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Lose It [Jake]

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Recrue de l'Elit Daemonia
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MessageSujet: Lose It [Jake] Lun 3 Juil - 1:54

LOSE IT

Jake & Eir


Rentrer dans le moule. Frapper. Encore. Prendre des coups. Pas pleurer, pas couiner. Se relever, retomber mollement sur le sol. Dévisager, analyser, parer, cogner. Encore et encore. Indéfiniment. Jusqu’à ce que ça fasse plus mal. Jusqu’à ce que ça ne fasse plus rien de bouffer le sable. Pas penser à la merde au fond, réfléchir comme une machine. Chercher les failles, les trouver et en profiter. Défoncer, plus savoir s’arrêter. La douleur partout, partout dans mon corps et dans mon crâne. Il dit « Ca suffit pour aujourd’hui. » Et je le dévisage. « Non, encore. »
Il soupire. Le bâton frappe mes jambes, me déstabilise et c’est le ciel que je vois. Je reste clouée par terre et il répète avec un peu plus d’aplomb dans la voix me semble-t-il. « Ca suffit Campbell. »
Il tend la main que j’ignore, absorbée par le voile cotonneux que je fixe. Il se décline en des teintes roses et orangées, le ciel. Les nuages épais et blancs en forment de monstres hideux. J’ai mal pense-je. Partout. Vraiment partout. J’sais pas si je dois m’en réjouir ou pas. Sans doute pas. Parce qu’il m’a touché plus que moi je ne l’ai fait. Parce que j’suis putain de nulle à chier.
La main insiste, les phalanges s'agitent et je la saisis enfin pour qu’il me remette sur mes guibolles. Mon regard se perd dans l’opale de ses yeux, sur la cicatrice sous son œil droit et sur celle au milieu de son menton. Il y a ses lèvres qui s’animent, forment des mots, vraisemblablement mais que je n’entends pas vraiment. Des conseils sans doute. Du genre utile. Un espèce de débriefing que j’finis par écouter parce que, dans la merde qui tapisse mon encéphale j’me souviens des mots d’Eddie. Alors... J'écoute.

« Va voir Deb, elle te filera ce qu’il faut pour les contusions. Dans la tour là-bas. »

Un signe de tête par politesse alors qu’il s’éloigne sans rien ajouter. Ça tombe bien, j’suis pas très causante comme meuf.
J’me fous des regards des autres, de ce qu’ils peuvent en dire. C’est à peine si j’remarque qu’on tente de me causer. La chevelure est libérée en une cascade blonde quand l’autre continue de parler. Fuck, c’quoi que tu comprends pas quand les gens ils te répondent pas ? Tu piges pas que tu m’emmerdes là, que tu bouffes mon oxygène ?

« Hum… t’as dit quoi ?
-J’disais que tu devrais venir avec nous demain. Avec les gars on doit partir en exploration autour du fort.
-Pour quoi faire ?
-Bronzette ! Ahah …. Non euh parce que ça grouille de bestioles autour du fort et qu’il faut bien qu’on se fasse la main tu crois pas ? »

J’le dévisage pas trop certaine de ce qu’il me baragouine. J’hausse les épaules pas méga convaincue par les têtes de losers qui attendent sagement dans un coin que leur pote fasse le job.
Ouais sauf que les losers parfois ça sauve la vie y parait alors ce serait con de se foutre mal avec des futurs camarades. Je grogne à peine.

« Ouais. Ouais, ok. On verra ça demain quand j’repasserai.
-Tu dors pas là ?
-Non.
-Tu manques des trucs, c’est super cool ici pis on s’y fait à la longue. C’est dommage, on aurait pu se recroiser en fin de soirée.
-Possible.
-Du coup tu crèches en ville ?
-Ouais.
-J’croyais que les meufs ça parlaient beaucoup moi, t’as pas l’air d’être ce genre…
-Exact.
-Ok ok bah j’te dis à demain alors, ça marche ?
-Ciao. »

