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Tomorrow Never Dies [Eddie]

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Recrue de l'Elit Daemonia
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MessageSujet: Tomorrow Never Dies [Eddie] Dim 2 Juil - 19:22

Tomorrow Never Dies

Eddie&Eir


Salem.
Le nom de la ville me fait vriller la gueule dès que je l’aperçois par la vitre passagère de la Jeep. Je me tasse sur mon siège un peu plus. Si j’pouvais disparaitre je pense que je le ferai. Je regarde Eddie qui reste concentrée sur la route, les cheveux flottants légèrement à cause de la vitre entrouverte et du vent qui s’y engouffre rendant l’air respirable. Mais moi, j’étouffe.
On devrait faire demi-tour… Repartir en Angleterre, en France, en Espagne ou même en Ukraine. Partout. Partout mais pas ici putain.
La panique. Ça m’enserre la gorge, le palpitant s’affole dans une cadence infernale qui vient pulser dans mes tempes. J’ai mal au crâne pense-je. Ca fait comme un étau et ça me file la gerbe. J’ai le mal de cette ville conclue-je en maugréant dans ma barbe. Elle, elle reste calme. Je crois qu’elle a appris à plus voir mes grimaces ou qu’elle a jamais pris en compte le fait que j’en faisais. J’en sais trop rien.
J’ai envie de lui dire que c’est pas une bonne idée, que j’suis pas prête en fait et qu’on devrait vraiment, vraiment, se casser d’ici. Mais pour Eddie, c’est le moment. Elle pourrait me sortir un vieux slogan merdique du genre le changement c’est maintenant que ça m’étonnerait pas plus que ça... Affalée dans mon siège, je m’intéresse au tableau de bord comme si c’était la première fois que je le voyais. Olala qu’il est joli... Evidement ce n’est pas le cas et très vite, il perd mon attention. Je bouffe mes ongles et l’angoisse monte. Parce qu’on doit prendre les petits chemins, ceux qui se dirigent vers l’épaisse forêt. Et les souvenirs se bousculent, les étagères tremblent quand j’essaye de tout ranger, tout entasser de la plus merdique des façons. Je veux pas me souvenir de toi. De toi et encore moins de Nous. Je veux te détester jusqu’à ce que je crève. Et j’y arriverai…



Fort Volsek.
Je sais pas comment je m’imaginais l’endroit. Certainement pas comme ça. J’ai l’impression que les pierres suintent là, au milieu de la broussaille. Ca date du moyen-âge ce truc-là, non ? Y a l’eau courante au moins ? Comme toujours, les commentaires sont sagement confinés dans un coin de ma boite crânienne. A l’intérieur c’est pas franchement plus folichon. Elle m’abandonne Eddie et je couine un peu. Mais elle a des trucs à voir. Des trucs à faire. Et moi ? Moi je reste plantée là, sur un coin de mur en essayant de pas me faire remarquer. Je crois que si je pouvais me fondre aux pierres, je l’aurai déjà fait. A quelques mètres, des mecs s’entrainent. Certains courent, d’autres manipulent bâtons et épées. On se croirait dans un vieux film sauf qu’en fait, c’est la putain de réalité. Plus le temps passe et plus l’idée m’apparait comme mauvaise. Pas juste un peu. Non. Beaucoup. J’ai pas spécialement envie de faire le tour du propriétaire et me contente d’attendre sagement.
Dès qu’elle revient, j’écoute à peine ce qu’elle a à me dire. Je crois que ça glisse, que ça file et que ça arrive pas à trouver racine. J’ai besoin de temps. J’ai besoin d’air. J’arrive pas à m’y faire.



Et les jours passent à l’image des premiers que nous avons vécus ensemble. C’est comme faire un bond en arrière. Quand je te parlais pas, que j’avais envie de rien, pas même de bouffer. Quand j’étais là à me dire que ça finirai par passer mais que ça passait jamais. Quand crever paraissait être une idée pas si nulle à chier…
Six mois. Cent quatre-vingt-deux putains de jours. Ca laisse des traces.
Alors quand Eddie elle a retrouvé son appartement, j’ai acheté celui d’en face sur le même palier histoire de pas avoir trop loin où aller. Avec toute cette thune que tu m’as laissée en héritage. De l’argent sale. Dégueulasse. Mais les billets n’ont pas d’odeur, tout juste une couleur.
La solitude me pèse et m’effraie. J’aime pas ça, me retrouver seule dans cet appartement trop grand. Trop petit quand une crise d’angoisse commence à naître. J’étouffe entre les murs blancs.
Un mobilier sommaire. Un canapé et une télévision beaucoup trop grande pour le temps que je passe à la regarder. Il est… Impersonnel et froid. Pas de décorations, de cadres photos ou de jolis tableaux. Il est vide. Aussi vide que moi. Le frigo tourne sans rien avoir à refroidir. Mes placards sont désertiques et pour terminer, j’ai une superbe chambre à coucher dans laquelle je ne dors jamais. J’aime pas être seule. Quand je suis seule il y a Lui, partout. Le manque, la douleur, l’absence, la rancœur. Et j’veux pas. Penser à ce qu’on était, ce qu’on avait parce que tout ça, c’était que du vent, du mensonge, des conneries. Et j’ai juste été une sale conne de croire en tes jolis mots. De croire que je méritais quelque chose de beau. T’étais mon putain de poison, une drogue et j’en ai marre d’être en cure de désintoxication fuck !



Le silence à nouveau. Le mien. Parce que j’ai pas envie de parler et que j’me contente d’hocher la tête. Gauche-droite. Haut-Bas. C’est limite si parfois je réponds pas en clignant des yeux. Une fois pour non, deux fois pour oui. La déprime me ronge, elle prend bientôt trop de place. Je sors pas, parce que j’ai peur de retrouver des bruits, des odeurs qui en appellerait à des souvenirs qui me révulsent. A la place je m’abrutis devant un programme de téléréalité où des gens gueulent et se cognent pour des broutilles, des futilités.
Comme trop souvent, c’est dans le canapé d’Eddie que je m’enfonce, paquet de biscuits aux graines dans les mains. Je les engloutis un par un me foutant bien des miettes que je peux foutre partout. J’passerai l’aspirateur avant de partir.
Eddie, elle débarque dans mon champ de vision et à sa tête, je comprends qu’un truc cloche. Ses mirettes me fixent et mon visage s’affaisse. Encore un peu de temps. Juste encore un peu. Pour oublier, pour effacer, pour plus penser, pour le détester.


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MessageSujet: Re: Tomorrow Never Dies [Eddie] Lun 3 Juil - 15:43

Tomorrow Never Dies

Eddie&Eir




C'est qu'un collier, putain. Mais ça suffit à la faire trébucher, encore et encore, dans les tréfonds de son cerveau malade. La Renarde fait les cent pas depuis un quart d'heure, dans son salon, à errer devant une pauvre boîte en carton dans laquelle repose une croix qui lui semble bien lourde à porter. Parce qu'elle représente un héritage qu'elle a tardé à considérer, qu'elle n'est pas sûre d'assumer, qu'elle n'a pas envie de partager. Parce que ces quelques grammes de métal symbolisent davantage qu'elle n'accepte vraiment de se l'avouer, qu'elle n'a pas encore tout à fait compris, qu'elle a fui sciemment, comme pour mieux se retrouver. Parce que l'Orpheline n'est peut-être pas tout à fait prête à rejoindre une famille, toute bancale et discutable soit-elle... Parce qu'Eliza Dwayne est l'héritière de John et qu'elle aurait été foutue de créer sa propre école. Mais elle a compris, Eddie, quand bien même tout cela aura été bien plus long que prévu. Elle a compris et elle se résoud à arrêter de piétiner au milieu d'hésitations indignes de Lui, d'eux, d'elle. Dwayne.

Un sourire fleurit, finalement, sur les lèvres de la dernière des Dwayne, au coeur de Salem. Elle tend la main et s'empare de l'insigne de l'Elit Daemonia, qu'elle enfile sans mot dire, la tête haute et le dos droit. Il est temps, je crois.

****

Le sac de la Britannique est chargé, quand elle apparaît deux jours plus tard devant l'entrée de Fort Volsek, flanquée d'Eireann qui ne la quitte plus depuis six mois. Un arrêt, pour un instant, le temps de s'imprégner de l'endroit, d'évaluer une dernière fois l'étendue de sa connerie. La gravité de ce qu'elle s'apprête vraiment à faire... Parce qu'elle aurait pensé que si elle devait négocier son âme un jour, ce serait en Enfer. Les autres ne comprendraient pas. Les autres ne peuvent pas savoir ce que représente pour un chasseur libre l'Elit Daemonia. Elle gronde, un peu, tout bas. Et son regard écorche calmement le visage de la blonde, l'air égal.

