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Standing Beside the Blacksmith's Door [Luka]

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MessageSujet: Standing Beside the Blacksmith's Door [Luka] Lun 3 Juil - 22:46

Standing beside the blacksmith's door

Luka & Eddie
De l'art d'amadouer un Forgeron




Le chant des oiseaux nocturnes laisse peu à peu la place aux gazouillements diurnes, à mesure que l'astre solaire se lève dans le ciel, encore timide et délicat. La rosée matinale goutte aux bords des feuilles des quelques mauvaises herbes qui jonchent ça et là la cour du Fort Volsek... Et sur les graviers, le pas ferme et déterminé du Forgeron frappe le rythme intemporel qui l'habite. Eddie n'a pas traîné, rompue à ses habitudes séculaires qui l'ont sortie du lit trop tôt et balancée au cœur de ses entraînements puis d'une cabine de douche. Vêtue d'un jean solide et d'un tee-shirt blanc, la Chasseuse rejoint son domaine, sa crinière retenue dans une queue de cheval haute qui rajoute une once de sévérité superflue à son visage angulaire. Un imposant sac de toiles sur l'épaule frêle d'apparence est déposé sans ménagement au centre de la Forge éteinte de feu John Dwayne. Et un soupir lui échappe, entre lasse constatation et évaluation des dégâts. Autour d'elle, beaucoup de poussière, de bordel et de mauvaises idées. Si elle n'a pas vraiment investi les lieux à son dernier passage, force est de constater qu'il y a beaucoup de travail nécessitant son expertise ici. Le foyer est fatigué, les outils rouillés faute d'avoir été savamment entretenus et quelques brins de lierres ont même poussé le vice jusqu'à étrangler la carcasse usée de la vieille enclume qui devrait régner en son domaine au lieu de crever à petit feu.

« Putain de merde... »

Du bout de sa botte, elle dégage quelques armes laissées au sol, comme si un miracle allait faire le boulot du forgeron absent et réparer les brindilles de métal au rabais. Elle passe une main sur son visage et hausse des épaules, résolue. Le travail ne manque pas, pas plus que les déceptions... Elles sont nombreuses, dans cet ersatz de forge qui réclame sa grandeur d'autrefois quand personne n'a su l'écouter. Pas même elle, la première fois. Un grognement émerge de sa gorge, résonne comme une excuse tandis qu'elle fait un tour sur elle-même et établit l'inventaire de tout ce qu'il lui reste à faire.

La journée va être longue.

****

Un râle d'effort retentit contre les murs de pierres et de bois, lorsque les mains abîmées par le travail des derniers jours remplacent la dernière brique du foyer. Elle se redresse, la Renarde, et s'étire avant de poser un regard sévère et amusé sur la pauvre enclume bouffée par le lierre. Sans la désherber, la terrible utilise un marteau pour faire sauter la chape de ciment utilisée maladroitement pour sceller la reine de métal au sol. Amateurs... Gestes précis et rapides s'orchestrent en symphonie mortuaire autour de la pauvre carcasse en acier pour l'extraire finalement de son trône d'infortune. Une moue sur les lèvres, Eddie s'empare de l'ancienne pour la déposer à l'entrée de la Forge, vestige et hommage à l'Histoire. Dans un coin de la grande pièce qui constitue son nouveau royaume, un imposant paquet recouvert de cuir l'attend sagement. L'Enclume de John Dwayne, celle qu'elle est allée récupérer dans un coffre londonien et qui attendait patiemment son heure depuis plus d'un an maintenant. Une ombre passe devant la porte, attirant le regard du nouveau maître des lieux, avant de disparaître comme elle est venue.

Loin d'avoir du temps à perdre, la Britannique s'empare d'une bêche puis d'une pelle, commençant à creuser la terre battue afin d'y préparer une place digne de ce nom pour sa nouvelle enclume. Celle d'Eliza Dwayne, la cadette, resterait au Hangar où elle a retrouvé sa pleine utilité.

Une place pour chaque chose, et chaque chose à sa place.

****

De rêves de violences en appétits sauvages, la carcasse de la Renarde s'extrait du Colisée, trois heures d'entraînement après. Elle a le sourire satisfait des prédateurs qui ont eu leur juste dose de sang, ce petit quelque chose à la limite de l'indécence qui la verrait faire demi-tour pour achever ses adversaires. Pour la beauté du geste. Pour une seconde d’allégresse. Elle se caresse les phalanges d'un air songeur tout en prenant le chemin de la forge, qu'elle arrive désormais à considérer sienne. L'endroit a été réaménagé, nettoyé, avec de nouveaux crochets et de nouvelles étagères, des manuels actualisés sur les différents alliages, les stocks ont été revisités, les murs réparés, comme chacun des éléments de ce qui tenait davantage du musée que d'un espace de travail. Et la Bête ouvre la porte de son Antre pour aller poser séant sur son enclume, le sourire goguenard et paresseux. Quelques minutes d'une léthargie pensive la voient se figer sur son trône avant de se redresser et de balancer son sac de sport dans un coin, pour enfiler son tablier de cuir et récupérer son thermos de café. Chose faite, le forgeron s'allume une cigarette et un joli brasier.

« Je t'ai réservé une place dans un cours de maniement de l'épée, ce matin. Je n'aurais pas besoin de toi ici... » dit-elle, d'une voix douce et sans avoir besoin de relever la tête pour reconnaître Eireann et son pas léger. Toute à sa tâche, Eddie salue sa recrue d'un sourire de profil avant de retourner à l'élaboration minutieuse de son alliage. Les proportions sont traditions en matière de lame d'argent, aucune erreur ni approximation ne peut être tolérée. Les sourcils froncés et le visage fermé, elle pèse et contrôle ses unités de métal, divers et variés, dont l'étrange cohabitation résulte de siècles de recherches et de savoir-faire. Mais elle gronde, encore. Et ses sourcils se froncent davantage, et son visage se renfrogne. En vain. Un soupir profond s'échappe de la poitrine de la Britannique qui se redresse pour faire face à l'entrée, le regard sombre.

« Tu envisages de te décider à entrer ou tu vas rester sur le seuil comme un con à poireauter ? » assène-t-elle à l'ombre qui hante encore le parvis de sa forge. « Je prends les commandes orales et écrites mais pas encore télépathiques. »

La clope au coin du bec et la prunelle moqueuse, la Chasseuse croise doucement les bras sur sa poitrine, arquant un sourcil inquisiteur à l'attention de l'intrus.

© MR. CHAOTIK



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#5D787D
MessageSujet: Re: Standing Beside the Blacksmith's Door [Luka] Sam 8 Juil - 0:46

Standing beside the blacksmith's door

Luka & Eddie
De l'art d'amadouer un Forgeron




— Tu envisages de te décider à entrer ou tu vas rester sur le seuil comme un con à poireauter ?
Sa voix claque.
Et son expression, à lui, se délite. Il hésite encore, Luka. Planté sur le seuil de cette connerie de forge, à ne plus savoir quoi faire de ses dix doigts, de sa langue devenue pâteuse dans sa gueule débile. Il a l’éloquence saccagée, par sa seule présence, à elle. Ce bout de femme qu'il a jadis approché, qu'il a cru pouvoir charmer – un sourire en coin et de belles paroles. Des suppliques merdiques et de grandes idées, qu'elle a piétinées, jetées dans un soupir. Écrasées sous la semelle de ses godasses et le vide et le silence, ensuite. Et il a cherché à se durcir, depuis. À avaler tout un tas de pages et de lignes, jusqu'à s'en fendre le crâne. Jusqu'à s'en crevasser la matière grise. Il a bouffé les livres et s'est cramé et brisé deux doigts en usant de pratique. Les os fissurés par un coup mal placé, par un poids trop vite tombé. Et il a recommencé, attelles encore fichées aux brindilles fêlées en spectres de phalanges. Et il s'est acharné comme une espèce de dégénéré ; en continuant à se faire cogner le corps d'un côté puis de l'autre, par les entraînements, pour la fierté qu'il voulait lire dans le regard du mentor. Jusqu'à devenir chasseur, jusqu'à manquer crever. L'intoxication en trépas amorcé, en échec avéré. Un repos refusé, une abdication calcinée. Ce possible soulagement d'exister, on le lui a retiré. La lâcheté en seconde peau, Luka s'est relevé. Jusqu'à comprendre ce qu'est survivre. Jusqu'à se vautrer dans sa pleine obsession – cet Art qu'Elle ne partage pas, Dwayne. Dwayne et ses lames impossibles.
Alors Luka, il se pressent lamentable, sur le pas de la porte.
Les guibolles inertes et les poings dans les poches de son sweat. L'air ridicule d'un gosse sorti du coma avec la charogne morte d'un monde, suspendue aux épaules.
— Je prends les commandes orales et écrites mais pas encore télépathiques.
Elle assène, l'arrache à ses méditions foireuses et foirées avant même qu'elles ne soient expirées.
Des jours, qu'il tourne autour de ce lieu sacré. Des jours ou des semaines peut-être, sûrement, il ne sait plus très bien, se voile la face – des putains d'éons qu'il croit naviguer et traîner la patte dans son sillage. Avec l'espoir vorace de la faire céder à ses demandes. À sa demande. L'unique qui sache se frayer un chemin entre ses synapses. L'unique qui parvienne à le réveiller, qui le force à ne pas se barrer, dans la seconde. Par peur du refus, par peur du dédain. L'ego mis de côté mais l'effroi, tenace et infantile, du rejet, en véritable asphyxie.
Et il s'avance, d'une enjambée qu'il essaye de faire dure. Décidée. Un martèlement de godillot à la limite du ridicule. Et il tord la bouille. L’œillade balancée à gauche et à droite. Il explore, le ventre de la bête. Il imprime à sa cervelle chaque recoin et détail qui sitôt le nez levé, éclatent à sa rétine. Mutique, il l'est. Oublieux de sa parole à elle, qui plane immuablement à l'atmosphère, dans le lointain de sa mémoire évidée par toutes ces perturbations qui lui grignotent l'attention.
Et c'est en baissant son menton rongé par la barbe qu'il souffle :
C'pas pour-
Il se bloque, les mots devenus pierres enfoncées, entassées, dans le fond de la trachée. Il se tord les menottes, les extirpe de ses poches et l'une d'elle se perd à sa tignasse, qu'il gratte, qu'il lisse. Qu'il essaye de dompter. Parce qu'il se souvient précipitamment qu'il n'est pas seul, et qu'elle observe et qu'elle voit tout. Tout ce qu'il pourrait cacher, tous ces tics dont il n'a même pas conscience – l'angoisse becquetant les tripes et distillant sa mauvaise chaleur à sa carcasse contracturée.
J'suis déjà venu vous voir, y a genre- il s'emmêle, Luka. Et redresse la bouille pour la mirer. Pour déchiffrer ne serait-ce qu'un truc, qui lui indique s'il doit se casser, tout de suite. S'il est insupportable, incompréhensible.
Ses billes bleues la scrutent, longuement. Tandis que ses mâchoires se serrent et qu'un rictus lui badigeonne les traits. Ridules tordues, crispées sur le masque de chair.
J'suis chasseur, maintenant. Et j'sais que ça vaut pas grand-chose et que vous en avez sûrement rien à foutre, mais j'ai obéi ouais j'ai obéi. J'ai appris tout c'que j'pouvais, j'ai travaillé, vraiment travaillé pour comprendre, pour retenir, pour que tout ça là- il s'arrête, tire une paluche qu'il agite, avec laquelle il englobe tout ce fatras de métal et de bruits, d'éclats rendus rougeoyants par les flammes de l’âtre.
Pour que ça n'soit plus comme les rêves de gosses qui percutent que dalle à ce qu'ils font et ce qu'ils touchent.
Et il remue la trogne et se campe de biais, son sourire de môme revenu se ficher à ses babines. Parce qu'il sent qu'il s'égare, qu'il patauge, que son joli discours éclate entre ses dents et que son jugement lui pète l'émail.
J'veux que vous m'appreniez, c'que vous savez. J'veux que vous m'appreniez à fondre, à frapper le métal quand il est encore chaud, à souder, à forger ouais. J'veux que vous m'appreniez ce que vous savez et j'la fermerai, genre, j'la fermerai toujours. J'ai juste besoin- le regard dérive et il fixe un coin de table. La pupille ripe sur le tranchant d'une arme.
J'ai besoin de savoir, grince-t-il entre ses molaires qu'il écrase les unes aux autres.  J'ai besoin de savoir, s'il vous plaît. Les vraies techniques. Les vôtres.
Pas celles grappillées dans d'autres villes, celles qu'il a suivies, des périodes éparses entre missions ou services. Pas celles rayées de modernité, salies des empreintes de machines. Il a besoin de savoir, Luka.
J'vous dérange, hein, c'est ça. J'peux repasser, plus tard.
Et il repart sur le seuil, la paume accolée au sommet de son crâne. Le museau balafré de son sourire éteint.  
J'peux revenir, quand vous voulez ou quand vous pouvez ou-
Et il la quitte des yeux, la menotte portée à son regard qu'il écrase, malaxe. Les cernes grises sous les cils et les paupières gonflées par le manque de sommeil.
Son faciès se détourne et l'attention, irrépressiblement, s'accroche derechef sur l'intérieur de la forge. Il décroche, Luka, l'intellect vrillé par la seconde et ses dilemmes. Par la prière et sa peur.
Ouais quand vous voulez, soupire-t-il.

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Dernière édition par Luka Trump le Dim 9 Juil - 18:06, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Standing Beside the Blacksmith's Door [Luka] Dim 9 Juil - 1:09

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Luka & Eddie
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Il met du temps, le chiot, à redresser le museau et à oser s'approcher... Il met un temps effroyable à pénétrer l'Antre de la bête et le forgeron tape du pied, deux fois. Parce qu'elle n'est pas patiente, Eddie, du moins pas quand elle a l'impression qu'on lui fait perdre son temps. La Britannique ne se découvre une once de patience qu'à travers la passion, à travers l'incroyable sérénité des certitudes... Et là, le petit qui morve dans sa barbe et se dandine, clairement, ne lui inspire ni aventure ni métallurgie digne de ce nom. Elle soupire, discrètement, avant de redresser la tête et d'étirer un sourire sur sa gueule froide, et moqueuse, et cynique. Sur sa gueule de molosse aux traits trop fins, aux lèvres trop féminines. Et elle se demande ce qu'il veut, l'autre, celui qui marmonne dans son poil et s'étouffe sous ses babines. Une étrange chorégraphie se déroule sous les yeux de l'ancienne, tandis que lui sautille d'un pied à l'autre, et baisse le nez comme une fillette ou un garçonnet, pris la main dans le sac, du sucre plein la bouche. Le voilà qui s'agite, encore. Elle ne sait pas pour quoi ce n'est pas, ou ne le comprend pas. Elle ne sait pas davantage pourquoi il est là. Et lui, il continue de bouger sans vouloir parler, avec ses mains qu'il tord et noue, jusqu'à sa barbe, jusqu'à ses cheveux. Un visage de gosse perdu dans des hectares de poils... L'anglaise arque un nouveau sourcil, qu'il ne voit pas mais qui le transperce par l'iris qu'il soulève et anime, par ce regard concis et assassin qui le dissèque et le décortique, déjà. L'Enfant qui a grandi trop vite, qui s'est paumé dans un corps hors de sa mesure. Et il a l'air grand, et il a l'air petit... Et elle s'ennuie, là, avec sa clope et sa fumée, ses bras sur sa poitrine et son air de garce des grands boulevards, derrière son masque de chien enragé et pas vacciné. Tout le monde sait qu'il ne faut jamais la déranger, et encore moins pour rien. Sauf à vouloir y passer. Sauf à vouloir traverser la cour sans toucher terre. Explique-toi putain, sinon j'vais devoir utiliser les testicules que tu laisses inutilisées pour t'étouffer et te faire taire à jamais. Pourtant elle ne dit rien, pourtant elle écoute... Car la voix de Frederick résonne quelque part dans un lobe de son encéphale, en sus de celle de John, et de leurs paroles pleines de sagesse, qui prônaient la tolérance, qui vantent les mérites de l'éducation, et de l'ouverture d'esprit. Qui lui disent, aussi, qu'elle est payée pour supporter ça sans trop beugler. Alors elle attend, et fronce légèrement les sourcils, quand il lui dit qu'il est déjà venu la voir... Eddie hausse des épaules, dans un élan d'une honnêteté brutale. Peut-être. Force est de constater qu'il ne l'a nullement marquée, à peine effleurée. Et elle garde son sourire impassible et son regard irascible, quand il redresse encore le bec et qu'il la dévisage, et qu'il allonge les secondes.