Il reste perplexe quand moi je trace mon chemin. Non mais sans déconner… Ça fait plusieurs jours que j’arpente le fort et c’est aujourd’hui que je dois me taper le cassos de services. Le truc c’est que j’suis pas là pour m’faire des potes même si on arrête pas d’me rabâcher à longueur de journée qu’un frère ou une sœur d’armes ça peut te sauver la peau du cul. J’comprends bien. Ce que j’sais, c’est que j’irai pas faire équipe avec des gens qui parlent trop. Parce que sinon j’suis bonne pour me taper cent milligrammes arrivée au soir à la place de mon verre de whisky. Et ça. Ça fait chier.
J’grimpe sagement les marches de la tour pour tomber sur la rousse qui semble régner en maîtresse des lieux. Pas la première fois que je viens la voir ceci dit. La deuxième seulement.
Elle sourit. De ce sourire qui fait qu’on offre sa confiance au premier battement de cils. J’lui parle pas vraiment. Me contente d’hocher la tête d’un sens ou de l’autre. Ses doigts fins glissent sur ma peau déjà marquée, je grimace avant qu’elle me file un baume. Le genre de baume qu’avait l’Autre dans sa trousse à pharmacie et que j’passais mon temps à lui appliquer. Je me braque légèrement quand elle le pose dans ma main avec les consignes d’applications. J’ai presque envie de lui dire de se taire, que j’sais déjà comment ça marche mais j’préfère rien dire de plus.

La vérité, c’est que j’ai juste envie de rentrer chez moi pour prendre une douche. Le genre bien bien chaude qui apaise et détend les muscles. J’descends les marches vitesse grand V, revigorée à l’idée de me poser sous l’eau brûlante. En chemin j’croise des gars bien plus abimés que moi. ouuuutch toi, tu t’es pas raté putain. Il a la gueule balafrée, on dirait un coup d’épée ou j’sais pas trop comment il a pu se faire ça. Vachement plus absorbée par ce qui se passe derrière moi, j’percute un truc. Un peu dur, un peu moelleux. J’pousse un hoquet de surprise quand mon visage daigne enfin analyser l’obstacle. Du genre un mètre soixante-quinze, les cheveux bruns, une barbe et les yeux bleus. Difficile d’oublier ton visage. J’fais un pas en arrière, esquisse une tentative pour le contourner dans l’optique de simplement passer à côté. Ouais tiens, prétexter une amnésie, pouf, disparu ton visage de ma cervelle. Mais y a un truc qui me dit que tu vas pas trop croire si j’te le dis. J’crois que mon regard me trahit.
Mes prunelles le décortiquent. Je cherche les mots dans mon crâne crasseux. J’voudrais te demander pardon, pour avoir disparu de la circulation. Pour pas avoir filé de nouvelles, pour pas en avoir pris des tiennes. Te dire que tu m’as manqué et que j’suis désolée de t’avoir rien dit. De te reprocher de m’avoir laissé, de m’avoir oublié, de t’en foutre de ça comme du reste. Ouais. J’voudrais te raconter ce qu’il a fait. Avec les détails sordides, les plus moches, les plus pourris juste pour voir si ça t’ferait cligner des yeux, si ça t’ferait avaler ta salive de travers. J’voudrais te frapper, pour te faire mal. J’voudrais te tabasser, juste pour m’accrocher à toi.
Le temps file et file sans qu’un seul mot ne sorte de ma bouche. Ils sont coincés dans le fond de mon gosier ces cons là, ils se bousculent et c’est le merdier partout dans ma tête.

« Salut, Jake... J’passais juste chercher ce truc-là. »

J’agite le petit pot devant ses mirettes comme si j’tenais là une pépite d’or. De l’or à base d’herbes qui pue. J’regarde derrière moi dans l’espoir de trouver une échappatoire. Genre un pauvre gars qui deviendrait subitement mon meilleur ami pour la vie.

« T’as l’air d’aller bien. »

Des mots lâchés comme ça. Fuck, j’suis nulle en relation sociale tu devrais le savoir… Alors arrête d’me regarder comme ça.


