sur les plaies qui débutaient à grand-peine leurs cicatrisations boostées à ses gènes de mutant dégueulasse.
Il se hisse, sur le rebord du matelas et sa tronche se froisse et sa respiration se coupe.
J'vais y arriver, t'inquiète, juge-t-il nécessaire de préciser. Pour préserver la distance de sécurité, celle imaginaire, celle qu'il matérialise dans le profond de sa cervelle.
Et sans se retourner, sans la regarder, Luka renonce à son ascension. Il s'assoit au bas du lit, les paluches pressées sur son pantalon et sa trique, qu'il essaye, pour une fois, de discipliner ; sans grande réussite.

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MessageSujet: Re: Collected Thoughts Drown in Sleep [Luka] Hier à 2:43

Collected Thoughts Drown in Sleep

Luka & Eir


Est-ce que c’est aussi moche que je me l’imagine ? Ouais, dis-moi Luka, à quoi ressemble cette plaie. Est-ce que tu vas soupirer, émettre un petit claquement de langue, balancer une onomatopée là, comme ça, une onomatopée que je ne comprendrais pas et qui fatalement, finirait par m’inquiéter ? Est-ce que c’est grave ? Est-ce que ça va vite se réparer, tu crois ? Est-ce que c’est aussi gonflé que ce que je pense ? Parce que ça brûle, tu sais. Ça brûle tellement que j’ai envie de m’arracher ce morceau de peau, de le balancer à la poubelle et d’en remettre un autre à la place comme on remet un soutif ou un t-shirt.
Mais il ne dit rien, Luka. Il n’y a pas même une expiration, un gémissement léger, un bruit de gorge. Il tente de baragouiner un truc qui me fait vaguement tourner la tête sur le côté, comme pour mieux l’écouter mais il capitule, il dit ok.
Les phalanges se crispent sur le rebord du matelas, accrochent le tissu. Morceau de coton dégueulassé, encrassé par sa crasse à lui. Et je serre. Je serre et serre encore parce que ça pique, ça brûle, ça irradie partout, là, sur les chairs déchirées. Je retiens un grognement qui crève dans ma gorge. Les muscles se tendent, se raidissent quand je creuse le dos comme pour m’éloigner de cette main qui ne fait qu’appliquer ce que je lui ai demandé un peu plus tôt. Et j’ai envie de lui hurler que c’est bon, ça suffit, que j’ai plus envie qu’il me touche parce que ça fait mal, putain ! Ouais, ça me ronge la peau, là, et parce que j’ai envie de le cogner. J’ai envie d’abattre mon poing sur son visage, d’éclater sa pommette et qu’il geigne, qu’il dise qu’il a mal, lui aussi. Mais c’est débile. C’est con au possible. Parce qu’il a déjà mal partout, Luka. Alors je ravale la colère qui me retourne la tripaille, celle-là même que j’enferme pour m’éviter de sortir tout un chapelet de jurons, pour m’éviter de le frapper, lui, qui ne fait qu’écouter, docile.

Et la brûlure s’apaise, le feu s’éteint un peu alors qu’il continue, Luka. La paume bouillante distillant la crème magique, faisant pénétrer l’excédent. Je ne bouge pas, je ne bouge plus. Lentement, je me détends quand la douleur ne se propage plus partout dans mon dos, dans mes membres. Quand elle cesse un peu. Alors la pression se relâche, avec précaution toutefois. Les yeux se ferment, propulsent l’esprit malade loin. Loin de cet appartement vide de sens, loin de Salem et des souvenirs qui y sont attachés, loin des gens, loin de tout. Pour atterrir là, quelque part, ailleurs. Un ailleurs où flotte dans l’air, ce parfum de foin, me ramène à cette grange, pas celle de mes parents mais celle d’Antonin, notre voisin. On était que des gamins, on pensait à rien, surtout pas à mal. On s’allongeait dans la paille et on regardait les étoiles sans que personne ne le sache, sans que personne ne nous voie. Les mots sont oubliés depuis longtemps déjà. Il n’y a que les sourires mutins, les bouilles enfantines et les rires qui secouaient nos corps. L’insouciance du jeune âge. Quand les lendemains n’étaient pas encore tous moches, quand les lendemains étaient faits de belles promesses, de jeux à jouer. Un sourire. Un sourire qui me ramène là où je n’ai pas vraiment envie d’être. Un sourire qui me ramène dans cette ville, dans cette chambre, dans ce lit, avec Lui.
Un frisson secoue mes épaules quand il remonte le long de ma nuque en une caresse. Mes sourcils se froncent, juste un peu, parce que je ne comprends pas vraiment pourquoi il le fait. Alors j’imagine que la griffure remonte plus haut, qu’elle me mange le haut du dos. J’attends les picotements, d'avoir mal, mais rien ne vient et la paume redescend, comme ça, sans explication logique, sans rien de plus, pas même un léger soupir. Elle explore et elle parcourt les contours jusqu’à accrocher une hanche, jusqu’à ce qu’il me tire légèrement. Le minois se tourne, le regarde, cherche dans ses orbes une raison à ça. A ça. Et je ne la trouve pas, pas plus ça qu’autre chose parce que je n’ai jamais été doué pour comprendre les autres, pour savoir ce qui se trame derrière un regard, dans les pensées infinis qui garnissent la caboche.