Il est chasseur maintenant, et la révélation ne paraît pas attiser les réactions qu'il escomptait. Elle s'en fout, et il a raison, ça lui fait une belle jambe qu'un gamin dont elle ne se rappelle en rien ait survécu à l'intoxication. Puis elle l'a déjà belle, la jambe, Eliza Dwayne. Et il lui dit qu'il a obéi, à un ordre dont elle ne se rappelle pas. À un truc qui l'a hanté, lui, et qu'elle peine à se remémorer. Elle essaye, cependant, elle y met de la bonne volonté quand il insiste, quand il lui dit qu'il a travaillé. Il continue, le barbu, il continue et elle ne l'écoute plus, les prunelles plantées à ses traits qu'elle ne quitte pas. Les lèvres bougent, et la trogne s'agite, mais elle ne l'entend pas, concentrée sur la conviction de ses muscles, la précision de ses mouvements, sur la cadence de ses lèvres qui font frémir sa barbe et qui embrase des étincelles dans le fond de ses prunelles. Est-ce que tu t'écoutes quand tu parles ? Est-ce qui que ce soit t'écoute, quand tu parles? Il veut qu'elle lui apprenne, c'est la seule chose que retient Dwayne, tandis que le reste s'étiole dans la quantité de compliments détournés et de suppliques baragouinées qu'il a pu cracher. Je ne sais pas comment tu tires mais, putain, qu'est-ce que tu mitrailles... Il demande, le gamin, s'il dérange. S'il peut revenir. Quand il peut revenir. Et elle soupire, l'Ancienne, en secouant du chef, doucement.

« Tu parles trop... On te l'a déjà dit, je suppose. », assène-t-elle, le regard tranquille et la mouvance sereine. Eliza retourne à sa forge, à ses affaires, se tournant pour rejoindre sa paillasse et son alliage en devenir. « Je ne me rappelle pas, ton nom... Ni grand chose d'ailleurs. Mais c'est bien, si tu as travaillé. Il n'y a qu'en forgeant qu'on devient forgeron, paraît-il... »

En voilà, une belle connerie. Le Monstre sourit, puis redresse la nuque après avoir pesé du filin d'argent et un peu d'acier. Il a tant parlé qu'elle ne sait pas trop par où commencer, pour pouvoir finir. D'un geste, elle ôte ses gants et prend sa cigarette entre ses doigts, pour la première fois. Ces doigts longs, et fins, et pâles. Ces doigts si souvent brisés, avec cet annulaire à l'étrange régularité, et les cicatrices qui parlent à la place du reste. Parce que c'est un vieux chasseur, Dwayne, et qu'elle a passé l'intoxication tôt. Très tôt. Et que si son corps a marqué, c'était avant. Bien avant. Il y a longtemps, très longtemps, quand elle avait 10 ans, 12 ans, 15 ans. Quand c'était une gamine aux grands yeux et au corps fragile.

« Je ne crois pas avoir besoin de toi, moi... » La sentence tombe comme un couperet, dans un constat sans cruauté. La voix est calme, le ton mesuré. Elle s'en fout, Eddie. Elle se fout de tout. « J'ai déjà une recrue, mais je suppose que c'est sympa d'être venu... »

Il faut dire qu'elle ne sait pas pourquoi elle perdrait davantage de son temps, pour un mec déjà trop vieux, déjà trop grand, aux doigts maladroits et aux airs de chiot battu. C'est mignon mais ça pisse quand même sur le sofa. Moi, j'ai pas besoin de toi. C'est cruel mais c'est comme ça. Recrachant une épaisse bouffée de fumée argentée, la Britannique chope un marteau sur le coin de son enclume et le laisse tourner un instant entre ses doigts, les prunelles plantées sur son interlocuteur et l'air distrait.

« Alors tu peux revenir, si tu veux, mais je ne pense pas que ça changera grand chose dans les faits. »

Et elle se détourne déjà, pour reposer son marteau, pour le ranger, en grande maniaque perfectionniste qu'elle est.

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#5D787D
MessageSujet: Re: Standing Beside the Blacksmith's Door [Luka] Mer 12 Juil - 1:47

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Luka & Eddie
De l'art d'amadouer un Forgeron




— Tu parles trop... On te l'a déjà dit, je suppose.
La parole en soupir et son regard, qui s'en va. Qui le fuit.
Il n'est plus certain de rien, Luka ; ou peut-être pressent-il déjà bien assez. Les pensées choquées dans le gouffre du crâne et la peur, revenue. Celle qui lui fourrage la tripaille et le pousse à soulever le nez. Imperceptiblement. Mouvance irrépressible, quand il ravale les paroles, quand il tergiverse. Les yeux dorénavant portés sur la femme plus que sur la forge. Cette femme qui se retire. Qui retourne à ses préoccupations, à sa maîtrise – sans lui. Éprise de la chaleur du métal chauffé à blanc. Et ça le fige, sur le moment. Un truc bloque, entre les larves de sa cervelle. Une pulsion est ravalée. Le clébard garde la gueule fermée.
Parce qu'il parle trop.
Et qu'il n'y peut rien, voudrait-il ajouter, voudrait-il assurer, voudrait-il simplement lui confier. Parce que l'anxiété le fait dérailler, que les conneries qu'il gerbe n'effleurent pas même sa conscience en bordel. Que tout va toujours atrocement vite, pour lui.  
— Je ne me rappelle pas, ton nom... Ni grand chose d'ailleurs. Mais c'est bien, si tu as travaillé. Il n'y a qu'en forgeant qu'on devient forgeron, paraît-il...
Et il déniche dans l'affirmation un déluge d'ironie, une inondation de presque dédain ; tandis qu'elle délaisse sa seconde peau pour lui dévoiler la vraie. Celle opalescente, et fragile. Celle qui recouvre les os délicats, ces os soustrayant à sa lippe la cibiche fumante.
Elle lui largue en syllabes et consonnes un bout de barbaque à mâcher, à avaler. Comme tant d'autres auparavant. Elle lui balance un reste de pitance avariée. Pour qu'il la boucle, pour qu'il abdique. Pour qu'il aille renifler le cul d'un congénère, imagine-t-il. Et qu'il arrête de faire chier, surtout.
Et il la guigne, le dogue. Les prunelles épinglées à chacune de ses mouvances. Il comprend qu'il n'en verra peut-être jamais autant, après. Cette poignée de secondes d'observation, dérobée, comme par accident. Luka, il augure qu'il ne verra plus d'aussi belles gesticulations avant une possible éternité.
L'éternité.
Un concept qui lui échappe, encore. Qui le fait marrer. Luka, il suppute ne jamais dépasser la quarantaine. Avec ou sans avoir surmonté l'intoxication et les coups. Il crèvera, avant l'âge, pour le commun, pour les chasseurs pareillement. Ouais, il crèvera bien avant l'âge ; avec la bouille d'un enfant broyé par la tangibilité. Et ça le rend un peu amer, en colère.
Ouais, c'est la colère, qui bizarrement lui grignote les nerfs. Cette colère qu'il pensait pourtant lui avoir échappé, il y a de cela des années. Cette colère qu'il pensait éteinte, à force de l'étouffer sous tout ce boulot. Ce boulot dont elle cause sans en distinguer ne serait-ce que les contours, la noyade.
— Je ne crois pas avoir besoin de toi, moi... dit-elle.
Et la colère se démultiplie, sous l'indifférence qu'il affiche ; cette bobine de gosse mal dégrossi, qui n'exprime rien. Rien qu'une indéchiffrable déception. Goût saumâtre sur la langue et navrante prévisibilité de sa violence débarquant, pour les rares aptes à le déchiffrer.
— J'ai déjà une recrue, mais je suppose que c'est sympa d'être venu...
Mais je suppose que c'est sympa d'être venu.
Ça valdingue et se heurte à son esprit. Ça lui craquelle le courage et les souvenirs. Il se retrouve con, Luka. Très con. Les bras le long des flancs et les guibolles inertes, tendues, durcies sur le béton. Et il bat des paupières, hagard. Et entrouvre les lèvres sans savoir quoi rétorquer, sans plus savoir parler. Le langage oublié par la sentence qu'il vient de se manger.
Ce non maquillé derrière les prétextes, derrière un statut accordé à un ou une autre. Ce statut qui le rattachait il y a de cela quelques mois encore, à son mentor.
Il ne s'habitue pas tout à fait, à cette presque liberté. Le collier de l'Elit Daemonia mis au cou, sans qu'il n'ait vraiment compris, sans qu'il n'ait vraiment accepté. On le lui a foutu, comme ça, puisqu'il s'est contenté de hausser les épaules, de dire pourquoi pas. Puisqu'il n'a trouvé que cette attache pour exister, pour prétendre à la vie. Un sens perdu dans les layons de sa psyché qui lentement, sous la voix glacée de Dwayne, se désintègre.
Elle souffle une énième fois son fog dans la pénombre et il prophétise ses boyaux se liquéfier, sous les salves de sa rage. Une rage qui lui suppure entre les crocs.
— Alors tu peux revenir, si tu veux, mais je ne pense pas que ça changera grand chose dans les faits.
Et elle se retourne, pour de bon.
Épaules, dos et crinière brune en horizon.
Et elle jette, lambeaux et scories d'espoirs et faiblesses à terre et au feu.
C'est ce qui lui démonte l'intellect.
Sans saisir ce qu'il fout, il revient, là, comme une vague sortie du ventre d'une mer tourmentée par l'orage qui s'amène. Une mer qui crache et bave sa mousse sur la côte, et emporte ou écrase tout ce qu'elle trouve. Et il regrette, à peine ses jambes ce sont-elles articulées, à peine a-t-il senti sa poitrine se soulever et son rythme cardiaque dégénérer. Les martèlements de son pouls brésillant ses tempes et sa raison – cette raison qui lui aurait braillé de sortir et de revenir, plus tard, avec des arguments, avec l’acharnement, avec le respect nécessaire dû à sa décision, à elle. Cette décision qu'il fait valdinguer.
Son poing s’abat sur la première surface qu'il croise, le bois et les outils dessus vibrant d'un bref et clair éclat sonore.
C'pas juste.
C'est le seul truc, qui lui sort d'entre les babines. La seule crétinerie qui lui fait brutalement flancher la trogne. Une grimace ondulant sur les traits, quand ses dents qu'il serre se mettent à grincer.
Il aurait dû dégager, comme prévu, comme promis. Il aurait dû se taire, aussi.
Mais c'est trop tard et sous son front, tout se met à bouillir. Parce qu'il est fatigué et qu'il est nerveux, parce qu'il est irréfléchi et bouffé de désirs. Il pourrait se dénicher une centaine de bonnes raisons. Les étaler sous ses rétines et jurer qu'elles sont toutes véridiques. Et s'en convaincre et ne pas faillir.
C'pas juste, gueule-t-il quasiment.
La main maintenant à plat sur l'établi qu'il se retient d'abîmer d'un nouvel impact ; pris dans cet élan primal qui l'a poussé à s'approcher, et vagir ses vindictes de môme exalté.
Pourquoi, moi, j'aurai pas accès au savoir.
Il jappe, le timbre de la voix explosé. Et il contourne les obstacles, en aboyant. Il se plante à côté d'elle. Elle, qui le démonte, d'un bout à l'autre de sa conscience qui vacille.
Il la dévisage, purement et simplement. Sans honte, sans délicatesse, sans rien qu'un manque d'éducation resplendissant.
Pourquoi est-ce que vous l'enfermez, tout ce savoir, hein- pourquoi est-ce que vous l'enfermez là-dedans.
Et il se bute, frénétiquement, de ses doigts précédemment fracturés, à présent couturés de fines marbrures, sa putain de boîte crânienne ; quand il ne rêve d'ouvrir que la sienne, à elle.
Dwayne en coffre cadenassé.
Pourquoi j'ai pas l'droit de connaître, moi aussi, hein- pourquoi j'ai pas le droit.
Mandibule en avant, il la contemple, du haut de son mètre quatre-vingt-dix.
J'veux apprendre putain-
Et il se recule.
Le menton chavire vers la gauche et les orbes suivent la même route.
Les sourcils froncés, il se déchiquette l'intérieur d'une joue et son visage renonce derechef à la fureur ; qu'il escamote. Qu'il planque, sous la viande retenant ses démons. Un coup de canif de son entendement le ramenant à la réalité. À la brune sous ses calots fiévreux.  
Luka. Luka. Luka, c'est comme ça que j'm'appelle, j'ai pas changé de putain d'prénom depuis la dernière fois.
Il a perdu son sourire, son rire. Son optimisme stupide.
Et il n'a pas envie de lâcher son nom. Il n'a pas envie de voir sa face radieuse tiquer, il n'a pas envie de constater la conversation dériver. Vers cette connerie de nom, qui soudain lui pèse absurdement. Cette connerie de nom auquel il attache mythe et légende, amoureux des mensonges et des distractions futiles qui d'ordinaire agitent le morose des rencontres, ici, à Salem. Cette ville qu'il envisage fuir dès qu'il aura retraversé le pas de la porte, franchi des minutes plus tôt. Puisqu'il suppose être allé trop loin, trop vite. Puisqu'il prédit goûter à la poussière de la forge dans moins de dix secondes.

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MessageSujet: Re: Standing Beside the Blacksmith's Door [Luka] Jeu 13 Juil - 23:41

Standing beside the blacksmith's door

Luka & Eddie
De l'art d'amadouer un Forgeron




Il y a d'abord le coup, qui résonne contre les pierres et s'étouffe doucement sur le sable et la terre. Il y a ce coup, qui vient crisper un peu les muscles de son dos et de ses mâchoires, assombrissant son regard et ses humeurs. Elle était lasse, Eddie, elle devient connasse, aigre-douce. Aigre et douce.

C'est pas juste.

Le chiot jappe, et le molosse écoute, le poil hérissé. Il en a des choses à dire, à gueuler, à exiger, rongé par une colère indisciplinée et vorace, exigeante. Le petit chasseur a des revendications et s'y prend de la pire des façons pour les faire entendre. Puis il se tait, en crachant son nom avec un soupçon d'amertume tout aussi malvenu que le reste. Luka, le gamin s'appelle Luka... Quand le silence revient enfin, la Britannique tourne lentement la tête vers le petit garçon dans sa carcasse d'homme, et elle lui sourit. Elle lui sourit, maternelle et presque tendre. Et elle est belle, sans doute, dans cet instant à l'ingénue douceur qui la voit planter son regard dans l'océan bleuté du sien. L'ourlet qui tord ses lèvres se fend soudain d'un accent cynique, dégueulant de sarcasme.

« C'est pas juste ? »

Le rire qui succède à l'interrogation met fin à toutes délicatesses entreprises. Et brise, brise sans pitié la moindre considération apportée aux paroles proférées par Luka, ou un autre. Parce qu'elle est usée et qu'elle n'entend plus supporter les caprices des egos grandiloquents qui viennent gratter à sa porte pour un peu de savoir et beaucoup de gloire.

« Avoir envie d'apprendre est quand même le putain de préalable que je suis en mesure d'exiger pour accepter qu'un parfait inconnu vienne me péter les ovaires parce qu'il a décidé qu'il voulait devenir forgeron, tu ne crois pas, Luka ? »

Sans prévenir et dans le calme absolu qu'elle piétine, la chasseuse secoue la tête, le rictus à la fois écœuré et moqueur. Cruel. Rien ne la fatigue davantage que ces suppliques inutiles qu'elle doit subir au nom d'un statut qui lui importe peu... Si peu... Je ne suis pas John Dwayne. La réponse fuse, la vraie, dénuée d'hésitation mais pourvue d'une sauvagerie animale et naturelle. Une main s'échappe de la paillasse pour attraper la nuque du chiot tandis que le pied droit de l'antique guerrière vient malmener une rotule pour agenouiller et emporter dans sa chute le petit chasseur et sa grande gueule, qu'elle écrase contre son enclume. L'enclume de son Maître. Un genou collé entre les reins mâles et ses griffes plantées fermement à sa gorge, le Forgeron recouvre l'immense silhouette du gamin pour venir coller ses lèvres à son oreille, dans un murmure presque intime.

« L'apprentissage de la forge prend des dizaines d'années... Un maître forgeron recueille ton corps et ton âme pour la foutre sur son enclume et la forger jusqu'à tirer quelque chose de toi. Chaque jour de ta putain d'existence, il surveille et dirige, pour faire de toi un outil, une réussite... » Le timbre est rauque, profond. « J'ai vécu 271 ans avec mon mentor, Luka, tu sais. Et il m'a recueillie quand je n'avais que 10 ans. J'ai forgé pendant 8 ans avec mon corps fragile et mortel de simple humaine, et je me suis brisé tous les doigts une dizaine de fois. J'ai manqué de crever si souvent que je ne les comptais déjà plus avant l'Intoxication... Et il a bien fallu cinquante putain d'années avant que je puisse dire que je savais vraiment forger. Cinquante ans où John Dwayne m'a surveillée depuis le réveil jusqu'au coucher, où il m'a entraînée, formée, où il m'a appris ce qu'était ma vie et mon art. » Pour peu, on lui prêterait une certaine nostalgie, une terrible tristesse. « Alors t'es qui, dis-moi, pour venir dans ma forge et exiger de moi que je m'impose ta présence pendant un siècle ou deux, tous les jours de ma déjà bien longue existence..? Juste parce que t'as envie ? Juste parce que tu veux savoir ? Tu crois vraiment que tu m'impressionnes avec ta grande gueule, tes gros doigts et tes vingt ans de retard ? »

D'une improbable pression sur ses nerfs et ses muscles, elle l'oblige à se relever après lui avoir écrasé une dernière fois la face sur le métal. Puis elle le relâche, sans tambour ni trompette, avant de lui désigner la sortie d'un mouvement sec de la tête. Dans cette bataille, elle a perdu sa cigarette et une moue vague et déçue lui tord la lippe.