« Je ne devrais pas en avoir pour longtemps... » et elle tente un vague sourire désincarné. Eddie déteste les choses sérieuses et solennelles, c'est une formalité qui la fatigue profondément. « Bon, si je ressors avec les fers aux poignets, on ne sait jamais, tu te casses, hein... »

Après tout, et aux dernières nouvelles, elle a tout de même enfreint la première loi de l'organisation qu'elle s'apprête à rejoindre. J'ai déjà eu des idées plus brillantes, il faut l'admettre.

Mais en haut des escaliers qui mènent au bureau du Maître-Chasseur, il n'y a que le sourire tendre de Frederick, un sourire paternel et chaleureux qui pardonne avant même d'entendre l'offense. Cet homme lui rappelle John, beaucoup trop pour qu'elle ne se sente pas comme une gamine devant lui, et que ses épaules s'affaissent un peu, lui ôtant de sa superbe pour manquer de lui rendre gueule humaine. Et le sourire de Frederick, étonnamment, ne décroît pas, surtout quand elle lui annonce qu'elle est prête à poser son enclume, même quand elle lui dit qu'elle a fait une connerie. Une grosse connerie, du genre qu'on ne fait pas tous les jours de sa vie.

« Je serais concise, si tu veux bien. » Les euphémismes sont sa spécialité, ne peut-elle s'empêcher de penser tout en fouillant dans son sac pour en sortir un objet à la forme étrange, recouvert d'un drap clair. Un bruit de métal s'échappe du tissus, en effleurant la table. Les mâchoires de la Renarde se crispent, davantage pour l'objet que pour son propriétaire, quand elle dévoile enfin une lame en forme de croissant de lune à l'indécente perfection, l'Arakh, arme portant le nom d'une malédiction. « Vegas est mort. Et il n'a pas eu droit à la sépulture des chasseurs. » Elle ne s'étendrait pas et Frederick le savait. Sans doute est-il de ces rares individus à savoir ou à avoir su. La mine grave, le sourire finalement éteint, le Maître-Chasseur ouvre les doigts au dessus du métal puis soupire doucement avant de lever sa paume vers le ciel. La croix de métal et de verveine autrefois portée par la force de la nature qu'avait été l'indigène retrouve la peau de son Maître puis l'obscurité d'un tiroir, dans un bruit sec. « Je te fournirais les documents pour établir sa trahison... » Même si ce n'est pas nécessaire, même s'il a déjà succombé à sa punition.

« Je suppose que tu as ramené toutes tes affaires ?
- Tu sais comme les femmes sont vénales. Je n'installerai rien avant d'avoir parlé salaire. »

Les affaires reprennent, sur fond de cadavre plus vraiment frais.

****

Une semaine, deux, qu'importe. Elle ne fait pas attention au temps, Eddie, c'est un élément qui finit par lâcher prise avec les siècles... Elle ne fait pas attention à grand chose en dehors de son boulot, à dire vrai. Dépossédez une femme de son cycle menstruel et le reste du monde peut tourner au rythme qu'il souhaite. Le cours de la Lune ne l'intéresse que lorsqu'elle court après le temps, et la routine a déjà repris ses droits... Les entraînements, les installations à Volsek, le réagencement de son agenda, la circularisation de sa nouvelle adresse... Et puis, tous les matins, se heurter à la porte fermée d'Eireann. Je crois qu'il y a erreur sur la personne, tu as dû me confondre avec quelqu'un qui allait te laisser sombrer comme une conne. Ce genre de détails, de grain de sable, la raccroche au calendrier. Le reste est habituellement instinctif, mais pas ça. Pas quand ça l'oblige à laisser en plan ses projets de la journée et de s'engouffrer dans sa jeep, parce qu'Eir a décidé de ne pas se pointer, un jour de plus, et qu'elle s'attend très certainement à ce que son mentor hoche du chef en arborant un air compréhensif... La porte s'ouvre sur davantage de froideur que de tendresse, quand la silhouette d'Eddie apparaît dans son salon, le menton franc et le sourire sec.

« Lève-toi. »

Elle arque un sourcil assassin, croisant les bras sur sa poitrine, la tête légèrement penchée sur le côté. Une cigarette s'allume entre ses lèvres pincées, à mesure que ses prunelles dissèquent son interlocutrice.

« Au cas où tu l'aurais oublié, on est surtout venu à Salem pour former ton petit cul de recrue, alors tu vas te décoller de ce putain de canapé et aller enfiler une paire de pompes. Y'a du rangement à faire au Hangar et je crois que tu n'as pas mieux à faire de ta journée que de venir m'aider. »

Et c'est péremptoire, c'est sans pitié. Elle n'a pas le choix, la petite blonde, et il lui est plus que conseillé de bouger sa couenne pour donner satisfaction rapidement à son mentor, si elle ne veut pas être tirée hors de sa tanière par le string avant d'être balancée dans la jeep. Il n'y a pas de gentillesse ou de tendresse, chez Eddie, juste une pulsion de vie aussi brute que brutale. Juste la réalité, sans fioriture sentimentale. Tu t'attendais à quoi exactement ? Que j'te brosse les cheveux en te disant que moi aussi j'ai perdu quelqu'un, ou que je comprends, ou que je suis désolée ? Visiblement, tu t'es plantée.

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« a man can be destroyed but not defeated »
▬ Le Meurtre. En ces heures de vice et de crime rigides, Se rêve un meurtre ardent, que la nuit grandirait De son orgueil - plafond d'ébène et clous algides - Et de la toute horreur de sa noire forêt, Là-bas, quand, parmi les ombres qui se menacent, Au clair acier des eaux, un glaive d'or surgit Vers les rages qui vont et les haines qui passent.
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MessageSujet: Re: Tomorrow Never Dies [Eddie] Lun 3 Juil - 23:11

Tomorrow Never Dies

Eddie&Eir



Ses orbes me dardent. Un ordre s’extirpe d’entre ses lèvres et je lève la tête, cesse la mâche de mon biscuit. Et quand Eddie elle se pointe devant vous, comme ça, avec ses yeux qui lancent des couteaux, ça donne franchement pas envie de discuter. Eddie, c’est la gifle qui vient vous réveiller d’un terrible cauchemar. C’est la claque qu’on vient coller derrière le crâne quand on a fait une connerie. Et aujourd’hui, Eddie, c’est quasiment toute ma vie. Je sais que t’as raison. Je sais que je dois me lever et apprendre à marcher dans les rues dégueulasses de Salem. Je sais que je dois avancer et arrêter de penser au passé. Je dois plus penser à lui, à nous. Je dois continuer, enjamber nos restes, piétiner les souvenirs qui ne sont en réalité que de la crasse. Ils sont poisseux mes souvenirs, ils dégueulent de mensonges, de trucs moches.
Je me fais violence pour me redresser et époussette les miettes qui gisent sur mon débardeur. J’avale finalement la bouchée restée en suspens.

C’est bon, j’ai compris. Je dois arrêter de gamberger, je dois le rejeter dans un coin de mon crâne, l’enfermer dans une boite et la clore à tout jamais. Je dois arrêter de me leurrer avec les bons souvenirs parce qu’ils étaient faux et éphémères. Parce qu’ils ne représentent pas même le quart de ce que je vivais vraiment. Parce qu’il a tiré sur moi et sur ce gosse que je portais - notre gosse putain. Il a tiré sans cligner des yeux, il a tiré en se foutant des conséquences, aveuglé par toutes ces conneries qu’il se racontait à la nuit tombée. Parce qu’il n’était pas sain. Qu’il était dingue. Parce que j’étais qu’une conne en manque d’affection. Parce que j’découvrais la vie, j’découvrais les sentiments. Et j’me suis plantée putain. J’me suis plantée, vraiment. J’pensais que je pourrais plus jamais vivre sans lui, plus jamais respirer alors qu’en fait… C’était lui qui m’étouffait et c’était moi qui crevais à petit feu. Et j’ai rien vu. J’étais bête. Aveugle. J’me suis coupée du monde, des gens que j’aimais juste pour ne pas faire de vague. Juste pour qu’il soit tranquillisé. Et j’me souviens maintenant, des mots qu’il employait. Ceux qui disaient que je lui appartenais, que j’étais à lui, que j’étais pareille à une œuvre d’art et que personne n’avait le droit de me toucher. Il a fait de moi un objet. Et j’ai pas entendu, j’ai pas percuté, j’ai laissé faire. C’est de ma faute. J’ai pas le droit de pleurer parce que j’me suis jetée dans la gueule du loup en pensant que jamais il ne refermerait ses mâchoires. Mais un loup reste un loup. Un tueur reste un tueur… Et j’te détesterai jusqu’à mon dernier souffle. Parce que si j’ai cru t’aimer, j’me rends compte maintenant que ça aussi, c’était pas vrai. C’est pas toi que j’aimais. Pas toi vraiment. C’est l’image que tu me renvoyais. Toi, t’étais banal, le genre qu’on regarde même pas en temps normal. T’as jamais rien eu à m’apporter que tes bras en guise de bouclier. C’est tellement commun. C’est tout ce qu’un autre aurait pu m’offrir sans me mentir. Et je t’aurai quitté sans cette emprise que t’avais sur moi. Je t’aurais abandonné. Parce qu’on abandonne toujours les cinglés…