Il lâche tout, Luka. Rompt le contact chaud et apaisant. Il fuit pense-je. Il me fuit moi. Et ça pince là, dans la poitrine, ce morceau de chair qui s’émiette et qui part en lambeau. Ce cœur qui ne sait plus comment battre, qui dérape, qui tambourine et qui rate quelques battements. Il roule, s’échappe, m’échappe sans que je ne comprenne pourquoi, sans que je ne saisisse le sens de tout ça. Parce que j’ai pas envie de savoir, d’expliquer, d’analyser. J’ai pas envie de repenser à cette soirée, la dépiauter pour en contempler chaque heure, chaque minute ou chaque seconde. J’ai pas envie de penser, non. Pas envie de réfléchir ni même l’envie de comprendre. Y a pas de cases pour ce genre de trucs, y a rien pour ranger. J’ai perdu mes boites, un matin ou un soir. Y a plus qu’un gros tas de merdes puant où s’entassent bon et mauvais, sans aucune distinction. Le mauvais pourrissant le bon. J’ai envie de lui dire de partir juste pour le voir rester. J’ai envie de dire que je le déteste seulement pour qu’il tende à me faire penser le contraire. Et je sais plus vraiment, là, ce que je dois faire ou ce que je dois dire. Je sais pas, moi. J’aime pas quand c’est compliqué, quand j’y comprends rien.
Il a décrété qu’il devait se laver et j’irai sans doute pas le dissuader du contraire. Tu sens pas bon, ouais. Tu sens la vase, le marais, le fer, la pourriture. Y a quand même mieux comme parfum, je te l’accorde.
Mutique, je ne fais qu’agiter ma trogne dans un oui silencieux. Et je le regarde, se redresser, tenter de faire un pas puis deux, jusqu’à ce qu’il dégringole, les guibolles incapable de supporter son poids à cause de la douleur, à cause des chairs fragiles qui s'ouvrent. Je n’ai pas bougé d’un iota. Pas même cillé quand il s’est effondré, pas même fait mine de me relever pour lui porter secours. Parce que t’es orgueilleux, comme tous ces hommes. T’es comme eux. Tu penses que tes capacités et ta fierté peuvent suffire à te maintenir debout. Mais t’as tort. Toi et les autres, vous oubliez que depuis que le monde est monde, un homme ne marche jamais seul, qu’il y a toujours quelqu’un pour le tirer, dans l’ombre. J’ai été cette ombre pour un autre. Ouais. Je l’ai été sans jamais rien dire, ni broncher. Je l’ai regardé se péter, se briser, s’exploser en vol. Je l’ai regardé faire sans jamais le contredire, sans jamais élever la voix, sans jamais l’engueuler une seule fois. J’ai été bête. Naïve. Je ne suis plus cette fille. Je ne veux plus jamais l’être.

Le t-shirt retrouve sa place, recouvre ma carcasse embaumée. Je me lève, fais le tour du lit pour m’approcher de lui. Je le contemple de toute ma hauteur, de toute cette hauteur que je n’ai jamais parce qu’il est trop grand et qu’il me force à lever le menton à chaque fois que je lui parle. Surtout lorsqu’il est près. Lorsqu’il est trop près. Pourtant, je ne le juge pas, là, même sous cette forme de dominance fictive qui n’a absolument pas lieu d’être ici. Encore moins entre nous.
Je me penche alors, attrape sa main, puis l’autre.

« Arrête d’être con. Lève-toi. »

Les paroles en ordre quand la voix, elle, se fait plus tendre, bienveillante. Alors je tire, active les doigts accrochés aux siens. Je tire encore, recule pour l’aider à se redresser. Et sans jamais le lâcher, la hanche se colle à la sienne, la main accroche son opposée pour l’accompagner jusqu’à la salle de bain. Elle est spacieuse, sans doute un peu trop pour le temps que j’y passe. La double vasque me rappelle que je vis seule à chaque fois que je viens m’y brosser les dents ou m’y laver les mains. Mes pieds nus foulent le carrelage, je le traine jusqu’à l’intérieur de la douche italienne. J’active l’eau chaude alors même qu’on est habillés, l’un comme l’autre. Il s’accroche aux parois, l’une en pierre et l’autre de verre. Le jet déverse cette pluie agréable, celle qui lave et délave. Celle qui fait glisser la terre, la vase et la merde. Le gel douche rejoint la paume de ma main. Magnolia et karité emplissent l’air de cette senteur douce et agréable loin de celle, répugnante, qui lui colle à la peau.
Elles glissent sur ses bras et sur son dos, mes paumes. Elles lavent, retirent la crasse en prenant soin de ne pas arracher, de ne pas blesser davantage. Mon corps se presse contre le sien pour atteindre son torse et son ventre que je ne peux voir. Les doigts évitent soigneusement le bandage qui entoure ses côtes. Ses côtes qui lui donnent toute la misère du monde et qui le tiraillent encore. Et je frictionne ses cheveux, d’un shampoing qui répare les pointes abimées et cassantes. Et ça me tire un rictus, me fait presque rire alors que ça mousse sur son cuir chevelu. Tu vas avoir le cheveu éclatant avec ça, princesse ! Et les babines s’étirent et s’étirent arrachant un large sourire qu’il ne peut voir. Je le pousse un peu, le replace sous le jet pour qu’il se rince. Je fais preuve d’une infinie patience, laisse le silence nous entourer. Il n’y a que l’eau qui tombe sur la pierre, sous nos pieds, l’eau qui claque sur le sol carrelé. Un silence que je viens rompre.

« Déshabille-toi. » demande-je.

Et j’attends, patiemment, qu’il s’exécute maladroitement. Le restant de fringues dégueulasses quittent leur propriétaire, à présent nu comme un vers. Nouvelle pression sur la bouteille de gel douche, les mains frottent et frottent les jambes esquintés. Ces guibolles qui peinent à le maintenir. Je peux le sentir sous mes doigts, les muscles qui tressautent, qui ne demandent qu’à flancher mais qui tiennent par la simple force de sa volonté. Les phalanges évitent soigneusement le bas de l’aine, par pudeur ou par respect, je ne sais pas vraiment. Le nettoyage en règle terminé, l’eau est coupée. Mon t-shirt trempé rejoint un coin de la douche quand je sors et déambule près de la petite armoire, celle qui cache trop de médicaments mais aussi les serviettes, petites et grandes. Je reviens vers lui, tamponne le derme mouillé pour ne pas arracher les pansements ou rouvrir les coupures. La serviette est nouée autour de sa taille alors même que ma poitrine s’écrase entre ses omoplates. Mon short dégage, parce que l’eau ruisselle le long de mes jambes et que c’est désagréable et que j’ai pas envie d’en foutre partout ou même de m’étaler sur le joli parquet.