« Casse-toi, maintenant. J'ai brisé des bras pour moins que ça... Alors sois content d'être encore entier et tire-toi... »

Le soupir précède la gestuelle, qui la voit se détacher du jeune chiot pour retourner à son foyer, âtre possessif et dévorant, qui avale sa silhouette dans une chaleur réconfortante. Sans plus attendre, le forgeron renfile ses gants et récupère son alliage, qu'elle fout à la fonte, la silhouette tendue et l'attention abandonnée à sa passion. Sa raison de vivre. Sa seule raison.

Tu me manques, et je te déteste. De m'avoir laissée, seule et sans repère, à la merci d'abrutis finis qui veulent savoir.

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#5D787D
MessageSujet: Re: Standing Beside the Blacksmith's Door [Luka] Sam 15 Juil - 18:41

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Luka & Eddie
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Elle articule des saloperies coléreuses qu'il n'écoute pas. Parce qu'il sent l'atmosphère tout autour comme distendue et cette violence, qui lui lèche les bras et lui enserre si violemment la gorge qu'il en trébuche. Cette violence à laquelle elle répond, dans laquelle il l'a poussée, sans ménagement, sans remord – ou si peu qu'il en rirait, Luka. Pour ne pas chialer sur sa connerie illimitée.  
La main de la brune lui happe la nuque et le monde dégringole. Ou son corps chavire. Il ne saisit plus très bien, le sens du tangible ou le point de gravité à ne pas quitter. Il lâche simplement prise et c'est tout ce qui importe.
Cette brutalité-là dont elle l'accable, il sait pouvoir la créer et l'endurer. Cette brutalité-là le berce depuis l'enfance et le rassure, inavouablement, parce qu'elle est l'un des seuls trucs qu'il comprenne, vraiment. Il a appris, à composer, à recevoir sans plus avoir peur, sans plus éprouver l'anxiété des silences. La cruauté s'est immiscée, un contact physique s'est imposé. Et il laisse sa silhouette se faire molle ; malgré la dureté des muscles et des os. Pour avoir un peu moins mal, pour ne pas agacer davantage et démultiplier la force des agressions. La conscience délaissée aux heurts qui s'annoncent. Instinct de survie raboté dès l'âge de la révolte ; par Boyd et sa grande gueule, dont il a hérité. Cette grande gueule que Dwayne écrase contre l'enclume.
Luka plisse les yeux – ses prunelles en brèches bleuâtres perdues sur le brouillon blafard qu'est sa face. Et il est dans l'attente d'un cataclysme, sa respiration à présent bizarrement calme. Il patiente, prophétise le coup de marteau qu'elle pourrait lui ficher sur la tempe. La soumission en seconde peau. Car nul élan de fronde ne vient lui bousiller le front. En son intime, aucune dissidence n'est dorénavant susceptible d'agiter ses membres. Il est ailleurs. Et docile. Prêt à accueillir la douleur et pourquoi pas la mort. Et il se tait. Il se tait, planqué dans un de ces mutismes qui pèsent. Les sévices en muselière apposée à son esprit, imposée à sa vie, gravée à sa peau.
Et ce n'est finalement pas le froid et dur du marteau que la tempe réceptionne, mais le souffle chaud et la voix ronronnante de l'opposée, qui raconte. Qui raconte et raconte. Qui explique ce qu'il décrypte, de moitié. Ce qu'il accepte, sans plus broncher.

Et puis tout revient à la normale. La pommette est tyrannisée une ultime fois sur le métal quand sa silhouette enfin se redresse. Cette silhouette que Dwayne guide et oblige, à reparaître pourvue d'un semblant de vigueur.
Luka se recule aussitôt, d'un pas. Et le regard égaré, il se masse la nuque et se masse ensuite la trogne, les mâchoires scellées et l'âme paisible.
Il a déniché, ce qu'il cherchait dans l'inconsistance de ses dérives : pulsions malades de gosse fracassé. Le geste de Dwayne tel une structure, un cadre auquel se cogner, dans lequel s'agiter et ne plus déborder. Pour ne pas se perdre à l'immensité des existences qui se superposent. Ces existences qui le mêlent au passé puis au présent, sans qu'il n'aperçoive jamais d'avenir.  
— Casse-toi, maintenant. J'ai brisé des bras pour moins que ça... Alors sois content d'être encore entier et tire-toi... dit-elle.
Et elle soupire et elle lui montre, la sortie. L'ordre de s'échapper, largué, entre eux. Dans ce vide recréé. Et Dwayne retourne à ses obsessions qu'il mire, campé sur ses guibolles inertes.
Les cervicales grincent et il roule une épaule, et il mâche son rien entre les molaires et réplique :
Non.
Un non qu'il ne pense qu'en partie. Un non qu'il jette par pur esprit de contradiction. Par rébellion au vide revenu, au plat retrouvé, au néant glacé saupoudrant l'instant ; malgré la chaleur de l'âtre, malgré le bruit de la forge tout entière mise en branle, secouée dans sa quiétude par l'intrus et ses insupportables visées.
Casse-moi l'bras ou casse-moi en deux j'm'en fous, j'bougerai pas.
Et il est puéril, affreusement puéril.
Et il se claquerait volontiers la tronche, si un mur était assez proche pour qu'il s'y précipite. Les mots lui jaillissent hors du gosier, perpétuellement. Avant même qu'il n'en mesure la portée. Parce qu'il lui manque une case, un filtre. Parce qu'il se contrefout d'à peu près tout, le suicidé. De tout hormis ces frustrations et aspirations qui se logent entre les tempes pour ne plus en partir, pour s'y pendre et y pourrir jusqu'à ce que la dinguerie originelle qui suppure en chacun ne les dévore intégralement.
Apprends-moi.
Ou bute-moi si ça t'fait plaisir, retient-il, de justesse. La parole éteinte entre ses crocs qu'il comprime, a faire saillir l'os de la mandibule sous les poils. Les tendons susceptibles de péter pareils à des élastiques. La parole, Luka ne la redoute pas. Il la présage toutefois en insulte – de ces insultes avec lesquelles elle lui taillerait le visage. De ces insultes qui la fermeraient définitivement à ses appétences de guérison et de savoir.
Et il s'approche, une énième fois. Se plante dans son dos, sans toucher, sans rien faire qu'imposer sa masse, sa présence, sa chaleur qui s'ajoute à celle du brasier qui fait face, qui la coince, Elle – morceau de pierre contre lequel il escompte se ruiner le corps, tant qu'il répondra à ses appels, même en échos.
J'veux devenir quelqu'un de bien- pas qui compte, juste quelqu'un qui peut vivre en sachant qu'il est à sa place. Et il chuchote, ça, en mirant les langues crépusculaires de la fournaise.
Et ma place c'est ici et j'suis désolé, genre, vraiment désolé que ça d'tom- vous tombe dessus. Mais j'bougerai pas, pas tant qu'vous me donnerez pas un d'accord, un ok ou un va te faire foutre mais à demain.
Il bataille avec les mots, Luka. Puisqu'il a déjà trop livré, puisqu'il n'arrive plus à s'exprimer. Son intime séquestré par cette hostilité qu'il a constamment envers lui-même, plus qu'envers autrui ; qui lui badigeonne l'intellect, à perpétuité. La brutalité paternelle qui muselle et qui empêche les vérités de s'échapper ; les vérités que seuls les faibles s'osent à prononcer.

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MessageSujet: Re: Standing Beside the Blacksmith's Door [Luka] Mar 18 Juil - 22:37

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Luka & Eddie
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J'aurais sans doute réussi, si j'avais sa patience, si j'étais aussi tendre qu'il avait pu l'être avec moi. Mais je ne suis pas Lui. Je ne le serai jamais. Et le visage de la Britannique se froisse, un peu, quand une syllabe pleine d'arrogance et de puérilité claque dans l'air pour trancher la sérénité qu'elle escomptait retrouver. Sans se retourner, son nez se fronce et sa mine de se renfrogne. C'est qu'elle n'est pas tout à fait certaine d'avoir bien entendu... Mais ne vient-il pas de lui dire non ? Vraiment ? Non ? Il a fallu qu'elle tombe sur le débile le plus casse-pied du quartier... Elle lève les yeux au ciel, Eddie, la face toujours rivée à son foyer, et au filin d'argent qui se liquéfie peu à peu pour se mêler au reste de ses secrets. Il parle, encore, et il parle, et il parle. Il parle, putain. Mais est-ce que tu la fermes, des fois? Et elle ne répond rien, tandis qu'il se perd dans des considérations d'un cliché presque écoeurant, à lui balancer qu'elle peut bien lui péter un ou deux bras, qu'il s'en fout, qu'il ne bougerait pas. Elle a la vague idée de lui dire qu'elle se sait capable de lui infliger des douleurs que l'Intoxication ne lui a même pas permis d'imaginer... Mais elle se tait, lassée avant d'avoir débuté. Elle se tait, les mâchoires scellées et la gestuelle sure à mesure qu'elle manipule son alliage et maîtrise son feu pour atteindre tranquillement le point de fusion qu'elle désire. Il faut qu'il ignore totalement qui elle est pour tenir le discours qui est le sien, à déclamer encore qu'il veut qu'elle lui apprenne... Et que ça ne l'effleure qu'à peine. Le non de Luka trouve écho dans ses bronches. Tu penses pouvoir faire fléchir une montagne, Gamin? D'autres ont essayé, tous ont échoué. Et le métal blanchit, et rougeoie, un léger grésillement se faisant entendre par delà le chant intemporel des flammes du brasier. Il s'impose, une fois de plus, et elle se demande s'il a toujours son air de chien battu ou enragé sur le coin de la gueule, ne se retourne pas pour le vérifier. Elle présume, sans intérêt.

J'veux devenir quelqu'un de bien- pas qui compte, juste quelqu'un qui peut vivre en sachant qu'il est à sa place.

De belles intentions à consigner dans les pages d'un bouquin trop chiant pour qu'elle ait envie de le lire. Un rire mesquin se coince dans le fond de sa gosier, quand ses lèvres préfèrent trouver une cigarette qu'elle allume du bout de son tison à l’extrémité brûlante. Son addiction à la nicotine connaît une aisance certaine, même coincée entre cent kilos de contrariété et un foyer qui ne parvient même pas à la faire transpirer. Trois siècles à exercer le même métier, à exister pour une même passion, à vibrer avec le métal... Ce n'est pas aujourd'hui qu'un feu l'impressionnera, pas demain qu'un gosse l'oppressera comme il semble tenter de le faire. Le fer, elle le bat, surtout quand il est chaud. Et il lui sort, le chiot, qu'il ne bougera pas, qu'il restera là, tant qu'elle n'aura pas cédé, tant qu'elle ne lui aura pas dit d'accord, okay, va te faire foutre. Alors elle sourit, la Britannique, et hausse vaguement des épaules.

« Très bien. »

Sans doute faudrait-il lui expliquer, que plus il la met au défi moins elle sera disposée à reconsidérer sa demande. Peut-être serait-il opportun de lui signaler qu'il a devant lui l'un des meilleurs forgerons au monde, probablement le meilleur, très certainement le dernier... Mais que c'est aussi l'un des chasseurs les plus butés que le monde ait porté, et que son mauvais caractère est presque aussi légendaire que la qualité de ses armes. Elle s'astreint à se taire, pourtant, avec tout le dédain du monde, avant de glisser son pied sous l'établi à sa droite pour tirer un coup sec et récupérer un vieux tabouret défoncé, qu'elle a laissé là sans trop savoir pourquoi. Et qu'elle lui tend, à défaut de daigner le regarder.

« J'espère que t'es patient, parce que moi je suis très bornée. Tu touches à rien et tu fermes ta gueule, surtout. »

Il n'existe déjà plus, elle l'a déjà oublié. Le regard perdu sur son brasier et la clope au bec, elle s'abandonne à sa forge, et au reste, à tout ce qui n'est pas lui et sa pauvre présence, ses derniers rêves. La voilà qui sort un premier moule, dans une longue pierre à la taille ancestrale, le seul qui ait jamais craché les lames d'argent des Dwayne, qu'elle pose sur son enclume avant de récupérer le métal en fusion, pour le dompter, le former puis le battre à grands coups de marteau. Et la température grimpe, dans la forge, et Eliza abandonne sa laine pour demeurer là, une masse à la main et un débardeur sur le dos, hypnotisée par sa tâche et les étincelles qui s'échappent du métal encore rougeoyant. Elle maltraite, exige, coupe et lisse avant de plonger la lame dans un bac d'eau fraîche, un épais nuage de vapeur s'emparant de l'endroit. Et elle recommence, encore et encore, avec la même assiduité, la même concentration. Elle recommence, les mâchoires serrées, soufflant de temps en temps une bouffée de nicotine ou sur une mèche de cheveux rebelle. La nuit est tombée depuis longtemps, quand une demie-douzaine de lames neuves est posée sur l'un de ses plans de travail, flanquée d'une outre en cuir qu'elle ouvre. L'air se sature d'une odeur forte et étrange où les accents de verveine côtoient des fragrances grasses et d'autres pleines de souffre. Un chiffon entre les mains, l'Artisan graisse le métal avec attention, à la lumière chancelante du feu qu'elle a allumé au centre de la Forge. Pour ne pas avoir à partir, pour ne pas avoir à rentrer. Elle les choie, ses lames, et un long moment, avant de retourner au foyer pour préparer un nouvel alliage, en plus petite quantité. Si ses prunelles effleurent parfois les contours du Gosse, c'est parce qu'il traîne dans ses pattes, qu'il se trouve où elle envisage de se rendre, qu'il respire trop fort ou qu'il bouge trop vite. Il la dérange, comme un bruit désagréable en fond, une pensée agaçante qui revient sans lui foutre la paix. Non.

Et non ce sera. Une première lame est attrapée à main nue, après trois cigarettes et un certain temps de chauffe, pour retrouver un moule où elle coule le métal et crée le fantôme d'une poignée, avant de balancer son œuvre sur l'enclume, encore, et reprendre sa danse folle. Cette chorégraphie hérétique où le marteau s'abat, où les outils travaillent et viennent arracher à l'acier en fusion la forme qu'elle entend lui imposer. Doucement, le pommeau apparaît, l'empreinte de ses doigts gantés fondue à la garde avant que de sa main gauche elle ne vienne apposer le sceau de ses armoiries, dessinées il y a de cela trois siècles par un forgeron tandis qu'il traversait l'Atlantique. Puis la lame retrouve l'établi, pour qu'une autre subisse le même sort. Et encore, et encore, avec la même passion, la même rigueur. Jusqu'à la sixième qui rejoint ses sœurs sur le bois noirci par la chaleur. Elle penche la tête, Eddie, l'air songeur.

« Je suppose que ça suffira pour aujourd'hui... », murmure-t-elle en ôtant gants et tablier qu'elle dépose près de l'entrée. Alors seulement se tourne-t-elle vers le chiot, l'iris tranquille. « Je ne peux pas te laisser dormir ici. Tu sors tout seul ou tu comptes m'obliger à t'y forcer ? J'ai autre chose à foutre de ma soirée. »

Passer au Hangar, forger encore. Fumer, et puis boire, peut-être sortir, peut-être baiser. Ou aller chercher Eir et se caler dans le canapé, pour parler de leurs journées, ou fermer leurs gueules. Laisser le temps passer en sirotant une bière ou un verre de whisky, dire du mal des gens à la télé ou parler du monde, raconter l'Histoire, décrire les Monstres. Évoquer ces hommes qui n'ont rien à envier aux Bêtes, et envisager le reste, l'avenir, ces trucs un peu débiles et encombrants qui riment avec demain.

Les prunelles du Forgeron se fixent à celles du jeune chasseur, une vague question dans le fond des yeux. Tu comptes me les briser jusqu'au bout ?