J’remets mes pompes sans broncher et attrape ma veste sur le dossier du canapé avant de me planter devant elle. Je suis prête. Je suis vivante. Je suis revenue, je crois. Et on dévale les escaliers sans aucun autre reproche à se balancer. J’avais besoin qu’elle m’engueule, qu’elle me claque le coin de la gueule. J’avais besoin d’elle pour me réveiller, pour sortir de mes pensées. La portière de la jeep claque et elle roule, Eddie, laissant derrière nous ces nombreux jours sombres.

...

Revenir au hangar me fait bizarre. Parce que c’est là où tout a véritablement commencé. La porte en ferraille coulisse dans un bruit désagréable, la faute à la rouille certainement.
Les néons s’allument et de toute évidence, nous sommes parties vraiment longtemps. Il y a de la poussière, partout, si bien que je tousse en faisant quelque pas à l’intérieur. J’enfouis mon nez sous mon débardeur et marche dans les traces d’Eddie.

Elle a pas vraiment besoin de me faire un dessin pour que je pige qu’il va falloir tout remettre en état et qu’on va probablement y passer des heures. Alors je dépose ma veste, doucement, manière qu’un nuage de poussières ne vienne pas m’agresser les poumons. Et je vais briquer, presque toute la journée. Ranger, nettoyer, épousseter dans un silence de plomb. J’ai l’impression de faire le ménage dans ma caboche au passage, l’acte est presque libérateur même si je râle une fois ou deux parce que ça sent mauvais – un connard de rat qui a décidé de venir crever là, juste derrière le meuble. Le soleil décline lentement quand je range les caisses. Mon débardeur n’a plus rien de blanc. Il est plutôt gris avec des tâches noires et ça me dérange pas plus que ça en réalité. Mes pas me portent jusqu’à la salle de tir. Là où j’ai pu m’entrainer plusieurs heures avant qu’Eddie ne m’offre ma première arme. Avec mes initiales sur la crosse.
J’attrape une boite sur l’étagère, l’ouvre et procède minutieusement au nettoyage et remontage du Glock19. Les cibles soigneusement installées, je me place derrière la rambarde, casque anti-bruit sur les oreilles. Je ferme un œil avant de l’ouvrir et de tirer. Une fois, deux fois, trois fois. Jusqu’à en vider entièrement le chargeur. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que j’ai passé ces six derniers mois à viser correctement. Les 15 impactes ont tous atteints la cible. Tête et cœur principalement le reste se nichant dans la partie ventrale du carton. Le changement de chargeur s’effectue en quelques secondes avant que je ne vide ce dernier sur les cibles alentours. Le canon brûlant est reposé sur la tablette et cette colère latente semble s’apaiser lentement.
Parce que toutes les cibles portent ton visage. Parce que j’imagine te tuer des centaines et des milliers de fois. Et chaque fois ça me réconforte, me fait un bien fou d’imaginer ta cervelle tapisser les murs. Il n’y a plus d’amour, non. Que de la haine. Et elle est douce et dangereuse la haine. Elle me berce tendrement.

Je contemple mon œuvre un instant, retire le casque avant de me retourner et de tomber nez à nez avec Eddie. Je crois que j’ai oublié de demander l’autorisation, c’est ça ?

« Je m’améliore, je crois. »

Un bref coup d’œil aux cibles derrière moi. Des visages de Toi ensanglantés partout dans ma boite crânienne. Un sourire étire mes lèvres alors que la porte du hangar se met à crisser nous alertant toutes les deux. L’arme est chargée à nouveau alors que mon palpitant fait des bonds.

« Il y a quelqu’un ? S’il vous plait ? J’ai besoin de votre aide. J’ai de l’argent. »

La voix chevrotante implore. A croire que les bonnes adresses ne s’oublient jamais vraiment.

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MessageSujet: Re: Tomorrow Never Dies [Eddie] Jeu 6 Juil - 21:51

Tomorrow Never Dies

Eddie&Eir




Une volute de fumée s'échappe des lèvres de la Renarde, qui reste campée sur ses jambes et sur ses positions, l'air dur. Molossoïde. Intransigeant. Et ses prunelles écorchent la silhouette de la petite blonde, avachie dans un canapé trop grand. T'es du genre à y penser, tout le temps, et à lui coller des majuscules absurdes. Du genre à te bouffer la vie, comme ça. À penser que t'es toute seule, et à contempler tes plaies au lieu de les panser. Tu ne te rends même pas compte de tout le temps que tu perds pour un connard qui avait perdu la tête et voulait achever ton existence après l'avoir ruinée. Tu ne te rends pas compte que j'ai collé trois balles à un mec qui ne m'avait rien fait, à moi. Que j'ai tiré froidement et à trois reprises dans le corps d'un homme qui avait été mon ami et mon compagnon. Que je l'ai fait uniquement parce que je l'ai vu sombrer, juste une seconde, et que j'ai voulu te sauver. Que je n'avais pas demandé à être là. Que je n'ai pas eu le choix, pas d'autre putain de choix que de buter la dernière personne qu'il me restait sur cette planète vide de sens. Que je suis seule, moi aussi, si tu n'es pas là, si tu ne vis pas. Que John est mort en emportant mon fantôme. Que Seth est crevé comme le connard qu'il est devenu. Et que j'ai que toi. Plus que toi. Toi et du métal, des brasiers infernaux à dompter. Juste toi. Toi qui colles des majuscules au mec qui t'a déchirée de l'intérieur et qui refuses de prendre part à la vie que tu as réclamée. Toi qui m'obliges à envoyer chier ma journée pour venir te sortir de ce putain de canapé. Toi qui vas devoir apprendre, d'accord ou pas, que tu n'abandonneras pas. Ou plus. Parce que je ne te laisserai pas. Je ne te laisserai plus.

Ne demeure pourtant qu'un silence, perturbé seulement par le crissement du tabac qui s'évapore à chaque bouffée de cigarette... Et le bruit d'Eireann qui daigne enfin revenir à la vie. Au moins un peu. Eddie observe et attend, jusqu'à ce que Catwoman se plante devant elle et que la journée puisse reprendre son cours.

Quelques claquements de portières et de ronronnements de moteurs de plus tard, le Hangar se dresse devant sa maîtresse, attisant un sourire satisfait sur les lèvres de la propriétaire. L'endroit pue la poussière, resté parfaitement immobile pendant les six mois d'absence de celle qui a marqué de sa présence chaque centimètre carré au cœur de la tôle, du béton et du ciment. Elles ne parlent pas, les Dwayne, mais elles briquent, elles rangent, réhabilitent et réparent. Parce qu'ainsi va la vie et que le reste n'a pas d'importance. Si Eir se charge principalement du ménage, Eddie passe de son côté en revue l'armurerie et la forge, avant de s'échapper un instant pour revenir, son enclume entre les bras. Un forgeron garde son âme dans du métal et n'a qu'une seule maison. Une chape de plomb lui tombe sur les épaules, quand elle pose son ancre là où elle l'en a arrachée il y a six mois, du sang encore plein les doigts. J'espère que t'as été fier de toi jusqu'au bout, Chaton, parce qu'il en faudra de l'orgueil post-mortem pour laver la merde que t'as laissée sur le sol quand t'es mort, comme tous les autres, la trique coincée dans ton jean et le crâne éclaté. Je me rappelle que tu devais avoir envie de pisser. Et que tu puais. La chasseuse grommelle doucement et dégage les spectres qui traîne autour de sa tête pour aller chercher un seau d'eau et un peu de javel. Elle ne veut pas qu'Eir aperçoive les dernières traces du passage de Vegas sur cette terre.