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MessageSujet: Re: Lose It [Jake] Mer 5 Juil - 6:48



LOSE IT
feat. Eir'
Elle s'avance. La démarche oscillante, les mouvements disgracieux, son corps se balançant avec l'élégance d'une momie constipée. Elle s'approche, reniflant l'air succulent, faisant apparaître aux coins de sa bouche des filets de salive acide. Sèchement, elle balance sa tête vers l'arrière, faisant voler les rares, longues et grasses mèches de cheveux qui s'accrochent désespérément à son crâne dégarni, émettant un cri guttural, comme un couinement d'excitation dans un langage qui n'existe pas. Ses griffes effleurent un moment son abdomen proéminent à cause de ses organes putréfiés qui s’y agglutinent de l'intérieur. Elle gratte les cloques de peau qui s'effritent sous son contact, sur sa peau grisâtre. Un claquement de dents et la voilà tout près... tout près des carcasses de chevreuil qui s'empilent dans cette petite crique depuis assez longtemps pour que la chair s'affaisse sur les os, répandant une odeur de mort au fumet assez prononcé pour attiser l'appétit d'une nécrophage. Une gueuse. Une belle, un vrai beau spécimen de putréfaction ambulant.

Allez... vas-y... fais pas ta pute, j'cuisine pas pour n'importe qui...

Des cadavres. Un endroit reclus. De l'eau où se cacher. Tous les ingrédients pour que la gueuse décide d'y établir son nid. Elle ne tarde pas d'ailleurs à disposer des vieilles branches près des racines d'un arbre pour en créer la base. Le chasseur patiente toujours, inerte, observant la nécrophage s'accaparer les lieux... De longues minutes s'écoulent... puis une heure... avant que le monstre se décide à planter ses griffes dans le premier cadavre pour l'attirer vers le nid nouvellement construit. Les cadavres se conservent plus longtemps dans l'eau fraiche... Les mains décharnées s'activent, déchiquettent la carcasse. Goulument, le monstre porte les lambeaux mous à sa bouche qu'il mastique entre ses dents tranchantes qui émettent des bruits de mastication rebutants, il avale la chair dans ses premiers stade de décomposition. Juste à point. Les insectes qui se régalaient déjà du festin tentent de s'échapper en vain du cadavre dévoré, mais la plupart finissent en guise d'assaisonnement dans une bouillie infâme dont l'odeur, acolyte au spectacle, vrillerait le cœur du commun des mortels. Et le repas se poursuit goulument... Jusqu'à ce que les griffes inquisitrices s'enfoncent dans l'abdomen affaibli par la décomposition des tissus... puis... une détonation raisonne. Une faible explosion qui projette l'amante des nécrophile vers l'arrière, dans un cri plaintif. Le chasseur a déjà bondit sur ses pieds, l'épée tirée. Un seul coup suffit, net et précis, à trancher la tête de la gueuse en un geyser de sang qui éclabousse le plastron du tueur de monstres. Hm. Des jours de préparation qui, au final, lui auront offert un combat aussi rapide et efficace. Limite emmerdant.

Jake tire le corps du nécrophage sur la plage puis le considère un moment, un genou au sol. Son couteau de chasse en main, il explore du regard la carcasse repoussante de la gueuse avant de créer une entaille près de la protubérance qui devrait être un nombril. L'odeur qui s'en dégage n'a rien à envier à la gibelotte de chevreuil. Il enfonce deux doigts gantés dans la cavité, puis la main entière, cherchant quelque chose de très précis dans le ventre de la créature. Une légère grimace de concentration le défigure un moment tandis qu'il cherche... Un organe qu'il parvient à détacher simplement en broyant les tissus putréfiés entre ses doigts. Il tire puis l'extirpe dans un schllluck charmant. La boule grise roule délicatement sur sa paume pour s'assurer qu'il s'agit bien du bon organe, puis il l'envoie rejoindre le fond d'une boîte métallique solide que le chasseur fourre dans sa poche. Les doigts du chasseur s'accrochent ensuite à la tignasse cadavérique, soulevant la tête tranchée aux yeux globuleux et à la bouche ouverte crachant toujours son dernier cri d'agonie.

Go back home, honey.

...