« Je vais changer les draps. »

Et je lâche ça comme on dirait qu’il pleut, qu’il brouillasse, qu’il fait soleil ou qu’il fait nuit. Je lâche ça, comme ça, sans plus d’explications, le plantant dans la douche. Parce que je sais pas quoi faire de lui, ni où le mettre. Parce que je n’ai pas envie de le traiter comme un objet, comme un gosse qu’on pose dans un coin. Parce que t’es grand, merde, et que si tu tiens sur tes cannes, tu peux bien tenir encore un peu sans te péter la gueule. Se péter la gueule… Alors je me sens obligée d’ajouter :

« Bouge pas. Attend-moi. J’ai pas envie que tu glisses et que tu te fracasses le crâne sur le carrelage. »

Et je m’en retourne à ma tâche, me rappelle en chemin que j’en ai pas, des draps, à part ceux-là. Parce que j’en ai pas acheté. Juste eux, pour faire joli, pour dire que c’est un lit, pour dire qu’il y a autre chose que le plastique qui emballait le matelas. La couette termine en boule sur le balcon pour éviter l’odeur nauséabonde et foutrement persistante. Je me fringue avant d’aller récupérer Luka, me poste dans l’encadrement de la porte, les bras croisés sous la poitrine. Et je le regarde comme il me semble ne jamais l’avoir regardé avant. Et une pensée me percute, avec une violence effroyable. Une pensée complètement ridicule.

« J’ai… J’ai pas de. De fringues de rechange.. pour toi. J’ai pas. Désolée. »

Et j’ai l’impression d’être nulle, d’être bête, de buter sur les mots qui sortent bizarrement entre mes lippes. Ça me fait froncer les sourcils, cette constatation merdique. Le cœur bat un peu trop fort, un peu trop vite sans que je ne me l’explique. Je chasse le malaise d’un battement de cils, me décroche du bois blanc pour le rejoindre, pour agripper sa main, pour accrocher ses doigts aux miens et le tire en dehors de la salle de bain. Je le dépose là, contre le rebord du lit sans le forcer à y prendre place. Le museau relevé, mes prunelles se vissent aux siennes et ça me brûle. Pas les blessures, les coupures, les plaies. Non. Ça me brûle à l’intérieur, là, dans ma cage thoracique et dans mon ventre qui se noue et se tord. Et il y a ce geste, celui que je ne connaissais pas et que j’ai appris à offrir. Les doigts qui s’amènent sur sa tempe et glisse sur sa joue mal rasée pour finir son chemin dans sa barbe et dans son cou. Aucun son n’arrive à sortir de mon gosier étriqué. Le moment me semble durer longtemps, trop longtemps alors que je cherche une invitation dans ses mirettes, une invitation qu'il soufflerait à m'en faire frissonner. Une invitation que je n’attends finalement pas ou plus quand dans un bond je me hisse sur la pointe des pieds, me plaque à sa peau moite et au bandage encore imbibé de flotte. Les lèvres se posent sur les siennes dans un baiser trop chaste pour en être vraiment un. Pression qui vient s’intensifier quand je saisis qu’il ne m’a pas repoussé. Qu’il ne m’a pas dit d’arrêter. Je dévore ces bouts de chair fine qu’il planque sous cette barbe épaisse. Il n’y a plus de questions qui saccagent mon encéphale, plus rien si ce n’est ce besoin presque animal de sentir son derme contre le mien. De le sentir lui, tout entier. De sentir sa chaleur, de connaître son odeur à lui, et le goût de sa peau. Dans une impulsion je le pousse sur le matelas, enjambe déjà ses hanches à peine eut-il fini de rebondir. Le t-shirt quitte mon dos, fini sa course près de la porte ou dans un coin, près de l’armoire. J’en sais rien et je m’en fous. La poitrine s’écrase contre son poitrail, mon épiderme à moi se gorgeant de cette effervescence. J’embrasse sa joue, son cou, mordille son épaule et le goûte enfin. Sa saveur roulant sur ma langue me fait mordre un peu plus fort. Et je cesse ma course, reviens planter mes orbes aux siens. Trop proche pour que je ne discerne quoi que ce soit, si proche qu’il en est flou. La respiration haletante, les lèvres à quelques centimètres des siennes. J’avale son air, m’enivre de lui et juste lui.

Moment de répit où les questions silencieuses fusent.
T’es sûr ? T’es sûr que tu vas pas regretter dans une heure ou deux, demain ou la semaine prochaine ? T’es sûr que tu peux ? Parce que t’as de la fièvre et que t’as des blessures profondes juste là, entre tes côtes, contre mes côtes à moi.

« Luka.. » dis-je dans un souffle qui me fait frissonner.

Et j’ai envie de te dire que c’est peut-être pas une bonne idée mais que j’en ai rien à foutre, en fait, qu’elle soit bonne ou qu’elle soit mauvaise. J’ai envie de te dire de m’embrasser pour faire taire les questions de merde, celles qui viennent au mauvais moment, celles qui viennent gâcher l’instant. Parce que j’ai pas envie que tu réfléchisses, que tu dises non, que tu me balances une connerie de hiérarchie ou tout autre truc qui s’en approche. J’ai pas envie, non, de réfléchir, de penser à l’après, de me demander ce que ça pourrait changer ou pas. Moi, moi j’ai juste envie de toi. Toi, maintenant pas dans cinq ou dix minutes ni même demain, juste, là. Le sexe comme exutoire, encore, toujours, tout le temps. Une habitude, un vice, un truc merdique pour ne plus penser, pour oublier cette soirée. Pour oublier ce qui a été dit ou fait. Pour oublier ce qui s’est passé, pour que ça ne prenne plus beaucoup de place, que ça se digère, que ça devienne minime jusqu’à ne presque plus exister. Telle une information à semi traitée que l’on viendrait ranger, remplacée par une autre plus douce, plus agréable, plus suave. Une que je connais sur le bout des doigts.
Et je ne pense qu’à sa bouche, qu’à ses mains qui glissent sur mes flancs, mes hanches et mes fesses. Je ne pense qu’à ça, à lui, partout, sur moi, en moi. Ouais, j’ai envie que tu te glisses en mon intime, de te border de ma chaleur ardente. Je veux que tu feules mon prénom, que tu répondes en écho à mes gémissements, que l’on exalte à l’unisson.