Et puis ça tire. Ça percute. Ça vide un chargeur. Elle sourit, Eddie, en essuyant ses mains avant de traverser la forge, passer l'armurerie et rejoindre le stand de tir, pour trouver l'ombre d'Eireann et se coller entre ses omoplates. Un étrange sentiment de fierté mêlé d'amusement plane autour d'elles, tandis que la jeune femme exécute à la perfection son changement de chargeur et reprend sa chorégraphie saturée de Haine. Tu sais, ce n'est pas pour rien que les émotions sont presque toutes féminines. Même la Haine. Surtout la Haine. Les cibles sont atteintes, trente fois, puis la blonde se rappelle que le monde a continué de tourner et repose son arme sur la tablette. Leurs prunelles se rencontrent, prise de conscience pour l'une et arc de sourcil pour l'autre.

« Je m’améliore, je crois. »

La Chasseuse hausse des épaules et feint de s'approcher des cibles, pour valser un instant au cœur des corps qu'Eireann la terrible n'aura pas fait s'écrouler mais qui seront morts trente fois dans son imaginaire enragé.

« Il y a quelqu’un ? S’il vous plaît ? J’ai besoin de votre aide. J’ai de l’argent. »

Et c'est toujours envisageable, si c'est sonnant et trébuchant. Un sourire las étire les lèvres de la Britannique qui pose deux prunelles félines sur sa recrue.

« C'est mieux. », répond-t-elle un peu tardivement avant de lui désigner les cibles du menton et le Glock des doigts. « Nettoie ton bordel, tu veux ? Je reviens. »

La silhouette longiligne disparaît au détour d'un muret en béton armé, monté pour éviter de transpercer par accident un visiteur qui passerait par là, un jour.

****

Les portes du Hangar se referment derrière leur visiteur et Eddie tourne la tête en direction d'Eireann, apparue entre deux caisses et trois raies de lumière. Elle lui fait signe de s'approcher, d'un geste de la main, et lui montre les deux fauteuils chesterfield et la table basse tout en se dirigeant vers le frigo, qui n'a jamais été entièrement vidé de ses bières.

« T'as entendu ? » Visiblement non, sinon tu ne sourirais pas. « En résumé, Clifford, qui vient de nous quitter, est un vieux monsieur et jeune retraité, fraîchement dégarni, qui croit que porter des chemises hawaïennes n'est plus un crime depuis qu'il est perpétuellement en vacances. Et Clifford, notre commanditaire, a perdu son frère il y a cinq ans maintenant. Ce qui est triste, sans doute, mais dans le fond on s'en fout un peu... Si ce n'est que visiblement le frère de Clifford a appris dans la mort ou juste avant que son frère lui avait caché visiblement une partie de l'héritage parental. Enfin c'est ce qu'il croit... Mais comme il a commencé à manquer sacrément de chance, puis à faire l'objet d'un genre de persécution karmique pour finalement voir un spectre venir hanter sa baraque, Clifford a visiblement quelques raisons de penser que son frère a découvert un truc qui l'a mis en colère... »

Fin de l'histoire. Le visage impassible, elle leur décapsule les deux bières et trinque avec sa recrue avant de s'allumer une énième clope, étendue dans son fauteuil. Elle a l'air songeur des prédateurs qui festoient déjà.

« On part demain matin. Et, oui, j'ai dit on. Tu as survécu à bien pire en ma compagnie alors que tu étais encore danseuse et non chasseuse en devenir... » Il n'y a d'ailleurs pas l'ombre d'une question dans les propos de l'Anglaise. « Est-ce que tu peux me rappeler comment on peut identifier clairement un spectre ? Et quels sont les moyens d'en venir à bout ? »

Et elle joue du bout des doigts sur sa bouteille de bière, laissant glisser sa peau contre les gouttes de condensation avant de reporter le goulot à ses lèvres, une gorgée entre deux bouffées, le flegme personnifié.

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MessageSujet: Re: Tomorrow Never Dies [Eddie] Lun 10 Juil - 16:31

Tomorrow Never Dies

Eddie&Eir



Les autres, ceux comme moi, les recrues. Ils sont tous là pour pour les mêmes raisons. La perte d'un être cher, d'une famille entière. Ils ont la rage au ventre, un besoin de vengeance exacerbée. Ils veulent être chasseur pour se venger, pour que plus jamais ça recommence, pour que personne ne vivent ce qu'ils ont vécu. Si les histoires varient, le fond reste similaire. Et je me sens tellement différente. Je ne fais pas ça pour me venger, pas vraiment. Je le fais parce que je n'ai plus rien d'autre qu'Eddie. Pour marcher dans ses pas, pour ne plus être la petite chose faible. Quand pour eux l'idée de démonter du vampire et du lycan est jubilatoire, moi, l'idée que ça fasse retourner Seth dans sa tombe me suffit. Parce que je cracherai sur toi dès que j'en aurai l'occasion. Je piétinerai nos restes dès qu'ils se présenteront. Je vomirai ce qu'on était à chaque fois que la bile remontera le long de mon œsophage. Parce que te détester est plus facile que d'accepter de t'avoir aimé, que de me bercer de souvenirs tendres, que de me rappeler que tu as été, à un moment donné, plus important que tout le reste. La Haine pour seule échappatoire, pour se reconstruire, pour vivre. Finalement, nous avons ça en commun, entre recrue. La Haine. Celle qui anime, qui prend forme entre nos tripes, qui naît d'une dispute, d'un champ de bataille, d'une douleur, d'un désespoir.

Eddie, elle s'avance entre les cibles, jauge chaque impact dans un silence presque religieux. Et j'attends, pendue à ses lèvres comme si elle était la seule à pouvoir me redonner un peu d'air. Mais trop vite quelqu'un fait irruption au Hangar. Trop vite, on me l'arrache. Les affaires reprennent. Un hochement de tête et je m'exécute, range ce joli bordel que j'ai foutu. Et je suis fière en arrachant les cibles. Fière de me dire que je t'aurai tué. Dans une inspiration ou une expiration, j'aurais pressé la détente et la balle ce serait nichée dans ta tête, dans ton cœur ou dans ton ventre. Si les deux premières sont mortelles, la dernière aurait arraché tes chairs, explosé tes organes et la souffrance aurait été telle que t'aurais préféré que je t'achèves. Je le sais. Je le sais parce que c'est ce que tu m'as fait. A la différence que moi, j'avais un bébé qui a servi de vulgaire bouclier...
Le sourire s'efface à mesure que je décroche les cibles. Parce que ça ne fait du bien que sur l'instant. Que le mal, celui qui ronge, est toujours là. Parce que je ne t'ai pas tué, je n'ai pas pu nous sauver. Et quand je dis nous, je ne parle pas de toi et moi...
Tout est briqué, il ne reste plus rien de mon passage meurtrier. Défaire chaque pièce de l'arme pour la nettoyer en son cœur est quelque chose qui me fascine et que je prends plaisir à faire. Tout a une place définie, un ordre. Si une étape est sautée, qu'une pièce vient à manquer alors l'arme ne fonctionne pas ou mal. Il n'y a pas d'à peu près, que de la précision et je crois que j'aime ça. Quand les choses restent immuables, qu'il n'y a pas de place pour le hasard. C'est rassurant.

C'est après de longues minutes que je débarque, tâtonne un peu et cherche Eddie du regard. Elle me fait signe de la rejoindre et j'avance le sourire vissé aux babines. C'est comme se réveiller d'un long cauchemar. Un cauchemar qui a durée plusieurs jours, beaucoup trop pour que je ne puisse les compter vraiment. Un cauchemar qui me défonce, me bouffe de l'intérieur et que toi, tu sais arrêter quand il s'attaque à mon âme.
Je prends place sur le fauteuil tandis qu'elle déambule comme une danseuse entre ces murs de tôles et de béton. Cet endroit te va bien. Il te va plus qu'aucun autre. Je crois que je ne t'ai jamais vraiment vu comme ça. Et elle me raconte, Eddie, l'histoire de ce Clifford et de son frère décédé qui vraisemblablement reviendrait hanter ce dernier. A croire qu'il a du faire quelque chose de suffisamment merdique pour que l'autre se réveille d'entre les morts, en colère, pour lui faire payer. C'est quand même con un spectre, quand on regarde bien. Ça n'a plus d'existence propre et leur seul loisir c'est de venir emmerder les gens en déplaçant des choses, en les explosant, en persécutant, en cognant. On dirait des gamins qui tentent d'attirer l'attention puisqu'ils ne savent pas parler. Encore heureux qu'ils ne portent pas de couche putain. J'approuve d'un hochement de chef avant de me figer lorsque je comprends qu'elle compte m'emmener avec elle. Quand moi j'imaginais déjà comme j'allais survivre quelques jours sans toi.
J'attrape la bière et en prend une gorgée avant de me redresser, les coudes sur les cuisses.