Jake s'immobilise près du lac en bordure de Fort V. Il laisse la tête rouler au sol puis s'affaire à retirer son plastron souillé et le chandail en dessous. L'odeur de mort lui colle à la peau, alors il frotte avec une pâte qui lui sert de savon, se passe un peu d'eau au visage et derrière la nuque. Jusqu'à ce que des murmures... puis des ricanements lui fassent tourner la tête. Trois donzelles perchées sur un rocher assez loin de lui gloussent et sifflent. Des recrues, sans doute. Des buveuses de lait. Qu'importe, elles ont tiré leur ligne à l'eau. Le chasseur ignore ce qu'elles comptent pêcher dans ce lac là, mais il serait bien le dernier à en bouffer vu à quoi il sert généralement... le lac. Ses oreilles fines ne captent que des bribes de leur conversation... elles se demandent qui il est, 'le beau brun' ... monsieur abdos. Le chasseur se relève, le plastron dans une main, la créature dans l'autre... il en profite pour les saluer d'un mouvement de tête... pas la sienne... celle de la gueuse décapitée. Des cris dégoûtés lui ravissent les oreilles. Il s'éloigne le pas lourd, un sourire subtile accroché aux lèvres. Et ça veut devenir chasseur... qui j'suis, vous l'saurez bien assez vite.

...

Hochement de tête. C'est tout ce qu'il répond à ceux qui osent le saluer. Entre les recrues qui profitent d'un rare temps libre et les maîtres d'arme trop peu nombreux qui les ont pris en charge, il passe rarement inaperçu entre les murs du Fort qui l'ont formé jadis. Trois siècles de chasse obligent. Une popularité née des dortoirs et des salles communes où l'on racontait les frasques des anciens. Une popularité à laquelle il ne se fait pas. Jake avait son lot d'aventures salaces et violentes, de quoi ravir la jeunesse fougueuse. On le disait colérique, intransigeant et inaccessible de quoi exciter ceux qui se pensaient élus des dieux et destinés à de grands desseins. La réputation qui s'en suivait était difficile à démentir -surtout pour ceux qui l'avaient croisé- et beaucoup de recrues rêvaient d'apprendre de lui -et quelques donzelles avec des intentions moins nobles- afin d'obtenir les honneurs sans se soucier des conséquences et des effets réels de la chasse. Bande de fuckers. Apprenez à pisser droit sans vous salir les mains avant et on verra si vous pouvez tuer un groupe de noyeurs à l'épée.

Jake bifurque sur un chemin familier, celui qui conduit au laboratoire de Deb'. C'est pour elle qu'il a chassé la gueuse, après tout, pour lui prélever des échantillons précis qui devraient servir à des... expérimentations... potions alchimiques... merdes abracadabrantes... qu'est-ce que ça peut lui foutre, au final, pourvu que la rouquine soit comblée dans ses attentes et qu'elle trouve le moyen de transformer la bile de gueuse en régénérateur de cellules...

Ça le percute. Encore.
Il commence à avoir l'habitude de se faire rentrer dedans par les recrues. Parce que malgré sa carrure, il se déplace discrètement, beaucoup trop pour des oreilles de chasseurs en herbe. Son regard noir s'abaisse sur la donzelle... Mais cette fois... c'est différent. C'est pas une simple recrue qui rebondit sur son torse dénudé, c'est presque un an englué dans le passé qui émerge sournoisement. Immobilisé, il s'enfonce dans un état presque léthargique alors qu'ils se dévisagent. Deux imbéciles confrontés au néant, celui qui hanter leur tête. Elle ne trouve rien à dire... et lui, se contente de l'haïr en silence. C'était donc vrai. Eddie était revenue au Fort en compagnie d'Eireann. Il fallait bien que ça lui percute le coin de la gueule pour qu'il daigne y croire.

" Salut, Jake... J’passais juste chercher ce truc-là. "

Froncement de sourcil. Jake en a rien à chier du pot, Jake continue de fixer avec indécence ce visage rongé par le malaise, sa tête s'incline lentement, très lentement vers sa droite.

" T’as l’air d’aller bien. "

Really. Il cligne des yeux. C'est tout ce qu'elle trouvait à dire... à lui, qui tenait une tête de gueuse morte entre les doigts, ruminant les derniers instants qu'ils avaient passé ensemble, la hargne qui serrait ses poings. Et pourtant... c'était si bon de la revoir là... devant lui... son coeur tapait dans sa poitrine, déchiré entre l'envie de lui faire faire un vol plané du haut des remparts et celle de la serrer dans ses bras. Jake avance, presque menaçant, l'obligeant à reculer. Il mastique le vide, la mâchoire serrée, les yeux étrangement luisants. Il ne s'arrête que lorsque la recrue et lui se retrouvent isolés dans une des nombreuses réserves du fort. Il inspire... lourdement.