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#5D787D
MessageSujet: Re: Collected Thoughts Drown in Sleep [Luka] Hier à 23:05

COLLECTED THOUGHTS DROWN IN SLEEP

Luka & Eir




— Arrête d’être con. Lève-toi.
L'ordre en deux étapes claque lorsqu'elle débarque dans ce périmètre de sécurité qu'il étire et dont elle se fout. Ça lui trace une torsion de babines étrange. Entre un soulagement débile du corps et la gêne, incrustée au subconscient trop remuant. 
Eireann ignore, ferme les yeux sur ses médiocrités. Et en contrepartie, le dogue obtempère – encore. Toujours. Les appétits de révolte éteints, quelque part au lointain de son poitrail de bête à la nonchalance possiblement légendaire. Cette nonchalance qui revient dans le silence et la simplicité de l'instant. Parce que Blondie cherche son bras sans lancer un regard de biais, sans lancer une mine où s'emmêle une dose de jugement. Ses doigts aux siens elle le tire pendant que lui s'efforce de concilier flemme et obligation à l'action débutée. Luka, il n'a plus envie de secouer son derche, pas plus qu'il n'a le farouche désir d'aller se ficher sous la douche. Il s'imagine déjà se vautrer et gémir des crétineries en retenant un bout de lui qui s'échappe, qui pend, qui n'est pas dans le bon sens ; après qu'une chute lui ait fait goûter au carrelage. C'est tout un délire aux accents de charnier, qui se forme puis déforme au gré de ses expirations. Mais Eireann se tait et accompagne, impérieuse. Elle le transporte jusqu'à la salle de bains et il ignore comment ce prodige peut avoir lieu. Ses guibolles s'articulant sur la cadence qu'elle lui accorde. Le buste tordu et soulevé par à-coups brutaux. Il respire comme après une course dingue et ça lui brûle l'intérieur, et ça lui griffe l’œsophage. Luka réalise pleinement son état désastreux, choqué. De ces petits outrages secrets et puérils que son orgueil pourtant médiocre, distille à travers les layons de sa psyché. Il bat des cils, refoulé du tangible, et rumine à quelle aurait été sa gueule si elle n'avait pas été là, Eireann. Si elle n'avait pas eu la bienveillance de fouiller dans sa viande pour en ressortir les saletés, et veiller à ce que l'ensemble ne ressemble pas à une galette de gerbe au coulis de sanie et de boue d'ici des heures ou des jours, quand les paupières se seraient soulevées sur des orbes délavés par la fièvre, le corps mangeotté par la gangrène. Puisqu'il n'aurait pas su toucher les béances, Luka. Non, il n'aurait pas su sortir les tiges grasses, il n'aurait pas su soigner ce foutoir immonde ; et d'aide il n'aurait pas su en réclamer. 

Une main contre le mur et l'autre contre la vitre, la cabine de douche accueille sa masse à la verticale. Équilibre précaire qu'il s'assure ne pas perdre en durcissant les muscles, en brutalisant les tendons. Les sourcils froncés, l'attention bloquée au mur en face et à cette queue qui lentement mais sûrement saura redescendre ; puisqu'il ne sent plus sa chair ni sa chaleur, à celle qui s'active, mutique. Il ne voit plus ses courbes et ses niches auxquelles il a déposé et pressé les phalanges. Et cette simple songerie à l'innocence un peu crasse provoque une énième contraction à son bas-ventre ; malgré la flotte qui lui martèle le front. Contraction démultipliée par Eireann, Eireann toujours, Eireann partout ; et ses mains qui dès à présent frottent sa carne d'un savon au parfum indéterminé. Parfum qui lui défonce les naseaux et les bronches. Parfum qui lui file la migraine. Un parfum de nana qui ne trouve pas de fin ; car après le dos et le ventre, après les épaules et les biceps, Eireann s'amuse à lui masser le cuir chevelu ; son shampoing déversant à l'atmosphère une nouvelle senteur. Et si le contact lent et doux lui fait fermer les paupières et soupirer d'un plaisir innocent, les odeurs, elles, le percutent avec une agressivité surréaliste. Ses perceptions inhumaines en intime abîme.
Et l'ordre résonne :
— Déshabille-toi. 
L'ordre auquel il consent, docile, insupportablement. Malgré l'excitation qui lui vrille l'entrecuisse. Le froc dégage ainsi que le caleçon et les chaussettes ; et c'est complètement nu qu'il retourne sous le jet d'eau tiède. Son bandage en seule parure derrière laquelle se planquer. Derrière laquelle il aimerait pouvoir disparaître tant l'embarras lui déchire l'intellect. Se balader à poil n'est pas le problème qui lui grignote le crâne : la pudeur en absence à ses raisonnements. C'est ce tout, qui le perturbe. Ce lacis d'informations qui s'ajoutent et se collent les unes aux autres. Cette tranquillité dont elle l'arrose, Eireann. Avec cette clémence qu'il n'a jamais reçue que par erreur ; et qu'il perçoit dans chacun de ses gestes, à elle. Quand son corps à lui n'est qu'en proie aux violences les plus sordides. Les plus primales.

— Je vais changer les draps, déclare-t-elle au terme du grand nettoyage.
Une serviette cinglée autour des hanches, la peau à peu près sèche et les dégoulinades de sa tignasse et du pansement qu'il tâte en vestiges des minutes de silence.  
Ça le fait s'avachir sur lui-même. Les épaules voûtées, l'échine pliée et le front qu'il se retient de cogner à la paroi devant. Pour comater, prendre le temps de respirer. Chose refusée :
— Bouge pas. Attends-moi. J’ai pas envie que tu glisses et que tu te fracasses le crâne sur le carrelage.
Et peut-être lit-elle dans ses pensées, et peut-être a-t-elle trop l'habitude des connards dans son genre. La parole en loi qu'elle dicte sans préambule, sans que puisse compter un oui ou un non.
Il attend sagement. Il attend, dans cette position pourrie, avec l'envie qui remonte et redescend de se barrer de là, d'aller tourner dans l'appartement tel un fauve pris entre ses barreaux et de fouiner partout où il n'a pas le droit – partout où il n'y a que son vide.
Mais elle revient avant que l'idée tortueuse ne prenne définitivement racine.
— J’ai… J’ai pas de. De fringues de rechange.. pour toi. J’ai pas. Désolée, l'entend-il miauler.
Il se retourne et la lorgne, et exhale un triste oh. Un oh pour prouver qu'il ne s'en branle pas absolument. Un oh qui suppose l'intérêt et la compréhension. Un oh pour masquer sa parfaite indifférence.
Une main accrochée à la serviette afin qu'elle ne foute pas le camp et l'autre qu'elle récupère, Eireann, le traînant au-dehors de la salle de bain dégueulant son brouillard.