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MessageSujet: Re: Standing Beside the Blacksmith's Door [Luka] Jeu 20 Juil - 2:05

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— Très bien, lâche Dwayne.
Derrière elle, Luka bute sur le très et sur le bien. Ses prunelles cérulées écarquillées et les bras ballants le long de ses flancs. Pognes négligemment, inconsciemment, foutues dans les poches.
Le silence qui succède à la parole le fige aussi sûrement qu'une gifle. Et il devient sage, et il se bouffe la lippe pour ne pas questionner, pour ne pas s'enflammer, pour ne pas vomir une énième connerie qu'il n'aura pas pris le temps de décortiquer, de réfléchir pour en discerner brièvement la portée.
Il ne fait que la regarder, analysant sa petite silhouette et sa crinière brune et cette guibolle qu'elle bouge ; cette guibolle qui lui ramène le tabouret qu'elle lui indique, sans plus de solennité.
— J'espère que t'es patient, parce que moi je suis très bornée. Tu touches à rien et tu fermes ta gueule, surtout.
Il serre les mâchoires, retient son OK. Ce OK qui se liquéfie sur sa langue et qu'il avale, en déglutissant et en déposant son cul sur l'assise offerte.
Et tandis qu'il observe, chaque minuscule mouvement – de celui qui va des doigts jusqu'au poignet, de celui qui tord le coude et durcit les muscles ; Luka repense à la parole éructée.
Il est patient. Et elle est très bornée. Et il ne doit toucher à rien. Et fermer sa gueule, surtout. Et au milieu de ce fatras d'ondes déglinguées, il ne déniche aucune certitude qui lui tire un sourire durable. Ce sourire qui sitôt la méditation achevée s'efface, lentement mais sûrement. Parce qu'elle n'a pas accepté, parce qu'elle tolère tout juste sa présence et que ça lui agite les tripes et lui comprime la trachée. Dans l'instant, il voudrait gueuler. Et taper du poing et gueuler encore. Lui dire que ce n'est qu'une vieille chienne mal baisée – et qu'il pourrait y remédier si ça lui assure un avenir, une existence, une réalité dans son délire ordinaire. Luka, il aimerait lui dire qu'elle pourrait se dérider, un peu, juste un peu. Et obtempérer à sa requête pourtant si fabuleusement étalée des minutes ou secondes plus tôt. Il se paume, c'est un fait. À force de peser ses mots et ses gestes. Il n'a pas l'habitude, d'autant de tensions, d'autant de chaînes dans lesquelles il se roule et s'enroule pour ne pas tout foirer. Parce qu'il n'a pas le droit, de foirer. Pas avec ça, ce ça qui le relie impitoyablement à elle. Ce elle, qui est tout un problème. Une énigme à laquelle il n'entrave définitivement que dalle.

Et les heures qui suivent sont un véritable ballet. Un va et vient qu'il talonne, qu'il handicape, qu'il trouble de ses godillots et de sa grande taille qu'elle ne peut pas foutre dans un coin, qu'elle ne peut pas abandonner dans un angle. Cette masse qui la pourchasse telle une nouvelle ombre. Une ombre envahissante et bruyante – mais qui ferme sa gueule, et c'est, il imagine, tout ce qui compte.
Il ne chuchote pas un mot, il n'expulse de ses babines aucune syllabe ni aucune voyelle. Le souffle parfois lourd, si lourd. Le souffle saccadé de la pleine réflexion qui lui dévore l'encéphale. Cette concentration qui lui fait plisser le museau. Froncer les sourcils, pincer les lèvres.
Il a des cernes en poches, violacées, sous les orbes, lorsqu'elle repart et revient, lorsqu'il s'esquinte la vue à la guigner : elle et ses armes orphelines. Et il déconnecte, c'est vrai. À certains moments, à certaines attentes. Quand le brasier craque et lèche le métal, quand le charbon rougeoie et que la chaleur lui caresse le visage, quand Dwayne bouge, paresseusement, sans brusquer la matière. Cajolant l’œuvre qu'elle distingue déjà quand lui n'en voit qu'un segment long et laid.

- - - - - - - -

— Je suppose que ça suffira pour aujourd'hui...
Un murmure qui le morcelle, le soulage à l'identique. Un murmure qui ne trouve pas de prise dans sa conscience éteinte. Et sans se mouvoir de son tabouret il la regarde se lever et il la regarde enlever, ses gants d'abord, son tablier ensuite. Et s'éloigner toujours davantage pour venir se ficher à la porte d'entrée.
Elle lui largue une œillade et dit :
— Je ne peux pas te laisser dormir ici. Tu sors tout seul ou tu comptes m'obliger à t'y forcer ? J'ai autre chose à foutre de ma soirée.
À contrecœur, Luka se résigne et s'amène, la truffe vers ses chaussures et le sol qu'il quitte, les regrets escamotés sous ses semelles.
Arrivé à hauteur de l'huis, pourtant, il s'arrête et les bras croisés et la face penchée vers celle de Dwayne, il se mâche l'intérieur de la joue. Deux secondes.
Il a du mal, à formuler l'énième question, cette question qu'il renifle ne jamais trouver de réponse. Parce qu'il comprend qu'elle ne sait vivre que dans ce trou de solitude et de colère froide ; ce miasme un peu dégueulasse quoique fascinant, dans lequel il a baigné pendant il ne sait combien de temps.
—  Le tabouret, il s'ra encore là demain, interroge-t-il.
Les pupilles scellées à celles opposées, pour y déceler mensonge ou vérité – ou du moins tenter. Ou du moins feindre la tentative sitôt engagée, avortée. Car Luka n'est pas bon à ces jeux-là. Les éclairs au fond des rétines et les baisers portés par les cils, ça le dépasse. De loin, très loin. Et de très haut. Alors il se donne des airs, pour paraître sûr et serein. Pour qu'elle ne décèle pas les réticences qui lui étreignent le palpitant.
Et avant même qu'elle n'entrouvre les lèvres, et lui claque son odieuse sentence, il ajoute :
—  Non mais c'bon, d'toute façon j'reviens.
Et il dépasse le seuil, lui passe devant, les battoirs enfoncés dans les poches de son pantalon, son menton hirsute levé vers l'empyrée recouvert de suie, troublé de pollution et de fumée.
Il s'éloigne de plusieurs enjambés, la démarche peinarde.
—  Vous finirez par bien m'aimer, j'le sais, souffle-t-il finalement en se retournant.
Luka lui jette un regard en fente ; brèches bleues et étincelantes en résultat de son sourire immense, qui lui creuse les joues.
Et sans demander son reste, il s'en va. En direction d'une sortie, en direction de la ville où il escompte simplement retrouver sa piaule, retrouver son canapé défoncé et ses six écrans sempiternellement allumés.

- - - - - - - -

Il n'a pas menti, Luka.
Il est là, alors que la nuit n'est pas terminée. Il se caille les miches, planté devant la forge. À sautiller d'une jambe à la seconde, en fumant sa clope. Puisqu'il ne savait pas à quelle heure elle allait commencer, puisqu'il ne savait même pas si elle n'était pas revenue durant la nuit, squattant dans l'ombre de l'antre, à l'abri des étoiles et des indésirables – indésirable dont il ne fait plus partie, s'obstine-t-il à penser. S'étant érigé au-dessus de cette masse chiasseuse par un remarquable sens de la répartie.
L'autosatisfaction en remède aux prochaines plaies qu'elle lui infligera.
Il spécule, sur le pourcentage de venin et le nombre de morsures qu'il va recevoir, en cette radieuse mâtinée. Les poings dans les poches de son blouson et les naseaux expulsant le nuage goudronneux de la cibiche nichée au coin de sa bouche. Il tire une latte et la tige se calcine dans la pénombre environnante, crépite imperceptiblement à travers l'atmosphère rendue sinistre par l'absence de vie, par l'absence de bruit.

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MessageSujet: Re: Standing Beside the Blacksmith's Door [Luka] Jeu 20 Juil - 23:53

Standing beside the blacksmith's door

Luka & Eddie
De l'art d'amadouer un Forgeron




Il se lève, le grand gamin, et elle a presque envie de ne pas être cinglante quand il lui demande si le tabouret sera toujours là demain... Elle a presque envie de lui dire que oui, même si ça ne changera rien à son non... Qu'à condition qu'il ferme sa gueule, il pourra venir tous les jours qui seront nécessaires à la perte de sa patience puis à sa résignation, qu'elle peut avoir cette douceur dans son inhumanité. Dans sa froideur. Le petit chiot ne lui laisse pas le temps d'en placer une, une pas si méchante que ça, déclamant qu'il reviendra – de toutes façons – avant de finir de débarrasser le plancher, non sans balancer une dernière ineptie qui lui arrache un sourire amusé, à la Chasseuse. Faudra quand même que tu te renseignes, toi, parce qu'on les compte par dizaines les gens qui sont morts en attendant que je finisse par bien les aimer... Elle le laisse partir, avec sa bouille de gosse et son sourire enjoué lardé de malices inutiles. La porte de la Forge est verrouillée et la Maîtresse des lieux prend la tangente, rejoignant sa fidèle Jeep pour regagner ses quartiers. La perspective de retrouver Eir et de l'écouter déblatérer sur sa journée, et sur son entraînement, et sur les prochaines vacances qu'elle ne manquera pas d'exiger, suffit à la faire renouer avec une humeur égale, sans parasite ni interrogation. Sans le fantôme du Mentor, qui s'est accroché à son épaule bien malgré elle, et qui lui murmure incessamment que le môme finira peut-être par avoir le dernier mot.

*

La lune règne encore, intransigeante, quand les paupières rompues par des siècles d'habitude s'ouvrent sur une chambre au calme impérial. Elle se réveille toujours deux minutes avant son réveil, Eddie, pour profiter du chant vindicatif de l'Arlésienne qui résonne dans l'appartement pour l'inviter à sortir de son lit sur une musique ô combien épique. Et la routine la rattrape, celle qui permet la rigueur et la précision, qui la voit se glisser dans un kimono en soie noire et rejoindre la cuisine où la cafetière programmable crache déjà l’élixir ténébreux nécessaire à sa survie, se figure-t-elle, si peu habituée au sommeil que le café en est devenu addictif. Ses prunelles effleurent la silhouette de sa première épée, qu'elle a ressortie la veille dans un élan de nostalgie qui ne lui ressemble pas et lui crache à la gueule la tendresse de ses premières années, de ses erreurs de débutante et de son apprentissage laborieux. Si le génie a frappé la jeune carcasse d'Eliza Edwards, il n'en aura pas moins fallu des tonnes de patience pour modeler le Forgeron et Chasseur qu'elle est aujourd'hui... Sans doute avait-elle besoin de se le rappeler. Les yeux roulent en direction du plafond, tandis qu'un mug est rempli jusqu'à fumer dans le silence retrouvé de l'appartement, après le dernier soupir du morceau de Bizet. Elle sort une bouteille de son réfrigérateur, avale de longues rasades d'une mixture à base de verveine et tout un tas d'ingrédients obscurs que seuls les chasseurs osent coller dans le fond de leur corps, puis Madame se dirige vers sa terrasse, une tasse dans une main, une clope dans l'autre. Et il y a toujours le fantôme, là, qui l'attendait au pied du lit et qui reprend ses litanies. Ça la déglingue, ces conneries, mais pas assez pour perturber les rituels matinaux de trois siècles. La douche glacée puis brûlante est prise à la même heure que d'habitude, fait sans doute râler le voisin du dessous avec la même précision, puis elle passe une brassière et un fuseau, saute dans ses baskets et claque la porte de l'appartement pour commencer son entraînement.

Comme chaque matin, Eliza Dwayne rejoint sa forge au pas de course, pour y allumer son brasier et le laisser prendre ses aises avant d'y revenir, des heures plus tard, pour trouver un domaine prêt à travailler de concert avec son éternel tyran. Ce n'est pas à un vieux singe qu'on apprend à faire la grimace... Quinze kilomètres plus tard et la porte principale du Fort passée, Eddie se fige, surprise. Parce qu'il est là, le chiot, alors que la nuit n'est pas encore tout à fait terminée, et qu'elle ne s'y attendait pas. Parce qu'il a décidé qu'il serait là, envers et contre tout, et que ça lui donne envie de lui claquer la tronche contre les pavés. Parce qu'il n'a pas failli. Alors elle hausse des épaules, bouscule un peu le fantôme qui revient l'emmerder, et s'approche avec la clé de la forge.

« Rentre pas, j'vais pas rester. », qu'elle lui dit avant de pénétrer dans son antre et de s'affairer autour du foyer. Chose faite, avec une précision qui frôle la maniaquerie ou la folie, la Britannique enfile un holster en cuir par dessus sa brassière dans laquelle elle cale une de ses épées préférées et quelques couteaux légers. Armée jusqu'aux dents et bien décidée à reprendre le cours lancinant de son existence, elle ressort et verrouille la porte derrière elle. « Je reviens dans deux heures et demie. », souffle-t-elle, sans vraiment comprendre pourquoi elle le lui dit, comme s'il avait besoin d'être encore plus conforté dans sa bêtise. Probablement pour faire taire le spectre qu'elle devine tourner autour de Luka comme une putain de charogne paternaliste. Tu me fais chier.

Et elle repart, au même rythme, percevant à peine le bruit des godillots qui essayent de suivre ses enjambées furieuses en direction du bois dans lequel elle disparaît. Si elle le distance, elle ne parvient pas à le semer suffisamment pour vaincre l'entêtement du grand débile, qui se retrouve à assister à ses passes d'armes, celles qui la font danser et transpirer pendant plus d'une heure, celles qui font chanter le fil de la lame qui martyrise le vent, les troncs et même un pauvre scorpus qui traînait par là et qui n'y survit pas. Le monstre massacré en bonne et due forme, juste pour s'échauffer, la Chasseuse esquisse un sourire satisfait sous le regard du chiot, qui ne la quitte pas, qui ne la quitte plus. Elle secoue la tête, beaucoup, pour tenter de lui indiquer qu'il en fait trop, qu'il faut qu'il arrête, qu'il va vraiment finir par la gaver. Et qu'elle est mauvaise gueule, Eddie, qu'elle n'est pas compréhensive, ni compatissante, ni aimante. Qu'elle pourrait le briser, juste pour le principe, et que ses humeurs de clébard pourraient tout aussi bien l'envoyer rejoindre le scorpus pour un peu de paix. Ce qu'elle ne fait pas, parce qu'il y a des Lois et qu'elle n'est pas sensée buter des recrues au petit-déjeuner. L'horloge interne se fait sentir, et la presse, l'oblige à repartir en sens inverse, le même chiot sur ses talons. Ils dépassent la forge, s'y arrêtent pour qu'elle y redépose son arsenal, et la porte est refermée. Encore. « Je serai là dans une heure. » Mais rien n'y fait, il la suit. Enculé. Il la suit, tant bien que mal, elle qui ne dégoise pas un mot et qui avale tranquillement ses quinze kilomètres retour. Avec les mêmes putains de godillots qui galèrent derrière. Elle soupire, entre deux foulées, et arrive en bas de chez elle, lui jetant un regard las.

« T'appartiens à une institution psychiatrique, toi. »

Elle ouvre le sas de l'immeuble et lui fait signe de la suivre, en désespoir de cause, fermant sa gueule dans l'ascenseur hautement sécurisé qui les monte jusqu'au pallier avant de le laisser passer la porte de l'appartement. Un appartement gigantesque, à la décoration épurée. Quelques armes sont accrochées au mur, des planches de dessin qui ont vu naître ses chefs d’œuvres, quelques photos de l'Angleterre et deux trois portraits de John, d'elle, des temps d'avant. Elle a déjà planté le clou pour le selfie débile qu'Eir aime tant et qu'elle a décidé d'accrocher aussi, sans avoir encore pris le temps de l'encadrer. Eddie se dirige sur sa terrasse, où elle enchaîne des abdos et des pompes, s'étire puis s'allume une cigarette, histoire de bien goudronner tout ça. Et il est toujours là, et il ne dit rien, sans doute parce qu'il a compris qu'elle est à deux doigts de regretter de l'avoir laissé entrer et de le passer par dessus la rambarde de la terrasse, dans son éternelle quête de paix.

« Je reviens. Touche à rien. »

Et elle continue de déclamer ces trucs, là, qui n'ont aucun sens, qui l'encouragent dans sa folie quand elle voudrait le voir tout plaquer et retourner à son existence bien rangée. Elle va se doucher au lieu de tergiverser, et reparaît vingt minutes plus tard, prête pour le reste de la journée. Une tasse de café dans la main, elle s'allume une cigarette en contemplant l'horizon, avec le même gosse, au même endroit, dans son ombre. Juste là. À la droite du fantôme, de ce sentiment de nostalgie poignant qui la soumet à des débilités sans nom. Non, c'est non. Bordel. Il y a des batailles endiablées qui se jouent sur cette terrasse qui commence à peine à être ensoleillée. Le jour daigne enfin se lever. La tasse de café est vidée d'un trait, la cigarette écrasée. Elle récupère sa besace et les clés de la jeep avant de sortir de l'appartement, qu'elle referme derrière Luka sans s'écorcher d'un commentaire. Deux coups sont tabassés sur la porte d'entrée d'Eir, comme tous les matins, pour lui signaler qu'elle se casse et qu'il faut qu'elle se bouge le cul si elle ne veut pas être en retard. Puis l'ascenseur, encore, le sas de l'immeuble. Elle se dirige vers sa voiture et ouvre la portière conducteur, attend connement qu'il en fasse de même avec la portière passager.

« Tu me fais chier. », grommelle-t-elle, saturée de bonne et de mauvaise volonté. Et y'a toujours un putain de connard qui se rappelle à mon souvenir à chacun de tes sourires de grand débile. « T'as un quart d'heure pour m'expliquer pourquoi je dois te laisser m'emmerder pour le reste de la journée. C'est toujours non, et ça le restera, mais va falloir mériter ton tabouret. »

Et la bagnole démarre, quittant le port de Salem en direction de Fort Volsek.