« Ils provoquent un froid anormal lorsque l'on est en leur présence. Ils sont très agressifs et apparaissent sous la forme du défunt. Hum... Non. Ils n'ont pas de visages ceux-là et apparaissent encapuchonner. Ils manipulent l'esprit... Pour s'en débarrasser il faut s'assurer qu'ils reposent décemment et trouver le boulet qui les relit à la surface de la terre. Si ce sont les chemises hawaïennes, ce sera sympa de les brûler, remarque ! »

J'émets un petit rire avant de reprendre une rasade.

« On part à quelle heure et où ? »

~~~~

La nuit a été courte. Trop courte. Et j'aimerai qu'un jour tu cesses de hanter mon crâne comme tu le fais putain. Je retrouve Eddie qui termine de charger la Jeep et nous voilà en route pour la maison de ce cher Clifford et quelque chose me dit que je vais regretter mes petites heures de sommeil. C'est la merde un spectre. C'est long à dénicher et encore plus à faire dégager. L'éternel clope pincée entre ses fines lèvres, on avale les kilomètres avec la radio qui crache quelques notes de musique. Radio qui a trop souvent meublé nos silences respectifs. Parce qu'au fond, on a pas besoin de parler. On se comprend dans un regard ou parfois deux parce que j'ai pas le décodeur. Ta simple présence est un havre de paix pour ma cervelle torturée.
Et l'angoisse commence à prendre forme d'une manière tout à fait désagréable, juste là, dans ma cage thoracique. Parce que je sais que les spectres sont friands des zones d'ombres et que j'en suis pleine. Oui, je sais qu'il va forcément s'en prendre à moi comme le fera ce putain de poison qu'on compte m'injecter dans les veines d'ici quelques temps pour faire de moi une chasseuse de l'Elit Daemonia.

...

Il nous attend sur le pas de la porte Clifford, se rongeant les ongles jusqu'au sang. Il se jette presque sur nos roues, ouvre la portière de Dwayne pour l'accueillir la moue mi-anxieuse, mi-soulagée.
Je lève la tête, constate que la baraque est vachement grande et qu'elle a un côté super glauque – où c'est parce que je sais que se cache le pire entre ces murs.

« Merci d'être venu aussi vite M'dame Dwayne. Ca s'est intensifié depuis hier, je sais plus quoi faire. Vous devez m'en débarrasser au plus vite. J'en peux plus. J'ai du dormir dans ma voiture, juste là. Dès que j'approche je reçois une pluie de coups, j'ai l'impression qu'il veut me tuer j'vous jure M'dame Dwayne. Je comprends pas. Vous pensez qu'il sait que vous allez venir ? »

Un frisson désagréable me remonte le long du dos, me file froid. Je croise les bras avant de jeter une œillade à Eddie.  On devrait peut-être le laisser crever nan ? Genre il a du faire un truc moche pour que son frère veuille le buter, on a peut-être pas besoin de s'en occuper, si ? C'est pas grave quand ça reste dans la famille ? Ouais... ok...
Je pousse un soupir las quand il faut rentrer dans la maison pour constater de la présence de monsieur-le-spectre-pas-content. Et étrangement rien ne se passe. La porte d'entrée est ouverte en grand et tout semble en ordre. On prend même pas de coup dans les flancs, ni d'objets dans la tronche, rien. Clifford reste dehors en s'allumant clope sur clope. Comme si fumer allait l'aider à combattre sa peur à ce con. A part se noyer dans un nuage de nicotine, ça change pas grand chose.

« T'es sûre qu'il a pas juste un pet au casque ton Clifford là ? Non parce rien qu'avec sa chemise rose bleue à fleurs y a de quoi douter quand même... »

L'inspection continue et rien d'anormal n'est relevé.

« C'est peut-être Clifford le boulet... Ça se déclenche peut-être que quand lui il est là ? Au pire tu vas le chercher et moi je vais voir à l'étage. C'est peut-être qu'un fucking cinglé ce gars autant rentrer chez nous. »

En fait j'aime pas ça les conneries d'esprits et ce genre de trucs pas clairs. Tout ce que je ne peux pas toucher me rend nerveuse. J'aimerais bien que le Clifford soit juste bon à enfermer dans un hôpital psychiatrique. Qu'il ait juste voulu appeler à l'aide, parce qu'il se sentait seul et misérable dans son existence. Sa femme c'est peut-être barrée avec le voisin. Elle a peut-être même embarquée le chien et le poisson rouge, qui sait ? On se rassure comme on peut...

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MessageSujet: Re: Tomorrow Never Dies [Eddie] Hier à 8:00

Tomorrow Never Dies

Eddie&Eir




« On part dans le Vermont. Petit week-end en amoureuses, à Brattleboro. C'est à deux heures d'ici... Je crois. » Elle esquisse une moue songeuse, les lèvres au bord de sa bière. Elle a appris la géographie du coin par acquis de conscience mais s'est contentée du Massachussets. « On vérifie l'armement à 8 heures et on décolle. J'ai dit à Clifford qu'on serait là en fin de matinée... Il s'avère qu'il est plus facile de chasser une entité en plein jour. »

Ou qu'il est moins compliqué de le faire sans risquer d'en voir débarquer d'autres, ou de se faire parasiter par un vampire, ou un lycan qui traînerait par là. Un seul problème à la fois. Et elle pense au froid, Eddie, à ce froid mortifère qui vient mordre la colonne vertébral sitôt qu'un putain de spectre traîne dans les parages. Elle le connaît. Elle sait, ce que c'est, l'a ressenti dans ses entrailles si souvent qu'elle doit bien avoir un bout de tripes qui a fini cryogénisé... Puis son regard se pose sur Eireann, sa petite silhouette de danseuse avec ses articulations noueuses et fragiles, sa peau encore lactescente, ses muscles d'enfant... La carcasse de la recrue en poupée de chiffon, en cible facile. Parce qu'elle a le cœur brisé, Eir, et qu'Eddie le fait. Qu'elle ne peut rien y faire, qu'elle essaie. Alors ça la tente, pendant une trentaine de secondes et une gorgée de houblon, de lui dire qu'elle partira sans elle, que ça n'en vaut pas la peine... Mais la demoiselle est aspirant chasseur, il est révolu le temps où la Britannique pouvait vraiment la protéger, du monde, des autres, du reste. De lui. De toi, aussi. Un soupir lui échappe, poursuivi d'un sourire amer. Le souvenir de son propre palpitant en miettes et des douleurs qu'elle a enterrées sous les décombres manque de l'amuser, comme une claque en pleine gueule, une réalité qu'elle se garde bien d'évoquer. Eireann a perdu son grand amour et Eliza 271 ans de sa vie... J'ai comme dans l'idée que ça va être plus compliqué que prévu.

*

Morphée ne répond pas présent, cette nuit-là, qu'elle passe majoritairement assise dans son lit, à relire de vieux carnets où l'écriture de John se mêle à la sienne, une main resserrée autour de son pendentif rouge et noir. Depuis qu'elle a percé les secrets de la mort de son Mentor, l'Apprentie remonte son existence à rebours, à la recherche d'éléments cruciaux pour le reste de sa vie. Elle s'arrête, parfois, prend des notes avant de retourner à sa lecture. Dehors, la Lune embrasse une dernière fois la faune nocturne avant de les accompagner jusqu'à leurs tanières. En plein été, il est toujours trop tôt quand se pointe la lumière du soleil... Elle abandonne ses carnets pour aller s'installer sur la terrasse, une cigarette dans une main et une tasse de café dans l'autre, le regard fixé à l'horizon, nimbé de bleu, de rose et d'orange, d'un peu de poésie et de délicatesse pour panser les plaies laissées par les Monstres. Par l'Injustice et l'Injustesse. Une dernière fois, l'idée de laisser Eireann là vient l'effleurer, comme pour s'assurer qu'elle a bien pris sa décision... Et elle hausse des épaules, pour elle-même. Si je la laisse aujourd'hui, je ne la laisserai jamais passer l'Intoxication. C'est sans doute la pire des réponses à sa question... Mais elle convient à l'argument qui tendrait à dire qu'Eir a besoin d'être protégée, qu'elle est trop fragile, idée que la Chasseuse réfute d'un vague mouvement du chef. Sa recrue n'est pas faible, elle sait la force de caractère de la demoiselle, l'a vue remonter du fond de son gouffre avec une résignation guerrière que bien des chasseurs pourraient lui envier. Alors elle tranche, Eddie, avant d'avaler son café d'un trait et de se lever pour aller s'entraîner avant de charger la Jeep.

*

Au bout de la route, avalée dans le silence et le calme, après une demie-douzaine de clopes et trois passages de Wonderwall à la radio, la Jeep et l'arsenal installé dans son coffre s'arrêtent devant une grande baraque où Clifford les attend. Clifford et ses chemises hawaïennes, son air de déterré, sa lippe tremblotante. Petit retraité qui se jette à la rencontre de la caisse pour venir y débusquer celle qui se figure être un héros, son héros. Mauvaise pioche, chéri. Je suis là pour ton portefeuille et un peu d'adrénaline. Défoncée à l'endorphine, c'est ainsi qu'elle se préfère, la Renarde. Il l'agresse d'informations et de questions dès qu'elle s'extrait de la Jeep, ne semblant pas comprendre qu'elle se fout vaguement de son analyse de la situation. Un sourire sec précède sa réponse.

« Je pense que vous vous focalisez sur des choses trop immédiates, Clifford. Que l'intensité est allée croissant et que c'est ce qui vous a poussé à venir me chercher. Il doit y avoir une autre raison... » Elle s'étire un peu, sa carcasse longiligne cherchant l'espace après deux heures et demie contenue par le siège conducteur. « Tout puissant que puisse être un spectre, je serais étonnée qu'il ait senti l'arrivée d'une vieille carne de trois siècles, si vous voulez mon avis, je ne l'ai pas appelé pour le prévenir de ma venue. »