Ils se bloquent à côté du plumard et Luka regarde à gauche et regarde à droite, sans savoir quoi faire de ses dix doigts, pas même lorsqu'il la remarque gamberger, pas même lorsqu'elle décide de déposer sa paume contre sa joue ; lui offrant une caresse qui le fige. Une caresse qu'il n'a pas vu venir, dont il ne discerne pas le pourquoi tandis que le comment fait frapper le pouls contre les tempes et cogner et cogner encore le myocarde coincé dans sa cage. Une caresse qui se perd aux contours de sa gorge. Eireann se redresse et se tend, et sa bouche timidement se presse à la sienne. Un baiser tendre qu'il accepte, qu'il goûte, Luka. En se penchant peut-être un peu, rien qu'un peu. La nuque pliée pour la recevoir, elle et toute sa délicatesse qu'il craint de broyer sans arrêt. Et elle se fait plus vorace, réclame ; autant d'exigences qu'il tente de satisfaire, sans parvenir toutefois à user de ses paluches, à user de son torse ni de quoi que ce soit d'autre que ses lèvres qu'il entrouvre, son haleine douceâtre se mêlant à la sienne.
Et Eireann interrompt le baiser en le repoussant sur le matelas.
Il y valdingue, plisse les paupières, les plaies tiraillées par le choc. Elle s'installe à ses guibolles et le cœur manque un battement. Elle le surplombe et lui expose sa pleine poitrine, le tee-shirt abandonné il ne sait où et il s'en fout. À son horizon ne se dessine plus que ses deux pointes roses, érigées fièrement, qu'il fixe et fixe, les mains d'instinct agrippées à la croupe offerte et les bonnes résolutions de l'avant poussées sous le tapis.
Il avait réussi, Luka, à ravaler ses ardeurs, à juguler la fièvre. Il avait réussi à faire s'endormir son sexe et ses fantasmes graveleux. Mais c'était avant ses seins qu'il ne pense plus qu'à sucer et empoigner, c'était avant la morsure de sa bouche, c'était avant ses cuisses ouvertes pesant sur sa taille et cette queue redevenue dure, presque rendue douloureuse d'être ainsi tyrannisée.
Elle s'écrase contre lui. Et elle embrasse et dévale sur sa peau, mordille. Luka plante l'arrière de son crâne au moelleux sous lui, souffle le trop plein d'oxygène, retient les grondements dans la gorge sans pouvoir retenir les pattes qui malaxent ses rondeurs, qui s'impatientent des creux. Et il perd partiellement le sens des réalités. C'est lorsque son visage se suspend au-dessus du sien, c'est lorsqu'il entend son prénom qu'elle chuchote, qu'il s'immobilise une énième fois. Sans capter, sans savoir quoi répliquer. Sans savoir s'il doit dire ou demander. Ce qu'elle veut ou ce qu'il peut. Il n'y comprend rien, Luka, aux trucs qui volent sous les mots, sous les regards ; ce tas de trucs qui se planquent derrière les suppliques mises en sourdine.  
Alors il articule, difficilement :
C'est OK.
Ce OK, qui veut tout sans rien demander. Ce OK qui accepte sans questionner.
Il l'attrape, les battoirs coulés sous les aisselles. Il la balance plus en avant sur le pieu qui les reçoit, la serviette abandonnée autant que ces belles règles de l'Elit Daemonia. Celles apprises, celles qu'il ne respectera sans doute jamais. Et le gémissement s'échappe d'entre ses mâchoires dans la torsion, dans l'effort fourni. Pourtant, Luka reste là. Au-dessus d'elle, à la mater comme pour s'assurer qu'il n'y ait pas de non ou de peut-être ou de je sais pas, pour laisser le temps aux trucs qu'elle cache derrière son silence. Tous ces trucs qu'il ne peut pas cerner mais qu'il est apte à écouter. Le museau rivé au sien quand sa dextre déjà s'égare entre ses seins, chemine sur son ventre et s'insère fatalement à son entrejambe. Les tissus, il les écarte. Et ses phalanges explorent, et glissent, s'arquent et s'enfoncent à son intime trempé et palpitant. Et il se fait houle à la lenteur abominable. Il masse et agace, le souffle en saccades. Ses billes bleues scrutant la figure d'Eireann et ses légères ondulations, quand sous ses doigts, elle se contracte. Et pleure son miel. Et il va et il vient, perpétuellement, durant des secondes qui pourraient s'étirer en minutes, durant des secondes qui le raidissent et l'élongent. Des secondes qu'il balaie en soustrayant ses phalanges au fourreau de chair, et en virant d'un coup sec les sapes qui l'emmerdent.  
Il l'attire à lui, sa masse chavirant de côté quand il n'est plus capable de contenir – ni son avidité ni son corps qui tremble. La respiration défoncée mais la faim le calcinant plus sûrement que la fièvre.
Et il rauque :
Viens.
En lui enserrant la taille, en la tenant contre son thorax, dans ses bras. Sur lui, elle se coule ou il la flanque. Il n'est plus certain de rien, si ce n'est d'elle qui se frotte et ondule et disparaît à la pâleur de sa crinière qu'il touche, qu'il empoigne. Qu'il abandonne pourtant, les paumes appuyées à sa poitrine qu'il saisit, dont il se fascine ; sans pouvoir goûter, sans pouvoir lécher. L'épine dorsale soudée au matelas, il est délirant et comateux. Ses mains s'égarent définitivement aux fesses de Blondie qu'il pétrit. Et sa bouche à la sienne, encore, et sa bouche à la sienne toujours.
Puis elle le frôle, de cela, il est sûr. Elle s'approche et se soulève. Et elle l'amène, en elle. Pour de vrai, pour de bon. Et il expire un râle, discret. Un râle perdu à son rythme cardiaque qui dégénère. Il la pénètre une première fois, de toute sa longueur, à ce rythme qu'elle prend et donne, à ce rythme qu'elle impose quand lui suffoque contre sa lippe et avale ses soupirs. Et il recommence ce manège amorcé, Luka, sans pourtant ne plus avoir d'emprise sur rien, sans plus pouvoir penser. Il va, et il vient, en elle ; elle qui choisit leur musique et l'harmonie qui naît à travers leur danse.