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#5D787D
MessageSujet: Re: Standing Beside the Blacksmith's Door [Luka] Jeu 27 Juil - 22:25

Standing beside the blacksmith's door

Luka & Eddie
De l'art d'amadouer un Forgeron




Il l'accompagne, comme un brave chien suit son maître. Il la piste. La flaire en relevant le nase, parfois ; et la contemple, avec cette pique de contrariété qu'il ne se pensait plus tellement capable d'éprouver. Plus depuis des années.
À l'abri, dans cette distance qui les sépare à longueur de trajet : elle loin et luttant contre il ne sait quelle foutue obligation lui rongeant le cortex ; et lui, lui planté sur ses guibolles, incapable de remuer les doigts. La langue inerte, collée au palais. Gueule fermée et attention rivée à la brune et sa mauvaise humeur. C'est un délire, sans acide, les veines gonflées. Un délire incrusté au réel tandis qu'il laisse sur le bas-côté sa conscience et devient le plus hideux des automates. Parce qu'elle l'embarque, Dwayne. En se fichant éperdument de tout ce qui le compose, de ce qui le percute et le questionne. Elle l'embarque, les ordres balancés au néant. La seule conscience de Luka et sa connerie profonde en schéma qui ne s'enraille pas. Elle l'attire, vers un bord puis un second et un troisième et les minutes et les heures défilent. Et il suit, toujours. Ouais, il suit Luka. Décérébré, sans rien que sa curiosité et sa crainte de la voir filer en énergie pulsant à travers les membres. Cette angoisse terrible qu'elle le prenne pour un connard. De la poussière sur les mains et de la boue débordant du crâne.
Et ça n'a aucun putain de sens, c'est vrai. Car il court et pourchasse des chimères qui ne lui donneront jamais que des éclats de rêves et qu'elle est le dragon planqué dans la grotte noire et puante qui d'ordinaire effraye, dans laquelle aucun esprit sensé n'irait foutre les pieds – mais Luka, de sensé, il en ignore les fantaisies et les extrêmes piliers, il ignore ce que le commun y imprime telle une règle à ne pas faire onduler. Il ne veut que suivre et suivre assidûment. Et laisser couler ses fantasmes sur sa raison qui se déglingue, sur son acharnement qui ne ploie toutefois à aucune seconde. Malgré son souffle qu'il perd et les premiers émois de l'astre diurne qui soudain étire et répand ses filaments à travers l'horizon sale qu'il reluque, longuement. Plus longuement encore qu'elle et ses entraînements, elle et sa course encore, elle et il ne sait quelle énième balade animant sa sordide réalité qu'il endure sans broncher.
Puisqu'il y a le chemin et la route qu'il bouffe, avec ses godasses de ville, son futal de ville. Tout son ensemble de ville salopé par la sueur qui lui humecte le corps, et qui lui fait plisser le nez. Pas de dégoût ni d'inconfort, non. Luka, ça le fait juste chier. Il voulait être présentable, il voulait montrer le potentiel, le vrai. Celui qui donne envie de tendre les doigts et de sourire, et de dire ok. Mais avec sa gueule défaite, ses auréoles et ses poumons qu'il finira au bout du compte par cracher, il n'est plus tellement certain de la destination de cette entrevue. Et il divague, et il s'inquiète, et il se figure se manger la porte de l'antre tant attendue, tant désirée. Car Dwayne n'en a rien à cirer et qu'elle voudra, à terme, son silence, sa paix qu'il sait sans l'ambitionner pourtant, scrupuleusement exploser.
— T'appartiens à une institution psychiatrique, toi, lâche-t-elle.
Et il relève un brin le nez, bat des paupières et réincorpore le tangible. Les yeux voguant sur les alentours sans tout à fait savoir dissimuler la surprise, et l'incompréhension qui lui repeint la psyché.  
Sa voix en accroche à l'instant qu'il avait depuis des minutes ou des heures ou une presque éternité quitté.
Il n'a pas le temps de cracher un « quoi » un « pourquoi » un « hein » lamentable, qu'elle recommence, et repart. Et il recommence, et revient, s'échouer sur ses rivages. Et cette fois est différente des autres : il y a le signe. L’intérêt. La conscience et la présence de l'autre enfin acceptée. Dwayne et son geste lui indiquant qu'il peut se ramener. Pénétrant dans l'immeuble qu'il devine être son chez soi. Et ça lui fait fermer d'autant plus fort la gueule et enfoncer d'autant plus fort les poings, dans les poches de son blouson qu'il remet.

Arrivés à l'appartement, la première directive claque.
— Je reviens. Touche à rien.
Ne rien toucher.
Ses prunelles examinent, et les phalanges se crispent dans le douillet des poches qui les accueillent.
Ne rien toucher.
Et Dwayne, qui se lave présume-t-il, après avoir fait ses exercices, sur cette terrasse qu'il envahit de sa masse. Luka, il se penche au-dessus de la rambarde et spécule, sur le nombre de secondes qu'il faudrait pour atterrir en bas. Le nombre d'os qui se briseraient à l'impact et les possibilités de s'y fracturer la nuque. Selon l'angle choisi, selon l'élan pris. Et ça lui fait esquisser un rictus dégueulasse en travers de bobine. La truffe redressée sur l'horizon qui s'égaye d'un soleil sur sa couche de grisaille. Il soupire, pisse les calots et patiente, comme il apprend à le faire depuis qu'il a percuté son existence tranquille, depuis qu'il s'incruste dans son quotidien sans gêne et sans délicatesse. Parce que Luka s'est promis de réussir. Parce que Luka ne lâchera plus le morceau – ce lambeau d'existence coincé entre ses crocs.
Le silence et la tempête en forme de femme.
Elle revient dans son champ de vision et il a du mal, à émerger, lui, par-delà les couches de torpeur qui lui vrillent les synapses. Déconnecté en l'espace de quelques secondes. Il a les mâchoires comprimées et le regard vidé, le menton penché sur le bout de ses godillots et les pupilles, dilatées. Extrêmement dilatées. À la manière qu'ont les camés de découvrir le monde pour la centième fois au terme d'une longue bouffée de dope gangreneuse. L'intoxication et ses séquelles en diaporama déployé sur des mois qu'il gobe sans plus vraiment compter. Y a le sursaut quand il la perçoit bouger, s'approcher, naviguer. Et il transperce le voile de rien, Luka. Et reluque la brune et ses manies. Sa tasse de café qu'elle termine et l'odeur qui lui monte aux naseaux. La clope qu'elle crame puis écrase et l'échappée.
L'échappée et le retour au bordel.
Et il recommence, le schéma. Le putain de schéma du début. Les pas portés par ses pas à elle. Les épaules voûtées et la bouille chavirant en direction du sol. La porte qui claque dans son dos et l’ascenseur qui les escorte en bas et les portes qui les gerbent sur le bitume. Ça s’enchaîne et ça se distord, à travers son subconscient défoncé. La bagnole qu'elle approche et la bagnole qu'il contourne. La portière qu'elle ouvre et la portière sur laquelle il ne pose pas la paluche, qu'il fixe d'un air étrange, d'un air absent. Jusqu'à daigner redresser la face dès lors qu'elle crache :
— Tu me fais chier.
Et d'ajouter :
— T'as un quart d'heure pour m'expliquer pourquoi je dois te laisser m'emmerder pour le reste de la journée. C'est toujours non, et ça le restera, mais va falloir mériter ton tabouret.
Y a son sourire, qui lui fendille aussitôt la tronche. Les phalanges qui se crispent sur la poignée qu'il tire. Son cul qu'il écrase sur le fauteuil et ses battoirs qu'il tape sur le tableau de bord, sa saleté de bonne humeur lui palpitant à l'intérieur. L'enthousiaste lui broyant le cœur.
Il n'attend même pas qu'elle entre, et s'installe, pour desserrer les dents et faire vibrer la glotte. Gorge rouverte et babines soulevées en cette risette qui lui déchire la bouche, qui lui illumine les orbes, qui, encore des expirations jadis étaient lavées de leur innocente clarté.
J'ai déjà bossé dans trois forges différentes du pays, mais y'avait pas grand-chose à apprendre parce que les techniques étaient du genre délire moderne, vous voyez, genre... -et puis y'avait plus vraiment la même demande-
Et il la voit se mouvoir dans l'habitacle, claquer la portière et allumer le contact. Une inspiration gonfle les bronches et une expiration les lui assèche. Une deuxième inspiration et la parole qui inonde pareille à la houle la jeep sur laquelle sa voix porte et cogne aux parois.
… j'veux faire le vrai boulot, celui qu'on apprend dans les vrais manuels, les vrais ouvrages, pas des conneries de commandes pour les cosplays, vous savez, ces trucs de connards là avec leurs déguisements à la con et leurs grosses épées et leurs pistolets délires steampunks qui coupent même pas un bout d'pain et tirent pas une bille sur une visée.
La jeep s'élance sur l'asphalte et la rue défile sans qu'il n'y discerne plus rien. Les mots lui emplissant le gosier, l'urgence originelle qui lui décompose l'être irradiant en son sein.
J'ai lu tout ce que j'ai pu trouver, j'suis même allé demander au Fort, durant ma formation là, avant l'intoxication et tout ça – ouais parce que j'savais déjà, au fond, j'savais déjà ce que j'voulais faire mais fallait que j'prouve que j'pouvais le faire, enfin... vous comprenez, un peu, j'crois. J'pense. Bref, on s'en fout j'imagine. C'était après vous avoir vu, la première fois- et il s'emmêle, Luka, avec ses pensées et les phrases qui se forment dans sa bouche. Le filtre qui n'a jamais bien fonctionné avec lui et l'ordinaire des discussions qu'il bousille sans sourciller. Cet entrelacs d'informations qu'il vomit à un débit surréaliste.
J'disais quoi déjà, demande-t-il. Sans demander. Le songe à voix haute et la reprise de la litanie au rythme dingue.
...ah ouais, si, les connards et les cosplays et puis les manuels.
Et en articulant ça, il agite la dextre, lui jette une mimique de gosse extasié par l'instant, par le macadam sous les roues, par le soleil à la couleur fade sur sa toile miteuse. L'empyrée superbe vision dans sa tête hallucinée.
J'ai grandi avec les armes, vous savez. Genre, j'avais pas masse de trucs à glander et puis j'aimais bien ça. Au départ c'était pour faire comme les grands- et il pense au frère, au frère qu'il efface d'un rire qui éclate. Un rire qui lui éclate l'âme. Qui lui éclate le myocarde. Qui lui éclate le malaise suppurant brutalement à tout l'intime qu'il dissimule sous son enthousiasme qui enfle et enfle, qu'il rend plus insupportable que vivant.
Enfin bref, on s'en fout hein, récidive-t-il. Demande sans demander. Le songe, la voix haute et la reprise effrénée.
J'veux pouvoir créer de nouvelles choses, ouais. J'veux pas d'mon nom d'merde affiché sur quoi que ce soit, j'veux juste pouvoir créer de nouvelles choses. Des trucs qu'on a jamais vus et qui serviront, des trucs qui changeront un peu d'l'idée qu'on s'fait des trucs pour tuer. Ça fait beaucoup d'trucs je sais mais- il s'arrête. Soupire, hausse les épaules. Mimique mutine d'enfant scotchée à la trogne.
J'peux pas, faire ça, non j'peux pas si j'ai pas le savoir. Enfin le savoir, avec la majuscule. Le savoir que j'réclame et avec lequel j'vous fais chier, là, depuis hier.
Il déglutit, se frotte les contours.
La paume au pif puis aux lèvres et à la barbe, de quelques jours, dans laquelle ses ongles s'enfoncent. Il gratte son menton et se tait. Réfléchit au labyrinthe qu'il vient de composer, dans lequel il s'est lui-même paumé.
J'pourrais continuer, là, comme ça, mais j'crois que vous allez me tuer, conclut Luka en coulissant une œillade vers Dwayne et sa mine boudeuse ou dévastée.
Il en sait foutrement rien, Luka. Lire sur les visages comme un mystère irrésolu depuis l'ébauche de son existence. Tout ce qu'il capte, c'est que les rides froissées qu'elle lui largue sont l'avertissement à ne pas louper ni ignorer.

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MessageSujet: Re: Standing Beside the Blacksmith's Door [Luka] Dim 30 Juil - 22:57

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De l'art d'amadouer un Forgeron




T'as encore perdu une belle occasion de fermer ta gueule, Dwayne... Et ça lui arrive plus souvent qu'elle ne le voudrait, mais elle regrette son invitation si tôt qu'il commence à parler. Parce qu'il en a des choses à dire, Luka, vraiment beaucoup. Sauf que, pour la première fois depuis vingt-quatre putain d'heures, il prononce des mots qu'elle a envie d'écouter. C'est d'ailleurs là que se cristallise tout le problème, parce qu'elle le déteste de piquer son intérêt. Et elle écoute, en silence, les mâchoires serrées, lèvres qu'elle n'ouvre que pour une bouffée ou deux d'une énième cigarette, détour qu'elle entame pour rallonger le trajet. Avec un peu de chance, il n'y verra que du feu tandis qu'elle se perd malgré elle dans les virages tortueux de son récit et les souvenirs qu'il ramène à la surface de sa conscience.

Elle écoute et elle s'imagine, là, le petit Luka se pointer à la porte de ces forges qui n'en sont plus, qui ont oublié le savoir-faire ancestral de leur profession et qui ont dégagé la tradition pour préférer le profit. Et elle le voit, lui, avec sa mine de gamin des grands chemins, dépité de voir les machines faire le travail du marteau, prendre le pas sur le rôle de l'enclume. Elle comprend, son désarroi et l'effroi palpable qui transpire de son histoire, même s'il s'y perd, même s'il n'est clairement pas doué d'un esprit synthétique. Pour peu, elle le trouverait même artistique, dans sa façon de lui narrer son épopée dans le monde décevant de la métallurgie d'aujourd'hui. Les commandes qui se veulent rétro et qui n'ont aucune utilité pratique, elle les a toutes refusées, même par les clients les plus riches, ceux qui proposaient les plus gros chèques... Et puis il y a Luka, dans sa bibliothèque, avec les gros livres qu'elle a lus avant lui, pour certains qu'elle a même écrits, ce qu'elle ne lui dira pas. Elle ne lui dira pas, non, qu'elle a passé des heures en son temps dans les universités anglaises, à fréquenter les ingénieurs et les chercheurs, pour évoluer dans son art. Elle ne lui dira pas non plus qu'elle a honni chacune de ces forges qui sont passés aux automatisations des pratiques. Pas davantage qu'elle ne s'étendra sur l'empathie qu'il lui inspire en l'instant. Parce qu'elle le maudit, surtout, de ne réussir à l'intéresser que maintenant. Que maintenant qu'elle lui a dit non et que son orgueil lui interdit de revenir en arrière. J'te déteste parce que j'ai un sale caractère. Peut-être que si elle était moins bornée, elle pourrait se surprendre à lui raconter son histoire au lieu de le laisser continuer la sienne... Lui qui déblatère encore, pour évoquer leur première rencontre dont elle ne se rappelle toujours pas, et qui parle du Fort et de ses demandes pleines de rêves et d'espoir. Luka s'étend sur sa quête désespérée et elle grille un feu rouge, prenant la première à droite quand elle aurait dû tourner à gauche. Elle ne sait pas pourquoi elle fait ça, évitant souplement trois piétons qui traînaient par là. Il dit, finalement. Il dit vraiment, pourquoi. T'aurais dû commencer par ça. Peut-être qu'elle l'aurait écouté plus attentivement, s'il avait commencé par ça. Par l'envie de nouveauté, de révolution, de choses incroyables qu'on ne tire que du métal... Pour une seconde, infime et perfide, elle se reconnaît en lui et dans son regard de gosse qu'elle regarde au détriment de la route. Une route droite, et étroite, sans intérêt. Ça lui crame la gueule, de ne pas lui répondre, de ne pas lui dire qu'elle sait – très exactement – ce qu'il essaye de dire. Mais qu'elle a déjà été là, des siècles avant toi, et qu'il peinerait à imaginer tout ce qu'elle a pu créer, inventer, forger. Tout ce qu'elle a pu marquer la Forge, avec une putain de majuscule, tout ce qu'elle a dû se battre pour y arriver. Combien d'heures, de jours, elle a passé dans son antre à martyriser les alliages pour en tirer le meilleur, le plus audacieux possible. Et ces armes, ces armes exceptionnelles, qu'elle a réussi à extraire du métal. Et les armes à feu, et les explosifs, et les alchimies étranges et bâtardes qu'on n'utilise qu'avec un tablier en cuir et une grande gueule. L'histoire crève, dans la barbe du chasseur, qui ravale soudain sa logorrhée de peur de se faire buter... Et Eddie n'est pas tout à fait sûre de l'endroit où elle les a emmenés, sur l'impulsion du moment. Son regard se perd un instant dans la ruelle résidentielle, où ils n'ont rien à foutre, et elle soupire doucement. Sans vraiment réfléchir, elle se tourne vers lui et le contemple vraiment, pour la première fois. Sa gueule bouffé par une barbe de plusieurs jours, ses yeux clairs aux arcades sourcilières acérées, son nez un peu fier et ses lèvres trop bavardes. Sa stature de géant et ses airs de gamin, l'attente dans le fond de ses prunelles et la rigueur de ses épaules qui pourraient frapper le métal des heures durant, le torse suffisamment musclé pour encaisser l'exigence de son art, sa crinière mal coiffé qui lui donne des airs d'ours mal léché. Et puis sa mâchoire, carrée et sure, presque paisible. Une mâchoire qui la fait sourire, un peu, parce qu'elle lui rappelle l'arrogance d'une autre. Une autre qui lui manque. Et ses yeux, trop clairs, trop lisibles, avec leurs cris silencieux et leurs requêtes aphones. J't'attendais pas. Je voulais pas de toi.