Et elle s'arrête là, avec sa blague de merde et son sourire saturé d'ironie. Un regard en direction d'Eireann lui permet de lire l'onde de malaise qui cristallise son derme. Elle est encore impressionnable, une réalité qui s'évapore avec l'expérience, les décades et quelques coups dans la gueule auxquels elle survivra. Tu vas te faire le cuir, ça ira mieux avec le temps. Eddie récupère un sac dans le coffre avant d'emboîter le pas du propriétaire des lieux, sa recrue sur les talons. La maison est de belle facture quand bien même elle nécessiterait que Clifford passe plus de temps à l'entretenir plutôt qu'à repasser ses chemises aux couleurs criardes. Il a opté pour une horreur d'un rose pâle aux fleurs bleu électrique, une agression perpétuelle pour les yeux. Lui reste sur le pas de la porte tandis que les deux jeunes femmes, apparente pour l'une et réelle pour l'autre, s'avancent dans l'entrée, puis le couloir, le salon... La blonde parle, cherchant à meubler le silence.

« Tais-toi, Eir. » La voix est calme, sans agressivité, presque ronronnante. « On va commencer par faire le tour de la baraque pour vérifier tout ça, et on fera entrer le vieux si on ne trouve rien. Tâche de ne pas t'éloigner, pour commencer. On verra... » Et elle sourit, un peu. « Au pire, on encaissera le chèque après avoir cramé de l'encens, ça arrive qu'il n'y ait rien mais en règle générale mes tarifs sont suffisamment dissuasifs pour éviter de me faire déplacer dans le vent, tu sais. »

Le monde tourne grâce à l'argent. À cause de l'argent. Et les chasseurs sont chers, jamais assez puisqu'il s'agit de risquer leur vie, toujours trop quand il faut les payer. Eliza passe devant, contourne un canapé aux motifs dignes des maisons de retraite du fin fond de la Floride. À croire que Clifford rêve d'aller vivre au soleil... Ca doit être pour ça, les chemises hawaïennes... La décoration est d'un goût discutable mais elle manque surtout de photo, d'éléments personnels... Soit par désintérêt, soit par culpabilité... Ou bien une tentative désespérée de se débarrasser de tout ce qui pourrait exciter un esprit vengeur. La Britannique ouvre le tiroir d'un vaisselier dans l'espoir de trouver un indice quand une légère brise frôle son échine.

« Merde. »

Elle n'a pas le temps de se retourner qu'une porte claque derrière elle, suivie d'une autre et d'une de plus. Dans la pièce à l'agencement millimétrée, il n'y a rien d'autre qu'elle. Juste elle.

« Putain. Eir ! »

Mais la donzelle est ailleurs, c'est d'un prévisible sarcastique et sans équivoque. Ce n'est pas faute de lui avoir dit, pourtant, de ne pas s'éloigner... Persuadée qu'elle voulait être que ce n'était qu'une sale blague, la Recrue n'a pas obéi à l'ordre direct qu'elle a reçu. Eddie se précipite vers la première forte, tentant de l'ouvrir pour trouver la poignée grippée et intransigeante. Sa main se resserre sur le métal de mauvaise qualité pour faire céder le mécanisme, sans succès. Et ça finit par crier, de deux voix distinctes dont elle ne reconnaît qu'un timbre, habituellement féminin et délicat, soudainement aigu et paniqué. Fais chier, bordel. Fais putain de chier de merde. La chasseuse soupire salement avant de jeter son épaule sur le panneau en bois, puis son poing, puis son pied, éventrant la porte pour débouler dans le couloir. Et ça crie encore. Alors elle court, ignorant la silhouette tétanisée de Clifford qui reste devant la porte d'entrée. Achète-toi des couilles, toi. Eliza tombe sur une nouvelle porte, qu'elle défonce sans plus se poser de question pour être finalement dégueulée dans la cuisine où un hurlement strident perdure quand Eir se tait dès que son Mentor se pointe. Devant elle, un tiroir ouvert crache des couteaux qui tournoient dans l'air. Si t'as encore des doutes sur la nécessité de notre présence, je crois que t'as ta réponse. Alors elle lui jette une épée avant de se projeter elle-même devant l'humaine. Si les couteaux se précipitent à leur rencontre, Eddie les dévie tous, sans délicatesse, les envoyant se ficher dans les murs, les meubles et à travers les fenêtres. Puis ça lui vrille les tympans, ce putain de cri qui n'en finit pas et qui beugle des trucs à peine articulés qu'elle n'arrive pas à déchiffrer. Une armoire se met à se déplacer dans leur direction, dans un grincement impressionnant, qu'elle réceptionne dans un grognement sourd, les mâchoires serrées à s'en péter les dents... Le temps se condense, autour d'elles, et tout semble s'emballer, la maison se décidant finalement à rejeter leur présence comme un organisme combattrait un virus, une épidémie.

« Sors de là au lieu de combattre des ustensiles de cuisine, putain. »

Parce qu'elle continue de se faire agresser par des louches, des spatules, des fourchettes, au lieu de réagir de façon circonstanciée. Parce qu'elle pallie à l'urgent, mais que l'urgence n'est pas là, et qu'il faut le lui expliquer. Je sais que les réflexes viennent avec le temps mais bouge ton putain de cul, bordel. Et Eddie continue de se battre avec sa putain d'armoire à la con, pour éviter qu'elle ne gagne en vitesse, en inertie. La petite blonde se fige, pourtant, et le regard de la chasseuse suit le sien pour trouver la silhouette pas forcément engageante d'un mec famélique emballée dans une cape toute rapiécée... Qui lui barre la sortie tout en levant une grande faux en direction de sa recrue. Fils de pute. Pardon à ta maman. Les bras se contractent, accusent un choc pour laisser l'armoire se rapprocher et mieux la balancer entre le spectre et Eireann. Si la bestiole est intangible, l'action improbable suffit à la déconcentrer, une seconde suffisante pour s'interposer encore et voir une faux chimérique s'abattre sur sa gueule. Elle grogne, Eddie. Elle gronde, sans gémir, sans faillir. Hébétée, pourtant, abrutie par l'onde de douleur qui la traverse de l'épaule gauche au rein droit, qui tranche dans son estomac, emmêle ses intestins. Sa main se tend en direction de la recrue, pour ne pas lui laisser le choix, la dégageant d'un mouvement sec pour la forcer à courir, tout droit, jusqu'à Clifford qu'elles percutent en passant la porte avant de s'écraser sur le perron. La britannique crache, ce qu'elle aurait pu se figurer être du sang, qui n'est qu'un fluide clair qui s'étale au sol... Ah, les trépas imaginaires, ça m'avait manqué... Puis elle se redresse, dans un soupir las, le souffle déjà calme, la tronche déjà impassible. Longuement, elle observe le visage d'Eir, avec ses cheveux en pagaille et son air paniqué, cherche à la rassurer d'un sourire tranquille. Je suis déjà morte cent fois, tu sais. Dont au moins trois fois pour de vrai.

« Je suppose que Clifford n'a pas encore totalement perdu la tête, du coup... » Et de se retourner vers l'intéressé, imperturbable. « Et donc, votre frère, c'est bientôt son anniversaire ? Il a une tombe, ce Monsieur ? Vous inquiétez pas, j'ai ramené ma pelle. »

On va creuser tout ça, hein. Au sens propre comme au sens figuré.

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Dernière édition par Eliza Dwayne le Ven 21 Juil - 0:08, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Tomorrow Never Dies [Eddie] Hier à 20:03

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Eddie&Eir



Les prunelles scrutent à droite, à gauche, droit devant et loin derrière. Pas à l’aise, pas du tout à l’aise avec l’idée de croiser un truc, une chose, un putain de spectre. Alors je parle, arrive presque à me convaincre en une ou deux tirades qu’il n’y a rien et que l’on devrait rebrousser chemin. Ouais, voilà, Clifford, il n’a qu’à revendre sa baraque et s’en acheter une autre, tout aussi grande, tout aussi spacieuse. Bien qu’il ferait mieux d’acheter plus petit et s’offrir l’aide précieuse d’une femme de ménage ou d’une femme de maison, à son âge, après tout… La réflexion d’Eddie me fait me stopper net. Celle au sujet de l’encens et de l’argent. Surtout l’argent. La mine contrite, le minois bascule légèrement sur le côté comme pour comprendre le sens caché derrière tout ça. Derrière les mots. Mais il n’y en a pas. Il n’y a qu’une réalité qui se montre là, terrible, implacable. L’argent. Les billets verts et les pièces de monnaie. L’économie florissante du monde, celle pour laquelle on tue, on vole, on ment, on crève. J’ai envie de lui dire qu’on s’en branle du fric, qu’on a des comptes bancaires par dizaine qui dégueulent de pognons à plus savoir quoi en foutre. Le genre qui te fait acheter un tapis d’entrée antidérapant, antibactérien, antitout à cent dollars alors que t’as le même pour vingt. Parce qu’on s’en fout du tarif, que ça peut bien coûter un bras, deux reins et un poumon que ça changerait pas grand-chose. C’est même pas ce qu’on gagne à la minute avec les intérêts.
Puis je réfléchis une fraction de secondes, me remémore une conversation absurde sur le prix que pouvait avoir ma vie. A combien je pouvais l’estimer. Une réflexion de chasseur. Une réflexion qui m’avait paru absurde, choquante et terrifiante. Une réflexion dont je saisis le sens aujourd’hui. Parce que quand t’annonces la couleur, que tu balances ton prix au client affolé qui dit oui sans réfléchir, qui dit oui sans même savoir s’il a de quoi payer, qui dit oui juste pour qu’on l’aide, qu’on lui tende la main et que surtout, oui, surtout, qu’à la fin on oublie de lui tendre la facture. Comme si la générosité était de mise. C’est comme aller faire ses courses au supermarché et espérer que la caissière annonce que c’est tout bon, que ça coûte que dalle, que c’est pas grave. Mais si, c’est grave. Prendre conscience que tout à un prix, même sa vie, surtout sa vie, ça a de quoi déstabiliser. J’ai toujours détesté l’argent. Parce qu’il est sale, qu’il rend bête, qu’il fait faire n’importe quoi, qu’il détient le pouvoir. Parce que si t’en as pas, tu bouffes pas, tu vis pas, tu crèves, là, juste là. Devant des dizaines, des centaines de passants qui s’en branlent comme de l’an quarante de ta misérable petite gueule. Ouais. C’est nul.