Il s'écoule en elle, la douleur finissant de lui démonter les tripes et de lui fracturer la respiration. La gorge gonflée, de grosses veines y pulsant, serpentant sur sa tempe abîmée et son front. Et les molaires claquent quand la sueur les macule. Les muscles crispés, quasiment convulsés. Sous elle, Luka éprouve et réprouve cette petite mort avec laquelle il lui innonde l'intérieur. Et la panique, brève, brutale, lui cartonne le faciès et le lui déforme, pour s'en aller presque aussitôt ; dès lors qu'il se rappelle que plus rien ne vit, que plus rien n'existe à travers sa semence en torrent. Les phalanges contracturées sur ses cuisses aux arabesques noires qu'il a, durant l'acte, contemplé à travers sa vision déformée par ses presque hallucinations ; Luka lâche un son, enfin, expulsé malgré sa mandibule crispée. Un son râpeux, et court. Parce qu'il parle aisément trop. Parce qu'il ne sait pas fermer sa gueule, c'est vrai. Sauf dans ces moments délicats, ces moments où il perd de son arrogance, où son aplomb se pulvérise ; où il n'est plus qu'un corps qui s'agite contre un autre, pour combler les vides, pour couvrir les manques.
Et elle bascule sur lui. Elle dévale contre son torse et il suit, sa respiration, la ressent. Le tambourinement dans sa poitrine qu'il accompagne tandis qu'il caresse d'une manière inconsciente, naturelle, son dos. Du bout des doigts. En fixant le plafond et en songeant déjà à la fuite, en délirant sur les excuses qu'il va servir, à ce sourire qu'il lui fera. Et ce, alors même qu'il est encore bordé par ses nymphes qui autour de lui se resserrent.
Et Eireann, peut-être parce qu'elle lit dans ses pensées, ou peut-être parce qu'elle a trop l'habitude des connards dans son genre ; elle s'évade, se retire et s'échoue à côté.
Il tourne le menton, Luka. Et l'observe, interdit. Et il oublie la fuite et il oublie les excuses. Il oublie le sourire qu'il lui servira, plus tard. Il ne parvient qu'à rapprocher sa masse à nouveau de ses formes, pour s'y encastrer, en la poussant un peu, en la tournant, toujours fiévreux mais morfale. Toujours frémissant et brûlant mais hurlant de besoins ; besoin de la sentir encore, besoin de revenir toujours, besoin d'un contact, d'une étreinte, de sa présence qui éradique sa solitude.
Et d'étreinte, il lui donne. Son dos sur lequel il plaque son torse. Son visage à sa nuque et ses mains, qui ramènent ses hanches aux siennes. Ses mains qui guident jusqu'à son membre inflexible, qui retrouve sa place, d'un mouvement brusque. Cette place qu'il assure, Luka, en maintenant son abdomen. Et il souffle dans le creux de son épaule, respire trop fort, respire trop vite, frissonnant de ses plaies qui suintent et bavent leur carmin sur le blanc du bandage. Et il amorce ses attaques, lentes mais puissantes. Sans jamais tout à fait la quitter. Comme pour tout à fait la remplir.

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MessageSujet: Re: Collected Thoughts Drown in Sleep [Luka] Aujourd'hui à 2:17

Collected Thoughts Drown in Sleep

Luka & Eir


Il n’y a pas de mal, ni de bien. Il n’y a que deux corps qui s’échauffent, se cherchent se trouvent. Il n’y a que les respirations profondes et puissantes, celles que l’on tente de maîtriser pour garder un semblant de contenance, pour faire croire à l’autre que ça va, qu’on sait ce qu’on est en train de faire, qu’on s’en fout des conséquences - quelles conséquences d’abord ?
Son prénom en murmure, son prénom en supplique. Parce qu’après ce sera trop tard. Tu ne pourras pas dire qu’en fait non, tu t’es trompé, tu ne voulais pas. Tu ne pourras pas dire que c’était une connerie et qu’il vaut mieux en rester là. Tu ne pourras pas te faire sagesse quand mes démons à moi auront pris le dessus. Parce que ça me frustrerait, ça me frustrerait à tel point que je te haïrais. Pas un peu, pas juste comme ça, pas juste pour dire que je suis fâchée, contrariée. Non. Je te détesterai, le feu au ventre et le rouge aux joues. Je te foutrais à la porte, à poil sans considération aucune pour tes blessures, pour tes fringues dégueulasses que je balancerais à ton visage. Alors. T’es sûr ? Il dit c’est ok.
Il dit juste ça comme s’il devinait le cheminement merdique de mes pensées, comme s’il savait que derrière le murmure se cachait une question qui restait irrémédiablement en suspens. Alors la réflexion se tait, se cache, disparait. Elle n’est plus là, ne distille plus son venin, ne prodigue plus ses conseils foireux que j’écoute une fois sur deux. La conscience anesthésiée il ne reste plus que le désir qui enfle entre mes cuisses. L’appel primaire, sauvage, inéluctable d’un corps qui en convoite un autre. Et ses paluches me balancent, son visage au-dessus du mien qui à son tour questionne quelque trop longues secondes.
Et je sais pas ce que tu veux, ce que t’as besoin d’entendre. Tu veux que je te dise que c’est ok, moi aussi ? Que c’est bon je m’en remettrais quand tu détaleras comme un lapin après la baise ? Que, promis, j’irai pas m’enfermer dans la salle de bain, en chialant, en regrettant, en disant que t’es qu’un connard et que je mérite mieux que ça ? Ouais, qu’est-ce que t’as besoin d’entendre au juste, qu’est-ce qu’il te faut de plus que mes baisers et mes caresses et mes silences en guise d’assentiment ? Et comme je ne sais pas, je ne dis rien. Parce que rien dire, je connais, c’est facile, je sais faire, souvent. Tout le temps. Et tu prendras ce que t’as envie de prendre, si tu sais lire derrière les mirettes, si t’as le décodeur, si t’as pas besoin du son pour comprendre l’image. Parce que moi, j’sais pas.