« Si je comptais vraiment te tuer, Luka, tu ne serais pas en mesure de t'en vanter. Et tu ne serais pas dans ma bagnole... » qu'elle murmure, l'air songeur, détournant le regard. « Après, pour ce qui est d'en avoir envie... Je crois que c'est un truc qu'on fait tous cinq ou six fois par jour, ça va avec les âges et la soif de sang. Plus on vieillit, moins on est tolérant. »

Enfin c'est ce qu'elle croit, ou peut-être que c'est juste elle qui a un caractère de chien et de la violence brute dans les veines. Elle ne sait plus très bien... Et la jeep s'est arrêtée, sans qu'elle le remarque. Un soupir s'échappe, de ses bronches, puis elle embraye et relance sa chère et tendre automatique sur le bitume, sans savoir où ils sont ni où elle les emmène. Au Fort. Au Fort, se répète-t-elle.

Je pourrais te dire, si j'étais plus comme Lui, que je comprends tout ce que tu essayes de raconter avec tes mots. Je pourrais t'expliquer sans trop me fouler que tu as raison, qu'on ne peut innover qu'en connaissant son sujet, mais que ça demande des dizaines d'années pour ne pas dire un siècle ou deux, avant de réussir à sortir correctement des sentiers battus et de produire quelque chose qui égale ou supplante une arme classique pré-existante. Que si je te dis oui, maintenant, tu devras me suivre chaque jour de ta putain de vie jusqu'à ce que je t'appelle Forgeron et pas Apprenti. Comme Il l'a fait avec moi, en mon temps. Que tu ne me connais pas mais que je suis un génie, que je suis étrange, et maladroite, que je n'aime pas les gens et que l'Intoxication m'a rendue animale. Que je suis excessive, aussi, surtout avec la forge, particulièrement avec le métal. Que les Dwayne n'acceptent que la perfection et que tu l'apprendras quand je te donnerai mon nom. Que je m'en fous, un peu, de qui tu es et d'où tu viens, que moi je viens de loin et que ça ne change pas grand chose. Que l'Histoire oublie l'artisan, qu'elle oublie toujours le talent. Que le monde est ingrat avec ceux qui le forgent, et que c'est à ça que je sers, que j'offre des outils et de la puissance à ceux qui peuvent. Et qui veulent. Et qui rêvent grand ou qui encaissent gros. Que j'aurais aimé avoir le cœur assez grand pour écouter ton monologue et te dire okay, te dire que t'as gagné ton putain de tabouret et que tu vas le garder un moment parce que le début de l'apprentissage commence de toutes façons par l'observation. Mais j'en suis foutrement incapable, parce que je panique déjà à chaque fois qu'Eireann flanche, parce que je suis une vieille dame au palpitant sinistré. Et que ça t'échappe, toi, tout ce qui devra nous lier, si je te dis oui. Parce que je vais envahir ton quotidien, exiger ta loyauté, briser ton esprit et forger ton corps. Parce que je vais prendre tout ce que tu es, dans son intégralité, et que je te transformerai. Que je vais rentrer dans ta tête, dans tes nerfs, dans tes rêves, que je vais te ravager pour mieux reconstruire. Que c'est comme ça qu'on crée un Forgeron, que c'est comme ça que j'ai grandi, et que j'ai été aimée, et qu'on m'a offert de l'affection. Qu'on a cru en moi, et en mon génie, cette espèce de talent sorti de nulle part qui fait de moi la légende vivante qu'on s'imagine. Qu'on me voudrait plus ermite et moins casse-couille, plus patiente et sans doute plus tendre. Mais que y'a que moi, y'a que moi avec tout mon savoir, et sa majuscule, et tout ce que j'ai appris, tout ce que je sais faire, tout ce que je compte encore forger avant de crever. Y'a que moi et mon égoïsme, ma peur de m'y perdre un jour ou de ne pas supporter un échec. Y'a que moi qui voudrais croire à ton génie, et t'ouvrir la porte de mon atelier, et te dire que c'est bon, qu'on va y arriver. Y'a que nous et l'horrible réalité qui dit que le Maître est tout aussi dépendant de son élève que l'inverse. J'ai 282 ans, Luka, et je suis un forgeron au cœur aigri qui galère déjà trop avec sa recrue et toute la place qu'elle prend. Et après Eireann, je n'ai plus d'espace disponible, puis mon cœur est flétri. Mais j'aurais aimé, tu sais, et je suis sure qu'on aurait ri. Mais je ne te le dirai pas.

« Tu le connais pas, pas vrai ? Le nom du premier Maître Forgeron de Volsek... »

Un sourire amer échoue à ses lèvres. Elle tourne, encore, et elle a compris où elle l'emmenait, et ça l'énerve. Alors elle fait demi-tour, un peu brutalement. Elle reprend la route du Fort, de ses remparts et de ses traditions à deux balles qui ne l'intéressent pas dans ses mauvais jours, un jour sur lequel elle vient de trébucher dans un coin de sa tête. Et qui résonne, là. Qui résonne sans raisonner. J'ai 282 ans, et j'suis cassée. Complètement déglinguée. Alors, un jour, faudra me pardonner. Elle dévale les rues, les cotes, respecte même le code de la route. Et elle lui dit, finalement. Elle lui dit, sérieusement.

« Je te donnerai des noms de forges, de vraies forges où les anciens font encore le travail correctement. Il y en a quelques unes, j'y passe de temps en temps, on parle entre vieux briscards. Et je te rédigerai une lettre de recommandation, pour que tu puisses t'y installer sans qu'on te fasse chier. Ça te va comme ça ? C'est mieux qu'un tabouret, je crois. »

Alors qu'elle sait que n'est pas vrai et qu'elle a déjà envie de lui cracher qu'il devra s'en contenter, tandis que les contours lugubres de Fort Volsek apparaissent enfin et qu'une silhouette ô combien reconnaissable les attend devant. Comme s'il savait qu'ils étaient sur le point d'arriver. C'est vraiment pas le jour pour m'emmerder... Mais Frederick est adossé à la muraille près de l'entrée et elle se figure qu'il la transperce d'un regard, d'aussi loin qu'il puisse être.

« Descends de la bagnole, t'es arrivé à destination. Je suis sure que t'as un entraînement ou un truc qui t'attend. J'vais pas rester. »

La Britannique n'a pas envie d'entendre ce que le Maître Chasseur a à lui dire, ou à lui rappeler. Sans doute une connerie à base de « c'est ta destinée » ou de « John aurait aimé ». Et elle ne veut pas. Elle ne peut pas. Elle est épuisée. Le regard dardé aux traits de l'apprenti Apprenti, le Forgeron attend.

John Dwayne. Il s'appelait John Dwayne. Le premier de la lignée dont je suis la dernière représentante. Et son histoire est épique, bourrée d'audaces, de génie. Elle est incroyable, et traverse les âges avec l'ambition d'un chasseur de rêves comme il n'en existe plus sur cette foutue planète. Et son histoire est triste... Putain que cette histoire est triste...

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« a man can be destroyed but not defeated »
▬ Le Meurtre. En ces heures de vice et de crime rigides, Se rêve un meurtre ardent, que la nuit grandirait De son orgueil - plafond d'ébène et clous algides - Et de la toute horreur de sa noire forêt, Là-bas, quand, parmi les ombres qui se menacent, Au clair acier des eaux, un glaive d'or surgit Vers les rages qui vont et les haines qui passent.
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#5D787D
MessageSujet: Re: Standing Beside the Blacksmith's Door [Luka] Mar 8 Aoû - 17:13

Standing beside the blacksmith's door

Luka & Eddie
De l'art d'amadouer un Forgeron




— Si je comptais vraiment te tuer, Luka, tu ne serais pas en mesure de t'en vanter. Et tu ne serais pas dans ma bagnole...
La parole en soupir s'échappant de sa bouche qu'il fixe. L'air absent, l'air maussade. L'air d'un abruti qui cherche des réponses là où elles n'existent pas et n'existeront sans doute jamais. Puisqu'il croit comprendre, à travers les tournures, à travers le ton, à travers tout cet imbroglio de sentiments qu'elle fait converger en son sein, que sa putain de réponse sera à l'éternité la négative.
Il devient excessif, empressé, misérablement épris des rêves coincés dans son crâne. Et il s'épuise, c'est vrai. À se cogner, encore, et encore et encore un peu, contre ce mur en forme de femme.
— Après, pour ce qui est d'en avoir envie... Je crois que c'est un truc qu'on fait tous cinq ou six fois par jour, ça va avec les âges et la soif de sang. Plus on vieillit, moins on est tolérant, ajoute-t-elle.
Balance-t-elle plus exactement.
Ses pensées, ses explications, qu'elle reprend pour les saloper de son autorité, de cette blase cancérigène qui lui suppure par tous les pores. Alors Luka, il la ferme. Parce qu'il ne sait plus quoi dire ni quoi raconter, parce qu'elle lui tranche la cervelle ; sa phonation en lame de rasoir. Parce qu'il voudrait ignorer ou balayer d'un revers de battoir ce qu'elle lui dégurgite. Ou concevoir les textures qui la composent, saisir les sous-titres dans lesquels elle le baigne. Ça se choque et ça se renverse, dans la matière grise qui devient matière noire. Ça se disloque au fur et à mesure de cet oxygène partagé, de cette présence qui le crispe et de cette saloperie de question qu'elle lui a posée – il n'aurait pas dû répondre. Ou alors par onomatopées. Compter les mots. Voire les syllabes. Aller à l'essentiel et jouer à l'homme, et jouer au con – jouer au glaçon humanoïde et feindre suivre ses lignes et ses horizons ; quand il n'a pas la moitié de son âge. Quand il ne discerne que dalle de son univers et qu'elle ne discerne que dalle du sien.
Les prunelles figées sur ses contours, sur ses lèvres qui bougent et l'émail de ses dents qu'il entraperçoit sous la pulpe rouge ; Luka s'égare. S'oublie à lui-même. Et remarque tardivement le moteur arrêté. La caisse immobile quelque part dans Salem. Quelque part ailleurs peut-être. Dans le trou du cul du monde probablement. Là où elle escompte le jarter de son existence, pour enfin avoir la paix. Revenir à sa petite vie paisible loin des emmerdes et des emmerdeurs.
Il aimerait gueuler, dans la seconde. Il voudrait brailler un tas de conneries, il voudrait frapper le tableau de bord, avec les pieds ou les poings ou le front. Le front c'est bien, présuppose-t-il. Se cogner assez fort pour faire partir l'envie, pour faire partir la colère et pour ne pas tout défoncer du chemin qui se forme – d'elle à lui. Chemin de poussière, de ruines, chemin sur lequel il s'écorche la plante des pieds et les genoux et la paume des mains tant il y chute.
La voiture redémarre et les routes défilent à nouveau. Le silence s’abat, s'éternise. Et il dévie le visage, se cale contre la vitre et mire les bandes de bitume interminables. Pour effacer les malaises et pour s'empêcher de vouloir recoller les morceaux qui ne forment pourtant aucune image. Ce chemin dont il s'imagine les sinuosités et les crevasses, il n'existe pas. Il n'existe pas et n'existera jamais. Luka ferme quasiment les paupières lorsqu'elle saccage la purulente quiétude qui les emmitoufle.
— Tu le connais pas, pas vrai ? Le nom du premier Maître Forgeron de Volsek...
Elle demande et il ne réplique rien ni ne la regarde. Le nez rivé au dehors et aux noms des rues, aux numéros des portes. Ce n'est pas de l'arrogance, ni du mépris. C'est cette blase dont elle l'asperge, qui lui colle dorénavant à la face et lui fait mâchouiller sa lippe. Il ne bronche plus. Parce qu'elle prend ses explications, ses mots, et qu'elle les repeint de purin. Alors il croit, Luka, ouais il croit capter maintenant : Ses questions, on ne doit pas y répondre. Ses questions doivent rester les affirmations qu'elle expose en demi-teintes. Ces vérités qu'elle détient selon l'intervention miraculeuse du Saint-Esprit, rage-t-il mutique.
— Je te donnerai des noms de forges, de vraies forges où les anciens font encore le travail correctement. Il y en a quelques unes, j'y passe de temps en temps, on parle entre vieux briscards. Et je te rédigerai une lettre de recommandation, pour que tu puisses t'y installer sans qu'on te fasse chier. Ça te va comme ça ? C'est mieux qu'un tabouret, je crois.
Le nase toujours à la vitre, il roule les yeux en l'air, secoue imperceptiblement le menton et voudrait lui japper un va chier putain.
Et ça tourne en boucle, derrière le front qui se marque. Des rides de contrariété s'y forment, et ses incisives continuent de mordre la lippe qui maintenant saigne. Luka s'arrache la fine peau de la lèvre, creuse dans le moelleux de la chair. Pour sentir ce pic de douleur minime mais vive, pour s'y accrocher, pour ne plus rien ressentir hormis la plaie formée.
Le Fort s'esquisse au loin et il expire, les épaules retombes et il se redresse, sur son assise. Poursuit sa contemplation du vide devant, de se bousiller la pulpe ouverte qu'il déchiquette, sur laquelle il passe sa langue, lape le fluide carminé et patiente.
— Descends de la bagnole, t'es arrivé à destination. Je suis sûre que t'as un entraînement ou un truc qui t'attend. J'vais pas rester. 
La bagnole s'arrête et sa voix le claque.
Descendre. Et un entraînement ou un truc qui l'attend.
Va chier putain ; ça revient lui larder l'encéphale. Mandibule qui s'avance, mâchoires qui se contractent et ses orbes qu'il dévie du Ford au tableau de bord. Il ne parvient pas à recroiser son regard à elle.
J'ai plus d'entraînement ou de truc qui m'attend ici, lâche-t-il sans desserrer les molaires.
Ouvrant la portière et s’extirpant du véhicule, il se campe sur ses guibolles, se penche et daigne enfin l’œillade. Puis l'attention absolument portée sur l'intérieur, sur Dwayne, il dit :
Et j'en ai rien à battre de la lettre de recommandation.
Un sourire lui fend la tronche. Un sourire qu'il essaye de faire paraître sincère, un sourire de traviole surtout. Un sourire niqué par la déception. Par l'agacement. Par tout un monceau de perceptions qui lui grillent l'intime. Inapte à y mettre de l'ordre, il ajoute :
Mais merci, c'est gentil.
La politesse, la bonne éducation, tatouées à ses gênes à coups de phalanges dans la gueule. Se redressant, il est sur le point de partir quand le filtre imposé par Dwayne se déchire, qu'il cligne des paupières et se rabaisse. Main sur le capot et sur la portière ouverte.
Et va te faire foutre avec tes putains de questions sans putains de réponses.
Il est fier, Luka, fier de lui-même. Il n'a pas gerbé trop d'insanités, il a réussi à contenir le flot de colère qui lui calcine la poitrine. Poussant la portière, il se barre en direction de ce putain de Fort et croise ce putain de Maître Chasseur auquel il adresse un vague signe de tête, en débarquant sourcils froncés et lèvres pincées aux abords du bâtiment. Un putain de sanctuaire à la merde, songe-t-il en effleurant les pierres de l'épaule. Il traverse l'entrée et s'enfonce dans les couloirs sans savoir ce qu'il vient y foutre, au juste. Sans savoir ce qu'il va glander là, à mater les recrues, à zoner comme un taré qu'on aurait fini à la pisse. Sans savoir comment il va rentrer à sa piaule, aussi. En usant ses semelles, suppose-t-il. Ouais en usant ses semelles sur l'asphalte puisqu'elle le dépose dans ce putain de Fort et qu'il n'y loge pas, lui. Alors il usera ses semelles en crachant ses putains jusqu'à se planquer derrière les murs de son appartement. Mais ce sera après. Après, ouais. Dès lors qu'elle sera partie, Dwayne. Et qu'il n'aura plus cette espèce de honte engluée au cortex. Cette honte découlant de l'impitoyable rejet qu'elle lui a glavioté au museau ; ce rejet qui lui perfore les entrailles.

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MessageSujet: Re: Standing Beside the Blacksmith's Door [Luka] Ven 18 Aoû - 0:00

Standing beside the blacksmith's door

Luka & Eddie
De l'art d'amadouer un Forgeron




Et va te faire foutre avec tes putains de questions sans putains de réponses.
Et la portière qui ne claque même pas, qui laisse un sale goût sur le palais, qui abandonne la vieille folle à son silence, à sa solitude et à ses regrets. On ne se comprend pas. Et elle reste là, Eddie, le regard figé à la silhouette qui vient de lui échapper en crachant sur tous ses beaux efforts, sur tout ce qu'il n'aura pas su lire dans ses non-dits et dans ses œillades, pas davantage dans ses propositions ou ses soupirs. Ces souffles profonds de révolte, ultimes preuves de la lutte qu'il a infligé à son encéphale et à son organe cardiaque, Luka. Luka et ses airs de chiot paumé. Luka et ses questions débiles, ses remarques puériles, ses incompréhensions à la con. Les mains crispées au volant, à s'en péter les jointures, la chasseuse respire, lentement et avec exagération, pour ravaler son cri, sa rage, ses élans de violence qui la verraient défoncer sa propre bagnole par simple caprice. Parce qu'il n'a pas su, le gosse, parce qu'il n'a pas compris. Et qu'elle est trop fière pour sauter hors de la jeep et partir à sa suite, pour lui dire qu'il faut insister, encore, que ça en vaudra la peine, qu'il peut réussir à la faire céder, s'il s'acharne. Que s'il ne le fait pas, alors peut-être rencontrera-t-elle sa fin, parce que si lui n'y arrive pas, avec ses différences et son entêtement, alors personne n'y arrivera.