Perdue à mes pensées, je la laisse bifurquer à gauche, fouiller dans une autre pièce quand j’oublie de suivre ses pas, quand j’oublie la consigne élémentaire qui est de ne pas m’éloigner d’elle. Moi, j’ouvre une armoire où de vieilles fringues s’entassent dans l’entrée. L’odeur de naphtaline qui me vrille les nasaux, me file la gerbe. Et après on se demande pourquoi j’aime pas les personnes âgées, putain. Faut être complètement narvalo pour foutre des boules à mites partout dans ses placards. La cuisine est juste là, tout près, je regarde Clifford qui ne bouge toujours pas, qui reste derrière le seuil à regarder un peu partout autour, suspicieux.

« J’peux prendre un verre d’eau ? »

Question rhétorique, je lui laisse pas vraiment le temps de répondre que je fonce dans cette vieille cuisine en bois. C’est vieux, très vieux même si c’est propre. C’est déjà ça. Un coup d’œil circulaire à la pièce me fait dire qu’il y a beaucoup trop de placards, que ça alourdi l’ensemble et que c’est pas beau à voir. J’ai pas la patience de les ouvrir un par un pour trouver un contenant pour étancher cette soif qui m’assèche le gosier. Je me penche au-dessus de l’évier, et lampe à même le robinet. J’avale et avale de grandes goulées de flotte avec la sensation que ça ne passera jamais. C’est toujours là, toujours désagréable, cette sensation déplaisante d’être en pleine déshydratation. Je me redresse entendant le crissement d’un tiroir suivi de claquements de portes. J’essuie ma bouche d’un revers de main par réflexe avant de me tourner et de me foutre à hurler. Pas le petit hurlement qu’on a parce qu’on est juste surpris ou parce qu’on vient de trouver une petite araignée. Non, non, non. Le genre hurlement strident, dégueulasse sans aucune forme de dignité. Et je gueule, je gueule putain, je m’époumone même. Les vitres des placards explosent comme si quelqu’un s’amusait à foutre des coups de batte dedans. Je me couvre le visage, me met en boule pour me protéger. Certains iraient jusqu’à dire que je me fou en position latéral de sécurité. Et c’est presque ça, sans déconner.
Il y a ce froid, ce froid qui me glace et qui rend l’air de la pièce si frais que de la vapeur s’extrait d’entre mes lippes à chacun de mes souffles.
Il y a Eddie qui défonce des portes, le bois craque et craque, se déchire quand moi je suis tétanisée par ce que je ne vois pas, ce que je ne peux toucher. Et le tiroir du vaisselier se met à trembler, vibrer avant de s’ouvrir faisant teinter les couverts en acier. Des couteaux par dizaine s’extirpent de là, flottant dans l’air. On se croirait dans un vieux canular de merde sauf qu’ici, y a rien de drôle et y a personne qui va se radiner en criant COUPER, C’EST DANS LA BOITE !
Mes cris cessent dès qu’elle est là, Eddie. Parce que dès qu’elle apparait dans mon champ de vision tout se calme, tout retrouve une place. Parce que quand elle est là, tout est différent, je me sens capable, je ne me sens plus seule. C’est ma putain de raison d’exister, Eddie, et quand elle se pointe, ça semble s’éclairer là-haut dans ma caboche désabusée.

Elle me balance une épée que je manque d’échapper mais qui par chance, termine quand même dans ma main. J’ai tout juste le temps de m’ancrer au sol, prête à défoncer de la ferraille, qu’elle est déjà là, Eddie. Ses gestes précis qu’elle offre dans une splendide chorégraphie, balaient la menace aussi vite qu’elle était arrivée. Ils sont plantés un peu partout, jusqu’à péter les fenêtres de la cuisine. J’espère que t’as assuré contre les bris de glace Cliff’ Il y a les cris, et ce froid toujours présent qui me file la chair de poule. Une armoire, d’un bois lourd, se déplace vers mon mentor qui accuse le coup et tente de ne pas finir écrasée sous son poids.
J’ai le temps de faire qu’un seul pas dans sa direction avant que louches et spatules ne décident de s’extirper de leur petit casier. Et c’est ridicule, putain, de se battre avec une louche qui profite d’un mouvement ample pour me cogner le coin de la gueule. Je couine un peu, tente de repousser la cuillère en bois qui pense que c’est vachement le moment de se taper un petit cours d’escrime en plein milieu de la cuisine.
Les fourchettes s’invitent et je les évite de justesse quand deux petites connes arrivent tout de même à m’égratigner les bras avant de se planter derrière moi. J’arrive à bout d’une spatule que je coupe en deux, comme ça, sans sourciller. Tiens ça t’apprendra à faire la maligne au lieu de te contenter de retourner des steaks, connasse ! Et elle dit que je dois arrêter de me battre avec des ustensiles, que je dois juste me barrer au lieu de persister à défoncer du bois et du plastique. Alors je m’élance, décide de gagner la porte d’entrée pour me sortir de cette merde sans nom. Mais je me fige, retiens bêtement ma respiration quand je le vois, quand je le vois vraiment. Lui, ce bout de corps flottant, rachitique, une faux qu’il tient de ses doigts si minces qu’on dirait ses os. J’expire, cet air coincé jusqu’alors dans mes poumons. Le palpitant défonce ma cage thoracique quand je peine à reprendre l’inspiration, celle qui me manque et qui parvient finalement à emplir mon poitrail douloureux. Il bouge mais je ne vois pas, pas tout de suite la faux qui vient s’abattre sur moi. Parce que ça me pince, là, à l’intérieur de ma poitrine. Que c’est désagréable, que ça me fait mal. La souffrance offerte en pâture, les blessures internes qui s’ouvrent et qui pètent. La main se porte à mon ventre. Ce ventre si vide et vide qui n’abrite plus rien que des organes, plus rien qui ne mérite qu’on s’y intéresse. L’armoire me fait vaciller, la faux qui traverse Eddie termine de me réveiller. Je ravale un cri, la panique se diffuse dans mon être à une vitesse vertigineuse. Les mots se coincent dans ma gorge tout comme les plaintes qui l’accompagnent. Mais elle saigne pas, Eddie. Et je me souviens à peu près à ce moment-là, entre celui où elle me sort de là et celui où elle et me pousse pour que la maison nous recrache comme un vieux mollard sur le perron, que ces putains de spectres blessent l’âme mais pas le corps. Que la souffrance qu’ils engendrent est purement fictive, connerie mentant à l’encéphale mais que ça pourrait la tuer. La tuer quand même. Elle toussote et crache, Eddie, avant de se redresser comme si de rien était pendant que je la fixe avec insistance. Les yeux écarquillés, la peur encore accrochée à mes tripes.
J’ai envie de lui gueuler, là, qu’on doit partir, qu’on enverra quelqu’un pour s’occuper de ça, qu’on a pas besoin du putain de blé de ce Clifford à la con avec ses chemises hawaïennes qui puent la naphtaline. On a besoin de rien. Mais moi j’ai besoin de toi, putain ! Et je fais quoi si je te perds ? Je fais quoi, moi, si tu crèves ? A cause d’une erreur, à cause de moi, à cause de rien, juste parce que c’est comme ça ? Tu te rends compte, merde, que sans toi je suis plus rien, Eddie ? Que sans toi y a plus rien, plus rien qui n’a de sens sur cette foutue Terre ?! Est-ce que tu sais comme je viens de flipper, parce que pendant quelques secondes j’ai pensé que ce connard t’avais vraiment fauché ? Mon cœur a raté trois ou quatre battements avant que je ne me souvienne qu’il ne pouvait pas te tuer vraiment ?

Ça me bouleverse, me vrille les entrailles. Je ne sais plus vraiment quoi faire, au juste, à part respirer, tenter de me calmer, de m’accrocher à ce sourire qu’elle m’offre. A m’accrocher à ses lippes qui s’étirent comme pour dire que c’est pas grave, que c’est rien, qu’elle va bien. Je pousse un soupir alors qu’elle parle à Clifford qui est devenu si blanc qu’on pourrait croire qu’il va disparaitre à la seconde. Il ne fait que hocher du chef, l’air un peu absent se demandant comment ça va se terminer puisque la plus grande chasseuse dont on lui a parlé, vient de se faire botter le train arrière par ce truc, par ce qu’il sait être son frère. Ou tout du moins, un résidu de ce dernier.
Il se triture les doigts, nerveux, cherche ses mots alors que Dwayne attend des réponses à ses questions.

« Je… Enfin.. non. C’est. Et. – il se racle la gorge – Il est m..ort il y a quelques mois de ça. Un accident de chasse. Il repose – vraisemblablement pas en paix – dans le cimetière de la ville. J’peux vous y conduire… Vous pensez que ce sera réglé ce soir ? »

Je regarde Eddie, pas hyper méga convaincue. Bon bah, je crois qu’on est bonne pour creuser…



Les pelles sortent du coffre, elle m’en balance une, Eddie, quand je suis plus vraiment certaine que ce soit une bonne idée, ça, encore. Mais je m’exécute, creuse et creuse jusqu’à ce qu’on bute sur quelque chose. Le cercueil.
L’autre délurée avec sa chemise colorée nous regarde, bouffe encore ses ongles à s’en faire saigner le bout des doigts. Il est consigné près de la grille pour nous éviter des regards un peu trop curieux. C’est que c’est pas commun de voir deux gonzesses profaner une tombe comme ça, en pleine journée.

« Attend, attend. J’vais dégueuler si t’ouvres ça, attend. Attend. Laisse-moi reprendre ma respiration avant. »

Une main sur la poitrine, exercice de respiration à la con visant à calmer la tempête qui fait rage à l’intérieur de ma cage thoracique. J’inspire et expire bruyamment avant de lui faire un signe de tête. Allez, c’est bon, ça va aller. C’est rien qu’un cadavre, un truc en décomposition.
Il est ouvert le cercueil. Oh ouais, il l’est. Mais le problème c’est qu’il y a pas de corps dedans. Je crois qu’on a trouvé le couac, en fait.

« Maintenant on fait quoi ? Tu coinces Clifford et tu lui tapes sur le coin de la gueule pour connaître le vrai du faux dans ce qu’il raconte ou… ? »

On va y passer la vie des rats, je le sens, putain, je le sens !