Il y a la pulpe de ses doigts qui glisse et qui explore, bute sur le tissu, ne s’y arrête pourtant pas continuant son acheminement. Continuant jusqu’à ce feu qui palpite au rythme frénétique du sang qui pulse et pulse dans mes veines. Les premières caressent prodiguées, l’impatience tortueuse m’éveille, force l’ondulation de mon bassin, cherche plus, cherche vite.
Parce que de délicate, je n’en ai jamais eu que la frêle apparence, que les caresses sont insuffisantes, insatisfaisantes. Qu’elles agacent, qu’elles me front gronder, qu’elles finissent par me lasser. Parce que j’ai toujours préféré le contact puissant martelant ma chair, pinçant la peau, percutant mon intime en son profond. Les canes battent lentement l’air pour dégager les fringues qu’il fait glisser sans douceur. Son timbre se charge, se fait plus épais quand il dit « viens. » Et je m’exécute, docile, le corps calqué au sien comme une seconde peau. Les cuisses s’ouvrent, l’emprisonnent, l’enserrent et je me redresse pour le contempler un instant, lui. Lui, dont les paumes se perdent à ma poitrine, qu’il caresse, qu’il titille et je me cambre, force la pression. Pointes rosées érigées qui gonflent et qui tendent. La bouche revient à la sienne, conquérante, animale. Je le goûte encore et encore, me repais de sa saveur, de son odeur, avale ses soupirs comme s’il était la chose la plus délicieuse qu’il ne m’est jamais été donné de savourer. Et mes hanches s’animent, le cherchent, se frottent et ne prennent pas le temps de le trouver que je le guide, impatiente, jusqu’à mon antre. Et elles sont loin, mes considérations pour le préservatif, tellement loin qu’elles ne m’effleurent pas une seule seconde l’esprit. Parce qu’on s’en fout, parce que plus rien ne peut vivre à l’intérieur de moi quand toi, tu ne peux plus rien offrir, plus donner. Et je m’en fous, de cette maladie qui me ronge parce que tu la digèreras avant même qu’elle ne t’atteigne, avant même que tu subisses un malheureux symptôme. Alors ouais, j’en ai rien à foutre de ce bout de latex quand il n’y a plus rien à protéger d’un côté comme de l’autre. Quand il n’y a plus rien à préserver.

Et je le ressens, tout entier, incapable de jouer, de me faire désirer. Incapable de prendre mon temps pour le regarder grogner à cause de cette lenteur infâme que je pourrais imposer. La croupe se balance, d’avant en arrière, frotte les chairs brûlantes. Le rythme, je l’impose au gré de mes envies et il est surtout rapide, les pauses trop courtes, rapide encore et toujours. L’arrière des cuisses claquent contre les siennes quand je me tends, quand je me dresse, changeant les angles encore et encore. Jusqu’à atteindre ce point-là, celui de non-retour, celui qui brûle, qui incendie partout à l’intérieur. Il enfle, implose, se contracte tout autour de lui. Lui, qui se bande, qui déverse et inonde ce feu qui me consume. Il brûle mes reins, brûle mon œsophage à chaque soupir, à chaque feulement. Je me berce de cette complainte lascive qui exalte entre nos lèvres dans une parfaite synchronisation. Celle qui vient endolorir les sens et entourer la tête de coton épais. Les muscles se relâchent, cèdent quand je retrouve la chaleur de son torse, niche mon nez dans son cou. La bouche posée à la carotide qui pulse fort. Il n’y a aucun mot qui s’envole, qui vient rompre la sérénité de l’instant. Il n’y a rien que nos respirations haletantes et les cœurs qui tambourinent dans nos poitrines. Et il me semble le sentir, ce battement, là, tout contre ma peau. Et il y a sa main. Cette main. Elle parcourt mon dos, dilapide ses caresses du bout des doigts me tirant un léger frisson qui me fait ouvrir les yeux trop vite. Qui me fait fuir. Je m’arrache à l’étreinte, retombe mollement sur le matelas, à côté.
Parce que je ne fais pas ça. Ce truc. Les caresses, les câlins, les commentaires de fin. Je ne reste pas dans un lit et la seule raison pour laquelle je ne suis pas encore debout c’est parce que c’est chez moi, ici. Et qu’il est plutôt pas mal, ce lit. Les prunelles se fixent au plafond pour la première fois. J’y découvre une petite tâche, une toute petite tâche marron juste là, à droite du luminaire.  Et plus je la regarde, plus elle m’apparait comme un grain de sable dans les rouages. J’ai envie de me lever et de briquer, de frotter pour retrouver le blanc éclatant. Parce que ça rassure, le blanc. Juste le blanc. On ne peut pas mentir avec le blanc, on ne peut pas tricher, dissimuler parce que tout ressort et tout se voit. J’aime le blanc.