Face à ses contradictions, la Britannique se replie tout à fait en elle-même, délaisse le monde et ses turpitudes pour contempler le vide sombre de l'intérieur de ses paupières, le front sur le rebord de ce volant contre lequel elle se refuse à frapper, de peur de déclencher son putain de klaxon. Tu fais chier. Tu fais chier, putain. Tu me fais tellement putain de chier.

« Merde ! » gémit-elle, dans un grognement bestial, persuadée d'entendre le ricanement d'un fantôme, tranquillement posé sur la plage arrière. Avec sa barbe et sa fossette de débile heureux. Et - malgré ses belles résolutions - le crâne frappe, le dos de ces mains agrippées au cuir, et percute, encore et encore. Merde. Merde. Merde. Et en rythme. Elle oublie, Eddie, tout et le reste, le fantôme et le vide, il n'y a plus que l'incompréhension, cette garce intemporelle qui la poursuit où qu'elle aille, qui la hante et qui la divise, qui la déchire, et le dos de Luka imprimé dans ses paupières closes, qu'elle a envie de réduire en charpie juste pour se soulager, pour faire passer la frustration, le rejet injuste dont elle s'estime victime quand elle a tout fait pour l'obtenir, bornée et emmurée dans sa mauvaise foi et son effroi.

Et puis la portière passager s'ouvre. Ça craque, quelque part dans sa caboche. Ça claque. La chasseuse redresse le museau, ose ouvrir les yeux sans savoir quoi attendre. Sans doute pas ça. Sans doute pas Frederick, avec ses airs nobles et son visage serein. Elle grogne, la bestiole, et retient ses jurons par respect. Les pupilles trop incisives du Maître-Chasseur lui font l'effet d'un scalpel. Trop acéré. Trop indiscret.

« … Quoi ? » consent-elle à cracher, usée.
« Bonjour, Eliza. Je vais bien, je te remercie, et toi-même ?
- Pas aujourd'hui...
- Oh, j'ai bien peur que si, il y a des privilèges que je peux m'offrir, je crois. Comme un tête à tête avec mon Forgeron, par exemple... Et c'est que ce jeune chasseur avait l'air très contrarié, et que tu n'as pas l'air particulièrement enjoué toi-même... Je peux savoir ce qu'il s'est passé ?
- C'est... Compliqué.
- Rien ne l'est, à nos âges. Et tout l'est, en même temps. C'est très paradoxal, tu ne trouves pas ?
- Ce que vous l'aimez, ce mot. Paradoxal. »

Il rit, l'ancêtre dans son corps de vieux beau, avec ses rides parfaites et ses rictus saturés de sagesse. Pour peu, elle se laisserait aller à lui coller une droite pour lui arracher un peu de sa superbe. Pour peu, elle en oublierait les traditions, la bienséance et la hiérarchie.

« Alors, dis-moi ? Luka veut devenir forgeron, c'est bien ça ?
- Il n'est pas prêt.
- Personne ne l'est, pour toi.
- J'ai déjà une recrue.
- Et tu comptes en faire un forgeron ? Tu comptes la condamner à vivre ta vie, à revenir au Fort quand son maître sera mort ? Tu comptes vraiment l'enchaîner à Volsek, ton Eireann ? Comme John l'a fait avec toi ? » Et le silence est d'or. « C'est bien ce que je me disais. Qu'est-ce que tu lui as demandé ?
- Tu m'emmerdes.
- Eliza...
- Le nom du premier Maître Forgeron de Volsek. C'est ça, que je lui ai demandé. S'il savait. Laisse-moi, Frederick... S'il te plaît, laisse-moi un peu en paix...
- Une dernière question, et je te laisserai tranquille.
- Vas-y, qu'on en finisse.
- Le nom du dernier Maître Forgeron du Fort Volsek, quel est-il, dis-moi..? »

Il ne lui laisse pas le temps de répondre, l'Ancien, et se retire comme il l'a promis, refermant la portière avec attention en la laissant là, avec sa solitude et sa question. Le nom du dernier Maître Forgeron.

****

Le putain de nom du dernier maître forgeron. Ça lui tourne en boucle dans le crâne depuis des heures, maintenant. Quand elle a quitté le Fort, quand elle est rentrée chez elle et qu'elle a décidé de repartir. Qu'elle est montée dans sa jeep et qu'elle a conduit, un moment, avant d'échouer au Hangar par elle ne sait quel détour foireux. Le métal a hurlé, sous ses coups furieux. Et elle a forgé, la Britannique, elle a forgé des horreurs et des atrocités qui criaient avec elle, qu'elle a jeté dans la flotte sans admirer le résultat, juste pour se vider la tête, juste pour oublier. Le corps en décharge à sentiments, à souvenirs galeux. Si t'es le dernier, Dwayne, si t'es le putain de dernier Maître-Forgeron, t'emporteras avec toi des siècles de tradition, de secret. Tu tueras ton art sans lui laisser la moindre chance. Parce que t'es une connasse égoïste et fière qui ne sait pas revenir en arrière. Juste parce que t'es trop vieille, et trop franche. Et trop conne. Surtout trop conne.

« Vous me faites tous chier, putain... »

Mais rien n'y fait, pas davantage le bruit des vagues dans le port, ou le chant des mouettes, certainement pas les rires gras des dockeurs qui traînent toujours dans le coin, à n'importe quelle heure. Elle se rappelle, le petit sourire fier de Frederick avant qu'il ne daigne ouvrir la portière. Se rappelle et grommelle. Parce qu'il savait. Il savait, le vieux singe, qu'il allait gagner. Et dans un éclat de violence, la Renarde saccage ses outils et son œuvre, aliénée pour un instant quand elle sent sa fierté s'éclater au sol et se répandre, au milieu des débris et des braises, du métal et du bois. Elle pourrait tout foutre en l'air, elle le sait. Elle pourrait tout emporter.

Comment on dit, déjà ?
Après moi, le déluge.

****

Un coup de fil et un rire enthousiaste à peine dissimulé, c'est tout ce qu'il aura fallu pour obtenir une adresse à griffonner. Elle s'est changée, elle s'est douchée, pour essayer d'effacer les marques que les siècles ont laissé sur son âme et planquer tout ça derrière de beaux atours. Devant la porte, pourtant, elle hésite un instant, fronce les sourcils et se colle une clope entre les lèvres qu'elle s'allume sans prêter le moindre crédit aux panneaux qui l'ont saluée jusque dans les escaliers. Interdiction de fumer toi-même, enculé.

Un peu de bonne volonté est arrachée à sa carcasse comme on arrache un pansement, dans un élan dynamique et franc, perdu entre sadisme et masochisme. Elle frappe, trois fois. Et elle attend, longtemps. Il faut dire qu'il est tard, il faut dire qu'elle ne s'est pas annoncée, il faut dire qu'elle a un peu bu et qu'elle n'a pas voulu réfléchir. Il faut dire qu'elle n'est pas moins conne, ou moins bornée. Juste rompue, un peu usée. Et quand il ouvre, et qu'il apparaît avec ses grands yeux surpris et ses rictus d'un autre temps, il n'y a qu'elle, avec son rictus lupin et sa bouteille de whisky. Qu'elle et ses silences, ses incertitudes et ses précisions. Qu'elle et ce qu'elle peut, va, foirer.

« J'sais pas. » crache-t-elle, à la question qu'elle se figure lire dans ses yeux. « J'sais pas ce que je fous là... » Et elle rit, un peu, abrutie par son propre ridicule. « Montre-moi... Montre-moi, ce que tu as forgé. Ou dessiné. Ce que tu fais, montre-moi. »

Et c'est délicat, doux et tendre. Parce qu'elle ne peut pas, Eddie, être désagréable quand elle parle de ça, quand elle se pointe comme ça, quand elle se dévoile sans rien dire même s'il ne le comprend pas. Même s'il ne la comprend pas. Le regard qu'elle lui tend n'a de sens que pour elle, à mesure qu'elle se perd dans ses océans enfantins et orageux, ravagés. On va faire une jolie paire de tarés.

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▬ Le Meurtre. En ces heures de vice et de crime rigides, Se rêve un meurtre ardent, que la nuit grandirait De son orgueil - plafond d'ébène et clous algides - Et de la toute horreur de sa noire forêt, Là-bas, quand, parmi les ombres qui se menacent, Au clair acier des eaux, un glaive d'or surgit Vers les rages qui vont et les haines qui passent.
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#5D787D
MessageSujet: Re: Standing Beside the Blacksmith's Door [Luka] Dim 20 Aoû - 22:52

Standing beside the blacksmith's door

Luka & Eddie
De l'art d'amadouer un Forgeron




Il s'enferme, se renferme. Son appartement en refuge, en cloître. Le dehors en révulsion, la lumière en poison. Rideaux tirés, persiennes baissées, il erre, l'enfant. Il erre plus qu'il n'existe, à travers cette réalité qui l'a percuté. Si fort qu'il en a oublié de respirer. Qu'il n'a pas su encaisser. La poitrine en miettes, l'esprit disloqué.
Le refus de ce qui ne devait pas l'être tourbillonne à la matière grise. L'abandon de la bataille après qu'il ait compris, que ça n'arriverait jamais, que le rêve était absurde ; en sensation gerbeuse au fond de gosier – cette lâcheté à laquelle il a cédé, Luka ne s'en remet pas. La colère pour effacer la frustration, la colère pour submerger quand l'incompréhension le dévore.
Luka s'est emplafonné un mur en forme de femme.
Luka, il ne sera jamais forgeron et c'est peut-être mieux ainsi.
Les idées fusent, dans le lointain de la psyché. Des dérivés, des trappes dans lesquelles s'engouffrer. Une envie de crever, tenace, saupoudrant l'ensemble, continuellement. Une envie qui tiraille sous les côtes, brûle les tempes. Désir qui ne le quitte jamais vraiment. Compagne rassurante de ses nuits blanches. Et la couardise – éternelle, qui l'en empêche, qui le retient, qui le garde prisonnier de cette connerie de tangibilité qui chaque fois le craquelle davantage.
Alors, une main dans le caleçon et l'autre sur la télécommande, Luka glande sur son divan sans plus songer à la vie et ses déliés merdiques. Il attend qu'on vienne le chercher, qu'on le secoue. Il attend que les heures dégoulinent sur son anarchie. Que les jours se confondent. Et ce n'est pas un problème. Et peut-être que son cerveau mis sur off le soulage, justement. Après les semaines d'angoisse et les insomnies, les cernes grises sous les cils se sont effacées, un peu. Le teint a repris une teinte plus humaine tant il pionce et demeure en absolue inertie. L'appel de la langueur en baume à ses plaies intimes, qu'il liche, fébrile.
Sur l'écran de télévision, un épisode de Vampire Diaries. Il ne comprend rien, mais regarde, attentif aux images plus qu'aux mots. Les sons évaporés de son entendement avant même qu'ils n'y pénètrent.
Il renifle, se malaxe la queue. La relâche, et tend le bras. Attrape une cannette de Sprite sur la table basse. La ferraille se presse aux lèvres du chasseur, le gosier s'emplit du liquide qui pétille, qu'il avale – mal. La douleur, les naseaux qui piquent et les coups portés à la porte qui le font s'étrangler un peu plus. Sursauter. La boisson lui gicle sur le torse, lui éclabousse le caleçon – Buzz l’Éclair boit la tasse. Il dépose la canette à terre et c'est finalement d'une démarche vacillante qu'il s'amène jusqu'à sa putain de porte, sur laquelle, encore, les coups. Les coups qui lui démontent la cervelle.
Il n'attendait personne, à cette heure. Et il sait, Luka, ouais il sait que derrière cette porte, il peut y avoir tout ce que la Terre engendre de pire. Parce qu'il ne fait jamais les bonnes rencontres, parce qu'il ne ferme jamais assez tôt sa gueule, parce qu'il traîne son cul dans trop de ces coins, qui n'apportent rien si ce n'est un peu plus de crasse à l’intracrânien et au cœur, et des emmerdes sous les talons.
Il inspire. Et poumons gonflés et respiration coupée, il ouvre à la volée. Prêt à se manger à peu près tout. Une balle, une lame, un sourire, une supplique, une haleine infecte. L'adrénaline lui nique si violemment l'intérieur qu'il en bande quasiment. Une bouffée de chaleur lui remonte des entrailles, couvre son épiderme d'une fièvre qui l'exalte.
Et ce n'est qu'une voix qui tranche la nuit, et lui tranche le cortex, simultanément.
— J'sais pas, dit-elle.
Sans qu'il n'ait posé la moindre question, sans qu'il n'ait ne serait-ce que réfléchi. Incrédule, la face apathique, il attend. Il est bloqué, par la vision, par les séquelles à peine cicatrisées qu'elle ré-ouvre en se plantant sur le seuil de sa piaule.
— J'sais pas ce que je fous là...
Cool, a-t-il envie de lui rétorquer. Cool, parc'que moi non plus et j'm'en branle. Gamin furieux.
Mais il se tait, et il détaille. La tenue – mini-jupe et chemisier. Et il remarque, la bouteille de whisky. Celle qui explique le gloussement, qui suit. Son gloussement à elle qui lui détraque les perceptions. Cette situation, elle n'a aucun sens. Cette situation est hallucinatoire. Par conséquent, Luka suppose pioncer. Ou, avoir pris sans le vouloir sans se souvenir sans plus savoir : une poignée de comprimés, de la vodka dans son Sprite ou un joint trop corsé. Ça se bouscule, dans l'intellect. Ça valdingue, ça secoue. Il essaye de se remémorer les dernières heures quand tout le pousse à croire qu'il est au royaume des chimères.
— Montre-moi... Montre-moi, ce que tu as forgé. Ou dessiné. Ce que tu fais, montre-moi. 
Il la laisse passer, se décale de deux pas, se fiche de profil. Lui indique que le passage est accepté, sans que ses lèvres ne se soient entrouvertes. Car il guigne, il analyse, il décrypte l'instant et lorsqu'elle pénètre enfin, dans son environnement, qu'il claque la lourde derrière elle et qu'il allume la lumière, index sur l'interrupteur, Luka chuchote comme une confidence, une petite honte :
Combien ça fait 315 divisé par 3 multiplié par 7 ?
Et aucun être humain n'est capable, de répondre à ça. Putain non, aucun humain.
Sauf dans ses putains de songes. Puisque d'humains, il n'y en pas. Dans ses songes, il n'y a que des monstres. Des monstres aux visages d'hommes, souvent. De femmes, parfois. Des monstres de chairs et d'os, lui inspirant la terreur, ne composant qu'avec la cruauté.
Sourcils froncés, il reste là. Debout, dans son calbut de super-héros trempé. Pieds nus, torse nu, guibolles nues, crinière tout juste domptée par un élastique. Et ses billes bleues, scrutatrices. Un poing déjà serré, le long de sa hanche. Poing prêt à cogner et briser du cartilage, fracturer une articulation, ouvrir la chair. Muscles durcis, masse tendue ; l'enfant fou lutte, et lutte, et lutte jusqu'à suffoquer, sans fin, contre le monde qui l'entoure.
Et remarquant sa tronche se décomposer, il ajoute :
Laisse tomber.
Le vouvoiement annihilé, par l'intrusion, par le surréalisme du moment, par son espace qu'ils occupent, dans lequel les barrières tombent.
Bras croisés, y a les doutes, toutefois, qui ne s'en vont pas. Qui le font la fixer et garder une distance, raisonnable. Un coup de menton, pour qu'elle se retourne. Et qu'elle regarde, au fond. Ce fond de la pièce, cet angle entier, où les ordinateurs et leurs écrans allumés ronronnent. Les piles de bouquins partout. Et les armes, démontées, sur un plan de travail. Les siennes, qu'il nettoyait, d'autres, qu'il bidouillait. Son fourbi partout. Les câbles sinuant tels des serpents au sol. La chaleur, à l'atmosphère, étouffante. Les odeurs, entremêlées, insupportables. Et cette télévision qui hurle ses niaiseries quand derrière, se perçoit la musique – électronique, dingue – soufflée des enceintes, qui perpétuellement le berce.
J'veux ma réponse. Une claire, cette fois. Pas un truc auquel j'capte que dalle. J'veux un oui ou un non, lâche-t-il. Abrupt. Avant qu'elle n'ait atteint son dédale d'évaluations et d'expérimentations, de calculs et de schémas.
Si t'es là c'est qu'tu l'as, vraiment, la réponse. Alors crache-la.
Et si c'est un monstre, elle lui susurrera un oui. Si Dwayne est un monstre lové à son encéphale, elle le brisera un peu plus ; mais pas tout de suite. Non, pas tout de suite. Il faudra laisser le temps faire son oeuvre. Il faudra que les paupières se soulèvent sur le nouveau matin.