" Déshabille-toi. "

La tête de gueuse roule au sol. Le plastron tombe pas trop loin.

" ... j'ai dis... déshabille-toi ... "



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MessageSujet: Re: Lose It [Jake] Ven 7 Juil - 0:11

LOSE IT

Jake & Eir


On se dissèque, on se jauge, on se juge.
Et je sais pas quoi foutre ni quoi te dire. J’peux pas arriver la bouche en cœur et te demander comment ça va, te demander ce que t’as foutu ces six ou sept derniers mois comme si je m’en souciais vraiment. Parce que j’ai aucun droit et sans doute que j’ai pas envie de savoir non plus ce que tu branlais pendant que moi j’crevais à petit feu. Après tout, y avait pas de promesses. Y en a jamais eu. On se doit rien, tu t’souviens ? Et y a ce malaise qui s’installe, qui commence à prendre toute la place. Comme de la glue merdique qui m’empêche d’me barrer de sa vue alors que c’est clairement tout ce que j’ai envie de faire. C’pas comme si on s’était quitté avec des embrassades et le cœur déchiré. Non. On s’est quitté comme deux étrangers qui n’avaient plus rien à faire ensemble. Alors me regarde pas comme ça. Barre-toi. Casse-toi. Oublie même que j’existe, après tout… Tu l’faisais très bien jusqu’à aujourd’hui, pas vrai ?
Mon cœur bat trop fort, je l’entends entre mes tempes quand une boule se forme dans ma poitrine. De l’angoisse ou quelque chose qui s'en approche. De la colère aussi, probablement, refoulée au plus profond. Moi j’me souviens de ta mâchoire crispée et de tes mots crachés sans plus d’explications, sans rien. Ouais. J’me souviens de ton regard, du voile sombre et j’ai pas posé de questions. J’me suis contentée de tourner les talons parce que c’est ce que j’sais faire de mieux. Fuir. T’as même pas tressauté de la paupière quand j’t’ai dit que j’quittais la ville. Parce que ça comptait pas. Parce qu’il n’y avait rien et c’est pas grave. C’est mieux comme ça.

Il avance, Jake et j’ai plutôt l’impression qu’il va m’en coller une bonne plutôt que me prendre dans ses bras. Je recule. Il fait un pas quand j’en fais deux en arrière pour maintenir une distance de sécurité imaginaire qui ne servirait de toute évidence à rien. J’apprécierai que moyennement que tu me colles une mandale quand tu t’es si bien abstenu de tout commentaire jusqu’à maintenant. J’halète, comme si je venais de taper un sprint à travers la forêt menant jusqu'ici sauf que… non. C’est juste Lui. Je manque de trébucher en cognant dans un caillou à la con. Mon regard furète à la recherche d’une silhouette à héler. Et trop vite on se retrouve dans un coin isolé, une pièce où s’entasse des caisses et autres conneries du genre. Mon dos se colle à la paroi rocailleuse. Je peux plus reculer, merde. Et il s’arrête. Me fait face. Me darde de ses orbes luminescents. Et j’comprends rien à la lecture du regard, tu fais chier. Je sais pas si t’es content ou si t’es énervé ou peut-être un mélange des deux, qui sait ?!
L’ordre claque entre ses lippes, me déstabilise suffisamment pour que j’affiche une moue d’incompréhension, arquant un sourcil interrogateur. Tu viens de dire quoi, là ?! Et comme s’il pouvait lire à travers moi, Jake réitère ses propos et ça pète à l’intérieur de ma cage thoracique. J’ai l’impression que j’vais étouffer parce que mon cœur rate quelques battements et se met à cogner de façon totalement désordonnée.