Et il se rapproche, Luka. Cette masse qui me pousse et me fait rouler sur le côté. Son poitrail se colle à mes omoplates et ses hanches aux miennes. Il enlace mon ventre, cale son visage à ma nuque. Et j’ai envie de lui dire que c’est bon, que ça suffit maintenant, qu’on est pas obligé de faire semblant. Que y a rien qui dit qu’on doit rester ensemble, l’un avec l’autre, l’un contre l’autre et que c’est bon, c’est ok. Moi ça me va comme ça. Que c’est pas grave, que je suis habituée à cette routine là et qu’elle me convient. Mais Luka, il se faufile entre mes fesses, retrouve la chaleur de mon fourreau encore humide et chaud. Il retrouve sa place, celle qu’il vient de quitter. En fin conquérant, il s’avance, m’emplit sans la moindre difficulté. Un hoquet s’échappe d’entre mes lippes, de surprise, de contentement. Le dos se creuse, se tord pour mieux le recevoir. Coup de butoir puissant qui m’arrache un cri qui s’étouffe dans ma gorge. Ma main accroche sa tignasse que je tire et tire à mesure que le plaisir enfle dans mon ventre, entre mes reins. Comme pour sceller nos chairs, pour que l’on ne fasse plus qu’un, que l’on devienne – l’espace d’un instant, d’une minute, d’une heure, d’une nuit, la moitié de l’autre. Indissociable moitié. Mon corps tout entier vibre contre le sien, le cherche. Mes hanches roulent, accompagnent le mouvement, intensifient le claquement de nos peaux moites. Et tout devient désordre, on perd le rythme, s’accroche et se raccroche. Et je veux entendre mon prénom rouler sur ta langue, je veux l’entendre de cette voix un peu grave, guttural, cette voix qui me tire d’inexplicables frissons. Je veux que tu le gueules, que tu le feules, que t’en fasses profiter les voisins ou que tu me le murmures juste là, au creux de l’oreille. Je veux que tu le dises pour rendre ça réel, pour qu’on oublie le reste et qu’il ne reste plus que ça. Plus que nous et nos corps qui s’harmonisent en une symphonie déroutante et enivrante. Plus que nous et ce vice, la luxure, dans lequel on plonge et replonge jusqu’à l’épuisement. Dis-le. Dis-le pour moi. Sans vouloir, sans savoir, sans comprendre que c’est important. Dis-le parce que tu le désires, que tu veux entendre comment ça sonne à ton oreille.
Et dans un ultime effort, la jouissance qui s’égare, qui tord l’intérieur, brouille la vue, anesthésie les sens. La jouissance qui irradie, partout, partout, comme un incendie qui ravage chaque muscle, chaque tendon, chaque millimètre de mon derme. Et je feule son prénom contre son bras, celui qui soutient ma tête. J’exalte, fiévreuse, brûlante, les griffes plantées à sa paume que je retiens contre ma hanche.

Et il y a ce moment de flottement, celui où tout est bien et tout est bon. Celui où je le savoure contre mon épiderme, le retiens égoïstement pour ne pas qu’il se retire. Pour qu’il reste là, encore un peu. Là, dans cette fournaise dont il est l’auteur. Le temps se délite et le sommeil commence à poindre. Je roule sur le côté, m’assois sur le rebord du lit et dompte la longue tignasse qui retombe en cascade dans mon dos. Les paumes donnent l’impulsion nécessaire pour me redresser sur les guiboles qui flageolent et qui me conduisent jusqu’à la cuisine parce que j’ai soif, putain et que j’ai faim aussi. Je l’abandonne, Luka. Là, entre les draps salopés de nos fluides.
J’attrape un verre pour le remplir d’eau, en descend deux avant de le reposer dans l’évier. Je fouille les placards vides, tombent sur un restant de biscuits et en enfourne un dans ma bouche que je mastique grossièrement avant de me planter devant la chambre, cette chambre, la mienne. Les sourcils se froncent alors que la mâche continue. Je n’ai pas pris la peine de me couvrir, n’en voit nullement l’utilité. C’est pas comme si t’avais pas déjà tout vu, maintenant. Pas comme si t’avais pas touché. J’avale la bouchée, balançant le menton dans sa direction.

« Tu saignes. »

Un simple constat, sans rien de plus dans la voix.
Je réduis la distance qui nous sépare, balance sur l’oreiller le paquet de biscuits bien entamé. Au sarrasin et aux graines de lins, mes préférés.
Les phalanges glissent sur le bandage.

« Je vais le refaire. »

Les mains se frottent l’une contre l’autre pour se séparer des miettes. Le bandage est refait sans que je ne lui laisse le choix. Je fignole, serre et attache.

« Et tu peux dormir là, le temps que ça se répare. Tu peux rester, si tu veux. Y a des bières dans le frigo et ça – dis-je en désignant d’un geste de tête les biscuits - en guise de bouffe. J’reçois jamais, tu devras t’en contenter. »

Je rembarque tout mon bordel, de compresses, de baumes et de bandes. Balance une œillade par-dessus mon épaule.

« Tu devrais dormir. Ça va jamais cicatriser si t’arrêtes pas de bouger. »

Et aux mots, un sourire taquin se niche aux commissures avant que je ne quitte la pièce, le délaisse dans le confort impersonnel de cette chambre. Il n’y pas de cadres, pas de fleurs, tout juste mon odeur imprégné à présent aux tissus. Un t-shirt est récupéré, trop grand, trop large, informe lorsqu’il passe ma tête. Ma carcasse se balance dans le canapé quand j’allume la télé. Parce que ça fait de la compagnie. Du genre pas chiante et pas trop regardante. Je m’allonge, me roule en boule quand je me mets à zapper compulsivement comme à mon habitude, visant un programme qui va m’abrutir, m’empêcher de réfléchir.
Un vieux dessin-animé passe sur une chaine que personne ne doit regarder. Le rythme cardiaque se calme, s’apaise quand la fatigue m’étreint en quelques minutes à peine, bercé par les voix de cartoons, d’un Daffy Duck et d’un Bugs Bunny en grande conversation. Je n’aurai jamais mis aussi peu de temps pour m’endormir.



© MR. CHAOTIK



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RUINS
Beauty in the breakdown. I'm not afraid. The love you never gave me is slipping away. And I loved the voices inside of my mind will never be silenced until I can find a way to let go of what we left behind.
I just sort the ashes and the pain will fade away. Leave with hungry passion it's the price we had to pay…Sometimes love is ours to burn at times.
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