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MessageSujet: Re: Standing Beside the Blacksmith's Door [Luka] Lun 21 Aoû - 20:28

Standing beside the blacksmith's door

Luka & Eddie
De l'art d'amadouer un Forgeron




Elle entre, Eliza, et sans se faire prier. Elle entre, frôle sa viande ravagée en passant le seuil, et se plante dans le salon, le regard fondu à l'obscurité crasse qui s'impose en maîtresse dans cette tanière à l'atmosphère musquée. Sans mot dire se fait la découverte du bordel organique qu'est Luka, de ses déchets, de ses abandons, la marque de son cul défigurant le canapé, les contours de son nid découpés par la lumière bleue et agressive de l'écran de télévision, celui-là même qui dégueule et déverse des images de pauvre qualité dans le silence le plus complet. Dans le silence saturé par la musique, par l'électronique qui grésille et qui beugle autant que faire se peut. Sans raison sinon pour combler le vide, l'empêcher de coexister, se figure-t-elle, avec celui qu'il cultive en lui-même. C'est un capharnaüm indicible, emmuré d'ombres et de solitude, loin du reste du monde, isolé. Et si leurs antres lui ressemblent, elle est un appartement témoin hors de prix et lui un studio lacéré par la folie. La Britannique retient un léger sursaut, lorsque la lumière vient frapper l'endroit pour l'arracher à l'instantanéité foireuse de ses réflexions, ramenant son attention sur le chasseur, sa chair offerte et son glorieux caleçon. Ce qui est bien, avec toi, c'est que si les apparences sont trompeuses, je suis au moins sure qu'elles ne sont pas flatteuses. Parce qu'il ne peut pas, faire pire. Être pire. Être plus paumé ou moins présent. Il ne peut pas, paraître à la fois plus vulnérable et hors d'atteinte. Luka semble perdu derrière ses yeux bleus, la conscience en charpies dans une carcasse à la fois trop grande et trop petite. Trop grande pour qu'il ne puisse pas dériver. Trop petite pour embrasser tout à fait ses rêves d'aventure. Et elle est bourrée, Eddie, suffisamment pour considérer tout cela avec bienveillance et poésie quand elle n'a été qu'assassine et sans appel depuis le début. Quand elle a tout fait pour le fuir, le gosse, et qu'elle a eu la mauvaise foi de lui en vouloir quand il lui a tourné le dos. Quand elle aurait aimé le voir s'étouffer dans sa fierté plutôt que de continuer à insister. Parce que tu ramènes trop de choses, à la surface de mes méninges. Parce que tu m'emporteras avec toi, quoi qu'on en dise.

Combien ça fait 315 divisé par 3 multiplié par 7 ?
Elle a la gueule qui chavire et le regard en naufrage, la Renarde. Pardon ? Je te donne l'impression d'avoir ramené mon cul pour t'aider à faire tes devoirs ? Et les sourcils se froncent, et l'encéphale fait son chemin. Elle ne comprend pas la question mais prend l'habitude de ne pas saisir ce qui peut s'échapper de la cervelle de celui qui l'a prononcée. Les doigts crispés au goulot de sa bouteille de whisky, énamourée par ce contact froid et rassurant, elle s'apprête à répondre quand il lui dit de laisser tomber et qu'elle hausse les épaules. Comme tu veux. Le liquide ambré vient trouver ses lèvres, sa bouche et sa gorge, apaisant son esprit malmené par l'audace et le mensonge qui l'ont transportée jusque là, cet appartement et cet homme, avec son caleçon de super-héros et l'absurdité qui lui colle à la peau. Et elle acquiesce dès lors qu'il lui montre le fond de la pièce, lui tournant le dos sans réfléchir, les idées soudain claires, portée par l'envie de savoir, de découvrir pourquoi Lui, pourquoi elle, pourquoi tout ça. Luka ne connaît cependant ni trêves ni silences, rien de serein ou d'évident. Rien de patient. Et tout se précipite, toujours, sous le battoir de ses mots qui jamais ne se tarissent.

J'veux ma réponse. Une claire, cette fois. Pas un truc auquel j'capte que dalle. J'veux un oui ou un non. Si t'es là c'est qu'tu l'as, vraiment, la réponse. Alors crache-la.
Tu ne fermes donc jamais ta gueule... Mais elle retient, la Renarde, l'acidité naturelle de ses paroles pour se contenter de se tourner vers lui, un sourire en coin, paumé quelque part entre moquerie et douceur. Et les lèvres s'étirent avant de s'amouracher de sa clope. Une épaisse bouffée de fumée s'enfuit de ses bronches, suivie d'une réponse absurde.

« 735. Pour ta première question... Pour le reste, tu veux beaucoup de choses mais tu vas devoir attendre cinq minutes... »

Parce qu'elle est là pour ça, prendre sa décision. Deviner le talent où elle n'a pu voir que l'impolitesse et l'orgueil, le désespoir et la rage. Dessiner les lignes d'une collaboration qui lui semble impossible et qui la ramène, toujours, à ces souvenirs dont elle essaye de se débarrasser, que sa nature profonde entend foutre aux cachots de ses tripes pour ne plus jamais s'en rappeler. Et elle lui en veut, là, de ne pas être foutu de comprendre comme ça peut la faire souffrir, profondément souffrir, de s'imaginer avoir avec lui les gestes qu'Il a eu avec elle, il y a de cela si longtemps, du temps de son vivant, avant tout ça. Avant la Fin. Avant leur Fin. Alors tu vas pas me faire chier, putain... Un léger soupir, un dernier sourire, avant de reprendre sa marche en direction de sa Babylone insensée, où les ouvrages côtoient les schémas, les essais, et où quelques armes s'amusent à être démontées. La bouteille de whisky, la bouée, est déposée sur un bout de table à la stabilité relative tandis qu'elle referme ses doigts fins sur le rebord du bureau, se penchant sur le désordre pour y débusquer une raison de lui dire oui, de lui dire non. Elle plisse les yeux, l'Artiste, et elle parcourt les lignes et les titres, note les ouvrages utiles, ceux qui disent les bonnes choses, dont certains sont d'elle sans qu'il le sache. Et puis il y a les lignes, nerveuses, au fuseau sur papier blanc, et sur des brouillons, et dans tous les sens. Et c'est faux. Mais c'est juste faux, justement faux, imprécis faute de pratique, mal conçu faute de connaissances. Ce n'est ni stupide ni surréaliste, encore moins abscons. C'est pensé, réfléchi, rêvé, presque inspiré. Rien de transcendant, en soi, pas encore, mais rien qu'elle n'aurait elle-même été capable d'envisager quand elle a mis son premier pied dans une forge. Et c'est romantique, presque, harmonique les séries de chiffres et de formules qui tentent de construire un projet, des idées, et qui s'unissent en des lignes mélodiques que seule une forge peut jouer. Que seule une enclume sait maîtriser. Je t'ai pas attendu, moi, je t'ai pas cherché...

« D'accord. », murmure-t-elle, l'échine courbée, avant de se redresser non sans récupérer l'alcool dont elle s'autorise une rasade avant de planter deux prunelles tranchantes comme des rasoirs dans l'océan des siens, le visage immensément sérieux, rattrapé par l'âge qui est le sien, les trois siècles d'existence qui se précipitent derrière ses iris et parlent pour elle.

« Okay. Je te laisse une chance, Luka. J'te prends. Mais me déçois pas. »
Ou tu t'en mordras les doigts. Ne me déçois pas, ne me mens pas, ne me trahis pas. Jamais. Et elle ne sait pas, vraiment, ce qu'elle est sensée dire ou faire, maintenant, ce qu'elle doit foutre de sa carcasse et de ses siècles de solitude, de mélancolie tenace qui viennent lui ravager les organes et triturer son âme, sans pitié. Elle ne sait pas quoi lui dire, si ce n'est qu'elle le déteste déjà de lui arracher les dernières couches de vernis policés qu'elle avait réussi tant bien que mal à foutre sur ses plaies béantes et la douleur qui est la sienne, à chaque seconde, depuis qu'elle a perdu son Maître. Elle ne sait pas par où commencer, ne sait plus où se mettre, se prend l'envie de fuir dans la nuit, en passant par cette putain de terrasse qui la nargue du coin de l’œil et qu'elle ignore royalement, les mâchoires serrées et les doigts crispés autour du goulot de sa chienne de bouteille. Alors elle ne dit rien, se contente de l'observer, là, depuis son coin de salon, avec sa bouteille de whisky et ses envies de hurler, de frapper, de forger. De chialer, peut-être, ce qu'elle ne s'autorise jamais. Et elle esquisse un rictus, un sourire, un quelque chose de sage et de savant, qui voudrait dire ou qui essaierait de clamer on en sortira plus grands.

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MessageSujet: Re: Standing Beside the Blacksmith's Door [Luka] Lun 28 Aoû - 17:53

Standing beside the blacksmith's door

Luka & Eddie
De l'art d'amadouer un Forgeron




Pas la réponse escomptée :
— 735. Pour ta première question... Pour le reste, tu veux beaucoup de choses mais tu vas devoir attendre cinq minutes...
Le nombre balancé au néant de sa cervelle qui déraille ex abrupto. Alors il y a effectivement un monstre dans son salon. Dans son appartement. Dans son antre à lui, qu'il présupposait lieu de trêve. Le coma qui borde les mirages assiégé par les angoisses. Chimère vomie par Morphée lui-même, qui soudain arpente le site à l'affût, à la recherche d'il ne sait quoi – il a déjà oublié les pourquoi et les comment de la visite. Il n'a plus que le monstre aux atours de femme suspendu au cortex.
Dans les creux du bedon, la tripaille remue et se contracte. Un goût de vomissure lui caresse les papilles lui enfume les naseaux. Luka prévoit l'échappée en refuge. La fuite, la fuite, la fuite martèle son encéphale. Se carapater avant qu'il ne soit trop tard, avant que les psychoses n'emportent tout sur leur passage pour ne laisser que des ruines en neurones. Tsunami de sentiments dévorés. Et le réveil, il implore un dieu quelconque de le lui donner. De le lui offrir. Et il promet ne pas trop faire de conneries pour une semaine au moins. Une semaine, c'est bien. Deux, si demandé, si exigé ; la patience enfilée comme un manteau.
Mais faites-la sortir par pitié.
La harpie s'amène à l'endroit désigné plus tôt, quand l'hésitation, les doutes, enrobaient encore sa conscience maintenant désespérée, perdue entre torpeur et réalité. Il entend la bouteille de whisky claquer la table et ça lui vrille les nerfs, fait grincer les articulations et bourdonner les tendons. Figure d'autorité coulée l'une à l'autre, Luka croit discerner au brouillard de ses perceptions le père sous Dwayne. La démarche hésitante : Les gestes désordonnés, la respiration trop agitée. La rage au cœur, toujours, le dédain aux coins des badigoinces et la parole en ordre continuel bouffi d'aigreur. Il connaît, ça. Il reconnaît. Genèse des sévices qui s'annoncent, inéluctablement. Parce que les rêves ne lui laissent jamais grande marque à la mémoire ; les cauchemars en récits permanents, les souvenirs s'y joignant.
Luka s'éloigne, se fiche dans un coin sans plus trouver d'ombres sous l'ampoule qui illumine la pièce. Il observe, mutique. À l'abri contre le bout du canapé, pour considérer sans éveiller les soupçons. Debout à moitié nu dans son corps-costume trop grand. Il l'analyse et elle, elle fourrage dans son fourbi, elle déniche ce qui l'inspire. Un moment de silence entrecoupé par les basses crachées des enceintes. À sa droite, Elena et Damon se disputent sur l'écran HD.
Puis le coup final. Fatal.
— D'accord, dit-elle.
La boisson retrouvant le chemin de ses lèvres traîtresses, de son gosier qui s'en abreuve. Ça lui fait serrer les mâchoires et possiblement se questionner, sur la suite. La suite qui devra achever la scène. La bouteille traversant l'espace qui les sépare pour escompter se choquer à son torse, à ses jambes. Les heurts pour avoir proféré une insulte ou simplement lancé un mauvais regard. Il calcule, il envisage et ne remarque pas immédiatement la bobine tournée vers lui, à présent.
Dwayne scrute et ajoute :
— Okay. Je te laisse une chance, Luka. J'te prends. Mais me déçois pas.
Une esquisse de sourire ensuite, se peint sur ses ridules. Et Luka ne sait pas quoi y discerner, quoi y comprendre. Le vrai au faux et le faux au vrai. Ça tournoie sous le front. C'est un ouragan sous le bleu des iris.
Les prunelles choient au sol, longent les veines et les nœuds du parquet. Il lorgne ses pieds, remue ses orteils et puis se gratte l'arrière du crâne, la barbe et le cou. La paume se dépose au torse, s'installe sur l'abdomen, et dégringole. Bras le long des flancs, encore.
Il a l'allure nonchalante. Cependant tout son corps est dur. Extrêmement dur. Assez pour encaisser une attaque, assez pour esquiver, pour sortir dans la cour et peut-être se hisser par-dessus un panneau de bois et courir identique à une bête traquée à travers rues.
Plissant les paupières, mâchouillant l'intérieur de sa joue, il reste ainsi à compter les secondes. À peser le pour et surtout le contre. À définir ce qui cloche quand tout semble si palpable et que tout le ramène néanmoins à une probable hallucination ; cercle sans fin, serpent se mordant la queue, infini infini infini des désordres qui le choquent et lui compriment l'intellect.
Elle attend quelque chose et il ne sait pas quoi. Elle est figée là, dans son salon. Avec sa bouteille et sa mini-jupe sous laquelle ses deux tiges tressaillent nerveusement. Et Luka, il n'a d'yeux que pour le fluide brun pendant à son bras. Dwayne le muselle avec sa morgue, c'est vrai – morgue effilochée par l'alcool qui le ramène, après le fracas contre l'enclume deux jours plus tôt, compte-t-il, au paternel qu'il rejette. Par conséquent, l'enfant planqué sous la masse de viande ne sait s'il doit éprouver un mépris quelconque ou du respect. De la crainte ou du désir. Vulnérabilité des sensations déconstruites, le passé qui revient à la charge alors qu'il supposait s'en être détaché.
Cool, à demain alors.
La phrase qui s'extrait d'entre les dents sans qu'il n'y réfléchisse en amont.
Pour dire de s'imprégner du moment, d'en faire partie. Il devine toutefois n'être qu'un élément du décor qui s'efface, par la simple force de volonté dont il assomme sa psyché.
Puis j'peux appeler un taxi. Ou faut rentrer à pied.
C'est ce qu'il faut conseiller, présuppose-t-il, en de telles circonstances. Parce qu'elle pourrait avoir un accident, un accident, un accident, capot de la voiture broyé contre un arbre ou contre un mur, pare-brise en toile d'araignée, souillures sanglantes sur l'airbag et sa petite carcasse sauvage brisée. Capot de la voiture broyé contre un terre-plein de béton, pare-brise en toile d'araignée, souillures sanglantes sur l'airbag, poitrine oppressée par la ceinture qui le retient et les gémissements de Boyd à côté.
Luka déglutit, continue de se bouffer l'intérieur de la joue, se déchire la lippe à coups d'incisives et daigne enfin se mouvoir. Il contourne le divan, se penche, happe son portable et plonge l'attention dans sa liste de numéros.
Ouais non, un taxi c'mieux.
Qu'elle soit une chasseuse, qu'elle ait il-ne-sait-combien d'années, ça ne l'effleure même pas. Plus à cette heure de la nuit, avec dans la tête les dialogues et les musiques de Vampire Diaries.
Ainsi, Luka est tout à sa tâche. Debout devant sa table basse, la nuque tordue et ses battoirs recouvrant le Samsung qui en devient minuscule. Il fronce les sourcils et scrute l'écran sur lequel son pouce glisse à intervalle régulier.
Oh et... j'peux venir après demain si y a genre-
Luka relève le museau, légèrement. Lui lance une œillade. Retourne à son écran.
… genre besoin de cuver.
Le téléphone à l'oreille, il écoute les premières sonneries avant le « oui » qui viendra le « que puis-je faire pour vous » qui s'ensuivra et le « quelle adresse monsieur s'il vous plait » qui conclura la communication.
Il inspire, expire. Inspire encore et ne fait que la fixer, parallèlement. Jusqu'à n'en plus pouvoir et brutalement demander :
J'dois te- vous. -Vous faire signer un truc au cas où demain vous m'avez oublié ou... ?
La bouche tordue par l'indécision, les scrupules abandonnés sous le tapis. À l'entrée. La temporisation des rapports pulvérisé dès lors qu'il a ouvert la porte, qu'elle est entrée. Qu'il lui a cédé un morceau de sa cervelle et de son existence. Sans savoir très exactement si ce quart d'heure nocturne est rationnel ; tentacules de cohérence enroulées au réel autant qu'au pur délire.

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