Mes prunelles fixent la tête dégueulasse qui roule sur le sol dans un bruit spongieux et visqueux avant de se détourner vers le plastron. Il cavale mon regard. De ses pieds, à ses cuisses, à son torse dénudé. S’arrête un instant dans des souvenirs étranges, lointains - de mes doigts te touchant - avant de le dévisager à nouveau.
Je pousse un soupir avant d’retirer mes pompes et de poser le pot que Deb’ vient de me filer, manière à pas le briser parce que je sens que je vais en avoir besoin. Mes phalanges agrippent le débardeur et j’hésite un court instant avant de le soulever en expirant l’air qui semblait s’être bloqué dans mes poumons quelques secondes. Le pantalon dégage sans grande classe pour atterrir à ses pieds. On est loin de l’effeuillage sensuel que j’pouvais pratiquer, j’te l’accorde. Je plisse des yeux quand mes paumes effleurent mon ventre puis mes flancs avant de se coller le long de mon corps.
Quelques balafres se sont ajoutées depuis. Des cicatrices, petites. Quelques hématomes en voie de guérison et des rougeurs liées aux futurs que je vais me taper. La plus grosse, celle qui tape à l’œil plus que les autres, c’est celle qui traverse mon bidon désormais vide. Encore un peu boursouflée et rosée, difficile de la rater. A quoi ça rime tout ça, Jake ? C’est quoi l’anguille ? Tu vas m’foutre à moitié à poil devant d’autres recrues, juste pour voir ? T’as un intérêt soudain pour mes tatouages et tu veux voir si j’ai collé un petit cœur avec le prénom de Seth dedans ? Tu voulais voir si j’avais pas de micro ou j’sais pas quelle autre connerie que tu pourrais t’inventer, toi aussi ? Tu voulais que j’me sente vulnérable face à toi ? Et ? Ça fait du bien à l’égo ? Ou alors tu voulais voir si même dans la bagarre j’portais toujours de la dentelle et pas du coton de grand-mère, du genre simple curiosité ? Alors, soulagé de voir que de la dentelle noire s’harmonise toujours sur mes courbes ?
Et je peste intérieurement, imagine tout et n’importe quoi sur les raisons de cet ordre qui fait appel à des souvenirs que je peine à digérer et que je balance au fin fond de ma boite crânienne. Là où toute la merde s’entasse. Mon ventre se tord, l’envie sournoise s’immisce à l’intérieur. Le silence nous entoure, nous oppresse. J’avance d’un pas, puis deux. La distance se réduit, jusqu’à devenir inexistante. Je dois lever légèrement la tête pour le regarder, une lueur de défi dansant dans mes iris.

« T’attends quoi ? »

Pour m’engueuler, m’embrasser, me baiser, me défoncer, m’humilier, me repousser. Ouais, t’attends quoi, Jake ?
Dis-moi, est-ce que je t’écœure ? …Quand tu m’regardes, qu’est-ce que tu vois ? L’amie ? La baise utilitaire ? La garce ? La traitresse ? Parce que je suppose que t’es au courant, pour la mort de Seth. La vraie mort s’entend. Celle qu’Eddie lui a donnée, pas celle qu’il avait orchestrée et dont j’ai été un des instruments. Je m’interroge, tu vois. Je m’interroge vraiment sur ce qu’il y a dans ta caboche parfois.

Un frisson me parcourt l’échine. J’ai froid me dis-je. Les poils s’hérissent sur mes avant-bras sans savoir si c’est vraiment la fraicheur ou une espèce de peur pourri ou autre chose que j’ai pas envie de nommer. Et j’ai chaud aussi, ajoute-je. De cette chaleur qui gonfle dans mes entrailles et explose entre mes côtes et mes reins. Il me semble que le temps s’étire encore et encore. Comme des secondes qui s’égrènent avec la lenteur des minutes. Je ferme les yeux, m’enivre de son odeur. Celle cachée derrière la sueur et la mort. Mes mains viennent se plaquer sur ses pectoraux. Je déraille en mon intime. Partagée entre le désir insidieux qu’il fait naître et cette colère lointaine qui gronde. La pulpe de mes doigts dessine des arabesques chimériques avant de cesser. Et je le repousse, à moins que ce ne soit moi qui recule.

« Tu devrais te doucher. » souffle-je.

Une conclusion merdique alors que je ramasse mes fringues qui trainent juste à côté. Quand je me redresse il est toujours là, tout près.
C’est tout mon corps qui se tend. Je perce ses yeux tempête, titube légèrement quand mon palpitant tambourine toujours autant. J’me sens comme un bateau pris en plein orage.


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