~~~~

Alexander Ritter - benjamin de Clifford - menait une existence tout à fait banale, sans anicroche... A l’exception, très certainement, de cette addiction aux jeux.
Ah il aimait ça, Alexander, passer ses journées, ses nuits entières à jouer au poker. Incroyable bluffeur, il a amassé pas mal de pognon avant de perdre, tout, perdre. Jusqu’à sa femme et sa gamine. Jusqu’au clebs surnommé Tartine qu’il détestait pourtant. Et sa maison mise aux enchères. Becky, elle en pouvait plus de son mari et de ce vice encore plus emmerdant que la boisson. Alors elle s’est levée un matin, elle a pris la gosse et le chien et elle a claqué la porte, comme ça, sans se retourner, sans lui dire pourquoi ni même au revoir. Il avait plus rien Alexander. Rien que son frère chez qui il venait geindre et sa mère, cette mère qui malgré son âge avancé lui trouva les excuses nécessaires. Elle l’aimait si fort son petit Alexander. Son petit dernier, son préféré.

La vie redevenait belle pour Alexander. Il pouvait faire ce qu’il voulait, se servait dans le porte-monnaie de la vieille, sa vieille, pour se laisser tenter par les courses de chevaux. Évidemment, Clifford, lui, voyait ça d’un très mauvais œil. Alors, lorsque survint le décès de la pauvre femme et qu’Alexander clamait déjà qu’il voulait voir le notaire alors même qu’on avait pas enterré sa mère. Clifford mis un point d’honneur à ce que presque rien ne lui revienne.
Oh, il a laissé quelques objets de valeurs, de la camelote. Mais ce qu’ignorait le benjamin, c’est qu’elle planquait son argent dans un coffre-fort madame Ritter. Là, juste sous ses yeux, derrière une rangée de bouquins de la bibliothèque. Et c’est évidemment l’aîné qui s’occupait de compter le bas de laine. Lui, entièrement dévoué à cette femme qui ne le préférait pas. Lui, qui passait la voir chaque jour quand son frère, lui, daignait à peine passer une fois par semaine. Lui encore, qui lui filait à bouffer chaque soir lorsqu’elle n’a plus été capable de le faire.
Alors, sans grande honte il a dissimulé le butin. Butin dont il était le seul à connaître l’existence. Laissant son misérable frère sombrer dans la déchéance. Il l’a regardé de loin, sans jamais trop rien lui donner une fois qu’il avait flambée tout l’héritage offert. Il le méritait.


© MR. CHAOTIK



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RUINS
Beauty in the breakdown. I'm not afraid. The love you never gave me is slipping away. And I loved the voices inside of my mind will never be silenced until I can find a way to let go of what we left behind.
I just sort the ashes and the pain will fade away. Leave with hungry passion it's the price we had to pay…Sometimes love is ours to burn at times.
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Tomorrow Never Dies [Eddie]

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